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Tout le monde voudra du cachemire d’ici Noël prochain !

Posted By Philippe Béchade On 07 jan 2011 @ 9:42 In Article | No Comments

▪ Sauf énorme surprise et chiffres économiques de type coup de massue concernant l’emploi aux Etats-Unis au mois de décembre (et personne n’envisage un tel scénario, 48h après la publication de l’enquête du cabinet ADP), la première semaine de l’année va s’achever sur une franche progression de l’ensemble des indices boursiers.

C’était le but recherché si l’on s’en tient à l’arrachage des indices boursiers survenu lundi, dans des volumes toujours aussi anémiques mais qui illustrent à merveille cette devise cardinale enseignée dans toutes les écoles de commerce : "faire plus avec moins" — en l’occurrence, obtenir le plus de gains indiciels avec le moins de mise de fond possible.

Tout s’est effectivement joué dès les premières heures de l’année 2011, lundi (et mardi à Londres), car depuis mardi après-midi, les places boursières cherchent vainement un second souffle.

Il n’en faudrait apparemment pas beaucoup pour que certains opérateurs prennent leurs jambes à leur cou et s’enfuient par les issues de secours mais le grand orchestre des faiseurs d’opinion (Blackrock, Goldman Sachs, HSBC, FOX-TV, CNBC…) continue de nous jouer fortissimo le grand air du "non, non, rien n’a changé. Tout, tout va continuer". Les paroles de cette chanson datent d’il y a très exactement 40 ans mais elles restent d’actualité, le groupe s’appelait les Poppys, ils n’ont fait que passer au firmament du Top 50 en 1971.

Si tout doit effectivement recommencer comme début 2010 — et c’est bien parti puisque le CAC 40 gagne effectivement 2,7%, comme début janvier dernier ! –, il ne faudrait pas tarder à faire le ménage dans les portefeuilles et solder les positions sur les marchés des matières premières.

▪ Le prétexte de la frénésie d’achats de la Chine ou de l’Inde ne résiste pas à l’examen comme le démontre l’effondrement de 40% de l’indice Baltic Dry Index depuis le 1er septembre dernier. Cet indice mesure l’activité maritime réelle — et non une quelconque anticipation des futurs échanges mondiaux — dans le secteur du transport des minerais et des céréales.

Ce sont donc les liquidités qui se sont massivement transportées sur les marchés à terme ces quatre derniers mois, gonflant une bulle spéculative qui dépasse en ampleur celle de juin 2008, quand l’argent désertant les dérivés de crédit immobilier s’est investi furieusement dans les actifs tangibles comme le pétrole, le cuivre, le blé ou le riz.

Comme par hasard, en ce début d’année 2011, une génération spontanée de stratèges nous invite à remplir les portefeuilles d’ETF et autres certificats adossés aux métaux industriels ou aux soft commodities (denrées agricoles).

Le coton a déroulé sa bobine haussière jusqu’à gagner 92% en 2010, s’il continue comme cela cette année, tout le monde préfèrera acheter des T-shirts en cachemire l’hiver prochain !

Aucune de ces thématiques ne peut être jouée via le CAC 40 ou le SBF 120 — à part peut-être Hermès… pour le cachemire. Les valeurs minières ou les grands trusts céréaliers y sont totalement absents, en revanche la thématique de l’inflation devrait cesser de nous être indifférente.

Très concrètement, le litre de sans plomb 98 à 1,50 euro et le gasoil à 1,25 euro en moyenne, cela commence à faire des trous dans les budgets. Les automobilistes ne l’ont pas tellement ressenti en décembre car l’état du réseau routier à largement réduit les possibilités de déplacement, mais rouler va de nouveau apparaître comme un luxe en ce mois de janvier.

▪ Même si le coût des carburants ne semble pas y être pour grand-chose, les places boursières hésitent clairement entre écraser l’accélérateur ou le frein depuis 48h !

Le scénario de la séance de Bourse d’hier en Europe constituait le symétrique de celui observé la veille : reprise en "V" mercredi, suivie ce jeudi par une correction en "accent circonflexe" avec une clôture à l’équilibre à 3 904 points — après un gain de 1,2% en milieu de séance et un retracement au point près du zénith de mardi, inscrit à 3 945 points.

La formation d’un double-top sur fond d’accroissement de la volatilité ne serait pas de très bon augure mais le repli observé en fin d’après-midi était à rapprocher de la radicalisation du repli de l’euro face au dollar (à 1,3000/1,2998 $).

La hausse symétrique du billet vert (+1%) indisposait Wall Street qui reculait de 0,3% à la mi-séance. L’autre explication au mouvement de repli initial résidait dans les résultats en demi-teinte des ventes de Noël aux Etats-Unis avec des résultats décevants pour gap et la dégradation de recommandations sur de nombreuses enseignes de distribution spécialisées, notamment dans le secteur du hard discount.

L’autre élément à prendre en considération, ce sont les niveaux atteints ces dernières heures par les indices américains, et notamment le Nasdaq (2 700 points) puis le Dow Jones (qui retraçait, à 11 735 points, son ex-zénith historique de mars 2000).

En Europe, l’EuroStoxx 50 (+0,1% hier) rencontrait manifestement de sérieuses difficultés à l’approche des 2 875 points. Même constat en ce qui concerne l’Eurotop 100 qui plafonnait sous les 2 400 points (à 2 400,4 points).

Les marchés ont accueilli négativement la hausse des inscriptions hebdomadaires au chômage qui ont augmenté de 18 000 aux Etats-Unis fin décembre pour atteindre 409 000 (contre 400 000 anticipé), tandis que la moyenne mensuelle décroît de 3 500 à 410 000.

Mais cela ne contrebalance que partiellement les chiffres spectaculaires dévoilés mercredi par le cabinet ADP, avec 297 000 postes créés dans le secteur privé le mois dernier, soit près de trois fois les attentes du consensus.

▪ Cette dynamique demande encore confirmation et le rapport officiel de l’emploi attendu ce vendredi après-midi sera peut-être décisif. Quelle raison la Fed pourrait-elle encore invoquer pour continuer d’imprimer des centaines de milliards de dollars si l’économie américaine crée de nouveau des emplois ?

Vous répondez : "pour acheter ces dettes libellées en dollars dont personne ne veut !".

Bravo, c’est ce que tous les cyniques savent depuis fin août dernier, et les Chinois les premiers. Pourquoi pensiez-vous qu’ils multiplient les déplacements officiels en Europe et promettent de racheter de la dette portugaise ou espagnole ? Ce n’est pas pour le plaisir ou par bonté d’âme, c’est parce qu’elles rapportent entre 5% et 9% actuellement contre 3,4% pour des T-Bonds américains qui seront remboursés en monnaie de singe.

A peine les républicains viennent-ils de récupérer le maillet (c’est le Président du Congrès qui s’en est emparé hier) qu’ils annoncent déjà que les projets de réduction des dépenses ne pourront être tenus — 100 milliards de dollars, cela peut paraître une goutte d’eau face aux 14 300 milliards de dollars de déficit… qui seront bientôt portés à 15 000 milliards de dollars, Tim Geithner s’y emploie activement.

Vous pouvez pariez — avec les cambistes qui ramassent du dollar depuis 48h — que la Fed ne va pas tarder à modifier son discours au sujet de taux demeurant très bas très longtemps. Adieu alors le "non, non, rien ne va changer" !


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