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La Chronique Agora
Paris, France
Jeudi 24 mai 2007
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*** Recherche put antigravitationnel a prix serré
Chine, casinos, trous noirs et souris électroniques…
*** Au-dessous du volcan
La lave des liquidités continue de chauffer à blanc les marchés mondiaux
*** Sail in May — again ? (1)
Récit de la première régate boursière de l’année par notre Skipper Central
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Bonjour,
*** RECHERCHE PUT ANTIGRAVITATIONNEL A PRIX SERRE
** Nous aimerions bien nous transformer en petite souris électronique bourrée de micro-processeurs et d’émetteurs furtifs (il faut vivre avec son temps) afin de rien perdre des discussions qui viennent de s’engager à Washington entre Mme Wu Yi, vice-première ministre chinoise, et Henry Paulson — ex-maître du monde et CEO de Goldman Sachs, ravalé au rang de simple Secrétaire d’Etat américain au Trésor pour les besoins de la cause.
Nous faisons le pari que si la question de la parité artificielle du yuan est officiellement au centre des discussions sino-américaines (ce qui place les Etats-Unis dans la confortable position d’accusateur et de donneur de leçons), d’autres sujets largement aussi cruciaux que le partage des richesses naturelles et énergétiques de la planète, la gestion du stock de 600 milliards de dollars de bons du Trésor US chinois ou le soutien implicite de la Chine à l’Iran — et à son programme nucléaire "civil" — seront largement débattus.
A un an des Jeux Olympiques, les deux géants peuvent difficilement prendre le risque de se fâcher sur les dossiers diplomatiques les plus sensibles (Corée du Nord, Darfour, Taiwan). Mais comment éviter que le ton se durcisse sur les questions économiques telles que la contrefaçon de grandes marques ou encore le dumping social à grande échelle, alors que les Etats-Unis entreront dans quelques mois en pré-campagne électorale présidentielle ?
Des pans entiers de l’industrie chinoise sont largement subventionnés ; les autorités monétaires de Pékin encouragent le gonflement de la bulle du crédit à l’investissement — et indirectement de la bulle boursière) — en pratiquant une politique monétaire que les experts américains qualifient de laxiste. Mais qui leur a donné l’exemple en la matière (taux d’intérêt négatifs), si ce n’est Alan Greenspan entre l’automne 2001 et le printemps 2005?
L’attitude prédatrice de la Chine sur les richesses naturelles de l’Afrique est également dénoncée. Cependant, comment les Etats-Unis auraient-ils pu mettre la main sur le pétrole irakien et financer l’occupation du coeur de la Mésopotamie durant quatre ans sans le soutien sans faille de Pékin — qui finance cette "guerre à crédit" par des achats massifs de T-Bonds US ?
Les deux protagonistes peuvent se renvoyer la balle en matière d’attitude impérialiste, de contournement — plus ou moins bien camouflé — des règles commerciales fixées par l’OMC, de faire peu de cas de droits de l’homme (Abou Graïb et Guantanamo valent bien que les USA se montrent silencieux au sujet de l’incarcération arbitraire des opposants politiques en Chine ou au Tibet)… Tout cela ne fait pas avancer l’un des dossiers les plus préoccupants du moment et qui nous concerne tous, à savoir l’impossibilité matérielle pour la planète de faire face à une croissance économique de 11% par an en Chine ou de 10% en Inde.
** Nous savons pertinemment que les 2,5 milliards d’individus concernés ne vont pas voir leur niveau de vie s’élever collectivement comme ce fut le cas en Corée du Sud à la fin des années 70 et jusqu’au milieu des années 90. Là bas, le revenu par habitant était comparable initialement à celui de la Côte d’Ivoire : il rejoindra en l’espace de 20 ans celui d’un pays comme l’Espagne ou la Nouvelle-Zélande. Mais si 20% de la population des pays "émergés" — soit 500 millions d’individus — dispose d’ici 2012/2015 des moyens d’aligner son mode de vie sur celui des Etats-Unis, les économistes affirment qu’il va falloir une deuxième planète terre pour fournir la demande en terme d’énergie fossile et de ressources naturelles.
