Le secrétaire au Trésor US est piètre homme d’affaires

Rédigé le 18 octobre 2018 par | Indices, marches actions, strategies, Inflation, dettes et récession Imprimer

La faillite de Sears, aux destinées de laquelle a présidé Steve Mnuchin, est édifiante. Une entreprise en perte emprunte pour racheter ses propres actions.

Où sommes-nous ? Au paradis… ou en enfer ?

Les Bermudes ressemblent au paradis. L’océan est d’un bleu profond… et une eau limpide danse dans les baies et les ports. Le ciel est bleu… avec quelques nuages ici et là. La météo semble ressembler à celle de la Floride ou de la côte de Caroline, adoucie par l’océan environnant.

Et puis la côte Est des Etats-Unis est plate. Pour voir quelque chose, il faut être tout au bord de l’eau… ou dans un gratte-ciel. Et même ainsi, en Floride, la plage atlantique ressemble à un ruban qui longerait la côte, bordé d’une ligne ininterrompue de maisons et d’immeubles.

Ici, les plages de sable rose sont flanquées de rochers et de falaises… avec de douces collines… des îlots… des baies et des criques. Et partout ou presque, il y a de superbes points de vue… sur les ports… sur le phare… et sur les eaux étincelantes.

Bermudes - Bill Bonner

Une vue des Bermudes depuis la chambre d’hôtel de votre correspondant

L’hypothèse du paradis

L’hypothèse du paradis était répandue un peu partout hier. Les commentateurs financiers étaient sortis en force pour expliquer pourquoi la baisse de ces derniers jours était « une opportunité d’achat ». « Achetez pendant les creux », ont-ils dit — et les investisseurs ont obéi. Le Dow a repris plus de 500 points.

A Washington aussi, les gens sont convaincus que nous vivons dans une sorte de doux paradis, avec un chômage ultra-bas… une hausse constante des prix… et une économie guidée par les plus grands génies de la finance qui aient jamais vécu — Donald J. Trump et Steven Mnuchin, son bras droit et secrétaire au Trésor.

Le génie du Donald est exposé tous les jours. Expliquant la faillite du géant de la distribution Sears, par exemple, il a tapé en plein dans le mille — c’est-à-dire en plein sur son propre secrétaire au Trésor :

« Sears se meurt depuis des années… De toute évidence, il a été mal géré pendant des années et c’est bien dommage ».

Or c’est Steve Mnuchin — qui a fait partie du conseil d’administration de Sears pendant de nombreuses années — et son ami de fac, Eddie Lampert, qui ont mené Sears à la ruine. Cela ne signifie pas pour autant qu’ils ont fait quelque chose de mal… ou d’incorrect. Ou d’idiot. Ce sont des gens intelligents. Ils ont dû se rendre compte que le géant était condamné.

Warren Buffett (qui a quelque expérience en tant que propriétaire de l’ancien Hochschild Kohn à Baltimore, où nous faisions des courses lors de notre enfance) pensait la même chose il y a 10 ans. La chaîne ne pouvait pas faire concurrence à WalMart, Home Depot, Target… sans parler d’Amazon.

Evidemment, les deux compères ne voulaient pas mettre d’argent dans l’affaire. Ils voulaient au contraire en retirer — la plus grosse somme possible — avant que l’entreprise ne coule. Ils laisseraient alors la coquille vide aux investisseurs particuliers… et aux prêteurs.

Au lieu d’investir dans de nouvelles manières de faire des affaires, par exemple, Sears a pris ses bénéfices et les a distribués à ses actionnaires et gestionnaires — sous la forme de rachats d’actions. David Stockman :

« Ainsi, durant la période de sept ans entre 2006-2012, la société a dépensé six milliards de dollars en rachat d’actions — même si l’entreprise n’a généré qu’1,8 milliard de dollars de flux de trésorerie opérationnelle disponible sur la même période.

En fait, sur les trois dernières années de cette période (2010-2012), elle a généré un flux de trésorerie opérationnel cumulé négatif d’1,7 milliard de dollars mais a continué à racheter des actions pour la somme d’1,2 milliard de dollars en empruntant ».

L’enfer pour 43 cents

Cela fonctionna miraculeusement bien au début. L’action grimpa jusqu’à 126$ en 2007. C’était évidemment le paradis… et le meilleur moment pour sortir.

Mais Sears était une grosse société… et on pouvait en retirer beaucoup de valeur. Des marques pouvaient être vendues — comme Kenmore et Craftsman –, et tout cet immobilier commercial pouvait être sauvegardé.

