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La Chronique Agora
Paris, France
Lundi 02 juillet 2007
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*** Sac de voyage et valse-hésitation
Les marchés n’arrivent pas à se décider…
*** Dieu contre le diable
Et les probabilités ne sont pas aussi bonnes qu’on pourrait le croire…
*** Une question de statut (1)
Quand il n’y a plus de menu Monet…
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SELECTIONNEZ LES GAGNANTS BOURSIERS !
C’est bien plus facile que vous ne le pensez : il suffit d’allier un principe d’investissement simplissime… et quelques critères de sélection rigoureux.
A la clé ? Déjà des gains de 42,19%… 21,26%… 21,45%… 26,43%… 28,70%…26,90%… 22,90%… 40,19%… et même… 96,24% !
Pour faire profiter votre portefeuille des prochaines aubaines, continuez votre lecture…
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Bonjour,
** Voilà bientôt trois jours que votre correspondante erre dans son appartement, égarée entre sac à dos, veste "polaire", sparadraps anti-ampoules et chaussures de marche : plutôt à semelle souple pour les nombreuses visites… ou plutôt à semelle rigide pour les heures de marche ? Ou les deux ? Mais avec 15kg de bagages autorisés, et encore le sac de couchage à caser…
Ah, les vacances, ce n’est pas de tout repos — surtout quand elles vous mènent de l’autre côté ou presque du continent, en Mongolie plus précisément, où je m’apprête à passer les trois prochaines semaines. Nous verrons bien ce que ça donne… mais en attendant, je note que je ne suis pas la seule à m’intéresser aux steppes d’Asie Centrale : la Chine, de son côté, explore la Mongolie Intérieure à la recherche d’uranium pour nourrir ses considérables besoins en nucléaire.
Cette région n’est d’ailleurs qu’un axe d’exploration pour l’Empire du Milieu, qui lorgne d’un œil gourmand les réserves de yellow cake d’un autre pays — et cet appétit démesuré pourrait se solder par de coquets profits pour l’investisseur avisé : pour tout savoir, continuez votre lecture…
** Quant à mon dilemme cordonnier, il n’est pas sans rappeler la valse-hésitation à laquelle se livrent sans retenue les marchés ces derniers temps. L’humeur est à l’indécision, chez les investisseurs, comme le démontre la journée de vendredi. En effet, les statistiques étaient nombreuses du côté américain pour terminer la semaine — et si les marchés européens leur ont réservé un assez bon accueil, cela n’a de loin pas été le cas du côté US.
Le CAC 40 a ainsi terminé en hausse de 0,81%, sans toutefois repasser la barre des 6 100 : il clôturait vendredi à 6 054,93 points. A Londres et Francfort, on escortait notre indice national sur son chemin haussier : +0,56% pour le Footsie et +1,09% pour le Dax, respectivement.
Cette belle humeur était peut-être due en partie au fait que la Commission européenne annonçait dans le même temps une hausse du climat des affaires, avec un indicateur ressortissant à 1,54 pour juin contre 1,52 en mai ? Selon La Tribune, "cet indicateur, en restant durablement élevé, témoigne d’une solide activité économique dans le secteur industriel au deuxième trimestre 2007". "[La Commission] ajoute que les évaluations des patrons industriels pour leurs stocks de produits finis et leurs anticipations de production pour les mois à venir se sont un peu améliorées, alors que leur opinion pour les carnets de commandes globaux et les carnets de commandes à l’exportation s’est un peu dégradée. La Commission indique aussi que l’évaluation des tendances de la production observées ces derniers mois reste inchangée".
** Cette nouvelle venait s’ajouter aux nombreux chiffres en provenance des Etats-Unis. Commençons par le commencement : selon le département du Commerce US, les revenus des ménages ont grimpé de 0,4% en mai. Au cas où vous vous inquiéteriez, cher lecteur, sachez que la volonté des ménages de jeter lesdits revenus par les fenêtres reste assez ferme : les dépenses ont grimpé de 0,5% sur la même période. C’est tout de même un peu moins que ce qu’attendaient les économistes, qui penchaient pour +0,6% pour les revenus et +0,7% pour les dépenses.
