Trump est-il un César des temps modernes ?

Rédigé le 21 juin 2017 par | Bill Bonner, Deep State Imprimer

La semaine dernière, une partisane de Donald Trump, a fait irruption sur scène dans un théâtre de Central Park.

Elle manifestait contre une représentation de Jules César, de William Shakespeare, dans laquelle le personnage principal, qui ressemblait exactement au président américain, est poignardé à mort.

Les producteurs de la pièce avaient « du sang sur les mains », a-t-elle hurlé. Elle a affirmé qu’ils normalisaient la violence aux yeux des gens.

Pendant ce temps, Newt Gringrich, autre partisan de Trump, établissait un parallèle en expliquant que son pote se faisait poignarder dans le dos par les initiés du Deep State.

« L’ancien ordre est résolu à détruire Trump », pouvait-on lire à la une du Times de Londres. Le journal interviewait Gingrich qui a déclaré : « c’est tout un establishment qui se rebelle contre le président élu des Etats-Unis ».

« C’est très grave » a-t-il poursuivi. « Ce gars représente carrément une menace de mort pour le système qui s’est développé au cours de ces 50 ou 60 dernières années, et ils feront tout ce qu’ils peuvent pour tenter de l’arrêter ».

Comme Jules César, le président Trump a revêtu la pourpre. Il ose diriger. A présent, les autres – des rivaux jaloux et apeurés – affûtent leurs couteaux.

A la Chronique, nous avons, nous aussi, comparé le président à César. Nous l’avons fait avec une touche de fantaisie. Aujourd’hui, nous abordons ce sujet de manière plus sérieuse.

Trump est-il un César des temps modernes ? Ses adversaires sont-ils des traitres… ou des patriotes ?

Jules César était un homme remarquable. Son père est mort alors que Jules César avait 16 ans, en laissant peu d’argent à son fils et, pire encore, en laissant sa famille dans le mauvais camp de la guerre civile.

Jules a dû faire profil bas. Il s’est engagé dans l’armée uniquement pour garder ses distances avec la clique au pouvoir.

Il fut un bon soldat.

Un incident survenu dans sa jeunesse mérite d’être rappelé. Il avait été capturé par des pirates, qui demandaient une rançon de 20 talents pour le libérer. Jules fut contrarié qu’ils demandent si peu. Il leur suggéra d’augmenter la rançon à 50 talents.

Il les avertit également qu’il les pourchasserait et qu’il les crucifierait s’il les attrapait. Et c’est ce qui arriva. Dès sa libération, il engagea une flotte privée et captura les pirates. Puis, dans un élan de clémence, il leur trancha la gorge avant de les crucifier.

La Gaule n’est pas l’Afghanistan

La célébrité et la fortune de César arrivèrent plus tard, lorsqu’il conquit la Gaule.

Rien à voir avec ce qui se passe actuellement en Afghanistan, où l’on bombarde et « drone » les insurgés, ni avec la stratégie du « surge » [NDR : envoi de renforts] de Petraeus, en Irak.

César a passé des années à quadriller l’actuelle France et à combattre des dizaines de tribus redoutables. Ses ennemis étaient organisés… souvent bien dirigés… et parfois même le dépassaient en nombre, le rapport allant jusqu’à 4 contre 1.

A la bataille d’Alésia, par exemple, César captura Vercingétorix, qui avait fédéré de nombreuses tribus gauloises contre les Romains. Les troupes de César parvinrent à contraindre les Gaulois à se replier sur leur base. L’idée était de les encercler là et de les affamer au point qu’ils se rendent.

César construisit un mur tout autour du camp, où 80 000 personnes furent détenues. Vercingétorix tenta de faire partir les femmes et les enfants. La nourriture commençait rapidement à manquer. Mais César refusa de les laisser passer. Ils se retrouvèrent pris entre deux feux, affamés.

Ensuite, d’autres tribus alliées de Vercingétorix arrivèrent pour briser le siège. Alors César érigea une enceinte extérieure pour protéger les Romains de ces troupes venues à la rescousse et menaçant ses arrières.

