Comment Trump se retourne contre la Fed

Rédigé le 30 août 2018 par | Banques Centrales Imprimer

Le vrai tableau économique des Etats-Unis ne ressemble pas à celui des tweets de Trump, et les baisses d’impôts ne paient pas.

L’économie américaine – et tous ses 20 000 milliards de dollars – résumée en un seul tweet (toute ressemblance entre ceci et ce que pourrait écrire le président des Etats-Unis d’Amérique n’est que pure coïncidence) :

« Regardez le Dow (sommet historique)… ou le chômage (plancher historique)… Les baisses d’impôts, CA MARCHE ! La guerre commerciale aussi ! Ceux qui disent le contraire sont des FDP jaloux ! »

Dans le monde de la téléréalité – et dans les spectacles de catch –, on augmente la tension dramatique en créant des personnalités simplifiées, caricaturales, et en créant des conflits entre elles. Le public allume son poste pour découvrir comment ces querelles seront résolues.

Dans le monde du catch professionnel, c’est relativement simple.

L’un des lutteurs insulte ou défie un autre. Leurs femmes et petites amies sont amenées sur scène pour faire grimper un peu la tension. Il y a quelques bousculades dans les vestiaires – filmées par les caméras de sécurité ! – et tout est en place pour qu’ils puissent régler ça aux poings, sur le ring.

Un tweet n’est pas assez long pour élaborer une politique, une idée ou une pensée complète. Mais c’est parfait pour ce genre d’émoustillement.

Le président Trump s’en sert pour maintenir l’intérêt de ses fans. Il a par exemple déclaré, par tweet interposé, que le dirigeant légal de la Corée du Nord était « un sale type », un « maniaque », avant de le traiter de « rocket man ».

Cela a retenti jusqu’à Singapour – où le président américain a déclaré qu’il serait « honoré » de rencontrer Kim Jong-Un.

A la fin de la réunion, le président américain a annoncé sa victoire et déclaré que la Corée du Nord n’était « plus une menace nucléaire ».

Les querelles entre célébrités font partie de la stratégie publicitaire du monde du divertissement.

Trump contre Jimmy Fallon, Arnold Schwarzenegger, LeBron James, Rosie O’Donnell, Mark Sanford, Robert DeNiro, et ainsi de suite.

Et en politique ? Trump contre Hillary, John McCain, Ted Cruz, Omarosa Manigault, et ainsi de suite.

Tous dans la même équipe – celle du Deep State

Dans le monde de la politique comme dans celui du divertissement, les ennemis semblent se sauter à la gorge – mais ils sont en réalité dans la même équipe.

Dans le monde du divertissement, généralement, l’audimat et la réputation des deux adversaires grimpent généralement.

Dans le monde politique, même si les élections n’attribuent la victoire qu’à un seul des candidats, ils jouent tous le même jeu.

Le système politique fait passer l’argent et le pouvoir du public vers les politiciens, leurs dresseurs, leurs compères et leurs clients zombies.

Diverses coalitions mouvantes se disputent au sujet de qui obtient quoi… mais tous sont en faveur d’un grand gouvernement ambitieux – dont ils prendraient la tête.

Les querelles entre célébrités se sont révélées très efficaces comme outil politique aussi, parce qu’elles offrent un raccourci très pratique aux électeurs. Des sujets complexes sont réduits à un simple concours de popularité.

Trump ou Hillary ? Choisissez votre champion – inutile d’y réfléchir plus que ça.

Tout cela fait que nous attendons avec impatience la prochaine guerre de tweets entre Le Donald et le président de la Fed, Jerome Powell.

Le président US a déjà planté le décor dans un tweet où il annonçait ne pas être « emballé » par la hausse des taux.

Lorsque le krach/récession arrivera, ces questions complexes seront simplifiées en bataille de personnalité.

Le président accusera Powell de détruire sa belle économie. Powell n’a peut-être pas la moindre idée du jeu auquel joue Trump. Il répondra avec des arguments raisonnés… et finira par céder lorsque les coups commenceront à pleuvoir.

La pression commence peut-être déjà à l’affecter, d’ailleurs. Certains ont interprété les remarques de Powell à Jackson Hole vendredi dernier comme étant « dovish ». Selon Powell, « […] il ne semble pas y avoir de risque élevé de surchauffe », signalant que les hausses de taux pourraient être mises en pause.

Les marchés ont immédiatement réagi – en achetant plus d’actions. Le S&P 500 a atteint un sommet historique.

Mais la véritable bataille n’a pas encore eu lieu – il faudra peut-être l’attendre un an ou deux.

Pour l’instant, regardons un peu au-delà des tweets… et voyons pourquoi cet affrontement n’est qu’une question de temps.

Un gadget fiscal

Pour cela, nous avons les récents chiffres sur la baisse d’impôts.

Ses partisans, menés par M. Trump, ont affirmé qu’elle créerait de la croissance, des emplois et des revenus.

Ses critiques – dont votre correspondant fait partie – affirmaient quant à eux que c’était un gadget qui ne ferait qu’augmenter le déficit (transférant ainsi le fardeau de la dette vers les générations futures).

On ne connaîtra pas le résultat final avant un petit bout de temps, et même là, il sera sujet à controverse. Mais il vaut la peine de se pencher sur les premières données.

Pour que la baisse d’impôts « marche », elle doit générer assez de PIB supplémentaire (emplois, revenus, recettes fiscales) pour s’auto-rembourser. C’était en tout cas ce qui avait été promis.

