Trump fera-t-il ce que Reagan n’a pas pu faire ?

Rédigé le 10 novembre 2016 par | Bill Bonner, Deep State, Dette Imprimer

C’est enfin terminé. Nous avons écouté les informations hier matin. Nous étions à la fois ravi et atterré. Un sourire a surgi sur notre visage… et notre pas s’est allégé… en songeant aux quatre ans qui allaient s’écouler sans voir Hillary Clinton et son air de Mme Je-Sais-Tout aux informations. Mais nos épaules sont retombées, également, en écoutant le discours prononcé par Donald Trump à l’occasion de sa victoire.

Dépravation et dégénérescence

Comme nous l’avions prévu, les Américains ont eu le président qu’ils méritaient. A présent, « aucun rêve n’est trop grand ». Aucun cauchemar n’est interdit, non plus.

Les futures, sur l’Indice Dow, ont chuté d’au moins 800 points lorsque la nouvelle s’est répandue et que les investisseurs ont pensé que la fin du monde était arrivée.

Mais en ce qui nous concerne, nous étions serein. Nous nous étions moqué des deux candidats… et avions fait un pied-de-nez au rite sacré de la démocratie : l’élection en elle-même.

Pourquoi ?

… peu importe qui l’emporte, ce sont les initiés qui prennent les décisions importantes.

…mais à présent, les électeurs sont complices de tous les actes idiots, frauduleux et criminels accomplis par le gouvernement ; ils sont responsables de choses qu’ils n’ont aucun moyen de comprendre ou de contrôler.

…et l’élection offre un voile de respectabilité sous lequel le Deep State peut agir en toute impunité.

La démocratie corrompt aussi bien les votants que les bénéficiaires du vote. Des études montrent que les électeurs sont incapables d’isoler leur vote de leurs intérêts personnels. Ils ne votent pas en conscience ; ils votent pour leur portefeuille. Les retraités votent pour davantage de Sécurité sociale et d’assurance-maladie. Les riches votent pour payer moins d’impôts. Les pauvres votent pour avoir davantage d’aides sociales. Et les initiés manipulent les deux candidats et les électeurs afin d’obtenir ce qu’ils veulent.

Rappelez-vous la maxime n°21 de la Chronique : « les gens ne sont ni toujours bons ni toujours mauvais, mais toujours sous influence ».

L’influence exercée par la politique est comme une énorme pleine lune : les plantes germent, les femmes accouchent… et les fous hurlent dans les asiles.

Le tiraillement de cette attraction lunaire est même source de dépravation et de dégénérescence chez des gens sympathiques et normaux. Peu d’électeurs peuvent y résister. Et pratiquement aucun politicien.

Même s’ils ne sont pas lâches avant de prendre leurs fonctions, une fois que les nouveaux élus entrent dans la porcherie, ce n’est qu’une question de temps avant qu’ils ne dérapent et ne se vautrent dans la fange avec les porcs.

C’est ce qui est arrivé à Ronald Reagan, après son élection en 1980.

Davantage de gaspillage

A l’époque, nous dirigions le National Taxpayers Union, luttant en vain contre le « gaspillage » à Washington. Ensuite, au bal de la première investiture de Reagan, nous avons été priés de plier bagage.

« Autant que vous rentriez chez vous, les gars », nous ont dit des amis. « Reagan va nettoyer cette ville de fond en comble ».

Mais Reagan oublia sa brosse à récurer. Le rythme des nouvelles réglementations ralentit pendant un temps. Les taux d’imposition furent réduits. Mais l’auge était bien pleine et les cochons se goinfraient plus que jamais.

Reagan n’était président que depuis quelques mois lorsqu’il a commencé à sentir la fange sur lui. Lui et les membres clés de son équipe – qui s’engageaient fermement et honnêtement à réduire la portée du Grand Gouvernement – ont découvert que pratiquement personne ne les suivait. Ni les républicains, ni les démocrates, ni le parti social-libéral, ni les conservateurs. Ni les bleus, ni les rouges.

Dans l’enceinte de Washington, pratiquement personne ne souhaitait réduire « le gaspillage ». On en voulait plus.

Chaque sou dépensé allait dans la poche d’un initié. Plus les dépenses relevaient du gaspillage, plus la nomenklatura les protégeait car il en restait davantage dans le périmètre de Washington.

Les dépenses de gaspillage ont augmenté sous les deux mandats de Reagan. Et ensuite, après qu’il ait débarrassé le plancher, la machine réglementaire s’est remise en marche, également.

Nous avons découvert récemment, par exemple, que le Département de la Justice a réellement pris une mesure relative aux plumes d’aigle.

Pendant des années et des années, le pays s’en était passé. Mais en 2012, des avocats, activistes, bons samaritains et politicards se sont réunis afin de décider qui aurait le droit, ou pas, de posséder des plumes d’aigle. Il était bien temps, non ?

Ensuite, cette mesure a fonctionné avec l’élégance et la subtilité du marteau à panne ronde : on l’a assénée sur la tête d’un pauvre homme.

Un chaman utilisait une coiffe indienne dans l’exerce de sa profession. Cette coiffe lui avait été remise bien des années auparavant. Pourtant, l’Etat s’est proposé de l’emprisonner pendant huit ans.

Trump : Des perversités clownesques

Donald J. Trump fera-t-il ce que Ronald Reagan n’a pas pu faire ? Nous en doutons.

Mais toute société a besoin de ses héros, dieux, mythes et de son charabia. Mais surtout, elle doit décider qui a le droit d’agir à sa guise en toute impunité.

C’est ça la politique.

Et le système américain… malgré toutes ses perversités clownesques… n’est pas le pire du monde.

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Bill Bonner
Bill Bonner
Fondateur de AGORA

Né en 1948, Bill Bonner est le fondateur d’AGORA, le plus large réseau d’entreprises indépendantes de presse spécialisée au monde.

En 1978, depuis sa ville natale, Baltimore (Maryland, Etats-Unis), Bill Bonner a voulu développer un « marché » (« Agora » en grec) des idées. Pas de l’information homogénéisée telle que les médias grand public relayent sur nos écrans et journaux, mais une source d’idées diverses avec des opinions et des avis originaux, alternatifs et surtout utiles. Bill a à cœur d’aider les lecteurs à mieux comprendre le monde dans lequel ils vivent, et à agir en conséquence. Que ce soit en matière de géopolitique, de macro-économie ou tout simplement dans le domaine de l’épargne, Bill incite ses lecteurs à cultiver un esprit vif et anticonformiste.

« Parfois nous avons raison, parfois nous avons tort, mais nous sommes toujours dans le questionnement », telle est la devise de Bill.

Bill a également co-écrit des livres qui ont tous figuré dans la liste des best-sellers du New York Times et du Wall Street Journal : L’inéluctable faillite de l’économie américaine (2004), L’Empire des dettes. À l’aube d’une crise économique épique (2006) et Le Nouvel Empire des dettes. Grandeur et décadence d’une bulle financière épique (2010).

Dans son dernier livre, Hormegeddon, quand trop de bien nuit (2015), paru aux Belles Lettres (www.lesbelleslettres.com), Bill décrit ce qu’il advient lorsque l’on abuse d’une bonne chose dans les sphères de la politique, de l’économie et des affaires. En bref, trop de bien conduit au désastre.

Vous pouvez retrouver les notes de Bill au quotidien dans La Chronique Agora.

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