Trop de dette ou trop de crédit ?

Rédigé le 23 mai 2018 par | Argent public, Dette Imprimer

Il y a trop de dettes. Même Libération le dit, relayant les propos d’un « économiste atterré »…

Les morts-vivants de la dette et le méga karch à venir crédit

[NDLR : Savez-vous que quelques simples précautions à prendre dès aujourd’hui vous permettraient d’éviter le pire en cas de krach ? Découvrez-les ici.]

J’aime beaucoup lire les « économistes atterrés ». Ils sont une grande source d’inspiration.  Ce sont de fervents croyants de mythes et de miracles.

Comme vous le voyez au début de cet article, c’est la dette privée qui est mauvaise selon notre économiste atterré.

La dette publique, elle, est bonne. Elle ne zombifie pas.

Le miracle de Saint Fisc et le mythe selon Saint Keynes

Un truc mauvais quand il est privé, devient bon quand  il est public.

L’argent privé est sale. Il a été arraché par des êtres cupides à des pauvres. Mais l’argent public, lui est bon. C’est le « miracle de Saint Fisc » (1) qui transforme une chose vile en une chose bonne. Saint Fisc arrache son argent au méchant qui le détient et cet argent va servir le « bien public ».

Le miracle de Saint Fisc s’applique également à la dette. La dette privée est sale. Elle est contractée par des êtres avides qui veulent un « effet de levier » et vont ensuite saigner des débiteurs pour avoir du retour sur investissement. La dette publique, elle, est bonne. Elle va « réduire les inégalités », ce qui est un noble motif.

Saint Keynes a dit que l’argent public crée plus de richesse que l’argent privé. C’est ce qu’on appelle le « multiplicateur keynésien » auquel croient les économistes atterrés et les politiciens qui aiment bien brasser l’argent des autres.

Selon Saint Keynes, si l’Etat investit 1 €, son retour sur investissement sera supérieur à celui des personnes privées. Un misérable entrepreneur isolé, poursuivant de coupables intérêts égoïstes, peut se tromper. Il peut faire faillite, son retour sur investissement peut être négatif. Mais un fonctionnaire, lui, sait. Il n’est pas aveuglé par la cupidité. Il poursuit le « bien public » et l’argent va fructifier.

Notre économiste atterré enfonce le clou :

« La dynamique de la dette privée est donc la cause majeure des expansions et des récessions. C’est la raison pour laquelle la plupart des économistes mainstream, qui négligent le rôle joué par la dette privée, n’ont pu prédire la crise de 2008. Et pourquoi ils n’anticiperont pas plus la suivante. […]

L’Etat devrait intervenir dans l’économie en augmentant les dépenses publiques ou en baissant les impôts payés par les classes pauvres et moyennes ».

Mais au fait, pourquoi y aurait-il trop de dette privée ?

L’envers de la dette, c’est le crédit.

Autrefois, le crédit était adossé à de l’argent déjà existant, de l’épargne. Le cycle de crédit se régulait très facilement. Un mauvais crédit n’était pas remboursé. L’épargne correspondante était détruite. La multiplication de tels évènements réduisait le stock d’épargne, les taux d’intérêt montaient car le crédit se raréfiait.

Maintenant, le crédit se crée à partir de rien (ou presque). Il suffit d’avoir une licence bancaire. Les milliers de pages de la réglementation de Bâle 3 régulent le cycle de crédit.  Lorsqu’un  mauvais crédit ne peut pas être remboursé, la Banque centrale européenne le rachète. Il suffit d’être « trop gros pour faire faillite ».

Les folies du créditisme

Ce système, le créditisme, permet de financer toutes les lubies, publiques et même privées si vous êtes bien noté.

On le voit avec le cas de la dette SNCF qui va rejoindre le giron de l’Etat.

La dette SNCF, au lieu d’être classée junk bond est classée triple A par les agences de notation alors que la SNCF est éternellement déficitaire. Miracle de Saint Fisc et de Saint Keynes réunis…

Cette dette SNCF figure au bilan de la Banque centrale européenne au côté des titres émis par la CADES (le trou de la Sécu),  par l’UNEDIC (le trou du chômage), par le RFF (les rails du réseau ferré), par la Région Ile-de-France (il faut bien « payer »  les Jeux olympiques),  par la Caisse des dépôts et consignation (le bras financier de l’Etat stratège), par la Banque publique d’investissement (l’Etat sait mieux que nous repérer les technologies d’avenir) et par l’Agence française du développement (AFD) « au coeur du dispositif français de l’aide publique en faveur des pays en développement et de l’Outre-mer » (la charité avec l’argent que nous n’avons pas ).

En réalité, il n’y a pas trop de dettes publique ou privée. Il y a trop de crédit grâce à un système monétaire et financier absurde. Enfin, absurde, pas pour tout le monde… L’industrie financière à l’abri des faillites, les politiciens clientélistes, les multinationales, les lobbyistes et les économistes atterrées payés par l’Etat en profitent à plein.

Mais je ne voudrais pas me faire que des ennemis au sein de la Parasitocratie et de l’establishment. Je vais donc terminer par une flatterie. Notre économiste atterré, par inadvertance probablement, a écrit quelque chose de sensé :

« Pouvons-nous prédire quand la prochaine crise majeure surviendra ? Pas vraiment, car les économies sont des systèmes complexes où, comme en météorologie, il est impossible de prévoir l’évolution très en amont ».

Bien dit.

L’économie n’est pas prédictive et n’est pas une « science ». C’est pour cela que les grands planificateurs omniscients constituent une engeance détestable.

(1) Théorie de la révolte fiscale – Enjeux et interprétation – Ou pourquoi la révolte fiscale n’aura pas lieu, Serge Schweitzer et Loïc Floury

Simone Wapler
Simone Wapler
Rédactrice en Chef de Crise, Or & Opportunités et de La Stratégie de Simone Wapler

Simone Wapler est ingénieur de formation. Elle a travaillé dans le secteur de l’ingénierie aéronautique. Cette double casquette ingénieur/analyste financier est un véritable atout qu’elle met au service des abonnés.

Elle aborde les marchés avec l’œil du professionnel, de l’ingénieur, de l’industriel, et non celui du financier.

Son expertise, notamment dans le secteur des métaux de base et des métaux précieux, lui donne une longueur d’avance, une meilleure compréhension des vrais tenants et aboutissants du marché des ressources naturelles — un marché par ailleurs en pleine expansion, dont Simone Wapler connaît parfaitement tous les rouages, notamment au niveau de l’offre et de la demande.

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