Les trois flèches de Shinzo Abe ne vaincront pas la mort

Rédigé le 26 octobre 2017 par | Bill Bonner Imprimer

Au lieu de s’atteler aux vrais problèmes du Japon, Shinzo Abe va faire plus de tout ce qui n’a pas marché et multiplier la monnaie de singe.

Au Japon, Shinzo Abe a gagné une nouvelle « Super Majorité ».

Vous savez ce que cela signifie ? Plus de rires.

Oui, le monde entier intensifie les politiques musclées qui ne fonctionnent pas. Tout du moins pas pour créer une richesse honnête. Elles fonctionnent parfaitement pour servir une élite mondiale prédatrice, dont les accords gagnant-perdant ralentissent la croissance et transfèrent la richesse des gens qui la gagnent vers cette même élite.

Aux Etats-Unis, les dieux anciens – budget équilibrés et petit gouvernement discret – ont disparu. Aux dernières nouvelles, la dette américaine grossit à un rythme de 2 Mds$ par jour sous l’effet de Donald… Le zèle employé pour baisser les impôts a compromis le dernier vestige républicain de rigueur budgétaire. Son tweet d’hier est un « NON » à tous leur espoir de financer les réductions d’impôts en « fermant des niches fiscales ».

En Europe « Super » Mario Draghi continue de faire « tout son possible » pour maintenir le nouveau régime de finance-fantastique du Vieux Monde… cet endroit merveilleux où les obligations d’entreprises les plus risquées rapportent moins que le crédit le plus sûr au monde, le 10 ans américain.

Désormais, au Japon, M. Abe déclare qu’il va continuer cette épatante politique au succès si flagrant jusqu’à maintenant…

M. Abe est arrivé au pouvoir il y a cinq ans en promettant de remettre l’économie japonaise sur pied. A cette fin, il utiliserait « trois flèches ».

Abenomics

Une politique monétaire ultra-laxiste.

La politique budgétaire qui favoriserait des déficits béants.

Des réformes fondamentales qui corrigeraient les problèmes créés par les programmes des gouvernements précédents.

La flèche brisée

L’essentiel du plan, au Japon comme ailleurs, était d’utiliser les vieilles recettes habituelles : créer de la fausse-monnaie, la prêter à des taux très bas, augmenter l’inflation et ainsi inciter le public à dépenser et investir.

Quel est imbécile qui a eu l’idée qu’on pouvait améliorer une économie de marché à coup de fausse monnaie ? Un cheval galopera-t-il plus vite si vous lui donnez de l’avoine contrefaite ? Est-il possible de gagner quelques kilomètres sur son plein d’essence en la diluant avec de l’eau ?

Le monde réel a de véritables défis. Ils sont faits de chair et de sang, d’énergie, de temps, de limites. L’économie est concrète, constituée de choses réelles et régie par des lois universelles. On ne peut pas tricher avec le temps par exemple. [NDLR : dans l’économie réelle, des entrepreneurs qui affichent des bénéfices ont besoin de vos investissements pour grandir et vous faire partager leurs profits. Découvrez ici comment profiter de ces opportunités inaccessibles aux investisseurs « ordinaires ».]

Vous ne pouvez pas en créer davantage. Le temps passe. Les actifs s’épuisent. Les gens vieillissent puis meurent.

Les taux d’intérêt relient le temps, l’argent et l’économie réelle. Avec des taux à 10%, vous serez remboursé le capital que vous prêtez dans les 10 ans. Mais à 1%, il faudra attendre 100 ans pour que le prêteur obtienne son dû en totalité.

Un monde financier qui a vaincu la mort ?

Le taux directeur de la Banque du Japon est à zéro. A ce taux, l’enfer se couvrira de glace avant que vous ne soyez remboursé. Un d’intérêt nul implique que le temps s’arrête, que l’avenir ne vienne pas… tout reste statique à jamais. Oui, le lien entre le temps et l’argent a été brisé. Le Japon est dans un monde imaginaire qui prétend même avoir vaincu la mort.

Abenomics

Mais il n’a rien conquis.

Les trois flèches de Shinzo Abe ont-elles atteint leurs cibles ? Bien sûr que non. Elles ne les ont même pas effleurées. Shinzo Abe visait une inflation à 2% (pourquoi tous les grands planificateurs pensent-ils avoir besoin d’une inflation à 2% ? Pourquoi pas 3% et se montrer original ?). Au lieu de cela, les prix à la consommation du Japon augmentent à près de 1%… Exactement comme il y a cinq ans. Il visait une croissance de 3% mais la croissance se situe aux alentours de 1,5%… comme avant. Ses flèches firent en réalité du Japon la maison de retraite la plus endettée du monde avec une dette publique représentant 239% du PIB.

Quant à la mort, elle reste un problème. Déjà, un quart des Japonais ont plus de 65 ans. Ils vieillissent de jour en jour. Et il en meure tous les jours.

En 2014, par exemple, 1 200 000 Japonais sont morts mais seulement 1 000 000 sont nés. Le taux de natalité est d’1,3 enfant par femme. C’est loin du taux de remplacement.

Les Japonais disparaissent, ce qui pose de banales questions :

Qui va acheter les maisons japonaises ? Qui va acheter les actions et obligations japonaises ? Et qui va payer les impôts nécessaires au soutien d’un pays peuplé de personnes âgées ?

Qui va endiguer la panique lorsque les gens se rendront finalement compte que leurs économies ont été aspirées dans un piège à rat du gouvernement ? Que les autorités japonaises ne peuvent pas honorer leurs promesses à leurs vieux ? Que leurs bons du trésor sont sans valeur ?

Au lieu d’affronter ces problèmes, Abe et ses sbires économistes agitent de la monnaie de singe.

Que la fête commence !

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Bill Bonner
Bill Bonner
Fondateur de AGORA

Né en 1948, Bill Bonner est le fondateur d’AGORA, le plus large réseau d’entreprises indépendantes de presse spécialisée au monde.

En 1978, depuis sa ville natale, Baltimore (Maryland, Etats-Unis), Bill Bonner a voulu développer un « marché » (« Agora » en grec) des idées. Pas de l’information homogénéisée telle que les médias grand public relayent sur nos écrans et journaux, mais une source d’idées diverses avec des opinions et des avis originaux, alternatifs et surtout utiles. Bill a à cœur d’aider les lecteurs à mieux comprendre le monde dans lequel ils vivent, et à agir en conséquence. Que ce soit en matière de géopolitique, de macro-économie ou tout simplement dans le domaine de l’épargne, Bill incite ses lecteurs à cultiver un esprit vif et anticonformiste.

« Parfois nous avons raison, parfois nous avons tort, mais nous sommes toujours dans le questionnement », telle est la devise de Bill.

Bill a également co-écrit des livres qui ont tous figuré dans la liste des best-sellers du New York Times et du Wall Street Journal : L’inéluctable faillite de l’économie américaine (2004), L’Empire des dettes. À l’aube d’une crise économique épique (2006) et Le Nouvel Empire des dettes. Grandeur et décadence d’une bulle financière épique (2010).

Dans son dernier livre, Hormegeddon, quand trop de bien nuit (2015), paru aux Belles Lettres (www.lesbelleslettres.com), Bill décrit ce qu’il advient lorsque l’on abuse d’une bonne chose dans les sphères de la politique, de l’économie et des affaires. En bref, trop de bien conduit au désastre.

Vous pouvez retrouver les notes de Bill au quotidien dans La Chronique Agora.

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