"Si jeunesse savait, si vieillesse pouvait"

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LA CHRONIQUE AGORA
Paris, France
Jeudi 1er juin 2006
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*** Duel haussiers/baissiers au couteau
Enfilez vos gants, les points de suture guettent…

*** "Si jeunesse savait, si vieillesse pouvait"
Les anciens de la finance prennent leur revanche… peut-être.

*** Champions du monde (3)
On a beau être Banquier Central, on n’en oublie pas l’essentiel… Football, quand tu nous tiens…

—————————– (publ.)

QU’EST-CE QUI FAIT GRIMPER CES ACTIONS ?
Des gains de 74%, 53,8%, 43,17%, 60%
24,9% de gain moyen en 2004…
24% de performance moyenne en 2005…

Quelles valeurs continuent de bien faire malgré la baisse des marchés — et surtout, comment faisons-nous pour les dénicher ?

Toutes les réponses sont ici…

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Bonjour,

*** DUEL HAUSSIERS/BAISSIERS AU COUTEAU

** Un adage boursier recommande aux investisseurs de ne pas tenter de "rattraper au vol le couteau qui tombe du billot du boucher". Le plongeon initial du CAC 40 hier matin constituait une invitation à se tenir très loin de la zone d’impact, que nous avions située dès mardi soir vers 4 830 points lors du flash spécial diffusé sur notre audiotel, au 0899 707 009* vers 17h35.

Nous savons que l’exercice consistant à "rattraper le couteau au vol" est périlleux et demande beaucoup d’adresse. Nous ne sommes ni téméraire, ni particulièrement habile, et encore moins confiant dans notre chance d’empoigner le manche plutôt que le tranchant de la lame… mais rien ne nous interdit d’enfiler un gant d’écailler pour éviter de devoir poser dix points de suture.

En l’occurrence, il s’agissait de protéger nos mains acheteuses — et un brin fébriles lorsque le CAC 40 s’est approché des 4 820 points — par le biais de calls warrants sur indice qui ne nous exposaient pas à de grosses pertes au cas où l’indice serait parti en vrille sous les 4 800 points. Ce qui n’a pas été le cas — et le suspens n’a heureusement pas duré longtemps.

Il fallait cependant faire preuve de vigilance, car cette séance s’annonçait sous de bien mauvais augures : plongeon de 2,5% de Tokyo et Singapour, chute de 2,1% de la bourse de Sidney, dans la foulée des -2% affichés par le Nasdaq la veille.

Paris ne tarda pas à abandonner 1,5% au bout d’un quart d’heure, avec 100% de valeurs vedettes virant au rouge coquelicot. Cependant, avec une chute de 230 points en l’espace de dix heures de transactions effectives (et -150 points au cours des deux dernières heures en prenant comme référence le graphique horaire), certains opérateurs ne tardèrent pas à interpréter ce mouvement comme une capitulation des day traders qui s’étaient fait laminer mardi en fin de séance.

Le rebond fut à l’image du trou d’air sous les 4 900 points survenu la veille. Le CAC 40 a mis à peine plus d’une heure pour effacer les pertes initiales, et une de plus pour tutoyer la zone de résistance intra-day des 4 925 points.

L’indice finira par la déborder à 90 minutes de la clôture (à 4 930 points) ; il ne faut pas faire preuve de beaucoup de clairvoyance pour imaginer que le CAC 40 pourrait rejoindre assez rapidement les 4 960 points, ex-support court terme et seuil pivot depuis le 18 mai.

Il faut souligner que le CAC faisait plutôt pâle figure avec ses +0,75% de rebond à 17h30. Paris termine en effet bon dernier du peloton européen, loin derrière Francfort et Londres (+1,25%) puis Madrid (+1,6%) et Milan (+1,75%). Cela représente 3% d’écart entre les extrêmes de séance : nous ne voudrions pas être à la place des vendeurs au fixing d’ouverture !

