Un anniversaire en altitude

Rédigé le 4 avril 2018 par | Bill Bonner, Politique et vie quotidienne Imprimer

Une plongée dans une communauté andine permet de prendre un peu d’altitude vis à vis des marchés financiers.

« Oh… Cette petite est trisomique », a remarqué Elizabeth.

« Comment le sais-tu ? »

« Cela se voit à son visage : ses traits sont caractéristiques. C’est pour ça qu’on appelait cela le mongolisme, il y a longtemps. »

Nous avions été invités à un anniversaire dans les montagnes.

En route pour la fête

En route pour la fête

Une vue de la vallée

Une vue de la vallée

La fête d'anniversaire

La fête d’anniversaire

Tout le monde serait là… y compris des parents venant de loin ; il était important que nous fassions une apparition.

Nombre des enfants, dans la montagne, ne voient que rarement – voire jamais – un docteur. Un infirmier avait été assigné à la région. Il montait à pied, sac au dos, et visitait les familles les plus éloignées. Mais il est tombé d’une falaise et est mort dans des circonstances inconnues. Depuis, le programme d’assistance santé de la communauté est… nettement moins présent.

Nous avions entendu dire que l’un des enfants avait un problème. Ils ne savaient pas ce qui n’allait pas mais à deux ans, la petite ne savait toujours pas marcher.

Nous savions à présent de quoi il s’agissait. Devions-nous en toucher un mot à la mère ? Etaient-ils déjà au courant ?

« Parlons-en aux infirmières de la clinique de Molinos (à environ une heure et demie de là) », décida Elizabeth. « Ils devraient monter et poser un vrai diagnostic. Peut-être pourront-ils offrir de l’aide. Je ne pense pas qu’ils puissent faire grand’chose ».

Ce ne fut pas la seule surprise médicale de ce samedi… mais nous y reviendrons.

Une image qui se précise

De retour dans le monde de la finance, le deuxième trimestre a bien mal commencé. Les actions ont chuté, menées par les technos. Le Dow a perdu 495 points en une seule séance.

Nous ne savons pas plus ce qui va arriver que la semaine dernière… ou l’an dernier, d’ailleurs.

Ceci dit, si ce genre de chute continue de s’accumuler, nous ne tarderons pas à voir apparaître un marché baissier se dessiner. Et lorsque l’image se précisera, d’autres la verront aussi et décideront qu’il est temps de sortir tant qu’il en est encore temps.

Nous pourrions alors commencer à voir de l’action… et pas forcément dans le bon sens. Nous assisterons probablement à des chutes de 1 000 points sur le Dow. [NDLR : Votre portefeuille et votre épargne sont-ils prêts pour les montagnes russes ? Quelques étapes suffisent pour vous couvrir en cas de crise : cliquez ici pour tout savoir.]

Les commentateurs, qui affirmaient tous qu’il fallait s’attendre à une excellente année en 2018, commenceront à se rappeler qu’ils voyaient les problèmes arriver il y a six mois.

Ce devrait être amusant. Mais bouclez votre ceinture, parce que le voyage pourrait devenir un peu cahoteux.

En attendant, nous revenons à notre histoire.

Un sage patriarche

Il nous a fallu environ une heure de montée par les collines rocailleuses pour atteindre le puesto de Don Domingo, où la fête avait lieu.

Domingo est désormais le sage vieillard de toute la ferme. A 91 ans, il n’entend plus très bien, mais il se déplace encore beaucoup, que ce soit à pied ou à cheval.

Don Domingo

Don Domingo

Toute la famille avait été invitée, c’est-à-dire quasiment tout le monde au ranch, puisque tout le monde a un lien de parenté. On ne sait jamais exactement quels sont les liens, les mariages formels étant devenus rares.

Les jeunes femmes ont trois, quatre, cinq enfants avec des pères différents. Mais le pool génique est limité. On peut souvent reconnaître le père en regardant les enfants.

Nous étions assis dans l’abri d’adobe, à tenter de nous rappeler les paroles de la chanson Joyeux Anniversaire en espagnol, lorsque nous avons remarqué un bruit familier.

« Scriiiiiiiii »… Le son de pneus crissant sur le macadam.

Nous étions à trois heures au moins de rues urbaines. Et ce bruit ?

Le « pan… pan… » d’armes à feu.

Nous avons alors réalisé. Dans un coin, quatre petits garçons jouaient à un jeu vidéo, Grand Theft Auto.

Oui, la culture populaire a atteint même les sommets des Andes. Les jeunes passent leur temps à jouer aux jeux vidéo et perdent le savoir-faire qui rendait la vie possible dans la haute sierra.

La plus jeune génération – élevée aux allocations, aux jeux vidéo et à la télévision – préférerait vivre en ville, avec des voitures et l’air conditionné. Pourquoi lutter pour préserver un mode de vie qui semble âpre et dur ?

Crise d’épilepsie

Lorsque nous sommes arrivés à la fête, tous semblaient heureux de nous voir ; nous avons apprécié un bon repas et des conversations cordiales.

C’est alors que nous étions engagé dans l’une de ces conversations, avec un homme qui a quitté la vallée il y a 50 ans pour aller s’installer à Cordoba, que nous avons remarqué une certaine agitation près du feu où l’on faisait griller la viande.

