=============================
La Chronique Agora
Paris, France
Jeudi 16 novembre 2006
=============================
*** Rêver en stratège… agir en primitif
Merci à René Char pour le titre du jour…
*** Ni calme ni réconfort
Alan Greenspan est de retour…
*** Les démocrates et la mondialisation
Un nouveau cri de guerre dans les classes politiques américaines…
*** L’or et la liberté économique (1)
L’étalon-or, garant d’une stabilité économique et d’une croissance équilibrée
—————————– (publ.)
Dix critères de sélection pour des gains en plein dans le mille
Un système d’investissement bien précis a engrangé un gain moyen de 25% au deuxième trimestre… alors même que les marchés étaient en pleine déconfiture.
Comment ? Grâce à une méthode de sélection rigoureuse et efficace — que vous pouvez mettre dès aujourd’hui au service de votre portefeuille.
Continuez votre lecture pour tout savoir…
—————————
Bonjour,
*** REVER EN STRATEGE… AGIR EN PRIMITIF
** Nous ignorons si le record annuel collectif des indices boursiers mérite que l’on sabre le champagne… mais il vaudra au moins que l’on débouche aujourd’hui un flacon de Beaujolais nouveau – qui, comme l’exige la tradition (ou plutôt la fiscalité française sur les produits viticoles), sera commercialisé à partir du troisième jeudi du mois de novembre.
Les oenologues qui ont eu le privilège d’accompagner sa maturation et de le déguster au pied du tonneau nous promettent un vin fruité où dominent des parfums de framboise, de cassis ou de groseille. L’arôme de banane naine est-il banni cette année ? Cette question, posée avec un débit de commentateur sportif italien, devrait rendre vos interlocuteurs perplexes, surtout s’ils entament leur deuxième bouteille !
** Mais trêve d’exercice buccal destiné aux langues pâteuses (recommandé après une troisième tournée générale)… car le menu des informations boursières s’annonce chargé. Le CAC 40 a pulvérisé hier la barre des 5 502 points, record établi lundi, et affichait au fixing son meilleur niveau de clôture annuel, à 5 511,5 points. C’est un gain cumulé de 17% sur l’année — mais aussi de 10% très précisément depuis le 11 septembre dernier.
La journée de mercredi s’est soldée par une envolée de 0,65% et un rapport hausses/baisses sans équivoque de 90/10. Cependant, nous ne sommes qu’à moitié convaincu par ce dernier coup de reins du marché parisien, qui le propulse au delà des 5 500 points. Il ne s’est en effet traité que 3,9 milliards d’euros de capitaux sur le CAC 40 : il s’agit d’un volume d’échange qui se situe dans la partie basse de la fourchette de transactions observée depuis le début du mois de novembre (3,2/6,5 milliards d’euros, et 4,7 milliards en moyenne pondérée).
La flambée des indices américains mardi soir — puis la hausse de 0,6% du Nasdaq dès la reprise des cotations ce mercredi — méritait peut être davantage de conviction de la part des acheteurs… A moins bien entendu qu’ils n’aient jugé que le soudain envol de Wall Street entre 20h35 et 20h57 mardi soir (+0,8 à +1% selon les indices, en à peine une demi-heure) était de nature plutôt singulière. Après tout, il survenait bien après la publication d’une rafale de statistiques — que nous avions commentées la veille, en précisant à quel point elles avaient laissé les investisseurs de marbre.
Faute d’éléments chiffrés supplémentaires au cours des heures suivantes, il se pourrait qu’un "effet de seuil" ait joué lors du franchissement des précédents niveaux de records annuels. Cela aurait provoqué le déclenchement d’une puissante vague d’achats stops informatisés sur les actions, à l’image du phénomène observé en Europe lundi après une demi-heure de cotations d’une parfaite banalité (écarts limités à 0,1% en valeur absolue).
