Rien à craindre

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▪ Cette semaine marque le premier anniversaire de la faillite de Lehman. Les médias luttent pour dire quelque chose de sensé à ce propos. A la Chronique Agora, nous ne tenteront même pas d’y parvenir. Nous nous satisferons de quelques remarques sarcastiques.

Ce qui y a de remarquable dans le monde un an après la chute Lehman, c’est que si peu semble avoir changé. Même les journaux s’en sont aperçu.

"Une année après Lehman, peu de changement à Wall Street", titrait le International Herald Tribune lundi. "Soutenues par de gigantesques garanties du gouvernement américain, les plus grandes banques ne se sont restructurées que marginalement. L’emploi [à Wall Street] n’a chuté que de 8% depuis septembre dernier".

"Obama va accélérer le remaniement bancaire", titrait encore le Telegraph. Oui, les politiciens vont essayer de convaincre le monde qu’ils ont éliminé le risque boursier à force de régulation. Peut-être vont-ils limiter les salaires… insister pour une plus grande transparence… ou exiger que les capitalistes détiennent une plus grand part de leur capital. Ils se présenteront ensuite aux électeurs et diront qu’ils ont rendu le monde plus sûr pour le capitalisme démocratique. Ne les croyez pas ; leurs renflouages l’ont rendu plus dangereux.

Nous ne savons pas si c’était ce que le prix Nobel d’économie Joseph Stiglitz avait en tête. Mais il en était arrivé à la même conclusion :

"Selon Stiglitz, les problèmes bancaires sont désormais plus importants qu’avant Lehman", déclare le rapport de Bloomberg.

Oui, Wall Street avait un joli petit arrangement. Le secteur tout entier bénéficie à présent de la formule des hedge funds — "pile je gagne, face quelqu’un d’autre perd". Lorsque les hedge funds jouent à ce jeu, ce sont leurs clients qui perdent de l’agent. Mais de la manière dont les banques de Wall Street mènent la partie, le grand perdant est le gouvernement américain, directement, et les contribuables et obligataires américaines indirectement.

Lorsque tout va bien, les banquiers gagnent des millions — qu’ils rapportent chez eux en tant que salaires et autres bonus. Un analyste de JP Morgan estime que les sociétés financières américaines et européennes verseront à leurs 141 000 employés du secteur banque d’investissement 77 milliards de dollars en 2011… soit environ 543 000 $ par employé. Ces sociétés reversent une telle quantité de ce qu’elles gagnent qu’elles n’ont pas les capitaux nécessaires pour survivre à une crise. Mais lorsqu’elles sont menacées d’extinction, les autorités interviennent pour les renflouer. Pas étonnant qu’elles ne craignent pas un effondrement…

La nouvelle la plus intéressante de ces derniers jours reste l’or, qui a une fois de plus clôturé au-dessus des 1 000 $. Mais nous y reviendrons… car nous avons beaucoup pensé au sujet de l’or. A suivre…

▪ Pendant ce temps, le Financial Times annonce que les marchés boursiers mondiaux ont rebondi de 65% depuis leurs planchers de mars. Il n’y a plus de signe de panique. Ou de crainte. Les gens semblent penser que la crise est terminée. Cela a renforcé leurs illusions. Ils veulent désespérément croire que leurs autorités financières ont le contrôle de la situation. Tant que les choses semblent se stabiliser — voire s’améliorer — ils pensent pouvoir se détendre.

"Rien n’a vraiment changé", se disent-ils. "Ce n’était qu’un hoquet… rien de sérieux", affirment-ils. Ils regardent par la fenêtre et voient les mêmes arbres, les mêmes immeubles, les mêmes voitures ; on dirait bien que rien n’a changé, en tout cas.

Bien entendu, lorsqu’on quitte Wall Street, il faut pas mal de temps pour sortir de la ville. Pendant longtemps, les immeubles… le paysage… et les gens semblent les mêmes. Mais on n’a même pas encore traversé l’Hudson ! Ce n’est que plus tard, après avoir roulé pendant longtemps, qu’on réalise qu’on est bien loin de chez soi. Nous pensons qu’un long voyage nous attend. On a entamé un processus inversant un demi-siècle d’expansion de crédit. Depuis 1945, la dette par personne a augmenté. A présent, elle diminue — et ça a d’importantes conséquences. Si nous avons raison, le secteur financier réduira la voilure pendant de nombreuses années. Les profits seront difficiles à obtenir. Il sera tout aussi malaisé de trouver un emploi. Et la partie du monde dominée par les Anglo-Saxons diminuera.

La crainte fera son retour… quand les gens réaliseront la direction qu’ils ont prise.

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Bill Bonner

Bill Bonner est le fondateur et président d'Agora Inc., une maison d'édition publiant des lettres d'information confidentielles – probablement l'une des plus brillantes au monde. Auteur de la lettre e-mail quotidienne The Daily Reckoning (450.000 lecteurs... ), il intervient également dans La Chronique Agora, directement inspirée du Daily Reckoning.

La passion de Bill Bonner pour la finance, les voyages et les grandes idées lui a permis d'engranger des succès incontestables pour son entreprise. Il a débuté en 1979, avec la publication des lettres d'information International Living et Hulbert's Financial Digest. Puis Agora Publishing a connu une croissance très importante, et s'est spécialisée dans la publication de lettres confidentielles sur la finance, la santé, le développement personnel et les voyages. Depuis le début des années 1990, Agora Publishing s'est encore développée. Le siège social est à Baltimore, mais aujourd'hui, Agora compte des bureaux à Paris, Londres, Waterford (Irlande), Melbourne, Johannesburg, Madrid et New-Delhi.

Agora compte aussi des maisons d'éditions se spécialisant dans la littérature classique et académique : Pickering & Chatto à Londres, et Les Belles Lettres à Paris.

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