Quatre hommes, dont notre contremaître, avaient empoigné une jeune femme. Il semblait qu’ils la projetaient en l’air, trois d’entre eux tenant ses jambes et ses bras tandis qu’un quatrième maintenait sa tête.

Nous pensions qu’il s’agissait d’un jeu ou d’un rituel.

« Non… » expliqua l’homme de Cordoba. « C’est la fille de Pedro [l’un de nos aides, au ranch]. Elle a une convulsion. »

Raquel est épileptique. Elle a développé la maladie il y a une dizaine d’années. A cette époque, avant qu’elle ne quitte le ranch, nous l’avons aidée à trouver des médicaments.

Depuis, les épisodes s’étaient faits plus rares et les médicaments, qui étaient coûteux, s’étaient épuisés.

Mais les hommes semblaient savoir ce qu’ils faisaient. L’un lui tenait la tête, essuyant sa bouche avec un chiffon. Les autres faisaient bouger ses membres, pliant alternativement ses bras et ses jambes et les massant. Cela dura une vingtaine de minutes, puis elle fut amenée dans l’une des huttes pour se remettre.

« Cela faisait longtemps qu’elle n’avait plus eu de crise », expliqua Pedro. « Nous pensions qu’elle était guérie ».

Le sacrifice de Fluffy

Les animaux de la région doivent vouloir se cacher, à l’approche de Pâques. Chaque famille tue une vache, une chèvre, un mouton ou un cochon. Parfois, ils tuent un de chaque. Ensuite, les carcasses sont accrochées à un arbre.

Si vous êtes sensible à la cause animale, cher lecteur, peut-être feriez-vous mieux de passer le reste de ce récit. Nous décrivons ce que nous avons vu sans préjugés.

Pendu à un arbre près de la maison, par exemple, le boeuf attendait les flammes.

On prépare le boeuf pour le barbecue

On prépare le boeuf pour le barbecue

Les porcs aussi.

Il y avait aussi du porc au menu

Il y avait aussi du porc au menu

Elizabeth nous a décrit la scène du sacrifice de Fluffy, l’un des agneaux choisis pour notre festin pascal.

« Un groupe d’enfants… tous âgés de moins de 10 ans… a accompagné Marta (notre gouvernante/cuisinière) dans l’enclos des moutons. Elle a attrapé l’un des agneaux et, sans hésitation, lui a tranché la gorge. Les gamins ont tous trouvé le spectacle passionnant. Mais je ne crois pas que les moutons aient été très amusés. Ils nous ont regardés comme des meurtriers. Je me suis sentie coupable.

Marta tenait le pauvre animal de manière à ce que son sang s’écoule dans un pot. Elle a dit qu’elle y ajouterait de la farine pour faire une sorte de soupe. Je pense qu’elle parlait de boudin, en fait.

Les moutons étaient là, à regarder tout ça. Ensuite Marta a mis l’agneau dans une brouette pour l’amener jusqu’à la maison et a fait sortir les autres moutons. Les pauvres bêtes étaient si traumatisées qu’elles ont pratiquement sauté par-dessus la barrière pour s’échapper.

On ne voit plus de telles choses, aux Etats-Unis, alors on les trouve un peu choquantes… Mais si on veut manger de l’agneau, il faut d’abord le tuer », a conclu Elizabeth.

pauvre Fluffy...

Le sacrifice de Fluffy

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Bill Bonner
Bill Bonner
Fondateur de AGORA

Né en 1948, Bill Bonner est le fondateur d’AGORA, le plus large réseau d’entreprises indépendantes de presse spécialisée au monde.

En 1978, depuis sa ville natale, Baltimore (Maryland, Etats-Unis), Bill Bonner a voulu développer un « marché » (« Agora » en grec) des idées. Pas de l’information homogénéisée telle que les médias grand public relayent sur nos écrans et journaux, mais une source d’idées diverses avec des opinions et des avis originaux, alternatifs et surtout utiles. Bill a à cœur d’aider les lecteurs à mieux comprendre le monde dans lequel ils vivent, et à agir en conséquence. Que ce soit en matière de géopolitique, de macro-économie ou tout simplement dans le domaine de l’épargne, Bill incite ses lecteurs à cultiver un esprit vif et anticonformiste.

« Parfois nous avons raison, parfois nous avons tort, mais nous sommes toujours dans le questionnement », telle est la devise de Bill.

Bill a également co-écrit des livres qui ont tous figuré dans la liste des best-sellers du New York Times et du Wall Street Journal : L’inéluctable faillite de l’économie américaine (2004), L’Empire des dettes. À l’aube d’une crise économique épique (2006) et Le Nouvel Empire des dettes. Grandeur et décadence d’une bulle financière épique (2010).

Dans son dernier livre, Hormegeddon, quand trop de bien nuit (2015), paru aux Belles Lettres (www.lesbelleslettres.com), Bill décrit ce qu’il advient lorsque l’on abuse d’une bonne chose dans les sphères de la politique, de l’économie et des affaires. En bref, trop de bien conduit au désastre.

Vous pouvez retrouver les notes de Bill au quotidien dans La Chronique Agora.

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