Une petite baisse de motivation que vient d’ailleurs confirmer l’indice de confiance du consommateur calculé par l’Université du Michigan : il est en baisse, à 85,3 pour juin (contre 88,3 en mai et 84,1 attendus par le consensus).
Et pour revenir au rayon dépenses, vous reprendrez bien un peu d’immobilier ? Selon le département du Commerce, les dépenses de construction ont grimpé de 0,9% en mai — leur meilleur taux depuis février 2006, d’autant plus "appréciable" qu’on s’attendait à une hausse de 0,1% seulement. Enfin, pour clôturer cette salve de chiffres, notons que l’indice des directeurs d’achat de Chicago est en baisse, à 60,2 en juin contre 61,7 pour mai.
** Toutes ces statistiques sont pour le moins mitigées, vous en conviendrez… et sur les places américaines, contrairement à leurs homologues européennes, la déception était nette : une baisse de 0,10% pour le Dow Jones, à 13 409,11 points… une chute de 0,20% pour le Nasdaq, à 2 603,23 points… et une dégringolade de 0,16% pour le S&P 500, à 1 503,34 points.
La même tension s’est fait sentir sur les marchés des changes, où le billet vert terminait la semaine en baisse par rapport à la monnaie unique : l’euro valait 1,3535 $ à la clôture vendredi (contre 1,3444 $ la veille).
Idem du côté des taux, avec un bon du Trésor US à 10 ans dont le rendement se tend de huit points de base, pour atteindre 5,03%. Le seul à s’en être tiré, vendredi, était l’or : le métal jaune a pris 3,25 $ sur l’ensemble de la journée à Londres, et repasse la barre des 650 $ avec une once à 650,5 $ au second fixing.
Enfin, sur le marché du pétrole, l’or noir — peut-être indirectement affecté par les tentatives d’attentat en Grande-Bretagne ces derniers jours ? — passait la barre des 70 $ : à New York, le baril de WTI terminait la semaine à 70,68 $.
** Sur ce, il ne me reste plus qu’à vous souhaiter un très bon mois de juillet, cher lecteur : Philippe Béchade se charge de me remplacer pour les deux lundis qui viennent. Quant à moi, je vous retrouverai dès le 23 juillet… et je pense que je vais opter pour les chaussures à semelle souple, en fin de compte.
Françoise Garteiser,
Paris
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Bill Bonner, co-fondateur de La Chronique Agora, à Londres
*** DIEU CONTRE LE DIABLE
** Rien de tel qu’une longue période de chance pour ruiner un homme. Il commence à penser qu’il peut s’en tirer quoi qu’il arrive. En moins de temps qu’il n’en faut pour le dire, il parie de grosses sommes à Las Vegas et fait du charme aux hôtesses de l’air.
* En ce moment même, l’économie mondiale toute entière profite d’une période de prospérité catastrophique. C’est-à-dire que les choses vont beaucoup trop bien… pour beaucoup trop de gens.
** Ici, cher lecteur, nous vous confions l’un des secrets les plus profonds de la vie humaine. Les choses ne fonctionnent pas de manière simplette et évidente. Si c’était le cas, peut-être les bureaucrates, les bolcheviques et les mouches du coche pourraient-ils vraiment améliorer les choses. Mais il y a le bien… et il y a le mal. La course n’est pas toujours gagnée par le plus rapide, les batailles ne sont pas toujours gagnées par les plus forts. Et les bulles n’explosent pas toujours quand on le voudrait.
* Nous disons cela uniquement pour planter le décor. Ce qui suit est un bref discours théâtral sur la nature de la vie dans l’univers en général… et dans la grande super-bulle mondiale de 2007 en particulier.
* Les choses vont remarquablement bien — surtout pour les gens qui comptent, c’est-à-dire ceux qui font les gros titres et les écrivent. Paris Hilton est sortie de prison. Stephen Schwarzman s’est débarrassé avec succès de son fonds de private equity. Les jet-setteurs jet-settent plus que jamais. Les investisseurs sont comme des coqs en pâte eux aussi… parce que leurs portefeuilles, où qu’ils se trouvent et quoi qu’ils contiennent, engraissent jour après jour. Les restaurants sont pleins à Londres, New York ou Shanghai — partout où la grande machine à fric est allumée et ronronne. Et le spéculateur, qui dépend d’une quantité abondante d’idiots pour racheter ses paris, est lui aussi au paradis. Aux Etats-Unis, il en naît un par minute, comme disait M. Barnum. Mais en Asie… en Asie, ma foi, on ne peut même pas les compter.