Mais les baisses d’impôts sont comme la dette, la Russie et les mariages malheureux : on y entre facilement mais on en ressort difficilement. La plupart du temps, on finit par souhaiter n’y avoir jamais mis les pieds.

Pour commencer, les revenus personnels n’ont à ce jour pas grimpé. Ils ont baissé. Bloomberg :

« Une fois inclus l’effet de l’inflation, les salaires horaires des Américains moyens sont inférieurs à leur niveau d’il y a un an.

Les salaires réels stagnent, pour la majorité, en dépit de la croissance économique, des records boursiers, de l’envolée des profits des entreprises et d’une relance géante financée par les déficits et née de la baisse d’impôt de Trump, qui a pris effet au 1er janvier. L’administration Trump a affirmé que sa politique ferait immédiatement grimper les salaires, la restructuration fiscale ajoutant à terme de 4 000 $ à 9 000 $ au salaire moyen.

Cela ne s’est pas produit. Même si Trump se vante régulièrement des performances de l’économie, de nombreux Américains ont le sentiment de ne pas partager ces gains – un risque pour les républicains, qui doivent défendre leur majorité au Sénat et au Parlement durant les élections de novembre.

Une majorité d’électeurs pensent que leur situation financière personnelle est restée la même ou s’est aggravée au cours des deux dernières années, a déclaré Tim Malloy, assistant directeur du sondage de la Quinnipiac University ».

[NDLR : Et si vous vous construisiez un revenu supplémentaire… simplement et rapidement… et qui ne dépend pas du bon vouloir des politiques ? Tout est expliqué ici…]

Qu’en est-il de l’affirmation que la baisse « s’auto-rembourserait » ?

Le gouvernement fédéral prélève environ 16,5% du PIB du pays sous forme de taxes. Cela signifie que l’économie devait générer 6 $ de PIB supplémentaire pour chaque dollar perdu à cause de la baisse d’impôts.

A défaut, les recettes fiscales chuteraient et la dette augmenterait ; nous dépenserions l’argent que nos enfants et petits-enfants n’ont pas encore gagné, en d’autres termes.

Dès le départ, ce pari semblait très peu probable. Nous voyons à présent, sur le trimestre passé, que les recettes fiscales ont chuté dans des proportions quasi-similaires à la baisse d’impôts – 6%.

Il n’y a pas eu de compensation apparente de la part d’une économie en croissance ; la baisse d’impôts n’a même pas versé la première mensualité de son propre remboursement.

Comme nous l’avions prédit aussi, les déficits et la dette ont continué de se creuser. Les comptes américains de juin montrent un déficit à 75 milliards de dollars, soit 607 milliards de dollars à ce jour sur l’ensemble de l’année – une hausse de 16% par rapport à l’année précédente. En juillet, il s’est aggravé, à 76,9 milliards de dollars. La dette gouvernementale nette totale a augmenté de 1 300 milliards de dollars sur les 12 derniers mois.

Bref, à ce stade rien ne suggère que l’économie soit prête à se lancer dans une nouvelle valse. La fête dure depuis longtemps. Les fêtards sont épuisés. Les cendriers sont pleins. La Fed commence à ranger les bouteilles. La police a installé un barrage et des alcootests au coin de la rue.

Bientôt… quelqu’un va éteindre les lumières.

Alors, tandis que les ivrognes titubent vers leurs voitures… que les marchés dégringolent et que l’économie s’effondre… aux petites heures du jour, avant l’ouverture de la bourse – M. Powell pourra travailler ses tweets.

Bill Bonner
Bill Bonner
Fondateur de AGORA

Né en 1948, Bill Bonner est le fondateur d’AGORA, le plus large réseau d’entreprises indépendantes de presse spécialisée au monde.

En 1978, depuis sa ville natale, Baltimore (Maryland, Etats-Unis), Bill Bonner a voulu développer un « marché » (« Agora » en grec) des idées. Pas de l’information homogénéisée telle que les médias grand public relayent sur nos écrans et journaux, mais une source d’idées diverses avec des opinions et des avis originaux, alternatifs et surtout utiles. Bill a à cœur d’aider les lecteurs à mieux comprendre le monde dans lequel ils vivent, et à agir en conséquence. Que ce soit en matière de géopolitique, de macro-économie ou tout simplement dans le domaine de l’épargne, Bill incite ses lecteurs à cultiver un esprit vif et anticonformiste.

« Parfois nous avons raison, parfois nous avons tort, mais nous sommes toujours dans le questionnement », telle est la devise de Bill.

Bill a également co-écrit des livres qui ont tous figuré dans la liste des best-sellers du New York Times et du Wall Street Journal : L’inéluctable faillite de l’économie américaine (2004), L’Empire des dettes. À l’aube d’une crise économique épique (2006) et Le Nouvel Empire des dettes. Grandeur et décadence d’une bulle financière épique (2010).

Dans son dernier livre, Hormegeddon, quand trop de bien nuit (2015), paru aux Belles Lettres (www.lesbelleslettres.com), Bill décrit ce qu’il advient lorsque l’on abuse d’une bonne chose dans les sphères de la politique, de l’économie et des affaires. En bref, trop de bien conduit au désastre.

Vous pouvez retrouver les notes de Bill au quotidien dans La Chronique Agora.

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Un commentaire pour “Comment Trump se retourne contre la Fed”

  1. Ce qui est terrifiant c’est le poids de politiques de personnalités insignifiantes, stupides et issues du show hollywoodien qui n’ont jamais vécu la réalité. Une pensée plus que négative sur l’avenir de la planète que ces crétins sont en train de détruire pour des assets bassement à court terme. Misérable.

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