Trump a raison à propos de « l’autre version des faits »

Rédigé le 9 mars 2017 par | Bill Bonner, Liberalisme Imprimer

Dans l’espace public, il y a peu de faits incontestables que chacun puisse vérifier. Politiquement, la version alternative ou le mensonge, sont avantageux.

« Ne vous inquiétez pas. Avec les feux de broussaille, il y a toujours plus de peur que de mal ».

C’était le mot d’ordre, ce matin, lorsque nous avons demandé si l’incendie était maîtrisé. Les collines, à l’est de là où nous nous trouvons, sont toujours en feu. La nuit dernière, nous avons vu cette lueur orange, familière, dans de nombreux endroits, mais pas l’arc de feu que nous avions vu lundi soir.

« Nous sommes très conscients du danger » a déclaré Chris Curry, le manager de Rancho Santana..

« Cet incendie que vous avez vu la nuit dernière brûle depuis un mois. Jusqu’à présent, il est resté en haut des collines et il n’a pas vraiment fait de mal. Il brûle les feuilles mortes, mais les arbres sont toujours vivants. »

« Et s’il vient vers nous, nous sommes parés. Nous avons débroussaillé et ménagé un écran coupe-feu tout autour de la propriété. En outre, nous avons une équipe de 50 hommes qui sont entraînés à lutter contre un incendie, ni nécessaire. Les camions citernes sont toujours remplis d’eau… Ils sont prêts à intervenir dès que nous en avons besoin. »

« Je ne dis pas que cela ne peut pas mal tourner… mais je pense que nous sommes aussi bien préparés que possible ».

Les réalités du quotidien face aux dangers de « l’espace public »

Les feux de broussaille sont réels. Ils font partie des « réalités du quotidien », ici et dans d’autres parties du monde. Si vous les ignorez, c’est à vos risques et périls.

Mais quid des dangers présents dans « l’espace public » ?

Le terrorisme ? Les clandestins ? Les manipulateurs monétaires ? Les pratiques commerciales déloyales ?

De quel type de dangers s’agit-il ? Sur quel type de faits s’appuient-ils ? Des faits réels ? Une autre version des faits ? Ou aucun fait du tout ?

Hier, nous avons attendu un tweet…

Nous avions espéré que le président twitterait : « Le plan santé des républicains est nul. DOMMAGE ! », et qu’il ajouterait : « Laissons les gens payer eux-mêmes leurs maudits médicaments ».

Mais le tweet n’est jamais sorti…

A la place, Trump a déclaré qu’il était « fier » de ce nouveau plan, alors que les conservateurs, à l’intérieur et à l’extérieur de son propre parti, le critiquaient en disant que c’était une parodie.

Ensuite, à peine quelques minutes plus tard, M. Trump twittait qu’il « travaillait sur un nouveau système faisant jouer la concurrence au sein du secteur pharmaceutique ».

Mais qu’est-ce que c’est que ça ?

Est-ce l’oeuvre d’un génie… qui dissimule ses plans aux yeux mêmes de son propre parti ? Ou est-ce simplement du Trumpismo, selon lequel le président donne l’air de se battre pour le petit peuple… mais se contente de créer une diversion pendant que les initiés lui font les poches ?

Quelle est la vérité ?

Nous l’ignorons. Nous doutons qu’il la connaisse, lui aussi.

« L’autre version des faits » est une vérité politique

Aujourd’hui, notre thème est la vérité. Elle est difficile à déceler. Et difficile à raconter.

La plupart des gens ne parviennent jamais à la saisir. Nous disons « le temps nous le dira ». Mais souvent, même le temps n’arrive pas à extirper les mots.

Vous écoutez attentivement. Tout ce que vous saisissez, c’est un message confus, plein de « peut-être » et de « possibilités ». Il y a toujours beaucoup de bruit entre une cause et un effet… du moins en politique et en économie.

Les médicaments sont chers car l’Etat a mis en place un système de subventions et de mandats selon lesquels quelqu’un se procure des médicaments payés par quelqu’un d’autre.

C’est un système gagnant-perdant classique. En 1960, une famille moyenne dépensait en tout 150 $, environ, en frais médicaux. A l’heure actuelle, ces frais sont de 16 000 $… et ils ont progressé huit fois plus vite que les salaires au cours de ces 16 dernières années.

[NDLR : Savez-vous que vous pouvez investir très profitablement dans une révolution médicale ? Il s’agit de la légalisation par les Etats-Unis de la culture du cannabis à des fins médicales. La progression des entreprises pionnières de ce nouveau secteur est impressionnante. Pour en profiter, c’est ici.]

La solution est simple. L’Etat doit se dégager de là. Mais qui veut l’entendre ?

Pas les médias grand public. Pas les laboratoires pharmaceutiques. Pas les avocats véreux. Pas les compagnies d’assurance. Pas les millions de gens qui se font soigner aux frais des autres.

