La véritable source des fake news

Rédigé le 2 mai 2018 par | Bill Bonner, Desinformation Imprimer

Les anciennes vérités sont toujours redécouvertes tôt ou tard. Les déficits n’ont pas d’importance… jusqu’au jour de la faillite.

« Ici en Irlande, abattre un houx porte malheur », nous a dit Ronan, qui vient nous aider durant les week-ends. « Oh… et je ne pense pas que votre femme sera contente pour ceux-là non plus. »

Il désigna les deux arbres que nous venions d’abattre. Nous pensions qu’il s’agissait de sapins.

« Nooon… ce ne sont pas des sapins. Enfin, c’est peut-être une espèce de sapin. Mais plutôt une variété d’ifs. Ce sont des arbres décoratifs parce qu’ils donnent une lumière dorée quand le soleil les traverse. Les femmes les aiment bien dans le jardin. »

« Mais je ne dirai rien ».

La poisse et son poids dans votre comportement

Nous avons passé le week-end à abattre des arbres. Nous n’avons rien contre les arbres en général… mais après un siècle de négligence, notre nouveau domicile irlandais avait besoin d’un petit nettoyage. [NDLR : Connaissez-vous les atouts de l’investissement en foncier forestier ? Il vous permet de stocker du capital à l’abri du matraquage fiscal et de l’inflation car le bois revient en grâce dans la construction. Découvrez comment investir facilement dans ce secteur grâce à ce Rapport Spécial en cliquant ici.]

Nous voulions abattre plusieurs houx. Mais on ne sait jamais, avec les mythes. Sont-ils vrais ? Y a-t-il une raison à leur existence dont nous ignorons tout ?

Si nous abattons les houx, serons-nous ensuite si obsédé par la poisse que nous nous attirerons nous-même des ennuis ?

Vous vous dites peut-être… « quelle importance » ? Mais les mythes sont le coeur sombre des fake news… et ils sont également essentiels à la civilisation.

Sans mythes pour filtrer et donner une forme aux données dont nous sommes bombardés, la vie est incompréhensible… vide de sens… et chaotique.

Les gros titres n’ont aucun sens. Les « nouvelles » ne sont que des bavardages inanes. Et les gens doivent s’entretuer sans aucune raison !

Les mythes fournissent une structure simple ; ils sont accommodants… et réconfortants. La vérité, en revanche, est infiniment compliquée – dure comme un banc de parc public et souvent insupportable.

Les mythes, c’est ce qui garde en activité les électeurs, les soldats et les autorités. La majorité l’emporte ; les minorités ont des droits ! Luttons contre le terrorisme ! Stimulons l’économie !

La semaine dernière, nous ne nous sommes pas concentré sur les grands mythes actuels… mais nous nous sommes posé des questions sur la richesse enchâssée dans les aphorismes, les proverbes et les traditions. Ce sont des mythes aussi.

« Un sou est un sou ». « Rien ne sert de courir, il faut partir à point ». « Celui qui ne travaille pas, qu’il ne mange pas non plus ». Nous en sommes entouré : des choses auxquelles nous croyons mais que nous ne pouvons prouver — du moins pas scientifiquement.

Les anciennes vérités sont inlassablement redécouvertes

Hier soir, le barman du pub du coin nous a expliqué le processus chimique pour fabriquer la Guinness :

« Vous voyez, on met le grain dans la cuve. On ajoute un peu d’eau pure, on laisse fermenter et ça donne de la Guinness ».

Au fil du temps, la connaissance du brassage augmente.

Le progrès matériel se poursuit à mesure que de nouvelles choses sont découvertes. Mais il n’y a pas de nouvelles découvertes dans les domaines social, politique ou économique.

Nous redécouvrons plutôt les anciennes vérités, encore et encore.

Mais comment faire la différence entre les mythes utiles – ceux qui nous apportent la vérité prouvée et distillée par des centaines de générations – et les mensonges bien pratiques que nous nous racontons pour éviter de nous confronter à la vérité ?