En effet, l’Europe est un continent "mature" et se contente du renouvellement des équipements. La Chine et l’Inde, par contre, en sont encore à la mise en place, à partir de rien, d’un urbanisme dit "moderne" (adduction d’eau, transports en commun, recyclage des déchets, centres hospitaliers…).
Les forêts de grues décrites par tous les Occidentaux qui se rendent dans les principaux centres économiques de la Chine témoignent bien de la volonté d’en mettre "plein la vue" et de ne retenir que le plus bluffant en termes de matériaux de construction et d’installations électroniques (fibre optique, surveillance vidéo, illumination des bâtiments).
Les Chinois semblent fiers du résultat et pleins de confiance, comme si une période de type Trente Glorieuses se profilait pour le premier tiers du 21ème siècle. S’avisent-ils seulement de l’état d’épuisement des ressources naturelles que cela impliquerait, même si cela ne devait durer que 10 ans ?
Et à raison de 275% de hausse en un an jour pour jour, peuvent-ils s’imaginer que la bourse de Shanghai (+1,5% à 4 175 mercredi matin) puisse tenir ce rythme au-delà de quelques séances, voire de quelques semaines supplémentaires ?
** Tous les avertissements du monde — y compris ceux de la presse économique locale, qui relaye fidèlement les messages de Pékin et crie "casse-cou" — ne suffisent pas à endiguer le flot des épargnants qui se ruent vers la bourse par millions : eh oui, c’est bien à cette échelle que se répand le capitalisme sur les terres de Mao en l’an de grâce 2007 !
Mais parmi les bons connaisseurs du marché chinois — et de la psychologie des investisseurs fraîchement convertis à la spéculation boursière — il s’en trouve beaucoup pour affirmer que la pénurie de titres devient un phénomène chronique. La majorité de ceux qui ont commencé à faire fortune l’an passé ont engrangé de tels gains qu’ils ne redoutent pas de tout perdre au cas où un trou d’air un peu brutal surviendrait.
Il n’est de toute façon pas dans la culture des Chinois de quitter une table de jeu et de ramasser frileusement ses jetons lorsque la chance sourit. Et si le sort devient contraire, il est de tradition de rejouer jusqu’à récupérer l’intégralité de ses gains… ou de ne s’arrêter que lorsque le dernier yuan aura été perdu.
La tradition de Macao n’est pas usurpée : le petit archipel, anciennement possession portugaise, demeure le Las Vegas de la Chine. Les ferries font la navette 24 heures/24 avec Hong Kong toute proche. Mais avec Internet, il n’est plus besoin de quitter le sol chinois : la nouvelle mode consiste à dépenser des sommes folles en temps de connexion dans les cyber-cafés pour accéder à des plate-forme de jeux vidéo et aux casinos en ligne.
Et ne sommes-nous pas rentrés de plain-pied dans "l’économie casino" à l’échelle planétaire ? Les frontières se sont effondrées entre le monde du private equity (longtemps réservé à un public restreint de connaisseurs qui risquaient leur propre argent en toute connaissance de cause) et celui du "tout-venant" qui peut désormais participer à la grande aventure du capitalisme Monopoly en rentrant dans le capital de Blackstone.
Mais quelle surprise de voir également l’Etat chinois mettre au pot plus de trois milliards de dollars pour s’offrir — à défaut d’un retour sur investissement garanti — un regard privilégié sur le monde des entreprises occidentales. Et il n’est question que d’alliances et d’OPA, avec de nouvelles rumeurs d’un rapprochement entre Alcan et BHP Billiton pour échapper à Alcoa… d’un intérêt d’Oracle (éliminé de la phase finale de l’America Cup) pour l’allemand SAP… ou d’un possible LBO d’un fonds d’investissement sur Ingénico (n’oublions pas Paris !).