** Mais pour que les stratèges valident un signal d’achat, il leur faut un déclic. L’électrochoc haussier semble avoir coïncidé avec les déclarations du président de la Réserve fédérale de Saint-Louis (Missouri), rendues publiques vers 20h15 (heure française). M. William Poole — puisque c’est de lui qu’il s’agit — sera l’un des sept membres votants de la Fed en 2007, et il fait figure de potentiel bras droit de Ben Bernanke. Or actuellement, il juge les risques macroéconomiques (inflation et récession) "équilibrés", et estime la politique monétaire du moment "adéquate". Il a ajouté que la Fed pourrait envisager de réduire son taux directeur si les pressions inflationnistes — "actuellement bien maîtrisées" — poursuivaient leur décrue.
L’alternative d’une hausse de taux, également évoquée par M. Poole, n’a carrément pas été entendue par les investisseurs. Ces derniers n’ont manifestement d’oreille que pour les propositions confortant leurs espoirs de diminution du loyer de l’argent aux Etats-Unis.
Fort de cette conviction, Wall Street peut désormais faire l’impasse sur pratiquement toutes les statistiques "mineures" qui étaient inscrites au calendrier mardi. Ainsi en allait-il de la publication de l’indice d’activité industrielle dans l’état de New York (connu sous le nom pompeux d’"Empire State"), lequel a progressé à 26,7 contre 22,9 en octobre, alors que les économistes attendaient un tassement vers un niveau voisin de 15.
** Le regain de vigueur des indices boursiers lors de la dernière demi-heure de cotation en Europe ne semble pas non plus lié à la publication des réserves de pétrole brut par le département de l’Energie (+1,3 millions de barils à 336 millions).
Les stocks d’essence se sont par contre encore évaporés de 3,7 millions de barils — tandis que les stocks de produits distillés ressortaient en baisse de 3,6 millions de barils, soit une sixième semaine consécutive de contraction.
Il en résulte un rebond de 2% du pétrole sur le NYMEX, à 59,4 $. Cela ne semble pourtant aucunement troubler Wall Street : les opérateurs focalisent toute leur attention sur la publication des minutes de la dernière réunion du Comité de politique monétaire de la Réserve fédérale — qui s’était soldée, le 25 octobre dernier, par un statu quo sur les taux d’intérêt américains à 5,25%.
Nous étions convaincu bien à l’avance que la Fed ne véhiculerait rien, dans son communiqué bimestriel, qui puisse tempérer l’optimisme des marchés. Et pourtant, Ben Bernanke et ses collègues placent toujours l’inflation en tête de leurs préoccupations.
Mais Wall Street a immédiatement trouvé matière à se rassurer dans l’affirmation concernant la "marge de manoeuvre" dont dispose la Fed pour affiner son diagnostic en fonction des prochaines statistiques à paraître avant le 6 décembre prochain. Une fois encore, les analystes occultent totalement l’évocation d’un nouveau tour de vis monétaire, alors que pas une seule allusion n’est consacrée à un scénario d’assouplissement monétaire.
** Mais comme rien ne saurait contrarier la félicité dans laquelle baignent les détenteurs d’actions, le projet de méga fusion à huit milliards de dollars entre US Airways et Delta Airlines (membre de l’alliance commerciale SkyTeam, dont le leader est Air France/KLM, mais actuellement sous la protection de la loi américaine sur les faillites) ne fait que raviver les spéculations sur des mouvements de concentration industrielle tous azimuts.
Toutes les rumeurs sont bonnes à prendre (pour argent comptant), comme en témoigne la flambée de 4,5% de Saint-Gobain. Le titre est supposé pouvoir faire l’objet d’un LBO [leveraged buyout, acquisition par emprunt, ndlr.] par un fonds d’investissement, lequel aurait les poches particulièrement profondes.
Le groupe affiche ces jours-ci une capitalisation supérieure à 21,5 milliards d’euros. Cela représente un gros morceau à avaler, et il convient de rappeler que le titre avait déjà fait l’objet de rumeurs similaires au cours de l’été 2005 (il en aurait coûté moins de 19 milliards d’euros à l’époque). C’est finalement Saint-Gobain qui s’était transformé en prédateur en lançant une offre de six milliards d’euros sur le plâtrier britannique BPB.
** Mais tous les projets de rachat ou de fusion n’aboutissent pas : les opérateurs s’étaient littéralement emballés sur Euronext début novembre (le titre gagnant plus de 12% en moins de 10 jours), propulsant le titre vers un zénith historique de 93,5 euros il y a tout juste 48 heures… mais le titre est retombé en séance sous les 83 euros — il accusera même un repli de 10% mardi matin.