* Lors des récentes ventes d’art, les impresarios de fonds de couverture se sont présentés — liasses de billets en poche, entourés de consultants — et ont fait grimper les prix les plus remarquables pour les œuvres "d’art" les plus banales. Mais c’est ainsi que la grande machine crache de l’argent — d’une main vers l’autre… du crétin vers le génie… du salopard avide vers l’âme charitable… de l’idiot vers le fripon. C’est un spectacle à couper le souffle.
** Mais regardez ! Ce n’est pas tout.
* Il y a des règles, des leçons, des schémas… et un prix à payer.
* Lorsque les choses vont si bien pendant si longtemps, c’est comme si tous les gros mots avaient été rayés du dictionnaire… comme si les chiffres négatifs avaient été enlevés des nombres. C’est comme si les mauvaises graines avaient été éliminées de la nature… et les mauvais gènes de l’humanité. C’est comme si nous avions enfin Dieu sans le Diable… et le Paradis sans l’Enfer.
* Aucune chance d’aller en Enfer ? Eh bien, que diable… amusons-nous, alors ! Pas de chiffres négatifs ? Qu’attendons-nous ? Tentons des rendements plus élevés, tant pis pour les risques.
* Les événements naturels malheureux se produisent comme le veut la nature. Des ouragans, des cyclones, des sécheresses — la nature fait de nous ce qu’elle veut. Malheureusement, les événements boursiers tendent à se produire lorsque les hommes cherchent le rendement.
* Les marchés, qui sont assez bienveillants la plupart du temps, se montrent parfois vicieux. Mais c’est juste ainsi que le monde va. Dieu règne — la plupart du temps. Mais le diable s’en mêle à l’occasion, et sème la pagaille. L’histoire de l’humanité traite en général de progrès… mais pas toujours. Il y a également de longues périodes de recul. L’inflation est commune, elle aussi — au moins depuis l’invention de la monnaie papier. Mais malheur au pauvre fou qui pense que c’est automatique, garanti et immuable.
* "Dieu et le Diable sont à environ quatre contre trois", écrit Samuel Butler. "Il y a assez de prépondérance du côté de Dieu pour qu’il soit bien plus sûr d’être de Son côté plutôt que de celui du diable, mais l’excès n’est pas si important que ses partisans professionnels le prétendent. C’est comme de parier à Monte Carlo ; si vous jouez assez longtemps, vous êtes sûr de perdre, mais de temps en temps, vous pouvez gagner une grosse somme d’argent si seulement vous arrêtez de jouer dès l’instant où vous l’avez gagné".
* La prospérité n’est jamais garantie. Voilà pourquoi, à la Chronique Agora, nous vous conseillons de prendre votre argent en main. En général, sur toute l’histoire de l’humanité, l’homme devient plus riche d’une année sur l’autre. C’est un peu comme une bagarre de rue. L’homme le plus fort, le plus rapide et le plus grand est le meilleur pari — en général. Mais l’avorton peut avoir de la chance de temps en temps. Et que le costaud oublie les risques… qu’il devienne trop confiant… trop ivre, trop gras, trop sûr de lui… et le plus petit aura sa peau à tous les coups.
* Que ce boom dure assez longtemps, cher lecteur, et il se transformera en krach. Il en est déjà au stade de bulle dans de nombreux endroits et sur de nombreux marchés ; lorsque le diable exigera sa part, ce sera probablement assez déplaisant pour pas mal de monde. A long terme, bien entendu, c’est le monde de Dieu. Mais Lui aussi aime nous voir prendre un coup de pied dans l’arrière-train de temps en temps.