** Avec la persistance du climat spéculatif, et en l’absence de toute statistique économique en provenance des Etats-Unis depuis 72 heures, les indices boursiers poursuivent leur course aux records de part et d’autre de l’Atlantique. Le CAC 40 a effacé — sans forcer sur la gomme — la résistance des 6 111 points pour clôturer à 6 120. A Francfort, le DAX a grimpé de 1% à 7 740 points, et se retrouve à 5% de son record absolu de mars 2000. De son côté, l’Euro-Stoxx 50 (+0,65%) se retrouvait au contact des 4 500 points pour la première fois depuis fin mai 2001 (il y a six ans jour pour jour). Le Dow Jones s’installe au-dessus des 13 600 — et le S&P 500 au-delà des 1 530 points — sans que cela suscite la moindre émotion : nous ne percevons même pas ce genre d’excitation comparable à celle du joueur en veine qui veut aller jusqu’au bout de sa chance tout en sachant qu’il tente le diable.
C’est là un type de réflexion irrationnelle, de nature à amoindrir la performance globale. Le trader du 21ème siècle n’a ni émotion ni ego ; il suit la tendance tout en se couvrant contre la hausse du yen, des taux, des défaillances liées au crédit immobilier, du prix du pétrole, du cours du maïs, des températures, et pourquoi pas, très bientôt, contre la montée des eaux !
L’abolition théorique (et mathématique) de tous les risques par le biais des produits dérivés s’accompagne de la suppression du facteur psychologique qui perturbait depuis 150 ans les phases d’expansion des marchés financiers. Le seul credo admissible de nos jours, c’est The sky is the limit ! ["Le ciel pour seule limite", ndlr.]
De ce point de vue, le seul danger, c’est le trou noir… mais personne ne s’en est encore rapproché suffisamment pour savoir si la couverture — ou "put option" — antigravitationnelle fonctionne…
Philippe Béchade,
Paris
PS : Retrouvez Philippe Béchade au 0899 707 009* avec une analyse approfondie de la séance en cours — conditions boursières du moment, commentaire des principaux chiffres, suivi de notre portefeuille et recommandation du jour : vous aurez tout le nécessaire pour réagir aux conditions de marché, quelles qu’elles soient.
*(1,35 euros l’appel + 0,34 euro/minute)
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Evitez cette erreur, et vous deviendrez bien plus prospère que n’importe quel expert financier !
C’est exactement ce que fait notre spécialiste en se concentrant sur un secteur bien précis du marché — et son approche de l’investissement porte ses fruits, avec des gains réguliers de 74%… 53,8%… 35,14%… 43,17%… 60%… et bien d’autres encore.
Pour profiter vous aussi de ses conseils, continuez votre lecture…
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Bill Bonner, co-fondateur de La Chronique Agora, à Londres
*** AU-DESSOUS DU VOLCAN
** L’éruption du volcan d’argent brûlant, facile et rapide continue.
* Deux tendances majeures et contradictoires sont en cours.
* Au sommet, de l’argent porté au rouge gicle des banques centrales comme des étincelles jaillissant d’un cratère. Depuis le Vésuve de la Banque centrale chinoise, la masse monétaire continue d’augmenter deux fois plus rapidement que le PIB. En Inde, le M3, utilisé pour mesurer la masse monétaire, grimpe de 20% par an. Et sur les flancs du Krakatoa japonais (sans parler de son homologue des Alpes suisses), les emprunteurs peuvent prélever autant de lave qu’ils le souhaitent — à des taux d’intérêt frôlant le zéro. Aux Etats-Unis, les Américains ont le Mont St Helens… qui déverse environ 850 milliards de dollars de déficit courant tous les ans dans le système financier mondial.