Mais ainsi, il se retrouva piégé entre les deux armées gauloises. Vercingétorix l’attaquait de l’intérieur. Ses alliés l’attaquaient de l’extérieur. Si les défenses romaines avaient cédé, César et ses soldats auraient été anéantis, tués, ou transformés en esclaves. Il n’y avait aucun moyen de s’échapper.

Grâce à ces fortifications et à la discipline militaire, les Romains tinrent bon. Plus tard, César rédigea son célèbre récit de cette campagne. « je suis venu, j’ai vu, j’ai vaincu ».

Désormais, il pouvait conduire ses loyaux soldats à Rome et s’emparer du pouvoir.

La transformation d’une république en empire

César traversa le Rubicon et se fit proclamer dictateur, transformant l’ancienne République en empire.

Ensuite, Brutus, l’un de ses officiers lors de la conquête de la Gaule, s’unit à un complot afin de préserver la République. Ils assassinèrent Jules César dans la Curie de Pompée. Brutus, son vieux camarade de combat, lui porta le coup ultime.

Et Trump ? M. le président des Etats-Unis ?

Au moins, on ne peut reprocher « au Donald » d’avoir fait tomber l’Ancienne République. Elle a disparu depuis un demi-siècle.

Et vous ne pouvez reconnaître à ses ennemis le mérite d’avoir tenté de la protéger. En l’espèce, nous sommes plus proches des complots postérieurs contre les empereurs Claude et Marc Aurèle, qui ont régné plus tard.

A ce moment-là, il n’était plus question de faire renaître l’Ancien Empire. La seule question était la suivante, tout comme aujourd’hui : quelle faction du Deep State mettra la main sur le butin de l’empire ?

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Bill Bonner
Bill Bonner
Fondateur de AGORA

Né en 1948, Bill Bonner est le fondateur d’AGORA, le plus large réseau d’entreprises indépendantes de presse spécialisée au monde.

En 1978, depuis sa ville natale, Baltimore (Maryland, Etats-Unis), Bill Bonner a voulu développer un « marché » (« Agora » en grec) des idées. Pas de l’information homogénéisée telle que les médias grand public relayent sur nos écrans et journaux, mais une source d’idées diverses avec des opinions et des avis originaux, alternatifs et surtout utiles. Bill a à cœur d’aider les lecteurs à mieux comprendre le monde dans lequel ils vivent, et à agir en conséquence. Que ce soit en matière de géopolitique, de macro-économie ou tout simplement dans le domaine de l’épargne, Bill incite ses lecteurs à cultiver un esprit vif et anticonformiste.

« Parfois nous avons raison, parfois nous avons tort, mais nous sommes toujours dans le questionnement », telle est la devise de Bill.

Bill a également co-écrit des livres qui ont tous figuré dans la liste des best-sellers du New York Times et du Wall Street Journal : L’inéluctable faillite de l’économie américaine (2004), L’Empire des dettes. À l’aube d’une crise économique épique (2006) et Le Nouvel Empire des dettes. Grandeur et décadence d’une bulle financière épique (2010).

Dans son dernier livre, Hormegeddon, quand trop de bien nuit (2015), paru aux Belles Lettres (www.lesbelleslettres.com), Bill décrit ce qu’il advient lorsque l’on abuse d’une bonne chose dans les sphères de la politique, de l’économie et des affaires. En bref, trop de bien conduit au désastre.

Vous pouvez retrouver les notes de Bill au quotidien dans La Chronique Agora.

Un commentaire pour “Trump est-il un César des temps modernes ?”

  1. Comparaison entre Trump et César me semble plus qu’audacieuse. Trump n’a jamais eu de carrière militaire malgré un bref passage à 17 ans à l’Ecole militaire de New York (New York Military Academy, ou NYMA) décidé par ses géniteurs et sans y avoir laissé une trace mémorable de compétence militaire et n’a jamais fait l’expérience de gagner seul sa fortune. La seule comparaison possible est qu’il est actuellement poignardé dans le dos par le Deep Power qui veut lui imputer toutes les erreurs des zombies de ces 60 dernières années aux Etats-Unis.

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