L’hiver sera rude pour les actions américaines

Rédigé le 25 septembre 2017 par | A la une, Banques Centrales, Bill Bonner, Indices, marches actions, strategies, Investissement, Krach boursier imminent 2017 Imprimer

La Fed prétend normaliser. Le plus gros acheteur des marchés se transforme en plus gros vendeur. Que va-t-il se passer ?

L’automne est déjà là. Un épais brouillard recouvre la ferme, ce matin, pour la première fois de l’année.

Le mois de septembre peut être magnifique ici. Il ne fait pas encore froid. Mais il ne fait plus chaud. L’herbe est verte et le ciel est dégagé.

Puis, dans la soirée, un soleil horizontal filtre à travers les feuilles dorées et alors tout s’illumine.

Hier, Toys “R” Us a fait faillite.

Cette histoire est largement commentée. Les sempiternels analystes des grands médias nous disent que cette faillite était « prévisible » et que cette chaîne de magasins de jouets « en dur » est « une victime de plus d’Amazon.com ».

Ce n’est pas faux. Mais avec une nuance qui a son importance…

Les taux d’intérêt artificiellement bas ont permis aux escrocs de Wall Street – notamment Bain Capital, de Mitt Romney, qui a investi dans Toys “R” Us – d’emprunter énormément en offrant la société en garantie.

Toys “R” Us, saigné par Bain Capital, a cessé de lutter

Apparemment, Bain n’a pas utilisé cet argent pour améliorer Toys “R” Us : en renforçant sa présence sur internet pour lui permettre de concurrencer Amazon, par exemple.

Il est plus probable qu’il s’en soit servi comme le font toujours les acteurs de Wall Street : pour se rembourser.

Des bonus, des honoraires, des dividendes : traditionnellement, les types du capital-investissement extraient les capitaux du capitalisme. Ils le retirent de l’économie du quotidien pour l’injecter dans l’économie financière… en laissant le pauvre détaillant lutter pour survivre.

Et Toys “R” Us a cessé de lutter hier.

Voilà qui nous ramène au sujet que nous avons promis d’aborder… la Doctrine Bonner… Relier les données entre elles pour voir plus clair dans tout ce flou.

Nous commençons en revenant sur les nouvelles de mercredi, date à laquelle la responsable de la Fed, Janet Yellen, a confirmé que la banque centrale avait l’intention d’alléger son bilan.

Après huit ans passés à acheter frénétiquement des obligations d’Etat qui ont fait gonfler le volume de son bilan de 800 Mds$ à 4 500 Mds$, la Fed dit à présent qu’elle veut aller dans l’autre direction.

Elle a annoncé qu’elle réduirait le volume de son bilan au rythme de 10 Mds$ par mois… avant de passer à 50 Mds$ par mois l’année suivante.

Le plus gros acheteur peut-il vraiment devenir le plus gros vendeur ?

Si c’est vrai, cela représente le plus gigantesque revirement de toute l’histoire de la finance. La Fed s’apprête à passer du statut d’acheteur le plus puissant du marché obligataire à celui de plus gros vendeur, ce qui poussera le marché à la baisse.

Alors, mettons les choses au point.

La Fed a créé 3 600 Mds$ d’argent frais… qu’elle a injecté sur les marchés financiers pour acheter des obligations. En abaissant les taux d’intérêt… en grugeant les épargnants… et en permettant à des sociétés comme Toys “R” Us, et beaucoup d’autres, d’emprunter démesurément…

Cet argent a provoqué le marché haussier à Wall Street et multiplié par trois les performances du Dow Jones.

Il a également permis au gouvernement fédéral d’augmenter la dette publique de 10 000 Mds$ au cours de ces 10 dernières années. Les politiciens n’ont pas eu besoin de faire des choix ou des compromis difficiles : il leur a suffi d’emprunter aux faibles taux que la Fed fabriquait…

A présent, après tant d’années de taux d’intérêt ultra-bas… et de crédit facile fourni par la Fed…

… tout le dispositif s’apprête à faire marche arrière.