* Les cendres brûlantes et la fumée s’élèvent dans les airs… où elles sont portées par le vent et les courants ascendants… avant de venir se poser dans des endroits souvent curieux et remarquables. Nous voyons par exemple que le Dow et le S&P grimpent régulièrement. Mais dans les maisons d’enchères, la hausse est spectaculaire, comme nous le disions hier… les œuvres de certains artistes ont grimpé de 300% ces sept derniers mois. Les jets privés décollent eux aussi… ils sont si demandés qu’il faut deux ans avant de pouvoir se faire livrer le modèle le plus populaire — et ce même en payant cash. Et… qui l’aurait cru… en Lettonie, les maisons ont grimpé de 67% ces 12 derniers mois.
* Tout cet argent chauffé à blanc… la lave incandescente des liquidités et du crédit… réchauffe les mains et les cœurs de la planète entière. Les prix de l’immobilier ont doublé à Moscou l’an dernier. Même le prix du lait en poudre a pris +60% cette année. Et l’indice boursier de Kuala Lumpur a grimpé de 24%.
* "Il n’est pas surprenant de voir Shenzhen et Shanghai grimper en flèche", écrit notre collègue Dan Denning depuis l’Australie. "Mais qui aurait pu penser que les obligations mauritaniennes se débrouilleraient si bien ?"
* "J’ai également fait quelques calculs de tête sur le pourcentage de hausse qu’ont encore les marchés mondiaux. On trouve quelques sources de nouvelles liquidités. Il y a les réserves de change officielles. Il y a les surplus de pétrodollars de l’OPEP et de la Russie. Et il y a les surplus gouvernementaux (provenant de pays produisant des matières premières, pour la plupart)".
* "Faisons preuve de modération, et disons que dans un scénario de méga-hausse, on pourrait voir 5 000 milliards de dollars de nouvel argent arriver dans les marchés boursiers. La capitalisation boursière mondiale totale, selon WFE, dépasse tout juste les 50 000 milliards de dollars. Cela ne signifierait donc qu’une modeste augmentation de 10%, si les fonds gouvernementaux et les réserves de change sont investis sur les marchés boursiers. Je pense, cependant, que ce sera nettement plus considérable"…
* Partout où nous regardons, nous voyons des visages radieux. Les investisseurs positionnés sur les marchés émergents n’ont jamais été plus heureux. Ces trois dernières années, ils ont investi 1 500 milliards de dollars dans ces sables mouvants boursiers — soit deux fois plus qu’au cours des trois années précédentes. A présent, ils se félicitent. Les prix ont grimpé, se réjouissent-ils, apparemment sans réaliser que c’est leur propre argent qui a nourri la hausse.
** Mais alors que les classes les plus favorisées de la planète célèbrent leur bon sens et leur bonne fortune, plus en dessous, tout ne va pas si bien. Lorsque la lave arrive jusqu’au prolétariat, elle est devenue froide et dure.
* "Les consommateurs mis à mal par la hausse des prix du carburant", déclare un titre de CBS Marketwatch. Les analystes prédisent des prix du gaz à 4 $ le gallon. Les consommateurs se demandent où ils trouveront l’argent pour le payer.
* "Les gouverneurs veulent qu’on agisse", titre un autre article. Ha ha ha… Quel genre d’actions les gouverneurs attendent-ils ? Des enquêtes sur les sociétés pétrolières ? Des subventions pour les raffineries ? Un contrôle des prix de l’essence ?
* Ne vous inquiétez pas, cher lecteur ; il n’existe pas de problème que les politiciens ne puissent pas aggraver. Restez à l’écoute…
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Qui laisserait un billet de 200 euros sur le trottoir… simplement parce qu’il se trouve de l’autre côté de la rue ?
C’est pourtant ce que fait la majorité des investisseurs… et ils se privent ainsi de gains de l’ordre de 24,93%, 24,50%, 12,50%, 19,03%, 21,60%, pour une performance globale de 148,80% en huit mois !
Continuez votre lecture pour en savoir plus…
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*** La Chronique Agora présente ***
Le contre-amiral Lefennec est de retour… et en compagnie de notre Banquier Central, il examine de près le "vaste navire de l’économie" — et les écueils qui le guettent.
