La richesse réelle ne s’imprime pas

Rédigé le 7 décembre 2017 par | Bill Bonner, Richesse Imprimer

La vraie richesse doit être gagnée. Lorsque l’argent factice, créé par la dette publique, afflue à Wall Street, l’homme de la rue y perd.

Le Bitcoin a encore progressé de 1 000 $, en 24 heures. Youpi !

Et, hou la…

Que se passe-t-il ? Hier, nous avons décrit le SOS, le Schéma Outrageusement Simple.

Vous injectez de « l’argent » dans l’économie, et les cours grimpent. Vous le retirez, et les cours chutent.

Les cours voguent sur un océan de liquidités. Ceux qui augmentent sont fonction de la direction dans laquelle l’argent afflue.

Si on fait affluer l’argent dans l’économie de la consommation, comme l’a fait Lyndon Johnson avec sa guerre du Vietnam et ses programmes « Great Society », alors les prix à la consommation ont tendance à augmenter. Si on le fait affluer sur Wall Street (en achetant des bons du Trésor aux grandes banques et autres institutions financières via le QE, comme l’ont fait Greenspan, Bernanke et Yellen), alors il a tendance à faire grimper les prix des actifs.

Dans les deux cas, il n’y a aucune raison de croire qu’en injectant simplement de « l’argent » – dollars, euros ou bitcoins – on augmente la richesse réelle. La richesse réelle doit être gagnée… par quelqu’un…

La richesse réelle, cela ne s’imprime pas.

La bouée de sauvetage des pauvres

Personne ne se plaint lorsque les cours des actifs grimpent… du moins pas ceux qui possèdent les actifs. Mais voici un autre Schéma Outrageusement Simple : lorsque l’argent falsifié fait grimper les cours à Wall Street, le niveau de vie des gens ordinaires chute… et vice versa.

La richesse réelle, c’est du gagnant-gagnant pour tout le monde. Mais l’argent falsifié, c’est du gagnant-perdant : on n’acquiert de la richesse qu’en la dérobant à quelqu’un d’autre.

L’inflation des prix à la consommation, dans les années 1960 et 1970, a provoqué un sell-off des actions et des obligations, qui ont atteint un plus bas en 1982. Les gens ordinaires ont « gagné ». Wall Street a « perdu ».

A présent, la situation s’est inversée. L’argent afflue à Wall Street… les actions et les obligations frôlent des sommets… et les gens ordinaires sombrent. Le club des 1% les plus riches se construit des palais à Aspen (Colorado) et à Greenwich (Connecticut), tandis que dans les villes industrielles de l’Ohio et les villes rurales du Missouri, les gens s’appauvrissent.

Nous le tenons du Wall Street Journal :

« Dollar General se développe parce que l’Amérique rurale est à la peine. Avec ses sites accessibles aux clients qui ne peuvent pas beaucoup dépenser, [cette société] est devenue l’un des détaillants les plus rentables des Etats-Unis, et une bouée de sauvetage pour une clientèle à faibles revenus, délaissée par les autres grandes chaînes de magasins. […]

Plus l’Amérique rurale se débat, selon les responsables de l’entreprise, plus Dollar General devient prospère dans de plus en plus d’endroits. ‘L’économie continue de faire augmenter la base de notre clientèle’, a déclaré Todd Vasos, le PDG de l’entreprise, lors d’une interview réalisée au siège de l’entreprise, à Goodlettsville (Tenessee). »

Bon… Dieu bénisse l’économie ! Elle fait progresser la clientèle des magasins bas de gamme. [NDLR : si vous pensez cependant qu’Amazon n’a pas dit son dernier mot, notre spécialiste vous dévoile ici un moyen de mettre la main sur des actions de ce distributeur à beaucoup moins de 1 000 $…]

2 200 Mds$ de dettes supplémentaires

Oui, cher lecteur, le monde est rempli de Schémas Outrageusement Simples :

L’Etat promet « d’énormes réductions d’impôt » pour la classe moyenne. Mais le Deep State contrôle le processus : ses compères récupèrent la majeure partie de l’argent.

Dans la « loi sur la fiscalité » actuelle, les républicains ont réussi à « compenser les réductions considérables en affirmant qu’elles étaient temporaires. Des dispositions légales prévoient l’arrêt de la mesure concernée à une date spécifique ; des déclencheurs sont censés intervenir en 2025 afin de réduire les emprunts publics. Seule la baisse de l’impôt sur les sociétés devrait perdurer.

Mais si le Schéma Outrageusement Simple de ces dernières décennies se maintient, les baisses d’impôt vont devenir permanentes… les dépenses vont augmenter et les déficits seront plus importants que prévu.

Déjà, le Committee for a Responsible Federal Budget (Comité pour un budget fédéral responsable, association indépendante) déclare que les déficits publics augmenteront de 1 000 Mds$ dès 2019. Et si le soleil ne se couche jamais sur les réductions « temporaires », la dette publique explosera.

Ce SOS n’est pas une particularité américaine. Selon Dollarcollapse.com :

« On constate un schéma récurrent, depuis ces dernières décennies, selon lequel les gouvernements promettent de limiter les emprunts [publics], mais s’aperçoivent que tout le monde s’en fiche. Alors les dates limites glissent, des obligations sont émises et la dette ne cesse d’augmenter.

