Qu’est-ce qui a mal tourné ?

Rédigé le 9 juillet 2018 par | Bill Bonner, Deep State Imprimer

L’affaire Scott Pruitt démontre qu’à Washington un manque d’ambition dans les larcins peut se révéler nuisible.

La semaine dernière a été presque sereine. Les actions n’ont rien fait de spécial. Même le Trump Show a été relativement calme, sans nouvelles pour faire remonter l’audimat.

Les rumeurs d’un accord sur les taxes d’importation automobiles ont aidé à maintenir les prix des actions. Le titre Tesla a chuté ; là, les rumeurs courent que Musk est en train de se retrouver à court de temps et d’argent. Le bitcoin a semblé se remettre un peu.

Et puis, vendredi, les tirs ont commencé. Donald Trump a entamé sa dernière guerre en date. Bloomberg :

« Avertissement de la Chine : les Etats-Unis ont lancé la plus grande guerre commerciale de l’Histoire ».

Rappelez-vous : « la guerre, c’est la santé du Deep State« . Celle-ci ne fera pas exception.

Argent saisi, faux prétextes et escrocs miteux

Puis on a appris que Scott Pruitt faisait les gros titres – comme depuis son arrivée à Washington. L’ancien directeur de l’EPA, l’Agence américaine pour la protection de l’environnement, regardait le feu d’artifice sur la pelouse de la Maison Blanche le soir du 4 juillet.

Une fois arrivé jeudi, il aurait aussi bien pu être un bolchevique, un terroriste ou un démocrate. Son badge d’accès avait été annulé et Washington ricanait tandis qu’il faisait ses valises.

En l’espace de 12 heures seulement, cette brillante étoile du secteur de l’énergie fossile a été éjectée du firmament Trump pour rejoindre le profond océan des has been de l’administration.

Quel était son crime ? Quel était son péché ? Pour autant que nous en sachions, il a fait ce qu’on lui demandait. Et Washington aurait dû l’adorer : à part une courte et pardonnable période où il a travaillé comme avocat en début de sa carrière, Pruitt n’a jamais eu d’emploi honnête ni gagné un seul dollar propre.

La capitale américaine vit d’argent saisi sous de faux prétextes par des escrocs miteux se faisant passer pour de bonnes âmes. Pruitt aurait dû s’y sentir comme chez lui. Il n’avait pas besoin de produire quoi que ce soit… ou d’offrir un véritable service. Il pouvait avoir ce qu’il voulait en étant utile aux gens qui ont de l’argent. Ou du pouvoir.

Qu’est-ce qui a mal tourné ?

Un compère classique

La carrière de Pruitt est classique : il l’a passée à servir une industrie compère ou une autre. Il a par exemple fait un procès à l’Etat de Californie au nom des agriculteurs de l’Oklahoma, pour forcer la Californie à ouvrir son marché aux oeufs des poules de l’Oklahoma. La plainte fut rejetée, mais les vendeurs d’oeufs lui furent convenablement reconnaissants.

Plus tôt dans sa carrière, il a même emménagé avec des lobbyistes, auxquels il s’était joint pour acheter une maison proche du centre des événements, à Oklahoma City.

En d’autres termes, les méthodes du Marigot ne lui étaient pas inconnues ; lorsque Pruitt est arrivé dans la capitale américaine, nombreux étaient ceux qui pensaient qu’il pourrait même enseigner une chose ou deux aux autochtones. [NDLR : retournez les méthodes du Deep State à votre profit… Grâce à un outil de prévision exclusif, perfectionné au sein de la CIA, anticipez les mouvements des initiés – et transformez-les en opportunités : tout est expliqué ici.]

Mais il y avait un problème, avec Pruitt. Dans les grandes plaines, il avait vu combien facile et délicieuse était la gnôle des compères tétée directement à la bouteille… mais il n’avait jamais pu passer à autre chose. Ses papilles avaient été brûlées et marquées à vie par l’alcool local ; les crus plus sophistiqués de la politique nationale ne lui disaient rien.

En 2003, Pruitt s’était présenté au Congrès mais avait perdu. Il ne s’est pas avoué vaincu : il s’est associé à Robert A. Funk et a acheté l’équipe de base-ball des Red Hawks d’Oklahoma City. Pruitt gagnait 38 400 $ par an en tant que sénateur US, à l’époque. L’achat se montait à 11,5 M$ : sa contribution n’a sans doute pas été majeure… mais il trouverait le moyen de tenir sa part du marché.