Motif de cette violente correction : Deutsche Börse jette l’éponge et retire son offre de fusion avec le futur ensemble Euronext/NYSE Group. Deutsche Börse déclare cependant envisager des coopérations… et c’est le jour qu’ont choisi sept grandes banques d’investissement de gabarit planétaire (Credit Suisse, Deutsche Bank, UBS, Citigroup, Goldman Sachs, Merrill Lynch et Morgan Stanley) pour annoncer qu’elles projetaient de créer leur propre plate-forme de négociations d’actions en Europe — et nous ne croyons définitivement pas aux coïncidences.
Mais rien ne semble plus pouvoir entamer la confiance des marchés, pas plus la contraction de 1% de la production industrielle en Europe en septembre que la vulnérabilité du dollar. Et depuis mardi, le fol espoir d’une baisse de taux aux Etats-Unis fait flamber le secteur de la construction individuelle et des spécialistes du crédit immobilier !
Voilà qui illustre bien cet aphorisme de René Char : "rêver en stratège… agir en primitif".
Philippe Béchade,
Paris
PS : Rumeurs, espoirs mal placés, emballements… pour éviter les pièges du marché, retrouvez Philippe Béchade dès 15h45 au 0899 707 009* : vous découvrirez le compte-rendu complet de la séance en cours, mais aussi notre recommandation du jour, pour garder la tête froide quoi qu’il arrive !
*(1,35 euros l’appel + 0,34 euro/minute)
—————————
Eric Fry nous donne les dernières nouvelles de Wall Street
*** NI CALME NI RECONFORT
** Le krach de l’immobilier américain est terminé, selon Alan Greenspan, ancien président de la Fed et fin connaisseur des bulles d’actifs.
- "La plupart des facteurs négatifs, en matière d’immobilier, sont probablement derrière nous", assure-t-il. "Le quatrième trimestre devrait être raisonnablement bon — meilleur en tout cas que le troisième".
- Si Greenspan ne s’inquiète pas, c’est que nous devrions probablement nous faire du souci. Aussi cultivé que soit l’ancien président de la Fed, il ne peut pas lire les journaux de demain. En fait, il semble parfois avoir du mal à lire les journaux d’aujourd’hui… ou au moins de comprendre ce qu’ils signifient.
- "Beaucoup de gens vont perdre leurs maisons", dit-il. "C’est une tragédie familiale. Ce n’est pas une tragédie économique — ou macroéconomique".
- Peut-être, mais ce n’est pas non plus une comédie. Appelons ça un drame en cours… avec une fin surprise. Ce drame bien précis comportera probablement un déclin des ventes de maisons, et une chute des prix.
- Les prix de l’immobilier dégringoleront-ils assez pour se classer dans la catégorie "tragédie macroéconomique" telle que définie par Greenspan ? Nous n’en savons rien, mais nous n’exclurions pas cette possibilité. L’éclatement d’une bull provoque en général plus de larmes que de fous rires.
** Et quels sujets inquiètent l’ancien président de la Fed, vous demandez-vous peut-être ?
- "Nos problèmes sont peut-être le mieux exprimés", déclare-t-il, "par le fait que l’âge moyen de nos chercheurs scientifiques augmente". Euh… d’accord.
- L’âge de plus en plus canonique de la communauté scientifique américaine est sans aucun doute une tragédie incalculable. Mais nous ne sommes pas certain que des chercheurs grisonnants présentent un problème plus grave que l’érosion de la valeur de l’immobilier… et la disparition des comptes en banque (en fait, nous irions même jusqu’à affirmer que la hausse de l’âge moyen des scientifiques est bien moins tragique que la hausse de l’âge moyen de l’équipe éditoriale américaine de la Chronique Agora).
- Mais plutôt que de nous faire du mauvais sang au sujet de l’inévitabilité de la vieillesse, examinons la quasi-inévitabilité de la chute des prix de l’immobilier…
- Nous étions terrifié par le marché immobilier avant même que Greenspan n’essaie de nous calmer. Mais nous sommes plus terrifié encore à présent, grâce au considérable historique de Greenspan en tant qu’indicateur contrarien.