Dans son grand roman Crime et Châtiment, Dostoïevski a exploré le sujet. Le protagoniste, Raskolnikov, est convaincu qu’il est au-dessus des restrictions auxquelles obéissent les autres gens civilisés.

Il remet en question le tabou le plus répandu de la chrétienté : tu ne tueras point.

Le meurtre était autrefois bien plus commun qu’aujourd’hui. Des études archéologiques (en étudiant les blessures sur d’anciens ossements) démontrent des taux d’homicides incroyablement élevés — encore plus élevés que ceux de Baltimore aujourd’hui.

Les chercheurs ont trouvé une tribu en Californie, par exemple, avec un taux d’homicides estimé à 14 fois celui de Baltimore aujourd’hui.

Le mythe de la moralité

« Tu ne tueras point » est apparemment une idée relativement nouvelle. Les humains étaient déjà là depuis 200 000 ans environ lorsque Moïse est descendu du Mont Sinaï avec les 10 commandements.

Aujourd’hui, la plupart des gens pensent que le meurtre est non seulement illégal, mais également immoral. Il ne faut pas en commettre… même si vous êtes certain que vous pourrez vous en tirer.

Sauf que la moralité est une sorte de mythe elle aussi. Il n’y a aucun moyen de prouver que tuer quelqu’un est une mauvaise idée, par exemple, ou qu’il vous arrivera malheur si vous le faites.

De même, il n’y a aucun moyen de savoir si une République se porterait mieux – ou moins bien – si l’on se débarrassait d’un ou deux de ses démocrates. Au minimum, ça libérerait des places de parking !

Le personnage principal de Dostoïevski, cependant, découvre que ces interdictions dépassent la simple loi ou le « je-le-veux-tout-de-suite ».

Il y a la conscience, par exemple – un sentiment résiduel, ou une sorte de sens profondément ancré du bien et du mal. C’est toute l’idée de la moralité : il y a des conséquences, souvent invisibles et inattendues.

Vous pouvez vous dire que « les déficits n’ont pas d’importance », en d’autres termes… mais ça ne vous empêchera pas de faire faillite !

« Je n’y crois pas vraiment, vous savez, à cette histoire de houx », a continué Ronan. « Mais pourquoi prendre le risque ? »

Les houx sont toujours là.

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Bill Bonner
Bill Bonner
Fondateur de AGORA

Né en 1948, Bill Bonner est le fondateur d’AGORA, le plus large réseau d’entreprises indépendantes de presse spécialisée au monde.

En 1978, depuis sa ville natale, Baltimore (Maryland, Etats-Unis), Bill Bonner a voulu développer un « marché » (« Agora » en grec) des idées. Pas de l’information homogénéisée telle que les médias grand public relayent sur nos écrans et journaux, mais une source d’idées diverses avec des opinions et des avis originaux, alternatifs et surtout utiles. Bill a à cœur d’aider les lecteurs à mieux comprendre le monde dans lequel ils vivent, et à agir en conséquence. Que ce soit en matière de géopolitique, de macro-économie ou tout simplement dans le domaine de l’épargne, Bill incite ses lecteurs à cultiver un esprit vif et anticonformiste.

« Parfois nous avons raison, parfois nous avons tort, mais nous sommes toujours dans le questionnement », telle est la devise de Bill.

Bill a également co-écrit des livres qui ont tous figuré dans la liste des best-sellers du New York Times et du Wall Street Journal : L’inéluctable faillite de l’économie américaine (2004), L’Empire des dettes. À l’aube d’une crise économique épique (2006) et Le Nouvel Empire des dettes. Grandeur et décadence d’une bulle financière épique (2010).

Dans son dernier livre, Hormegeddon, quand trop de bien nuit (2015), paru aux Belles Lettres (www.lesbelleslettres.com), Bill décrit ce qu’il advient lorsque l’on abuse d’une bonne chose dans les sphères de la politique, de l’économie et des affaires. En bref, trop de bien conduit au désastre.

Vous pouvez retrouver les notes de Bill au quotidien dans La Chronique Agora.

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