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*** La Chronique Agora présente ***
On ne trouve pas meilleur exemple de la surabondance actuelle de richesse et de crédit que sur le marché de l’art. Les tableaux se vendent à des prix record, et l’afflux d’argent ne semble pas ralentir. Cette semaine, Bill Bonner examine à la fois l’absurdité et la rationalité de la bulle actuelle.
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UNE QUESTION DE STATUT — 1ère PARTIE
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Par Bill Bonner (*)
Le voilà — Waterloo Bridge.
Juste devant notre fenêtre, dans nos bureaux londoniens.
C’est quasiment le même pont que celui représenté sur un tableau de Claude Monet devenu célèbre la semaine dernière — un nouveau a été construit après le départ de Monet pour Giverny. Alors que nous pouvons voir le vrai gratuitement, la version préservée sur toile s’est vendue aux enchères pour une somme extraordinaire : 17,9 millions de livres sterling selon une source, 18,5 millions selon une autre — le double de ce qu’attendaient les experts.
La vente du tableau de Monet a fait naître en nous une série de réflexions et de questions — sur l’esthétique, sur la valeur réelle et sur la première bulle de crédit mondiale.
Pendant ce temps, le Daily Telegraph s’est précipité au secours des pauvres — non pas avec du pain, mais avec de l’art. Le journal offrait gratuitement à ses lecteurs une reproduction sur papier glacé dudit tableau. Une question se posait. Nous ne savions pas si elle était existentielle… financière… ou grammaticale, mais elle hantait notre sommeil : quelle est la différence entre une véritable œuvre d’art et un ersatz, une copie ? Les cogitations qui ont résulté étaient si profondes et troublantes que nous avons passé toute la semaine dernière à prier, réfléchir et boire, histoire de trouver un sens à tout cela.
Nous nous sommes tourné et retourné. Nous avons mijoté et patienté. Finalement, nous avons vu un clochard sur Blackfriar’s Bridge, et, montrant la rivière, nous avons demandé :
"Quelle est la différence entre une image de ce pont, là, distribuée gratuitement par le Telegraph… et sa représentation en tableau qui vient de se vendre 35 millions de dollars ?"
"Euh… 35 millions de dollars ?" nous a-t-on répondu.
Nous avons récompensé notre homme avec un demi-shilling et avons continué notre chemin. Il avait raison. M. le Marché avait parlé. Qui sommes-nous pour remettre son jugement en question ?
Les grands acheteurs du marché de l’art viennent de l’industrie financière, avons-nous appris. Mais que savent-ils quand il s’agit de dépenser ? Le gestionnaire de hedge fund moyen sait tout sur les moyens de gagner des fortunes ; il est expert dans l’art de séparer les gens de leur argent. Mais une fois qu’il l’a gagné, il n’est absolument pas préparé à s’en débarrasser tout seul. Cela lui pèse… comme un lourd manteau de vison sur une star du rap ; il est en sueur, il a l’air ridicule. Que peut faire un homme riche… sinon acheter un Warhol ou construire une monstruosité à Greenwich ?
Lorsqu’on gagne un milliard de dollars par an, on peut acheter la maison la plus chère du monde — tous les ans — et on vous rendra 900 millions en petite monnaie. Il faut donc acheter des objets encore plus gros et encore plus tape-à-l’œil jusqu’à ce qu’enfin, votre yacht devienne si gros qu’il reste coincé dans l’East River, et vous amis se moquent de vous. Voilà le problème lorsqu’on dépense des sommes folles pour s’acheter un statut : on risque toujours un retour de flamme.
La suite dès demain…
Meilleures salutations,
Bill Bonner
Pour la Chronique Agora
(*) Bill Bonner est le fondateur et président d’Agora Publishing, maison-mère des Publications Agora aux Etats-Unis. Auteur de la lettre e-mail quotidienne The Daily Reckoning (450 000 lecteurs), il intervient dans La Chronique Agora, directement inspirée du Daily Reckoning. Il est également l’auteur des livres "L’Inéluctable faillite de l’économie américaine" et L’Empire des Dettes".
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(c) Les Publications Agora France, 2002-2007
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Nota bene : reproduction partielle ou totale de la présente Chronique STRICTEMENT INTERDITE sans accord écrit de la société éditrice.
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