Est-ce bien ?

Au lieu d’acheter de nouvelles obligations, la Fed va dire au revoir à celles qu’elle possède déjà. Au lieu d’augmenter la liquidité sur les marchés financiers, elle va la diminuer. Au lieu de réaliser un assouplissement quantitatif, elle va réaliser un resserrement quantitatif.

Ne serait-il pas raisonnable, dans ce cas, de s’attendre à ce que les effets sur les marchés s’inversent, eux aussi ?

S’attendre à ce que le « oui » de ceux qui ont prêté de bonne grâce se transforme en « non » catégorique ?

A ce que les cours des actions, au lieu de tripler, baissent d’un tiers à partir de leurs niveaux actuels ?

S’attendre à ce que les taux d’intérêt se mettent à augmenter après avoir baissé à leurs niveaux les plus bas jamais enregistrés en 5 000 ans… ?

Et qu’en lieu et place d’une économie type Toys “R” Us, fondée sur de l’argent falsifié prêté à des taux bidon pour pouvoir garder la tête hors de l’eau, tout ce ridicule dispositif se mette à s’écrouler ?

La fin du généreux été des taux bas et des douces brises qui gonflent les bulles

N’avons-nous pas là un changement de saison majeur : ce généreux été, dont les investisseurs ont profité depuis le début des années 1980 – où de douces brises soufflant des banques centrales du monde entier ont augmenté la masse monétaire de la planète de 20 000 Mds$ – ne va-t-il pas se transformer en hiver rigoureux, secoué par des vents violents et une baisse des cours ?

Oui, cher lecteur. C’est exactement ce à quoi vous devriez vous attendre. Sortez votre manteau d’hiver. Mais comme toujours, l’histoire ne s’arrête pas là. [NDLR : si vous croyez qu’il est impossible d’enchaîner des gains quelles que soient les conditions de marché, ne cliquez surtout pas sur ce lien.]

Croyez-vous que la Fed va tenir sa promesse ?

Personnellement, nous ne le pensons pas.

Par contre, nous pensons que la Fed va amorcer sa « normalisation ». Ensuite, à tout moment, tout peut dégénérer, avec des effondrements boursiers et des dizaines de faillites de type Toys “R” Us.

Les autorités ne maintiendront pas le cap. Elles fuiront en sens inverse… vers moins de normalisation… et un regain de cette économie la plus grotesque, monstrueuse et abominable que les Etats-Unis aient jamais vécue.

Mais revenons à la Doctrine Bonner, telle que l’a proposée l’un de nos fidèles lecteurs dans la Chronique du 22 septembre.

Six moyens de distinguer l’argent réel de l’argent falsifié

Peut-être identifierez-vous des imperfections qui nous ont échappé. Nous allons également traiter une question publiée par un autre lecteur. « qu’est-ce que l’argent falsifié ? » :

