Fed : Trump ne peut pas « amorcer la pompe »

Rédigé le 16 mai 2017 par | Banques Centrales, Bill Bonner Imprimer

« L’économie américaine est repartie » clamait un gros titre de Bloomberg, ce week-end.

Apparemment, l’inflation et les dépenses de consommation ont augmenté le mois dernier.

Nous sommes heureux de l’apprendre.

Et la semaine dernière, William Dudley, président de la Fed de New York, a déclaré que la Banque centrale américaine pourrait commencer à se délester de ses obligations cette année.

Ou peut-être pas.

Ou peut-être qu’elle en achètera d’autres. Qui sait. Tout dépend.

La Fed a cessé d’acheter des obligations via son programme d’assouplissement quantitatif (QE) en 2014.

Mais la Banque du Japon et la Banque centrale européenne (BCE) ont poursuivi leurs programmes de QE, augmentant ainsi la masse de monnaie disponible dans le monde.

La semaine dernière, les actifs de la BCE ont dépassé 4 500 Mds$, faisant de cette institution le plus grand détenteur au monde de dettes irrécouvrables

La Fed, la BCE, et la Banque du Japon sont au coude à coude, dans cette course insensée vers la faillite. Collectivement, ces trois banques centrales possèdent environ 13 500 Mds$ d’actifs.

bilan

Qu’est-ce que cela signifie ? Pourquoi est-ce important ? Qui se soucie que la Fed vende ses obligations ?

Le président Trump, interviewé par The Economist, a affirmé avoir inventé une métaphore clé. Oui, il aurait trouvé cette idée « d’amorcer la pompe… il y deux jours à peine ».

Il devait se moquer du journaliste. Cette idée existe depuis les années 1930. Le président avait déjà dû l’entendre.

« Ouais », a-t-il expliqué. « Ce qu’il faut, c’est mettre quelque chose dans la pompe, avant d’en faire sortir quelque chose ».

Où prendre les liquidités pour amorcer la pompe ?

Le problème, c’est qu’une économie n’est pas une machine. Il n’y a pas de pompe. Et les gouvernements n’ont rien pour l’amorcer, de toute façon. On ne peut pas non plus amorcer une pompe (sous réserve d’en avoir une) avec de l’eau que l’on n’a pas.

Mais attendez. Pourquoi ne pas emprunter de l’argent… tout simplement… et le dépenser… et amorcer la pompe de cette façon ? N’est-ce pas une formule qui a fait ses preuves ?

Si, c’est bien la formule. Mais regardons de plus près. Lorsque l’état emprunte de l’argent, il doit le soustraire à d’autres utilisations. Et ensuite, qu’en fait-il ?

Il le dépense là où il l’a toujours dépensé : en projets superflus, en cadeaux et en guerres inutiles. Autant de choses conçues pour enrichir quelques-uns aux frais de tous les autres.

Gain net = zéro. Voire encore moins.

Mais l’Etat persiste. Les trois plus grandes banques centrales ont injecté 9 000 Mds$ de liquidités destinées à « amorcer la pompe », depuis 2008. [NDLR : Des marchés noyés sous les liquidités factices sont des marchés dangereux. Ne restez pas seul. Recevez un e-mail par jour ; suivez la recommandation de notre spécialiste du trading, basée sur des éléments concrets – les entreprises et la valeur de leurs actions – et enchaînez les gains. Pour essayer gratuitement ce service durant 14 jours, cliquez ici.]

Cet afflux d’argent a produit la « reprise » économique la plus faible de toute l’Histoire… et une économie américaine qui progresse à peine, désormais.

Mais reprenons un peu le début…

Lorsque l’on parle des « actifs » de la Fed, il s’agit (essentiellement) des bons du trésor que la Fed a achetés.

D’un point de vue économique, ces transactions n’ont aucun sens et c’est du vent.

Une banque détenait une obligation d’Etat américaine. Elle l’a vendue à la Fed en échange de liquidités (sous forme de réserves). A présent, elle possède des liquidités équivalentes à la valeur de l’obligation. Aucun changement ne s’est produit dans son bilan.

Parallèlement, la Fed possède un actif supplémentaire (l’obligation)… rangé dans son coffre-fort, où il est tout aussi inerte qu’un grain de blé placé dans la tombe d’un pharaon.

