Taux négatifs : la barrière est franchie

Rédigé le 18 avril 2016 par | Article, Bill Bonner, Indices, marches actions, strategies Imprimer

Hier, nous nous sommes levé à l’aube pour prendre le vol Buenos Aires – Salta, une ville du nord-ouest de l’Argentine. Nous sommes désormais au ranch familial… qui se trouve à quatre heures de voiture environ.

La ferme occupera une bonne partie de notre attention lors des trois prochaines semaines. Mais ce matin, nous tentons encore de trouver un sens au monde que nous avons laissé derrière nous.

Un monde qui devient de plus en plus bizarre.

On a appris il y a quelques jours que la Banque mondiale prêtait plus d’argent que jamais… que le Japon avait décidé d’aller encore plus loin dans la bêtise avec encore plus de taux négatifs… et que le Fonds monétaire international, la mère-poule de toutes les banques centrales, encourageait ses petits poussins à rentrer dans le terrier du renard. Selon l’agence Reuters :

« Le Fonds monétaire international a déclaré […] qu’une application des taux négatifs par certaines des banques centrales de la planète contribuerait à fournir une plus grande stimulation monétaire et à assouplir les conditions de prêt.

Six des banques centrales de la planète ont eu recours aux taux négatifs, notamment la Banque du Japon et la Banque centrale européenne, tandis qu’un quart de l’économie mondiale (en termes de production) vit à présent des taux officiels sous le zéro.

‘Quand bien même l’expérience de taux d’intérêt nominaux négatifs est limitée, nous concluons provisoirement que dans l’ensemble, ils contribuent à fournir une relance monétaire additionnelle et des conditions financières plus aisées, qui soutiennent la demande et la stabilité des prix’, écrivait Jose Vinals, conseiller financier et directeur des marchés monétaires et de capitaux au FMI, dans un article de recherche ».

Des prêts insensés

Nous ne savons pas où M. Vinals a trouvé ses faits… mais ils ne collent pas.

Comme le rapportait mon collègue Chris Lowe, depuis la première annonce de taux négatifs par la Banque du Japon le 29 janvier, le yen s’est renforcé au lieu de s’affaiblir.

Depuis, le yen a gagné 11% par rapport au dollar… ce qui le place deuxième au palmarès des grandes devises aux meilleures performances (derrière le real brésilien).

Et les valeurs japonaises telles que mesurées par le Nikkei sont en baisse, non en hausse.

Depuis le 29 janvier, le Nikkei s’est effondré de 3,5%. A comparer avec un gain de 7% pour le MSCI World Index

Depuis le 29 janvier, le Nikkei s’est effondré de 3,5%. A comparer avec un gain de 7% pour le MSCI World Index (un bon représentant des actions mondiales).

Mais la plus folle des nouvelles nous est parvenue d’Europe.

Deux banques belges paient les gens pour contracter des prêts immobiliers. Comme le rapporte le journal belge Het Nieuwsblad (avec un peu d’aide de la part de Google Translate) :

« Etre payé pour votre prêt immobilier : cela semble trop beau pour être vrai. Pourtant, pour certains clients de la BNP Paribas et d’ING, ce n’est pas un rêve mais la réalité. Le taux d’intérêt de leur prêt immobilier est passé sous le zéro, de sorte qu’ils touchent de l’argent de leur banque.

Ceux qui, en 2012, ont contracté un prêt immobilier à taux variable chez BNP Paribas Fortis ou ING ont beaucoup de chance. Suite à un déclin des taux d’intérêt, le taux sur leur prêt immobilier a également chuté sous le zéro. En d’autres termes, les banques paient leurs clients au lieu de collecter des intérêts ».

Quand bien même la nouvelle n’est pas entièrement inattendue, elle est néanmoins choquante.

C’est comme si une barrière invisible avait été franchie, séparant le monde réel du fantasme total… où le bas est le haut, oui est non, et n’importe quel panier percé peut désormais… apparemment… vivre gratuitement dans un manoir.

Une échelle de la folie

Il y a quelques mois, nous avons essayé de comprendre les taux immobiliers négatifs comme une question hypothétique. Nous pensions qu’ils étaient si insensés, si ahurissants, qu’ils ne pouvaient exister dans le monde réel. Mais aujourd’hui… les voilà… pas exactement dans le monde réel — mais en Belgique !

« C’est fou, non ? » est une expression de surprise et d’étonnement. Il devrait y avoir une jauge… une mesure quantitative (entre 1 et 10, peut-être)… nous permettant de calculer à quel point une chose est folle.

Si une telle échelle existait, où les taux négatifs tomberaient-ils ?