Globalement, les bourses du Vieux Continent affichaient +1,3% mercredi soir. C’est un résultat que nous considèrerons comme un peu inespéré, même si cela va "dans le bon sens". Reste à deviner si cette embellie peut s’avérer durable… et au fond, nous devons reconnaître que nous n’en savons rien.

** Les lecteurs du Journal du Banquier Central n’hésiteraient pas à faire appel aux lumières d’Egisthe l’analyste [que vous retrouverez d'ailleurs dans quelques lignes, juste après les notes de Bill, NDLR]. Nous ne voyons pas pourquoi nous nous priverions de l’éclairage chartiste, et il n’est pas nécessaire de chausser des lunettes à verres fumés pour observer les convulsions des courbes graphiques depuis que les indices ont plafonné mi-mai.

Reste à sélectionner le bon baromètre… et nous avons le sentiment que ce ne sera pas, cette fois encore, le CAC 40. Nous allons donc nous montrer européen, et nous en référer à l’Euro-Stoxx 50.

L’Euro-Stoxx a retracé mardi 31 mai le support des 3 540 points, dont la solidité a déjà été éprouvée à trois reprises les 22, 23 et 24 mai dernier. Après un rebond de 4,5% et un test des 3 700 points, tout le terrain gagné a été reperdu en 48 heures les 30 et 31 mai (tout comme le CAC 40 au bout d’une grosse poignée de minutes).

Comme c’était prévisible, l’indice a vigoureusement réagi à la hausse dès 3 842 points, pour renouer dès la mi-journée avec les 3 625 points. Cela a effacé la moitié des pertes subies depuis lundi matin — tout comme le récent rebond vers 3 700 avait retracé 50% du segment baissier entre 3 897 et 3 527 points : ce sont là les deux cours extrêmes du mois de mai.

La prochaine résistance technique court terme se situe désormais vers 3 660 points puis de nouveau 3 700 points (du vendredi 26/05). Déborder ce plafond permettrait de valider la constitution d’un "W" haussier avec de nouveaux objectifs comme le "gap" des 3 740,44 puis celui des 3 837points.

Mais gardons-nous de bâtir des plans sur la comète — il s’en trouve certainement une qui traverse discrètement notre système solaire… et restons sur nos gardes : la cassure des 3 530/3 525 points pourrait préfigurer une nouvelle phase de correction impulsive avec les 3 460 points (zénith du 4 octobre 2005 et support ascendant oblique long terme) puis les 3 370/3 380 points en ligne de mire, comme le veut la règle du balancier en sortie de "drapeau" à 3 540/3 700).

** Pour que les marchés achèvent leur consolidation par un mouvement de reprise pérenne, il faut réunir de nombreuses conditions. La première, que ne pouvons valider car tout va dépendre des minutes de la Fed, serait que les investisseurs ne jugent pas le diagnostic de Ben Bernanke trop alarmiste en matière d’inflation.

La seconde condition était que les supports graphiques et techniques "fonctionnent", ce qui fut apparemment le cas — le Nasdaq semble se ressaisir à son tour après un nouveau test éphémère des 2 165 points.

La troisième condition était que les statistiques macroéconomiques du jour ne recèlent pas de mauvaises surprises, ou que les opérateurs n’en retiennent pas que les aspects les plus négatifs. Nous voici rassuré : l’indice PMI de Chicago — un baromètre d’activité précurseur de l’indicateur national des directeurs d’achat de l’Institute for Supply Management — se redresse nettement au mois de mai (61,50 contre 57,2 au mois d’avril). Cela écarte le scénario d’un ralentissement trop brutal de la croissance aux Etats-Unis, mais ne devrait pas inciter la Fed à durcir plus avant sa politique monétaire.

** La BCE, elle, n’aura certainement pas de tels scrupules d’ici une dizaine de jours, car l’Insee a indiqué ce matin que les prix à la production avaient progressé en France de 0,6% en rythme séquentiel au mois d’avril.