- L’ancien président de la Fed n’a pas TOUJOURS tort, bien entendu. Mais qui pourrait oublier sa célèbre remarque sur l’"exubérance irrationnelle", le 5 décembre 1996, lorsqu’il s’est inquiété de l’ébullition régnant sur les marchés boursiers. Au cours des trois années qui ont suivi, le Nasdaq a été multiplié par quatre. Mais au lieu de s’inquiéter plus encore de l’exubérance boursière, le président s’en est MOINS inquiété.
- Puis, le 6 mars 2000, Greenspan a déclaré, au cours d’une conférence sur la "Nouvelle Economie" donnée au Boston College, que l’économie basée sur internet continuerait de nourrir la productivité, l’innovation technologique et une création de richesse durable.
- "Je ne vois rien qui suggère que ces opportunités disparaîtront avant longtemps", a prédit Greenspan. "En fait, bon nombre de personnes affirment que le rythme des innovations ira en s’accélérant au cours des prochaines années, les entreprises exploitant le potentiel encore largement inutilisé de l’e-commerce"…
- Hélas, le Nasdaq a atteint son sommet quasi-immédiatement après que Greenspan ait quitté la salle.
- Les propos calmes et réconfortants de Greenspan au sujet du marché immobilier ne communiquent donc ni calme, ni réconfort.
—————————
Bill Bonner, co-fondateur de La Chronique Agora, à Londres
*** LES DEMOCRATES ET LA MONDIALISATION
** "Si l’on en croit ce qu’en disent certains démocrates", commençait hier un article dans USA Today, "les Etats-Unis se sont engagés dans une aventure à l’étranger coûteuse et malvenue, et au sujet de laquelle il serait temps de changer d’orientation".
* "Il ne s’agit pas de la guerre en Irak, mais de la mondialisation".
* Selon USA Today, les élections ont fait de la mondialisation un sujet politique aux Etats-Unis. Y’a ceusses qui sont contre… et ceusses qui sont pour.
* Pour information, à la Chronique Agora, nous ne sommes ni pour, ni contre. Nous aimons le libre-échange simplement parce que nous n’aimons pas que les gens nous disent quoi faire. Cependant, il semble y avoir toujours quelqu’un pour nous dicter nos actes… et ce sont souvent les mêmes que ceux qui nous vendent la "mondialisation".
* La mondialisation existe depuis des siècles. Elle avance par à-coups, à mesure que les routes commerciales sont ouvertes et fermées. Même durant les périodes préhistoriques, les gens faisaient du commerce. Les archéologues trouvent souvent des perles, des objets d’art et des instruments à des milliers de kilomètres de l’endroit où ils étaient fabriqués.
* Plus tard, les grands empires ont établi des zones de libre-échange dans leurs territoires conquis… améliorant souvent la qualité de vie — même pour ceux qu’ils avaient vaincus. Les empires abolissent les barrières commerciales, et établissent l’ordre et la sécurité, grâce à quoi les gens peuvent faire affaire.
* Rien de nouveau à tout cela.
* Cependant, il y a un inconvénient. Si un empire admet un concurrent plus dynamique, ou dont les coûts sont plus bas, dans son bloc commercial… il ferait mieux d’avoir d’autres atouts dans sa manche.
** La mondialisation a largement profité aux Américains, déclare le Peterson Institute. Elle ajoute 1 000 milliards de dollars à l’économie US chaque année… soit environ 10 000 $ par foyer.
* Les plus gros gains proviennent de la réduction des coûts, affirment les experts de l’Institut. L’Asie peut produire des choses pour moins cher que les Occidentaux. Ces économies sont largement répercutées — par le biais de détaillants aux marges basses, comme Wal-Mart — sur les consommateurs. Les bas prix de Wal-Mart ont sans aucun doute aidé les classes moyennes américaines à augmenter leur niveau de vie alors même que leur revenu réel stagnait, voire baissait.