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Le Journal d’un Banquier Central
SAIL IN MAY — AGAIN ? — 1ère PARTIE
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La mer, la mer, toujours recommencée… — Paul Valéry
"Ce toit tranquille, où marchent des colombes… déclama le contre-amiral Lefennec d’un ton mélancolique.
- … C’est de Mireille Mathieu ? demandai-je nonchalamment.
- Ne vous moquez pas de notre immense Valéry, gronda le bouillant contre-amiral.
- … Qui ça ? Le président ?
- … Paul Valéry, nom d’une ralingue ! Dans ce simple vers, beau comme un orage sur les côtes malaises, Valéry a rassemblé toute la finitude, toute la mélancolie de l’homme — et du marin — face au Grand Mystère de l’océan".
(C’est drôle, quand même : moi, pour une raison sur laquelle je n’arrive pas à mettre le doigt, ce vers me fait immédiatement penser à la grande Mireille Mathieu. Mais j’ai convenu volontiers que le mystère de l’océan était en effet bien grand, et notre Paul Valéry bien immense. Pas question d’offenser la sensibilité poétique du contre-amiral Lefennec, pour lequel j’ai la plus grande estime.)
Les lecteurs de l’Agioteur beauceron le savent : chaque année, pour le compte de cette modeste gazette, je couvre la fameuse régate du Club La Pérouse. Convaincu que "l’économie n’est qu’un vaste navire", le Club La Pérouse met depuis trente ans ses principes à exécution à travers une originale compétition nautique, qui voit s’affronter l’élite de la finance internationale et les plus grands capitaines de Banque centrale au monde. L’inspirateur de cette généreuse initiative, et l’âme même du Club La Pérouse, n’est autre que le contre-amiral Lefennec, fort de ses trente ans de Royale.
Un soleil orange descendait à l’horizon ; les eaux bleues de la Méditerranée clapotaient contre la coque du Léon Blum — joli schooner où le contre-amiral a établi son quartier général. Assis sur le pont arrière, je savourais un rhum hors d’âge tandis que Lefennec, à mon côté, tirait pensivement sur sa pipe… Nous aimons tous les deux ces instants de paix profonde, au soir de l’épreuve — quand lui, le vieux loup de mer, et moi, le modeste Banquier Central, refaisons toute la régate…
Un excellent cru
… Cette édition 2007 restera dans les annales comme un excellent cru. On y a vu que la haute technologie ne fait pas tout : pour la plus grande joie des aficionados de l’architecture navale traditionnelle, quelques embarcations à l’ancienne ont su tenir leur rang face à l’offensive des fusées en fibre de carbone.
Ainsi le vieux trois-mâts Europe, malgré sa conception archaïque, boucle un parcours honorable, avec +0,6% de croissance rien qu’au premier trimestre — malgré un accroc à la voile France qui nous a ralentis sur le dernier bord. Le foc allemand, que l’on donnait fragilisé par l’augmentation du taux de TVA en début d’année, a remarquablement pris le vent (+0,5%, on attendait moins). Et l’étendard espagnol bombe toujours avec assurance (+1%).
En revanche, le compétiteur des USA — ce fameux catamaran Surfing the Deficits, qui avait raflé tant de médailles aux éditions précédentes — confirme une petite baisse de régime. Cette embarcation high-tech est certes capable d’atteindre des vitesses fulgurantes, mais au prix d’efforts violents pour sa structure. A la longue, les performances s’en ressentent : c’est ainsi qu’on a vu plusieurs câbles de crédit menacer de lâcher, au terme d’une belle accélération vent arrière — contraignant l’équipage à une réparation en catastrophe.
"C’est une de leurs grandes forces, me faisait remarquer le contre-amiral. Leurs marins ont toujours une pièce de rechange chinoise à portée de main : alors, dès que ça paraît craquer, hop, ils consolident… Même en pleine course. Mais je crois que cette fois, ils ont eu chaud.