Sur un an, la hausse est de 3,6%, et s’avère nettement supérieure à celle des prix à la consommation (+1,7%). Le pouvoir d’achat réel des ménages se contracte, compte tenu de l’effet "carburant", tandis que le rythme de la consommation ralentit à un niveau proche de celui de 2003.

Le chômage a continué de baisser en avril, à 9,3% de la population active contre 9,5% en mars… mais cette embellie résulte de l’impact favorable des emplois "aidés" (beaucoup d’embauches également sous forme de contrats d’alternance). Il s’agit là d’un phénomène général, comme en témoigne la baisse du chômage en Allemagne : 93 000 chômeurs en moins pour un taux CVS ramené à 11%.

La consommation se redresse par ailleurs de façon spectaculaire outre-Rhin, puisque les ventes de détail ont bondi de 2,8% en avril, tandis que l’indice du sentiment économique regagne un point au mois de mai, à 106,7, contre 105,7 en avril, selon les calculs de la Commission européenne. L’inflation — c’est la mauvaise nouvelle du jour — s’établit à +2,5%, bien au-delà de la fourchette de la BCE.

Cela plombe mécaniquement les marchés obligataires, puisque le rendement du Bund se retend à 3,97% (contre 3,87% lundi)… La bonne surprise provient du dollar, qui se redresse de 0,5% à 1,28/euro et 112,6 yens, malgré un net recul de sa rémunération relative depuis 48 heures.

L’hypothèque des taux d’intérêt n’aura pas dissuadé les investisseurs de procéder à une vague de rachats à bon compte. 100% des poids lourds de l’Eurotop-100 avaient clôturé dans le rouge mardi, 85% ont fini dans le vert ce mercredi, et l’embellie ne pourra se prolonger que si la sélectivité retrouve droit de cité.

Nous n’avons aucune certitude qu’il en sera ainsi jeudi… mais tant que le baril de pétrole se maintient au-dessus des 70 $ (70,80 $ mercredi soir), nous ne redoutons pas que les marchés manquent de leur plus précieux carburant : les pétrodollars.

Philippe Béchade,
Paris

*(1,35 euros l’appel + 0,34 euro/minute)

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Bill Bonner, co-fondateur de La Chronique Agora, à Londres

*** "SI JEUNESSE SAVAIT, SI VIEILLESSE POUVAIT"

** "Si jeunesse savait… si vieillesse pouvait" — Henri Estienne

* La Nature, dans sa majesté, n’accorde que peu de dons aux anciens. Ils sont assaillis de maladies et exploités par les politiciens et les démarcheurs au porte-à-porte — en d’autres termes, ils sont harcelés par les parasites. Mais un vieux trognon a quelquefois des aspérités ici et là. Il n’a pas à acheter d’assurance à long terme ou de moquette de la meilleure qualité : inutile d’acquérir des choses qui dureront plus longtemps que lui. Et à Londres, s’il a l’air assez décrépit, il peut parfois avoir un siège dans le métro. Dans le monde financier, les vieillards ont un autre avantage — ils sont là depuis assez longtemps pour en savoir plus que tout le monde.

* Mais Dame Nature n’accorde ses faveurs qu’à contrecoeur, même en ce qui concerne la finance. Dans certains marchés, l’expérience est un risque, et non un atout. Adam Smith (c’est un nom de plume) a écrit au sujet du "Grand marché crasseux" de la fin des années 60 à Wall Street. Il a remarqué que les actions étaient une si mauvaise affaire que les anciens ne voulaient pas les acheter. Seuls les jeunes investisseurs — ceux qui étaient trop naïfs ou trop bêtes pour savoir ce qu’ils faisaient — achetaient. Les barbons rusés mirent les jeunes à la tête des fonds d’investissement. Lesquels grimpèrent en flèche… jusqu’à ce qu’ils s’effondrent. Après 1968, Wall Street baissa, en termes réels, durant les 14 années qui suivirent.