* L’une des raisons pour lesquelles ces revenus ne grimpaient pas — et nous parlons d’une longue période depuis les années 70 –, c’est la mondialisation. Il est très difficile pour les travailleurs américains de gagner plus d’argent quand les travailleurs asiatiques sont prêts à faire la même besogne pour une fraction du prix.
* Selon Jacob Hacker, la pression infligée aux classes moyennes et inférieures par la mondialisation se fait plus aiguë. Il déclare que lorsqu’une famille perd un emploi aujourd’hui, elle perd une plus grande portion de son revenu que durant les années 70.
* "Une famille moyenne ayant fait la culbute [dans les années 70]", explique l’article de USA Today, "perdait 27% de son revenu annuel. Mais au cours de la dernière décennie, alors que la mondialisation passait à la vitesse supérieure, la perte de revenus atteint en moyenne 40% environ. Pour une famille de 2004, gagnant le revenu médian de 43 200 $, cela signifierait un déclin handicapant de 17 280 $".
* A quoi est-ce dû ? Nous n’en sommes pas certain… mais nous supposons que c’est parce qu’il y a moins d’emplois bien payés dans le secteur industriel, si bien que la personne perdant un poste dans ce secteur doit chercher ailleurs — devenant souvent caissier dans un supermarché, ou cuisinier dans un restaurant à hamburgers. Nous supposons également que c’est la raison pour laquelle les riches deviennent plus riches… tandis que tout le reste du monde lutte. Les riches gagnent leur argent par le biais d’investissements et de carrières spécialisées. Les pauvres et les classes moyennes — et même les cols-blancs — gagnent leur argent par leurs salaires, qui se trouvent confrontés à la concurrence internationale du marché du travail.
* Donc, tout naturellement, les démocrates soufflent sur les braises de la mondialisation. Ils prétendent représenter les classes laborieuses. Et ils vont désormais prétendre que les masses peuvent continuer à profiter de prix bas dans les grandes surfaces sans céder à la pression salariale en provenance d’Asie. Ils vont exiger le commerce équitable plutôt que le libre-échange… et ils vont tenter d’attacher un boulet et une chaîne aux chevilles des concurrents étrangers. Bien entendu, l’Asie ne se laissera pas entraver par des règles, des retraites, des soins de santé, des avocats et des réglementations de sécurité. Il pourrait tout de même y avoir des problèmes… et les travailleurs pourraient finir par se faire avoir.
—————————– (publ.)
Dans les moments d’incertitude boursière…
IL EST PLUS SUR DE REVENIR AUX SOURCES !
Voici par exemple un principe d’investissement quasi-enfantin… mais qui vous aurait permis de doubler votre mise en six mois…
Pour savoir comment, continuez votre lecture…
—————————
*** La Chronique Agora présente ***
Rediffusion d’un "classique" de la Chronique Agora pour aujourd’hui… L’essai ci-dessous a été rédigé en 1966 et traite de l’or comme élément-clé de l’organisation monétaire. Vous serez peut-être surpris de voir qui en est l’auteur. Nous l’avons trouvé dans "The Liberty Dollar Solution", livre édité par Bernard von NotHaus.
============
L’OR ET LA LIBERTE ECONOMIQUE — 1ère PARTIE
============
Par Alan Greenspan (*)
Depuis le début de la Première guerre mondiale, l’or a été quasiment le seul étalon d’échange international.
L’or, ayant des fonctions tant artistiques que pratiques, et étant relativement rare, a toujours été considéré comme un produit de luxe. Il est durable, transportable, homogène, divisible, et présente donc des avantages significatifs par rapport à tous les autres moyens d’échange.
Mais si tous les biens et services devaient être payés en or, les grosses sommes seraient difficiles à réaliser, et cela tendrait à limiter la proportion de division du travail et de spécialisation d’une société.
L’extension logique de la création d’un moyen d’échange est donc le développement d’un système bancaire et d’instruments de crédit (billets et dépôts) agissant en tant que produits de substitution à l’or — mais qui peuvent être convertis.
Un système bancaire libre basé sur l’or peut étendre et ainsi créer des billets de banque (devise) et des dépôts, selon la production de l’économie. Les propriétaires individuels d’or sont encouragés, par le paiement d’intérêts, à déposer leur or en banque (ils peuvent retirer des sommes par chèque).