La Banque centrale n’avait pas d’argent réel pour acheter l’obligation. Elle a créé de l’argent sorti de nulle part en augmentant les soldes des réserves obligatoires, au sein des banques : c’est là que l’histoire se complique un peu.

De l’argent surgi du néant pour un échange gagnant-perdant

Cet argent « créé à partir de rien » n’est pas ce type de « quelque chose » qu’il vous faut pour qu’il en ressorte quoi que ce soit. Il a fait augmenter le cours des obligations et baisser leurs rendements, de sorte que les emprunteurs sont gagnants et les épargnants sont perdants. Voilà l’effet net qui a été produit.

C’était une mauvaise idée.

Le progrès économique dépend de l’épargne et non des dépenses. L’argent réel économisé représente ce « quelque chose » qui fournit des capitaux pour de nouvelles usines, de nouveaux bâtiments, de nouveaux services, de nouveaux emplois, et une nouvelle productivité.

Mais ce n’est pas ce que l’Etat a fait. En abaissant les taux d’intérêt réels, l’Etat a découragé l’épargne. Et l’économie réelle a ralenti.

Parallèlement, des taux d’emprunt artificiellement bas – et les 9 000 Mds$ d’argent frais émis par les banques centrales – ont produit un effet spectaculaire sur l’économie financière. Qu’allait-on faire de tout cet argent ?

Les banques, ainsi que d’autres acteurs majeurs, n’ont pas eu grand choix.

Que pouvaient-ils faire ?

Acheter des actions ! Et le marché actions a prospéré.

Alors que se passerait-il si les banques centrales retiraient cet argent, à présent ?

Imaginez qu’elles fassent tourner la vanne des liquidités dans l’autre sens. Qu’au lieu d’acheter des obligations, elles les vendent. Qu’au lieu d’injecter de l’argent dans le système, elles l’en retirent. Qu’au lieu d’encourager les investisseurs à acheter des actions, elles les encouragent à acheter des obligations.

Que se passerait-il, alors ?

Que se produit-il sur les marchés actions internationaux lorsque 9 000 Mds$ disparaissent ?

Que se passe-t-il lorsque ce « quelque chose » que l’Etat a injecté devient « quelque chose » que l’on retire… lorsque l’Etat désamorce la pompe… lorsqu’il assèche les liquidités que le marché actions a absorbé entre 2009 et 2017 ?

Aïe aïe aïe !

Personne n’a envie de le savoir… et encore moins tous les responsables de banque centrale qui ont fabriqué ce problème.

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Bill Bonner
Bill Bonner
Fondateur de AGORA

Né en 1948, Bill Bonner est le fondateur d’AGORA, le plus large réseau d’entreprises indépendantes de presse spécialisée au monde.

En 1978, depuis sa ville natale, Baltimore (Maryland, Etats-Unis), Bill Bonner a voulu développer un « marché » (« Agora » en grec) des idées. Pas de l’information homogénéisée telle que les médias grand public relayent sur nos écrans et journaux, mais une source d’idées diverses avec des opinions et des avis originaux, alternatifs et surtout utiles. Bill a à cœur d’aider les lecteurs à mieux comprendre le monde dans lequel ils vivent, et à agir en conséquence. Que ce soit en matière de géopolitique, de macro-économie ou tout simplement dans le domaine de l’épargne, Bill incite ses lecteurs à cultiver un esprit vif et anticonformiste.

« Parfois nous avons raison, parfois nous avons tort, mais nous sommes toujours dans le questionnement », telle est la devise de Bill.

Bill a également co-écrit des livres qui ont tous figuré dans la liste des best-sellers du New York Times et du Wall Street Journal : L’inéluctable faillite de l’économie américaine (2004), L’Empire des dettes. À l’aube d’une crise économique épique (2006) et Le Nouvel Empire des dettes. Grandeur et décadence d’une bulle financière épique (2010).

Dans son dernier livre, Hormegeddon, quand trop de bien nuit (2015), paru aux Belles Lettres (www.lesbelleslettres.com), Bill décrit ce qu’il advient lorsque l’on abuse d’une bonne chose dans les sphères de la politique, de l’économie et des affaires. En bref, trop de bien conduit au désastre.

Vous pouvez retrouver les notes de Bill au quotidien dans La Chronique Agora.

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