* Le Dow a chuté de 184 points lundi. Les 30 actions du Dow ont terminé dans le rouge. Un investisseur ayant assez de sel dans les cheveux — s’il lui reste des cheveux — se rappellerait de la période suivant 1966. A l’époque, comme maintenant, on aurait dit que les actions avaient atteint leur sommet. Mais l’inflation augmentait, déguisant ce qui se passait réellement sur le marché. En termes nominaux, les actions refusaient de baisser ; en 1968, le Dow a même atteint un nouveau sommet. Les jeunots en vinrent à croire que les prix élevés n’étaient pas simplement cycliques, mais éternels. Ils ne connaissaient pas l’inflation, ni les marchés baissiers. Bien entendu, les marchés étaient sur le point de leur apprendre la leçon. Et les petits ont payé leur frais de scolarité — très cher. En termes réels, les actions ont chuté de près de 80% avant que le prochain cycle haussier ne commence, en 1982.

** En général, l’âge et la sagacité rapportent, sur les marchés de l’investissement. Les cycles peuvent durer longtemps. Plus longtemps que vous ne pouvez rester solvable, prévenait Lord Keynes. Et peut-être même plus longtemps que vous ne resterez vivant, ajoutons-nous. A l’occasion, en particulier durant les périodes de bulles, c’est la jeunesse et la sottise (des termes un peu redondants) qui sont nécessaires. C’était le cas sur les marchés actions de la fin des années 90. A part un néophyte imprudent, qui achèterait une dot.com sans bénéfices, sans plans et sans la moindre idée de ce qu’elle fait ? Pourtant, de nombreuses personnes ne s’en sont pas privées. Ensuite, elles ont doublé leur mise tandis que ces titres idiots grimpaient en flèche ! Regardez le marché immobilier américain ; qui, à part pied-tendre, irait acheter des immeubles encore non construits en Floride, espérant les revendre à plus idiot que lui avant que le pot aux roses ne soit découvert ? De nombreuses personnes l’ont fait, et elles aussi ont ramassé des fortunes faciles — pendant un temps.

* En fait, si l’on en croit les derniers chiffres, les jeunes revendeurs du marché immobilier américain sont peut-être encore en train de gagner de l’argent — à peine. Selon les chiffres provenant de Californie, les prix de l’immobilier ont grimpé de 10% au cours des 12 derniers mois, même si on comptait également une augmentation notable des stocks, et une diminution tout aussi notable des ventes — lesquelles ont en fait chuté de 21,4% au cours de la même période.

* Comment les prix peuvent-ils grimper alors que les acheteurs disparaissent ? Eh bien, les marchés immobiliers ne s’éclaircissent pas comme une corbeille de Bourse. Les propriétaires hésitent à croire qu’ils n’obtiendront pas le prix qu’ils demandent. Ils tiennent leurs positions. Ils attendent. Ils espèrent.

* Les stocks de maisons invendues augmentent. Et nous avons là une autre version de la Loi de la Claudication. Les spéculateurs peuvent faire grimper les prix de leurs propriétés à la vitesse de l’éclair — par contre, ils traînent pour les faire redescendre. Et contrairement à la prestidigitation du dollar contrôlé, cependant, ou la comptabilité faussée des finances fédérales, le marché de l’immobilier est vaste et bien réel. Il peut être ignoré pendant un temps, mais jamais nié.

* Lorsque les ventes déclinent et que les prix grimpent, quelque chose doit céder. Soit les stocks sont peu à peu évacués de sorte que le resserrement de l’offre peut soutenir des prix plus élevés, soit les prix chutent. Que se passera-t-il en Californie ? Les spéculateurs juvéniles vont-ils gagner leur pari ? Les prix continueront-ils de grimper ? Ou les contrariens grognons finiront-ils par avoir raison ?