Nous ne savons pas si cela a rapporté de l’argent à Pruitt ou pas. Mais être propriétaire de l’équipe lui permit d’avoir sa photo dans les journaux : cela lui serait utile à l’avenir, ainsi qu’aux personnes qui le finançaient.

Cela l’aida aussi à se bâtir une crédibilité en tant que héros local. Il fut finalement élu procureur général d’Oklahoma. C’était un grand pas en avant ; jusqu’à présent, son expérience juridique s’était concentrée sur la défense de chrétiens lors d’affaires religieuses.

Peu importait. N’importe quel politicien peut occuper le principal poste juridique d’Oklahoma City – ou de Washington. Si l’on veut une opinion sur la Loi, il suffit de s’adresser à ses assistants.

De même, à l’EPA, aucune connaissance en chimie ou en quelque science que ce soit n’est nécessaire. En revanche, il faut savoir jouer le jeu… au plus haut niveau. Il ne suffisait pas de lécher les bottes du président et de faire semblant de croire que le Commandant en Chef était un génie.

Pruitt n’a pas manqué de respecter le code des bestioles du marigot : une fois corrompu… il est resté loyal.

Même sa stricte adhésion au Dogme des Sottises – selon lequel les autorités négocieraient de meilleurs accords pour les gens que les gens eux-mêmes ne le feraient – ne l’a pas sauvé.

Pour faire votre chemin dans le marigot, pensez plus grand !

Le problème avec Pruitt n’était pas une question d’idéologie, de doctrine ou de politique. C’était simplement qu’il pensait trop petit. C’était un voyou de quartier qu’on avait soudain propulsé dans un grand syndicat du crime. Il n’avait ni l’intelligence ni les manières nécessaires.

Les autorités étaient là à transférer habilement, discrètement, des milliers de milliards de dollars des citoyens vers les initiés du Deep State… et cet escroc à la petite semaine de Pruitt cherchait à obtenir un job pour sa femme… et une réduction de loyer ! Exactement comme s’il était toujours en Oklahoma.

Dans une ville où le vol qualifié est admiré et imité, les petits larcins de Pruitt revenaient à voler un paquet de cigarettes ou oublier de mettre de l’argent dans le parcmètre. Pruitt fait l’objet de pas moins de 14 enquêtes séparées de la part du General Accounting Office.

Il a attiré l’attention sur lui… et a posé un risque inutile à toute l’opération, comme faire un excès de vitesse en état d’ivresse… alors qu’on est en chemin pour aller cambrioler une banque.

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Bill Bonner
Bill Bonner
Fondateur de AGORA

Né en 1948, Bill Bonner est le fondateur d’AGORA, le plus large réseau d’entreprises indépendantes de presse spécialisée au monde.

En 1978, depuis sa ville natale, Baltimore (Maryland, Etats-Unis), Bill Bonner a voulu développer un « marché » (« Agora » en grec) des idées. Pas de l’information homogénéisée telle que les médias grand public relayent sur nos écrans et journaux, mais une source d’idées diverses avec des opinions et des avis originaux, alternatifs et surtout utiles. Bill a à cœur d’aider les lecteurs à mieux comprendre le monde dans lequel ils vivent, et à agir en conséquence. Que ce soit en matière de géopolitique, de macro-économie ou tout simplement dans le domaine de l’épargne, Bill incite ses lecteurs à cultiver un esprit vif et anticonformiste.

« Parfois nous avons raison, parfois nous avons tort, mais nous sommes toujours dans le questionnement », telle est la devise de Bill.

Bill a également co-écrit des livres qui ont tous figuré dans la liste des best-sellers du New York Times et du Wall Street Journal : L’inéluctable faillite de l’économie américaine (2004), L’Empire des dettes. À l’aube d’une crise économique épique (2006) et Le Nouvel Empire des dettes. Grandeur et décadence d’une bulle financière épique (2010).

Dans son dernier livre, Hormegeddon, quand trop de bien nuit (2015), paru aux Belles Lettres (www.lesbelleslettres.com), Bill décrit ce qu’il advient lorsque l’on abuse d’une bonne chose dans les sphères de la politique, de l’économie et des affaires. En bref, trop de bien conduit au désastre.

Vous pouvez retrouver les notes de Bill au quotidien dans La Chronique Agora.

Un commentaire pour “Qu’est-ce qui a mal tourné ?”

  1. Un jeu de mot à la va-vite! Pruitt aurait-il un quelconque prurit chronique pour faire ce qu’il a fait? Oui je sais c’est facile mais c’est lundi. 🙂

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