- Il faut dire qu’ils ont délesté comme jamais…"
Dollar contre yen
En effet, les hommes de Surfing the Deficits, à l’instar de l’équipage japonais, font partie de ces compétiteurs qui cherchent un allègement maximum de leur devise, pour gagner en vitesse et en maniabilité.
"… Ça, ils foncent, lâcha Lefennec dans un nuage de fumée. Seulement, à force d’évider sa coque de noix, au premier grain qui se lève, on se retrouve la quille à l’air !
- C’est bien possible, amiral. A 1,36, l’EUR/USD vient de rejoindre ses records historiques de 2004… Et tout indique — si j’en crois Egisthe, mon analyste technique — que le cours n’en restera pas là. Une pause est à prévoir dans l’immédiat, en réaction contre ce seuil-clé… Mais la tendance demeure structurellement à la dépréciation du billet vert. Même chose, d’ailleurs, pour l’EUR/JPY, qui vient de franchir la barre des 162… du jamais vu depuis près de dix ans. C’est à se demander, entre le yen et le dollar, laquelle des deux devises gagner la course à la légèreté.
- Ne cherchez plus, mon gaillard : depuis cinq ans, le cours du dollar/yen est à peu près stable — entre 100 et 130 environ, quand on avait vu des variations de près de 150 points d’amplitude au cours des années 80. Si vous considérez, maintenant que les taux monétaires américains sont passés de 1% à 5,25%, durant ce même intervalle de cinq ans… tandis que le Japon maintenait contre vents et marées sa politique de taux zéro… vous tenez votre réponse ! Le dollar est faible contre la plupart des grandes devises : l’euro, la livre sterling… Et même le yen. Il n’y a guère que le yuan chinois qui parvienne à donner le change, si j’ose dire… Mais au prix du contrôle rigoureux que l’on sait. Arrimée par la Banque Centrale chinoise au cours du billet vert, la devise de l’Empire du Milieu est notoirement sous-évaluée. Etonnons-nous après ça qu’ils glissent sur leurs marchés à l’export comme un marsouin sur un rouleau… Le voilà, mon gaillard, le grand secret de votre catamaran".
… Un grain à l’horizon ?
"En tout cas, conclus-je en souriant, tout finit bien. La régate s’achève sur une moisson de records, avec des bourses au plus haut…
- Mouais, grommela le contre-amiral.
- Comment ça, mouais ? Tout le monde est content, non ? Le baromètre est au beau fixe ? Chaud et sec, hausse des indices ?
- … Mouais."
J’insistai, un peu perplexe : "Tenez, amiral… l’Ibex espagnol a dépassé de plus de 18% ses sommets de 2000… Tout comme le Dow Jones américain… Et même les marchés émergents ont retracé la majeure partie de leur baisse de l’année dernière…
- Mouais.
- … Mais enfin, pourquoi mouais ? … L’indice turc ! Le Top 40 sud-africain ! Le Hang Seng ! Le Nikkei ou le Sensex indien, sans être au plus haut, ont le vent en poupe ! Les investisseurs sont riches ! Et pas l’ombre d’une Bulle en vue ! Ce n’est pas comme au temps de l’aventure dot.com…
- Nom d’un cartahu ! tonna Lefennec. Voilà précisément ce qui me chagrine".
Je reposai mon verre de rhum hors d’âge sur le bastingage, et tournai vers le vieux loup de mer des yeux interrogateurs. Nous découvrirons sa réponse dès demain…
Meilleures salutations,
Le Banquier Central
Pour la Chronique Agora
(*) Derrière le Journal d’un Banquier Central, on trouve toute une équipe d’experts de la finance, de l’économie, de l’analyse technique et de la bourse — qui mettent à votre service leur expérience boursière aussi affûtée que leur sens de l’humour pour vous proposer des recommandations claires, fiables… et surtout profitables !
Pour découvrir toutes les analyses et recommandations du Journal d’un Banquier Central, continuez votre lecture…
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