* Nous ne pouvons en être certain. Mais nous avons le sentiment qu’il est temps que les gamins prennent une raclée. Jusqu’à 40% des maisons achetées l’année dernière étaient des résidences secondaires — destinées soit aux vacances, soit à l’investissement. Voilà qui fait beaucoup de maisons à porter en anticipation d’une revente rapide.

** Les spéculateurs juvéniles des marchés financiers sont eux aussi peut-être sur le point de recevoir une volée de bois vert. La semaine dernière, nous n’avons pu que pouffer devant notre propre magazine. MoneyWeek faisait le portrait d’un gestionnaire de fonds londonien de 32 ans, soi-disant "boursicoteur né". Il n’avait donc que huit ans lorsque le dernier marché haussier des actions et obligations a commencé. Le marché baissier qui l’a précédé a commencé six ans avant la naissance de notre homme. Il n’avait que 12 ans lorsqu’Alan Greenspan a pris le pouvoir à la Fed. Il n’avait que 16 ans lorsque le marché japonais a commencé à sombrer. Et il n’avait que 18 ans lorsque George Bush l’Ancien a vomi sur le premier ministre japonais.

* Tout de même, son fonds d’investissement a grimpé de près de 150% ces trois dernières années. Inutile de lutter contre un tel succès, pas vrai ?

* "On pourrait pardonner aux investisseurs de penser que leur argent serait mieux placé avec un gestionnaire plus expérimenté", déclarait l’article, ce qui était un léger euphémisme. Mais lorsque nous avons abordé le sujet avec le rédacteur du portrait, il a protesté : "attendez, à 32 ans, il a probablement l’âge moyen d’un gestionnaire de fonds". C’est sans doute vrai. Nous nous sommes alors demandé dans quel genre de marché nous nous trouvons. Est-ce un "marché crasseux", adapté seulement aux enfants, aux brasseurs d’affaires et aux caboches vides ? Ou bien est-ce un marché sérieux pour des investisseurs sérieux ?

* Comme d’habitude, nous n’avons pas la réponse. Mais nous avons une impression — la même que celle qui nous affecte lorsque nous avons sauté un repas, ou lorsque nous regardons la courbe des rendements des actions. Nous avons l’impression que la longue période de chute des taux d’intérêt est bel et bien terminée. Durant la prochaine longue période — qui pourrait durer 20 à 30 ans — l’argent sera plus difficile à obtenir ; les taux réels vont grimper. Ce qui signifie que les jours de la bulle sont peut-être comptés. Les vieilles badernes auront peut-être une nouvelle occasion de dire "je vous l’avais bien dit".

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Des plus-values de 350%… 273,28%… 234,19%… 281,12%… 401,22%… 521,52%… 771,17%…

et 36,34% de gains par an en moyenne depuis 14 ans !

Découvrez un outil indispensable à vos investissements…

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*** La Chronique Agora présente ***

Depuis deux jours, Werther le Trader, Baptiste le Cambiste, Egisthe l’Analyste et le Banquier Central discutent de l’effondrement des cours… Aujourd’hui, fin de la conversation, on revient à l’essentiel : le foot !

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Le Journal d’un Banquier Central

CHAMPIONS DU MONDE — 3ème PARTIE
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Par le Banquier Central (*)

220 grammes
C’est Werther le Trader qui posa une question cruciale : "Une chose est sûre en tout cas : un tas de gens ont décidé, tout d’un coup, de reprendre leurs billes. Ils avaient peut-être besoin de liquidités ?"

Cela me paraît être la voix de la raison. Mon cousin Werther parle d’or (657 $ l’once) : car n’est-ce point la passion, et non l’argent, qui fait tourner ce monde ? Et à quoi bon spéculer sans fin dans les eaux glacées du calcul égoïste, si l’on n’y peut jamais verser l’anisette des plaisirs ? Tel est, d’ailleurs, le raisonnement que doivent se tenir — après leurs cousins américains — nos ménages français : car leur niveau d’endettement vient d’atteindre des records historiques.

