Où sont les nouveaux emplois ?

Rédigé le 1 septembre 2017 par | Bill Bonner, Richesse Imprimer

Nouveau principe :

Un nouveau gouvernement ne peut faire de bonnes choses qu’en défaisant les bonnes choses que les précédents gouvernements affirment avoir réalisées.

C’est-à-dire qu’il n’apporte rien de bien en rajoutant ses propres programmes. Il ne peut améliorer les choses qu’en éliminant les programmes idiots déjà en place.

Ca, c’est un problème majeur pour un nouveau président.

Car ce sont les gens en charge du gouvernement (le Deep State) qui mettent en place ces programmes dont ils continuent de profiter.

Et ils n’y renoncent pas volontiers.

C’est ainsi qu’en l’an de grâce 2016, Donald J. Trump regarda autour de lui et découvrit que la vie des Américains était devenue bien pénible.

Par rapport au siècle dernier, ils étaient moins nombreux à détenir un emploi leur permettant de « gagner leur vie ». Ils ne pouvaient pas s’acheter ce qu’ils voulaient car les prix avaient grimpé trop vite par rapport à leurs revenus réels.

Dans le même temps, les quelques personnes qui étaient riches et puissantes se moquaient d’eux, les traitant de « déplorables » et « d’électeurs mal informés » qui vivent dans « l’Amérique profonde »… hissent le drapeau américain sur le pas de leur porte… ne consomment pas de lattes et ne pratiquent pas le Pilates ne reconnaissent pas un vin français à la forme de la bouteille… et ne sont ni gay, ni bisexuels, ni adeptes du sans gluten.

« Le Donald » a parlé au nom de ces masses opprimées, le lumpenproletariat de l’Amérique. Et il a promis de tout arranger.

Il a promis de nous ramener au pays où « ruissellent le lait et le miel »… comme c’était avant. Nous pourrions à nouveau extraire du charbon. Nous pourrions relancer les usines de Youngstown, Gary et Toledo.

Les pompistes bondiraient de leurs tabourets et recommenceraient à remplir nos réservoirs et à laver nos pare-brises. Nous serions fiers à nouveau.

Au Detroit Economic Club, durant l’été 2016, le candidat Trump a pesté contre « la plus faible reprise enregistrée depuis la Grande Dépression ». Et ensuite… il s’est servi d’une métaphore qui marquerait la Ville de l’Automobile en ajoutant : « je veux une Amérique qui démarre au quart de tour ».

Plus tard, à Chicago, il a promis qu’il « serait le plus grand président créateur d’emploi que Dieu ait jamais créé ».

« Nous allons avoir une croissance de l’emploi comme vous n’en avez jamais vu », a-t-il prédit.

Cela a suffi à le faire passer en tête dans le Michigan, l’Ohio et en Pennsylvanie… ce qui l’a propulsé à la tête de l’Amérique.

A présent, au moment où les sonneries des écoles retentissent à nouveau, où le soleil s’est déjà éloigné de son zénith pour l’année 2017, il est temps de demander la chose suivante à ses partisans : « qu’est-ce que cela a donné, pour vous ? »

Un Empire dégénéré présidé par une potiche

Ouh la, cher lecteur… Vous êtes probablement en train de vous dire : « ça y est, c’est reparti… il va critiquer le président ».

Mais ce n’est pas une critique de M. Trump. Il a fait précisément ce que nous pensions, ce que presque tous les présidents auraient fait, dans sa situation.

Peut-être bien que nous souhaitons un héros qui s’attaquera « au système » et reprendra les choses en main. Mais ce n’est pas ainsi que fonctionne un empire vieillissant, dégénéré et dirigé par l’élite du Deep State solidement établie. Le président n’est pas aux commandes ; on ne peut le tenir pour responsable. Ce n’est qu’un figurant évoluant dans une pièce de théâtre bien plus vaste.

M. Trump nous dit que son gouvernement a « créé des millions de nouveaux emplois ». Ces chiffres proviennent du département du Travail, dont la mission est de les manipuler. Il s’agit des statistiques de croissance des emplois non-agricoles au cours des six premiers mois de l’année.

Avant d’examiner ces chiffres par rapport aux précédentes statistiques relatives à la création d’emplois, revenons à notre maxime et regardons de plus près.

Lorsqu’un président dit qu’il « a créé » des emplois, il parle pour la galerie. Les présidents ne créent pas d’emplois. Leurs gouvernements non plus.

Le Congrès peut passer des lois, revendiquer la création d’emplois. Mais tout ce qu’il peut faire, c’est prendre de l’argent à certains et le donner à d’autres. Il crée surtout de faux « emplois » qui n’existeraient pas dans un monde gagnant-gagnant.

Sans marchés permettant la « découverte » des prix, sans concurrence permettant d’éliminer ceux qui ont de mauvaises performances, et sans bénéfices (ou pertes) permettant de définir le score, il n’existe aucun moyen de savoir si un travail vaut la peine d’être effectué ou non. Voilà pourquoi la plupart des emplois créés par l’Etat finissent en emplois zombies.