Mais puisqu’il est rare que tous les déposants veuillent retirer tout leur or en même temps, le banquier doit conserver une fraction seulement de ses dépôts d’or totaux en tant que réserve. Cela permet au banquier de prêter plus que le total de ses dépôts d’or [...]. Mais la somme de prêts qu’il peut se permettre d’accorder n’est pas arbitraire. Il doit l’évaluer en fonction de ses réserves et du statut de ses investissements.
Lorsque les banques prêtent de l’argent pour financer des opérations productives et profitables, les prêts sont rapidement remboursés, et le crédit bancaire continue d’être généralement disponible. Mais lorsque les entreprises financées par le crédit bancaire sont moins profitables et tardent à rembourser, les banquiers s’aperçoivent rapidement que leurs prêts en cours dépassent leurs réserves d’or ; ils commencent à freiner les nouveaux prêts, généralement en augmentant les taux d’intérêt. Cela tend à restreindre le financement de nouvelles entreprises, et requiert des emprunteurs existants qu’ils améliorent leur profitabilité avant de pouvoir obtenir des crédits pour leur futur développement.
Ainsi, sous l’étalon-or, un système bancaire libre fait office de protecteur de la stabilité d’une économie et d’une croissance équilibrée. Lorsque l’or est accepté comme moyen d’échange par la plupart, voir toutes, les nations, un étalon-or international libre sert à nourrir une division mondiale du travail et un commerce international très étendu. Même si les unités d’échange (le dollar, la livre, le franc, etc.) diffèrent entre les pays, lorsque tous sont définis en termes d’or, les économies des divers pays agissent de concert — tant qu’il n’y a pas d’entraves au commerce ou aux mouvements de capitaux.
Le crédit, les taux d’intérêt et les prix tendent à suivre des schémas similaires dans tous les pays. Par exemple, si les banques d’un pays accordent des crédits avec trop de libéralité, les taux d’intérêt de ce pays auront tendance à chuter, poussant les déposants à transférer leur or vers des banques payant des taux d’intérêt plus élevés dans d’autres pays. Cela cause immédiatement une pénurie de réserves bancaires dans le pays de "l’argent facile", entraînant des critères de crédit plus sévères et un retour à des taux d’intérêt compétitivement plus élevés.
Pour l’instant, nous ne sommes pas encore dans un système bancaire entièrement libre et un étalon-or entièrement régulier. Mais avant la Première guerre mondiale, le système bancaire des Etats-Unis (et dans la majeure partie du monde) était basé sur l’or, et même si le gouvernement intervenait à l’occasion, l’activité bancaire était plus libre que contrôlée. Périodiquement, en résultat d’une expansion de crédit trop rapide, les banques avaient prêté jusqu’aux limites de leurs réserves d’or, les taux d’intérêt avaient augmenté sévèrement, les nouveaux crédits étaient supprimés, et l’économie tombait dans une récession sévère, mais courte (comparés aux dépressions de 1920 et 1932, les déclins d’entreprise pré-Première guerre mondiale était franchement modérés).
La suite à demain.
Alan Greenspan
(*) Cet essai, rédigé par Alan Greenspan en 1966, est tiré de The Liberty Dollar Solution, livre édité par Bernard von NotHaus. Alan Greenspan est le prédécesseur de Ben Bernanke à la tête de la Réserve Fédérale américaine.
[NDLR : Et si investir dans l'or vous tente... restez à l'écoute : nous aurons tout ce qu'il vous faut dès vendredi ! A suivre...]
==========================================
(c) Les Publications Agora France, 2002-2006
——————————————————–
Nota bene : reproduction partielle ou totale de la présente Chronique STRICTEMENT INTERDITE sans accord écrit de la société éditrice.
==========================================
La Chronique Agora est une lettre électronique quotidienne gratuite distribuée par les services financiers des Publications Agora. Si vous désirez appliquer les conseils et évoqués dans cet e-mail, n’hésitez pas à vous abonner à l’une de nos lettres.
Pour plus d’informations :
http://www.publications-agora.fr



Laissez un commentaire