Même dans la vie privée, les mensonges sont généralement plus tentants que la vérité, aussi bien pour ceux qui les racontent que ceux qui les écoutent.

Un mensonge, c’est comme un bon whisky, cela glisse tout seul… et, ensuite, le buveur ressent une légère sensation de bien-être. Je ne plaisante pas. Des chercheurs ont découvert que lorsque les gens entendent ce qu’ils veulent, cela libère de la dopamine qui les fait un peu planer.

Il faut faire attention à la formulation. « Non, chéri(e)… ce vêtement ne te grossit pas », ne fonctionne peut-être pas comme vous l’auriez espéré. Mais, en général, les mensonges apaisants sont mieux acceptés que les vérités mordantes.

La vérité est difficile à dire aussi, car on ne l’a pas « sous la main ». Un feu de broussailles qui fait rage – sous vos yeux – est aussi « vrai » que quelque chose peut l’être. Mais dans la sphère publique, il n’existe pas de vérité comparable.

Bon nombre de personnes ont commenté la désinvolture de Donald Trump vis-à-vis de la vérité. Mais il a raison. Même s’il connaissait la vérité, les gens ne voudraient pas l’entendre.

Voilà pourquoi « une autre version des faits » vaut mieux que de véritables faits : il répond aux gens ce qui l’arrange.

Et en ce qui concerne les informations, seules les informations locales – qui parlent de feux de broussailles et d’accidents de la route – voient à peu près juste.

Bon nombre de personnes ont commenté la désinvolture de Donald Trump vis-à-vis de la vérité. Mais il a raison. Même s’il connaissait la vérité, les gens ne voudraient pas l’entendre.

Tout le reste est faux. Pas dans le sens où ce serait volontairement trompeur (bien que ce soit souvent le cas), mais simplement dans le sens où cela fait croire à une vérité et à une connaissance qui n’existent pas. En voici quelques exemples récents :

« Trump veut des pratiques commerciales loyales. »

« La Fed va bientôt amorcer un cycle de resserrement. »

« Les clandestins font grimper les statistiques de la criminalité en Amérique. »

« La Guerre contre le terrorisme avance. »

Y-a-t-il quelque chose de vrai, dans tout cela ? Non, pas un mot.

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Bill Bonner
Bill Bonner
Fondateur de AGORA

Né en 1948, Bill Bonner est le fondateur d’AGORA, le plus large réseau d’entreprises indépendantes de presse spécialisée au monde.

En 1978, depuis sa ville natale, Baltimore (Maryland, Etats-Unis), Bill Bonner a voulu développer un « marché » (« Agora » en grec) des idées. Pas de l’information homogénéisée telle que les médias grand public relayent sur nos écrans et journaux, mais une source d’idées diverses avec des opinions et des avis originaux, alternatifs et surtout utiles. Bill a à cœur d’aider les lecteurs à mieux comprendre le monde dans lequel ils vivent, et à agir en conséquence. Que ce soit en matière de géopolitique, de macro-économie ou tout simplement dans le domaine de l’épargne, Bill incite ses lecteurs à cultiver un esprit vif et anticonformiste.

« Parfois nous avons raison, parfois nous avons tort, mais nous sommes toujours dans le questionnement », telle est la devise de Bill.

Bill a également co-écrit des livres qui ont tous figuré dans la liste des best-sellers du New York Times et du Wall Street Journal : L’inéluctable faillite de l’économie américaine (2004), L’Empire des dettes. À l’aube d’une crise économique épique (2006) et Le Nouvel Empire des dettes. Grandeur et décadence d’une bulle financière épique (2010).

Dans son dernier livre, Hormegeddon, quand trop de bien nuit (2015), paru aux Belles Lettres (www.lesbelleslettres.com), Bill décrit ce qu’il advient lorsque l’on abuse d’une bonne chose dans les sphères de la politique, de l’économie et des affaires. En bref, trop de bien conduit au désastre.

Vous pouvez retrouver les notes de Bill au quotidien dans La Chronique Agora.

Un commentaire pour “Trump a raison à propos de « l’autre version des faits »”

  1. Qu’est-ce que la vérité ? Comment la définir ? Existe-t-il une vérité absolue ou bien une vérité perçue par chaque individu ?
    Comme vous l’écrivez dans votre article, Monsieur Bonner, le mensonge est plaisant et rassurant, surtout lorsqu’il conforte notre opinion. La vérité est parfois trop simple, trop limpide, trop dérangeante ou trop pénible pour être perçue ou reconnue. D’ailleurs, Cocteau disait : « La vérité est trop nue, elle n’excite pas les hommes. » Et même lorsqu’on bute sur la vérité, au lieu de se remettre en cause, bien souvent, on préfère, par confort ou facilité, l’ignorer. Churchill ne relevait-il pas : « Les hommes trébuchent parfois sur la vérité, mais la plupart se redressent et passent vite leur chemin comme si rien ne leur était arrivé. »

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