Les « emplois créés » ponctionnent de l’argent et des ressources sur l’économie réelle, et réduisent le nombre d’emplois réels. [NDLR : vous voulez des plus-values, du rendement et que votre épargne finance l’économie réelle, vraiment créatrice de richesse ? Découvrez ici comment faire très simplement.]

Par conséquent, une nouvelle équipe à la Maison Blanche ne peut augmenter le nombre d’emplois réels qu’en opérant des coupes dans les programmes bidon mis en place par les précédentes équipes, notamment ceux qui empêchent les nouvelles et petites entreprises de progresser, où de nouveaux secteurs se forment, où de nouvelles embauches ont lieu.

La création d’emplois est en baisse

C’est ce que semblait promettre M. Trump en 2016 : nous débarrasser du poids de l’Etat, des compères et des zombies, en réduisant la réglementation et le gaspillage des dépenses, en diminuant les impôts, les emprunts et le baratin.

Alors… que s’est-il passé jusqu’à présent ?

Peut-être avons-nous raté quelque chose mais, à notre connaissance, aucune mesure significative n’a été prise dans ce sens.

Rien de ce qui compte pour le Deep State — l’argent et le pouvoir – n’a été menacé. D’après ce que nous pouvons dire, le démarrage au quart de tour a subi des ratés.

L’économie continue de tourner à contrecoeur, sans augmentation de la production. Au contraire, les secteurs clés – l’immobilier, l’automobile et la restauration — affichent tous une activité en baisse.

Les consommateurs semblent commencer à manquer d’argent : c’est exactement ce à quoi l’on peut s’attendre en fin de cycle d’expansion (aussi faible soit-elle).

Et quid de la progression de l’emploi ?

Il s’avère que le taux de création de nouveaux emplois a baissé et non augmenté. Selon le Fiscal Times :

« Non seulement cette progression de l’emploi sur six mois ne peut être qualifiée de ‘démarrage au quart de tour’, mais elle reflète un ralentissement de la création d’emplois par rapport aux six mois précédant la prise de fonction de M. Trump.

Depuis le mois de janvier dernier, la progression mensuelle du marché total de l’emploi, aux Etats-Unis, a baissé de 2% par rapport aux six mois précédents, et de 9% par rapport à l’ensemble de l’année 2016. »

Et ce pauvre Etat du Michigan. Au cours des six derniers mois du gouvernement Obama, l’Etat a créé 7 850 nouveaux emplois par mois. Sous le gouvernement Trump, la progression de l’emploi a chuté à 2 550 emplois par mois, soit un plongeon de près de 70%.

La Pennsylvanie a vu ses emplois chuter, elle aussi, mais ce n’est pas aussi catastrophique. Au dernier semestre 2016, elle affichait 6 000 créations d’emplois par mois. Ce chiffre a chuté d’un tiers au cours du premier semestre du gouvernement Trump.

Je le répète, je ne critique pas une ex-star de la téléréalité. Cela aurait été miraculeux qu’il comprenne ce qui se passe, à plus forte raison qu’il soit capable de faire bouger les choses dans la direction qu’il souhaitait, quelle qu’elle soit.

La véritable histoire dépasse tout cela… elle est plus inquiétante… et plus intéressante. On y trouve beaucoup de méchants mais très peu de véritables héros.

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Bill Bonner
Bill Bonner
Fondateur de AGORA

Né en 1948, Bill Bonner est le fondateur d’AGORA, le plus large réseau d’entreprises indépendantes de presse spécialisée au monde.

En 1978, depuis sa ville natale, Baltimore (Maryland, Etats-Unis), Bill Bonner a voulu développer un « marché » (« Agora » en grec) des idées. Pas de l’information homogénéisée telle que les médias grand public relayent sur nos écrans et journaux, mais une source d’idées diverses avec des opinions et des avis originaux, alternatifs et surtout utiles. Bill a à cœur d’aider les lecteurs à mieux comprendre le monde dans lequel ils vivent, et à agir en conséquence. Que ce soit en matière de géopolitique, de macro-économie ou tout simplement dans le domaine de l’épargne, Bill incite ses lecteurs à cultiver un esprit vif et anticonformiste.

« Parfois nous avons raison, parfois nous avons tort, mais nous sommes toujours dans le questionnement », telle est la devise de Bill.

Bill a également co-écrit des livres qui ont tous figuré dans la liste des best-sellers du New York Times et du Wall Street Journal : L’inéluctable faillite de l’économie américaine (2004), L’Empire des dettes. À l’aube d’une crise économique épique (2006) et Le Nouvel Empire des dettes. Grandeur et décadence d’une bulle financière épique (2010).

Dans son dernier livre, Hormegeddon, quand trop de bien nuit (2015), paru aux Belles Lettres (www.lesbelleslettres.com), Bill décrit ce qu’il advient lorsque l’on abuse d’une bonne chose dans les sphères de la politique, de l’économie et des affaires. En bref, trop de bien conduit au désastre.

Vous pouvez retrouver les notes de Bill au quotidien dans La Chronique Agora.

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