… Alors, oui, peut-être qu’ils envisageaient des dépenses, tous ces gens. Même les traders acharnés ! Même les gestionnaires de fonds ! Pourquoi les gestionnaires de fonds n’auraient-ils, pas, eux aussi, des passions — comme tous les autres gestionnaires ? Des vacances à préparer ; des cocotiers à louer ; des télévisions haute définition à acheter… Les vrais leviers de l’économie, comme je le disais, sont ailleurs !

Il m’a fallu du temps pour le comprendre ; la révélation m’est venue l’autre jour, quand Paris était envahi par de joyeux touristes en tee-shirts bariolés, venus pour les uns d’Angleterre, pour les autres d’Espagne, et attirés chez nous non par les charmes inouïs de notre civilisation, mais par la finale de la Ligue des Champions. Sortant du bureau pour aller poster une lettre, j’ai été abordé par un charmant jeune homme, revendeur à la sauvette de son état, qui m’a proposé une place de choix pour ce glorieux événement sportif — contre la somme de quatre mille euros en liquide.

Quatre mille euros ! 220 grammes d’or ! La capitalisation tout entière d’Eurotunnel d’ici à quelques années ! Etonnons-nous, après cela, que l’on veuille sortir des marchés ! Mais après tout — comme disait la bonne amie d’un ministre que je connais un peu –, que valent quatre mille euros contre quatre-vingt dix minutes de bonheur ?

… C’est à ce moment-là, cher Journal, que j’ai compris. Un footballeur vedette peut espérer des revenus annuels de quinze à trente millions d’euros — soit, à lui tout seul, dix salaires de dirigeants du CAC 40 ! Dont chaque centime, à mon avis, est amplement justifié ! Il n’est qu’à voir l’impact psychologique d’un footballeur : quel patron, quel ministre pourrait se vanter de savoir mettre debout, d’un seul coup de pied, vingt millions de personnes ? Les incidences démographiques (témoin le pic de natalité d’avril 1999) sont spectaculaires ; les enjeux économiques, colossaux.

Selon une enquête menée par la banque hollandaise ABN Amro, un pays remportant une finale de la Coupe du Monde bénéficie, en moyenne, de +0,7 point de croissance supplémentaire ; tandis que l’autre malheureux finaliste encaisse un malus de -0,3%. Football scientifique, quand tu nous tiens… Ces analystes hollandais ont, par ailleurs, remarqué que la consommation annuelle de bière par habitant progressait de quelque 10%, les années où leur pays jouait le dernier tour.

La banque HSBC, quant à elle, s’est penchée sur le cas des marchés d’actions : ses statistiques montrent que les pays vainqueurs de la Coupe depuis 1966 (4 sur 10 étaient aussi l’organisateur) ont vu leur indice national surperformer de 9% en moyenne la moyenne des marchés mondiaux. La "merchandisation" croissante dont la discipline s’entoure, sous le regard vigilant de la FIFA, donne à penser que ces impacts économiques iront s’amplifiant. Les chaînes allemandes de télévision publique ARD et ZDF ont précisé leurs tarifs publicitaires pour l’événement : jusqu’à 320 000 euros la minute, 5 300 euros par seconde ! Quel Monsanto pourrait se targuer d’un meilleur rendement, avec moins d’un hectare de gazon, vingt-trois bonshommes et un ballon ?

Finalistes
Voici donc les leviers de la croissance à venir : Panem et circenses ! 2006 sera-t-elle, pour la première économie d’Europe, l’année du grand rebond ? La croissance allemande restait en berne en fin d’année ; le premier trimestre révèle un mieux notable, tiré essentiellement par la demande intérieure. Mais l’endettement public reste considérable et les mesures fiscales décidées par le gouvernement de Mme Merkel (la TVA passera de 16% à 19%) pèseront sur la reprise.