Eddie Lampert et Steve Mnuchin ont continué leur œuvre pendant 11 ans (Mnuchin a démissionné du conseil lorsqu’il est devenu secrétaire au Trésor US). Aujourd’hui, le cours de l’action est en enfer, à 43 cents.

Nous supposons que Lampert et Mnuchin ont fait tout leur possible. Nous doutons que nous aurions pu mieux faire.

Mais notre travail, c’est de relier les points. Et il faudrait être aveugle pour ne pas voir le lien entre la chute de Sears et les politiques d’argent facile de la Fed. Lorsqu’on peut emprunter de l’argent pour moins que le taux d’inflation… inutile d’être un génie pour comprendre comment mettre la main sur l’argent et le mettre ensuite dans sa propre poche.

Dans le monde des affaires, cela prend la forme de dividendes spéciaux, de primes, de fusions-acquisitions, de rachats d’actions et autres poudres de perlimpinpin. Bloomberg a examiné les 50 plus gros rachats d’entreprises ces cinq dernières années :

« La vaste majorité des 50 accords — évalués à 1,9 milliard de dollars combinés — a été financée à crédit. Cet endettement des entreprises nourri par les fusions-acquisitions a contribué à une hausse de la dette au bas de l’échelle de notation obligataire, qui représente désormais près de la moitié des obligations en cours sur le marché, selon les données de l’indice Bloomberg Barclays ».

Le gouvernement aussi s’y est mis, utilisant les réductions d’impôts et l’augmentation des dépenses pour faire la même chose. Reuters explique :

« Le gouvernement fédéral américain a clôturé l’exercice fiscal 2018 avec 779 milliards de dollars dans le rouge, les réductions d’impôts ayant entamé les revenus tandis que le gouvernement doit payer plus pour le service d’une dette nationale en augmentation, selon des données du département du Trésor publiées lundi.

 Le déficit pour l’exercice fiscal 2018 — les 12 mois prenant fin en septembre — était le plus important depuis 2012.

 Le déficit [sur cette période] des 12 mois menant jusqu’à septembre était 113 milliards de dollars — ou 17% — plus élevé que la même période un an auparavant ».

 Voyons voir, on emprunte de l’argent… on le dépense… On voit ce que ça a donné pour Sears. Comment est-ce que cela tournera pour le reste des entreprises américaines… et pour l’économie américaine ?

Nous n’allons pas tarder à le savoir.

[NDLR : Et si vous voulez d’ores et déjà en savoir plus, lisez le Rapport de notre spécialiste sur la question — qui vous présente aussi des solutions pour transformer cette situation en opportunités de gains. Tout est là.]

 

Bill Bonner
Bill Bonner
Fondateur de AGORA

Né en 1948, Bill Bonner est le fondateur d’AGORA, le plus large réseau d’entreprises indépendantes de presse spécialisée au monde.

En 1978, depuis sa ville natale, Baltimore (Maryland, Etats-Unis), Bill Bonner a voulu développer un « marché » (« Agora » en grec) des idées. Pas de l’information homogénéisée telle que les médias grand public relayent sur nos écrans et journaux, mais une source d’idées diverses avec des opinions et des avis originaux, alternatifs et surtout utiles. Bill a à cœur d’aider les lecteurs à mieux comprendre le monde dans lequel ils vivent, et à agir en conséquence. Que ce soit en matière de géopolitique, de macro-économie ou tout simplement dans le domaine de l’épargne, Bill incite ses lecteurs à cultiver un esprit vif et anticonformiste.

« Parfois nous avons raison, parfois nous avons tort, mais nous sommes toujours dans le questionnement », telle est la devise de Bill.

Bill a également co-écrit des livres qui ont tous figuré dans la liste des best-sellers du New York Times et du Wall Street Journal : L’inéluctable faillite de l’économie américaine (2004), L’Empire des dettes. À l’aube d’une crise économique épique (2006) et Le Nouvel Empire des dettes. Grandeur et décadence d’une bulle financière épique (2010).

Dans son dernier livre, Hormegeddon, quand trop de bien nuit (2015), paru aux Belles Lettres (www.lesbelleslettres.com), Bill décrit ce qu’il advient lorsque l’on abuse d’une bonne chose dans les sphères de la politique, de l’économie et des affaires. En bref, trop de bien conduit au désastre.

Vous pouvez retrouver les notes de Bill au quotidien dans La Chronique Agora.

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