De l’argent à gaspiller pour les bestioles du marigot

Rédigé le 6 février 2017 par | Bill Bonner, Deep State Imprimer

Les investisseurs semblent retenir leur souffle, comme un mari dissimulant à sa femme qu’il a fumé.

C’est juste une impression… et ce n’est pas la première fois que nous l’avons… mais on dirait qu’il en faudrait peu pour tous les faire fuir.

Et pendant ce temps…

Nous parvenons à une conclusion profonde (et désagréable aux yeux de nombreux lecteurs américains). Oui… nous cernons les profondeurs, et nous nous agrippons aux rebords sous peine de tomber au fond du puits.

C’est lié aux plans de M. Trump… et à la façon dont il pourrait réellement restituer sa Grandeur à l’Amérique…

… et dont les nations et individus pourraient mener leur existence, notamment leur existence financière : non pas en devinant ce que réserve l’avenir, mais en faisant ce qu’il faut maintenant.

Chaque jour, de nouveaux gros titres font la une. Trump fait ceci. Trump fait cela. Bon ? Mauvais ? Désormais, nous disposons d’une formule pour en juger.

« Trump a l’intention de détricoter la loi Dodd-Frank » clame le Wall Street Journal du vendredi 3 février.

Gagnant-gagnant ? Ou gagnant-perdant ? La réponse est simple : gagnant-gagnant ! Comment le savons-nous ? Parce que la loi Dodd-Frank n’a pas été volontaire. On ne pouvait pas dire « non ».

Et ceci encore, également dans le Wall Street Journal : « le gouvernement Trump a décidé d’imposer de nouvelles sanctions à des dizaines d’entités iraniennes ».

Gagnant-gagnant ? Ou gagnant-perdant ? Vous connaissez la réponse : l’Iran n’a pas le choix, alors c’est gagnant-perdant.

Un accord gagnant-gagnant se conclut par les deux parties de plein gré

Devrait-on envahir la Russie, si l’on pense que l’on va gagner ?

Devrait-on abattre le voisin et coucher avec sa femme, s’il l’on pense que l’on s’en sortira impunément ?

Devrait-on faire baisser les taux d’intérêt si l’on croit que cela va stimuler l’économie ?

Nous avons vu que seuls les accords gagnant-gagnant contribuent à la satisfaction du monde. Et nous avons vu qu’il n’y a qu’un seul critère sur lequel il faut s’interroger : les parties – comme un couple qui se marie – concluent-elles cet accord de leur plein gré ?

Peut-être n’obtiendront-elles pas ce qu’elles recherchent, mais elles obtiendront certainement ce qu’elles méritent.

Bien sûr, toute union a autant de chances de produire un monstre qu’un Mozart. Mais on ne peut stériliser toute l’humanité, ni tenir le futur à distance.

Les lendemains finissent toujours par arriver. Et ils sont toujours plein de surprises : missions avortées, cadavres et pertes inattendues.

Un représentant d’une région aride de la Grèce prononce un discours enflammé à l’assemblée… l’air chaud jaillissant de sa bouche rencontre l’air froid provenant de l’Olympe… et des pluies torrentielles provoquent des inondations éclair en Californie.

Tout ce que nous savons – et encore de façon imparfaite – c’est quel type d’accord se conclut aujourd’hui.

Est-il gagnant-gagnant ? Ou gagnant-perdant ? Est-il consensuel ? Ou est-ce un viol ? Est-il du type « traite les autres comme tu voudrais être traité » ? Ou s’arrête-t-il à « traite les autres » ?

Les accords gagnant-perdant ne contribuent pas à la richesse réelle. Et une fois que vous empruntez cette voie, elle vous mène à la pauvreté… si ce n’est à l’enfer. [NDLR : L’euro était-il un contrat gagnant-gagnant ? De nombreux pays semblent à l’usage penser que non. Le futur de l’euro semble bien compromis : Alan Grenspan, l’ancien président de la Fed, nous a révélé en exclusivité pourquoi il pensait que les jours de la monnaie unique étaient comptés. Cliquez ici pour prendre connaissance de cet étonnant témoignage.]

Pouvez-vous refuser ce qu’on vous propose ?

Comme nous l’avons vu, la réglementation, la législation… les ententes entre compères ainsi que les avantages accordés aux zombies, financés avec de l’argent falsifié… ont frappé l’Amérique profonde. Les Américains qui y vivent sont perdants. Les gagnants, eux, résident dans les marigots, sur les côtes américaines.

Alors examinons deux autres propositions du « Donald ».

Ses propositions d’allègements fiscaux, par exemple.

A première vue, c’est un accord gagnant-gagnant. L’Etat vous ponctionne moins. Il vous reste plus d’argent pour conclure des accords gagnant-gagnant.

Attendez… Vous dites qu’il propose également de supprimer la déductibilité des intérêts pour les entreprises ?

Zut ! Gagnant-perdant.

Bon, passons aux ponts, digues, routes et docks. Le président dit qu’il veut dépenser davantage en infrastructures.

Est-ce que ce sera rentable ? Qui sait ? Certains projets seront utiles. D’autres non.

Les politiciens, les prestataires de l’Etat et les initiés en profiteront sûrement. Certaines personnes utilisant ces équipements en profiteront par accident. Toutes les autres paieront pour des choses qu’elles ne veulent pas ou bien n’utilisent pas.

Mais inutile de jouer aux devinettes. Il suffit de se demander la chose suivante : peut-on simplement dire « non » ?

Si l’on ne peut pas, alors pour les bestioles du marigot c’est une façon de plus de gaspiller… et, pour tout le reste d’entre nous, une façon de plus de nous faire embobiner.

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Bill Bonner
Bill Bonner
Fondateur de AGORA

Né en 1948, Bill Bonner est le fondateur d’AGORA, le plus large réseau d’entreprises indépendantes de presse spécialisée au monde.

En 1978, depuis sa ville natale, Baltimore (Maryland, Etats-Unis), Bill Bonner a voulu développer un « marché » (« Agora » en grec) des idées. Pas de l’information homogénéisée telle que les médias grand public relayent sur nos écrans et journaux, mais une source d’idées diverses avec des opinions et des avis originaux, alternatifs et surtout utiles. Bill a à cœur d’aider les lecteurs à mieux comprendre le monde dans lequel ils vivent, et à agir en conséquence. Que ce soit en matière de géopolitique, de macro-économie ou tout simplement dans le domaine de l’épargne, Bill incite ses lecteurs à cultiver un esprit vif et anticonformiste.

« Parfois nous avons raison, parfois nous avons tort, mais nous sommes toujours dans le questionnement », telle est la devise de Bill.

Bill a également co-écrit des livres qui ont tous figuré dans la liste des best-sellers du New York Times et du Wall Street Journal : L’inéluctable faillite de l’économie américaine (2004), L’Empire des dettes. À l’aube d’une crise économique épique (2006) et Le Nouvel Empire des dettes. Grandeur et décadence d’une bulle financière épique (2010).

Dans son dernier livre, Hormegeddon, quand trop de bien nuit (2015), paru aux Belles Lettres (www.lesbelleslettres.com), Bill décrit ce qu’il advient lorsque l’on abuse d’une bonne chose dans les sphères de la politique, de l’économie et des affaires. En bref, trop de bien conduit au désastre.

Vous pouvez retrouver les notes de Bill au quotidien dans La Chronique Agora.

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