Cependant, elles n’entreront en vigueur que l’année prochaine. En attendant, il y a de quoi motiver, surtout dans un contexte de Coupe du Monde, un "dernier baroud" de surachat, d’autant plus spectaculaire si l’équipe nationale fait un bon parcours dans la compétition… Mais d’autres pays pourront également tirer leur épingle du jeu : et les indices du vainqueur comme du deuxième finaliste seront à étudier de près. Pour un maximum d’impact sur la croissance mondiale, les pronostiqueurs d’ABN Amro préféreraient une finale Allemagne-Italie. Une aimable utopie, bien sûr : car le sport a ses dures réalités, et mariant un modèle de calcul économique éprouvé aux solides données des bookmakers, nos analystes éclairés concluent — avec le consensus des amateurs du monde entier — que ce sera France-Brésil.

J’ai voulu prendre là-dessus l’opinion professionnelle d’Egisthe l’Analyste : il a catégoriquement refusé. "Je ne peux rien te dire ; pas assez d’historique.
- Mais la vie, Egisthe, la vraie vie, ne gît pas dans un historique ! C’est l’avenir de l’Europe, la grandeur de la France, qui commencent à se jouer le 13 juin ! A ton avis ? … 3-0 ? … Deux points de PIB ?
- Je te répondrai le 14 juin.
- Très bien, ai-je soupiré. Parle-moi du CAC : j’en tirerai mes propres conclusions.
- Regarde, me dit-il en étalant un graphique. Malgré sa correction, l’indice évolue toujours dans un canal de tendance haussière, bien au-dessus de sa moyenne mobile à 50 semaines (pointillés), qui se confond avec la borne basse du canal…
- C’est plutôt encourageant, non ? Tu penses à un 3-0 ?
- … A long terme, la configuration militerait pour une poursuite de la tendance. Néanmoins un plus haut a été marqué sur la borne haute du canal, à 5 330 points environ, initiant la correction spectaculaire des derniers jours. Or plusieurs signaux renforcent l’éventualité d’une sortie baissière. En premier lieu, le repli s’accompagne de forts volumes. En second lieu, le RSI 21 accusait une nette divergence : l’oscillateur, en congestion, s’inscrivait dans une tendance baissière tandis que le cours du CAC 40 continuait de monter. C’est l’indice d’un essoufflement de tendance ; cela annonce un basculement brutal du consensus, qui s’est trouvé concrétisé par l’enfoncement d’une droite de support en place depuis trois ans.
- Et ton canal ? m’impatientai-je. On en sort, ou pas ?
- Ma préférence reste à un rebond sur la borne basse vers les 4 720 points ; si la sortie avait lieu, le potentiel de l’événement nous emmènerait à 3 900 points, sans doute pas au-delà. Je ne crois pas, en tout cas, que l’on revoie très vite les sommets du premier semestre : la confiance est durablement affectée. Je préconise donc de couper les positions dans un rebond."

… Pour moi, cher Journal, cette étude n’est que trop claire : cela fera du 2-0 minimum, à notre avantage. Une fois encore, le génie français, qui n’a jamais manqué dans les grandes occasions, trouvera sur les terrains d’outre-Rhin l’occasion d’exprimer son prodigieux talent !

Au reste, quand je considère la remarquable cohésion de notre équipe, où les adolescents les plus explosifs côtoient les champions les plus admirés — bonne idée que d’avoir gardé Platini, Kopa et Just Fontaine –, je ne vois vraiment pas comment la Coupe pourrait nous échapper.

Meilleures salutations,

Le Banquier Central
Pour la Chronique Agora

(*) Derrière le Journal d’un Banquier Central, on trouve toute une équipe d’experts de la finance, de l’économie, de l’analyse technique et de la bourse — qui mettent à votre service leur expérience boursière aussi affûtée que leur sens de l’humour pour vous proposer des recommandations claires, fiables… et surtout profitables !

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