Cette fois-ci, le timing est particulièrement visible dans la mesure où huit ans de croissance mondiale auraient dû produire des recettes fiscales suffisantes pour, au minimum, être un peu moins dans le rouge. Mais apparemment, ce n’est pas le cas. »

Le Japon a déjà une dette publique équivalente à 250% de son PIB environ. Mais il continue d’emprunter.

Le Royaume-Uni ne s’attend pas à retrouver un équilibre budgétaire avant 2031.

En Chine, le problème ce n’est pas la dette publique. Au contraire, les dettes sont plutôt cumulées par des entreprises de mèche avec les gouvernements régionaux.

Cette dette a augmenté au rythme effréné de 21% entre 2014 et 2016.

Et sa plus grande partie – environ 13%, selon le FMI – a été prêtée à des sociétés « zombies » qui perdent de l’argent et n’ont aucun espoir de pouvoir rembourser.

Qu’est-ce que tous ces emprunts ont provoqué ? Le plus grand boom des actifs de toute l’histoire, avec une valorisation boursière mondiale de près de 100 000 Mds$. Et le bitcoin… ce matin… qui a atteint 12 800 $.

Voici un dernier SOS : empruntez trop… puis faites faillite.

Mots clé : - -

Bill Bonner
Bill Bonner
Fondateur de AGORA

Né en 1948, Bill Bonner est le fondateur d’AGORA, le plus large réseau d’entreprises indépendantes de presse spécialisée au monde.

En 1978, depuis sa ville natale, Baltimore (Maryland, Etats-Unis), Bill Bonner a voulu développer un « marché » (« Agora » en grec) des idées. Pas de l’information homogénéisée telle que les médias grand public relayent sur nos écrans et journaux, mais une source d’idées diverses avec des opinions et des avis originaux, alternatifs et surtout utiles. Bill a à cœur d’aider les lecteurs à mieux comprendre le monde dans lequel ils vivent, et à agir en conséquence. Que ce soit en matière de géopolitique, de macro-économie ou tout simplement dans le domaine de l’épargne, Bill incite ses lecteurs à cultiver un esprit vif et anticonformiste.

« Parfois nous avons raison, parfois nous avons tort, mais nous sommes toujours dans le questionnement », telle est la devise de Bill.

Bill a également co-écrit des livres qui ont tous figuré dans la liste des best-sellers du New York Times et du Wall Street Journal : L’inéluctable faillite de l’économie américaine (2004), L’Empire des dettes. À l’aube d’une crise économique épique (2006) et Le Nouvel Empire des dettes. Grandeur et décadence d’une bulle financière épique (2010).

Dans son dernier livre, Hormegeddon, quand trop de bien nuit (2015), paru aux Belles Lettres (www.lesbelleslettres.com), Bill décrit ce qu’il advient lorsque l’on abuse d’une bonne chose dans les sphères de la politique, de l’économie et des affaires. En bref, trop de bien conduit au désastre.

Vous pouvez retrouver les notes de Bill au quotidien dans La Chronique Agora.

3 commentaires pour “La richesse réelle ne s’imprime pas”

  1.  » L’inflation des prix à la consommation, dans les années 1960 et 1970, a provoqué un sell-off des actions et des obligations, qui ont atteint un plus bas en 1982. Les gens ordinaires ont « gagné ». Wall Street a « perdu ».  »

    En quoi les gens ordinaires auraient-ils bénéficié de la stagflation des années 70 ? Le chômage était au plus haut, les salaires réels orientés à la baisse…

  2. Vous dites: « La richesse réelle, cela ne s’imprime pas. »

    C’est vrai! La Croissance non plus, surtout dans un monde fini. Nos économistes et banquiers vivent dans un rêve sauce anglo-saxonne.

  3. Les années 70 ont été la fin de l’âge d’or de la classe moyenne, à partir des années 80, les restructurations industrielles liées à la concurrence des pays à bas coûts de main d’oeuvre ont fait disparaitre progressivement l’emploi industriel, et le taux de chomage s’est installé durablement autour des 10% à partir des années 90.
    La situation était relativement plus favorable jusqu’aux années 70 pour la classe moyenne, qui avait de réelles possibilités d’enrichissement, en particulier via l’immobilier: m2 tout à fait accessible, crédit à taux réels négatifs et à durée raisonnable, normes de construction réalistes,…. De nombreux foyers ont ainsi pu se constituer un patrimoine immobilier (achat d’une résidence principale et d’un ou deux appartements) même avec des salaires moyens.
    Aujourd’hui, la surproduction de crédits à taux réels faibles, mais positifs, et celle des normes, a conduit à une explosion des prix et à une asphyxie de l’économie. Aujourd’hui un ménage est condamné à utiliser 40% de son revenu pour son logement, ceci pendant 35 ans, alors que les mensualités des « anciens » crédits devenaient ridicules au bout d’une dizaine d’années…..Ce qui laissait une marge pour financer autre chose (résidence secondaire, voiture neuve, bateau, sorties, voyages, études des enfants, ski,…).
    Aujourd’hui ce qui reste de la « classe moyenne », est un conglomérat d’individus à qui on donne juste assez (et même pas toujours) pour rembourser ses mensualités.

Laissez un commentaire