  1. On n’a rien sans rien. Une économie prospère exige un travail réel, un réel sacrifice (l’épargne) et de l’investissement réel.
  2. L’argent réel représente des choses réelles : le temps, en particulier. Les choses réelles sont limitées. L’argent réel doit être limité, lui aussi. Sinon, il est falsifié.
  3. L’argent réel est gagné par des gens réels qui produisent des biens et services ayant une valeur réelle. L’argent falsifié est inventé et contrôlé par les initiés du secteur financier, puis mis à la disposition d’autres acteurs de l’Establishment à des taux préférentiels. Le gouvernement (ou, plus largement, le Deep State), les grandes entreprises et l’industrie financière en sont les principaux bénéficiaires.
  4. Depuis 1971, les Etats-Unis utilisent de l’argent falsifié (non adossé à l’or). Cet argent est la monnaie de réserve de tout le système financier mondial. Il a égaré les investisseurs, les électeurs, les consommateurs et les entreprises. Il leur a fait croire des choses qui ne sont pas vraies : qu’ils ont accès à un crédit quasiment illimité, par exemple… qu’ils peuvent se permettre d’entretenir un empire coûteux à l’étranger et un Etat-providence onéreux sur leur territoire… ou qu’ils peuvent se surendetter et se développer grâce à cela.
  5. A mesure que de plus en plus de ressources du pays sont captées par l’argent falsifié, puis détournées vers une utilisation improductive — la consommation, les mauvais investissements, le gouvernement, la guerre, les lourdeurs administratives et la conformité aux réglementations – on assiste au déclin de la croissance du PIB, de la croissance « réelle » des salaires (corrigée de l’inflation), de la croissance de la productivité, ainsi que d’autres facteurs de prospérité réelle.
  6. Une « richesse » créée par l’argent falsifié est une imposture et/ou temporaire. Attendez-vous à ce qu’elle fasse marche arrière : qu’elle reparte « là d’où elle est venue ».

Voilà la toile de fond.

Nous en sommes à la quatrième décennie de ce système de l’argent falsifié. Or ses déformations et perversions sont en train de nous rattraper.

C’est un système qui fonctionne sur le crédit, non sur la richesse. Mais le crédit du monde s’amenuise. Sur le plan mondial, le crédit total dépasse désormais les 230 000 Mds$, dont 60 000 Mds$ venus s’ajouter depuis la crise de la dette de 2008.

Comme la production du monde n’est pas suffisante pour assumer ces dettes – sans parler des promesses faites aux futurs retraités – il faudra s’en délester d’une façon ou d’une autre, soit par la faillite (déflation) soit en imprimant encore plus d’argent (inflation).

C’est une histoire dont je suis le déroulement depuis 18 ans.

Parallèlement, il y a également la politique, qui s’est entortillée autour du cou de l’économie, telle un python qui étoufferait un joggeur.

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Bill Bonner
Bill Bonner
Fondateur de AGORA

Né en 1948, Bill Bonner est le fondateur d’AGORA, le plus large réseau d’entreprises indépendantes de presse spécialisée au monde.

En 1978, depuis sa ville natale, Baltimore (Maryland, Etats-Unis), Bill Bonner a voulu développer un « marché » (« Agora » en grec) des idées. Pas de l’information homogénéisée telle que les médias grand public relayent sur nos écrans et journaux, mais une source d’idées diverses avec des opinions et des avis originaux, alternatifs et surtout utiles. Bill a à cœur d’aider les lecteurs à mieux comprendre le monde dans lequel ils vivent, et à agir en conséquence. Que ce soit en matière de géopolitique, de macro-économie ou tout simplement dans le domaine de l’épargne, Bill incite ses lecteurs à cultiver un esprit vif et anticonformiste.

« Parfois nous avons raison, parfois nous avons tort, mais nous sommes toujours dans le questionnement », telle est la devise de Bill.

Bill a également co-écrit des livres qui ont tous figuré dans la liste des best-sellers du New York Times et du Wall Street Journal : L’inéluctable faillite de l’économie américaine (2004), L’Empire des dettes. À l’aube d’une crise économique épique (2006) et Le Nouvel Empire des dettes. Grandeur et décadence d’une bulle financière épique (2010).

Dans son dernier livre, Hormegeddon, quand trop de bien nuit (2015), paru aux Belles Lettres (www.lesbelleslettres.com), Bill décrit ce qu’il advient lorsque l’on abuse d’une bonne chose dans les sphères de la politique, de l’économie et des affaires. En bref, trop de bien conduit au désastre.

Vous pouvez retrouver les notes de Bill au quotidien dans La Chronique Agora.

Un commentaire pour “L’hiver sera rude pour les actions américaines”

  1. Cette dernière analyse générale me semble bien la réalité de ce monde.

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