Aux environs de 11, selon nous.

Le monde de la finance est toujours fantastique. Les gens peuvent croire tout ce qu’ils veulent

Le monde de la finance est toujours fantastique. Les gens peuvent croire tout ce qu’ils veulent.

Le fabricant de voitures Tesla devrait-il se vendre à un PER négatif — MOINS 917 ?

Allez, pourquoi pas ?

Des obligations à 10 ans émises par un gouvernement en faillite géré par des ahuris devraient-elle avoir un rendement inférieur à zéro ?

Qui sait ?

Quand les banques prêtent de l’argent au gouvernement, toute la transaction est largement imaginaire, de toute façon. L’argent vient de nulle part. Il ne vaut rien.

Pourquoi ne pourrait-il être prêté pour moins que rien ?

Le monde des maisons est différent. Il est réel. Des briques et du ciment. Des gens vivent dans ces maisons. Il faut du temps et de l’argent pour les construire.

Il est certain… assurément… indubitablement… qu’elles valent quelque chose.

Mais si vous pouvez obtenir un prêt immobilier à taux négatif, le monde marche sur la tête. C’est comme si la maison avait moins qu’aucune valeur.

Vous empruntez un million d’euros à MOINS 1%. Vous achetez une maison. La banque vous paie 10 000 euros par an pour y vivre !

C’est fou, non ?

Mots clé :

Bill Bonner
Bill Bonner
Fondateur de AGORA

Né en 1948, Bill Bonner est le fondateur d’AGORA, le plus large réseau d’entreprises indépendantes de presse spécialisée au monde.

En 1978, depuis sa ville natale, Baltimore (Maryland, Etats-Unis), Bill Bonner a voulu développer un « marché » (« Agora » en grec) des idées. Pas de l’information homogénéisée telle que les médias grand public relayent sur nos écrans et journaux, mais une source d’idées diverses avec des opinions et des avis originaux, alternatifs et surtout utiles. Bill a à cœur d’aider les lecteurs à mieux comprendre le monde dans lequel ils vivent, et à agir en conséquence. Que ce soit en matière de géopolitique, de macro-économie ou tout simplement dans le domaine de l’épargne, Bill incite ses lecteurs à cultiver un esprit vif et anticonformiste.

« Parfois nous avons raison, parfois nous avons tort, mais nous sommes toujours dans le questionnement », telle est la devise de Bill.

Bill a également co-écrit des livres qui ont tous figuré dans la liste des best-sellers du New York Times et du Wall Street Journal : L’inéluctable faillite de l’économie américaine (2004), L’Empire des dettes. À l’aube d’une crise économique épique (2006) et Le Nouvel Empire des dettes. Grandeur et décadence d’une bulle financière épique (2010).

Dans son dernier livre, Hormegeddon, quand trop de bien nuit (2015), paru aux Belles Lettres (www.lesbelleslettres.com), Bill décrit ce qu’il advient lorsque l’on abuse d’une bonne chose dans les sphères de la politique, de l’économie et des affaires. En bref, trop de bien conduit au désastre.

Vous pouvez retrouver les notes de Bill au quotidien dans La Chronique Agora.

3 commentaires pour “Taux négatifs : la barrière est franchie”

  1. Je suis Belge et un de mes collègues a un taux négatif sur son prêt hypothécaire depuis plusieurs années. C’est dû au fait que la formule de révision du taux est limitée par un plafond mais pas par un plancher ! A l’époque de la souscription à ces prêts à taux variables, personne n’avait imaginé que le taux de référence pouvait descendre si bas que la formule donnerait un taux négatif. Donc ce n’est pas voulu par la banque, c’est un effet non anticipé à la conclusion du prêt.

  2. Bonjour Monsieur Bonner,

    Je réagis certainement de manière naïve à votre article  » Taux négatifs : la barrière est franche ».
    Dans votre exemple de prêt immobilier à -1%, certes vous ne remboursez pas d’intérêts. Mais vous devez toujours rembourser la capital restant du. Donc au final votre prêt immobilier ne vous aura pas rapporté de l’argent mais tout simplement il vous aura permis de remobourser moins de capital que le capital emprunté. Mais supposons que votre maison ne vale plus que 80 % de sa valeur à la fin du prêt. Vous aurez perdu de l’argent. Vous auez emprunté 1 milion de dollars. Vous aurez remboursé 900 000 dollars , mais votre maison ne vaudrait plus que 800 000 dollars.

  3. Oui comme toujours – une grande absence de connaissances et d’anticipation. Je suis certain que le sujet a été invoqué par des analystes mais probablement balayé par les instances dirigeantes.

Laissez un commentaire