Comment résoudre définitivement le problème des inégalités

Rédigé le 16 mars 2018 par | Bill Bonner, Liberalisme Imprimer

Les interventionnistes dénoncent des problèmes illusoires et proposent des solutions qui n’en sont pas. Voici enfin un plan drastique pour lutter contre les inégalités.

– Les ides de mars sont arrivées. – Oui, César, mais non passées.Jules César, Shakespeare

Nos lecteurs nous accusent fréquemment d’être un brise-tout paresseux, qui démolit sans construire, critique sans arrêt et n’offre aucun avis constructif.

Ils trouvent que nous manquons totalement de patriotisme et d’esprit civique, que nous n’aidons pas et que nous sommes un mauvais Américain.

Ils affirment que nous faisons sans doute partie d’un ordre cynique : la Fraternité du Ne-Rien-Faire… ou pire, quelque sombre secte satanique dont le but est de détruire tout ce qu’il y a de beau et de grand dans nos sociétés… en soulignant leurs idioties, leurs contradictions et leurs comportements sans-gêne.

Souvent, au milieu de la nuit, perturbé par ces allégations… souffrant du manque d’oxygène et légèrement grisé par les verres de Malbec bus au dîner, nous nous remettons en question. Nous imaginons que nous devrions peut-être abandonner nos frères râleurs, passer du côté ensoleillé de la rue et commencer à faire des suggestions positives.

Ensuite, lorsque le jour se lève, nous reprenons nos esprits et recommençons notre travail de sape.

Des mensonges flatteurs plutôt qu’une vérité critique

Aujourd’hui, cependant, nous aimerions introduire quelques nuances… illustrer notre position avec de nouvelles informations… et résoudre, une fois pour toutes, le problème des inégalités.

Premièrement, comprendre ce qui se passe est déjà bien difficile en soi. Attendre en plus des solutions, c’est trop demander.

Relier les points exige de prendre du recul… de s’éloigner de vos propres intérêts, de vos préjugés et de votre réseau de soutien, qui ne fait que renforcer vos idées. C’est un travail incessant, solitaire et ingrat.

Il ne se passe pas un jour sans que des dizaines de cibles ne se présentent. Prenez un journal et lisez les gros titres ; pas un ou presque qui ne mérite pas d’être ridiculisé.

Or la dernière chose que les gens veulent entendre, c’est de la négativité – ou pire, des critiques.

Impossible de dire quoi que ce soit sur leur gouvernement, leur pays, leur parti, leur église ou toute organisation à laquelle ils sont affiliés ou pour laquelle ils gardent un semblant d’affection.

Ils préfèrent des mensonges tièdes et flatteurs. C’est pour cette raison que l’escroc désinvolte et superficiel attirera toujours un plus grand public, gagnera plus d’argent et se fera élire aux plus hauts postes.

Deuxièmement, ce n’est pas parce qu’on identifie une chose que les autres prennent pour un « problème » qu’il y a effectivement un problème… ou une solution pratique.

Souvent, si l’on prend le temps d’étudier soigneusement la situation, il est évident qu’aucune amélioration consciente ne peut être faite. Si l’on en tentait une, il en résulterait un pétrin encore plus vaste.

Les interventionnistes ne résolvent pas les problèmes qu’ils dénoncent

C’est en tout cas notre point de vue sur l’économie et des marchés actuels. Après trois décennies d’ingérence, d’amélioration et de perfectionnement de notre système financier par les autorités, il est désormais si complètement et entièrement détraqué que la seule réaction sensée est simplement de tout laisser tomber – en espérant ne pas être en dessous lors de la chute.

Bien entendu, c’est exactement ce qui ne va PAS se produire… pour toutes les raisons que nous explorons quasiment tous les jours depuis 20 ans. Trop de gens sont trop impliqués dans cette escroquerie pour abandonner maintenant. Ils tiendront jusqu’à sa lamentable fin.

Troisièmement, les vrais progrès, dans les affaires humaines, ont tous été accomplis en dépit des interventionnistes. Les vrais progrès sont dus à de vrais inventeurs, ceux qui ont résolu des problèmes pratiques comme l’onchocercose ou le tissu infroissables.

Ce principe s’applique en revanche à tous ceux qui offrent des solutions fourre-tout à des problèmes politiques, sociaux et économiques. Ce sont quasiment toujours des escrocs et des charlatans qui n’ont jamais résolu un seul véritable problème de leur vie… et ne le feront jamais.

Cette affirmation est assez simple à prouver.

Déjà, il n’existe pas un seul exemple de succès, de toute l’Histoire. Ensuite, il y a une raison simple expliquant pourquoi ils ne pourront jamais identifier ou résoudre un problème de politique publique : tout ce qui est réellement bon, honnête ou utile dans la vie se produit grâce à des accords gagnant-gagnant, passés par des personnes qui n’ont pas le canon d’une arme pointé contre leur tempe.

Les réformateurs et les bonnes âmes, en revanche, ont toujours un pistolet à la ceinture et n’hésitent pas à s’en servir. Ils ne suggèrent pas, ils insistent – avec des lois, des règles arbitraires, des programmes, des politiques et des plans extravagants, payés en sang, en argent et en contrariétés par M. et Mme Tout-le-Monde.

L’un propose de construire un canal, à la main, en plein hiver, avec des esclaves en guise de main-d’oeuvre.

Un autre propose un nouveau système agricole ; 30 millions de personnes meurent de faim.

Un autre souhaite rendre le monde sûr pour la démocratie ; des millions meurent dans les tranchées.

Pas de « s’il vous plaît », pas de « merci ». Et le seul « désolé » que nous ayons entendu venait de l’ancien secrétaire à la Défense Robert McNamara, qui regrettait son rôle dans les morts insensées causées par la guerre du Vietnam.

Les relations – entre employeurs et employés, acheteurs et vendeurs, hommes et femmes – ont évolué sur des milliers d’années.

Puis arrive un réformateur qui, du haut de ses 25 ans, est convaincu qu’il peut les améliorer. Il peut voir l’avenir, à coup sûr… et il est déterminé à en accélérer la venue – en forçant les gens à faire ce qu’il dit. S’il avait ce qu’il voulait, les anges déblaieraient la neige et des nains joueraient au basket-ball professionnel.

En gros, les interventionnistes ne proposent que des accords gagnant-perdant… dont ils sont les seuls gagnants. Tous les autres… qui voient leurs plans bouleversés, leurs vies fauchées avant la fin, leur argent volé et leur dignité compromise… perdent.

Mais poursuivons. Nous avons vu l’article suivant dans le Wall Street Journal de mercredi :

« Entre 2010 et 2016, les grandes villes [des Etats-Unis] ont généré 73% des nouveaux emplois du pays, et deux tiers de la croissance de la production. Une étude de l’Economic Innovation Group a démontré qu’entre 2010 et 2014, 20 comtés seulement représentaient la moitié de la formation de nouvelles entreprises dans tous les Etats-Unis.

Cette évolution a eu des réverbérations dans toute la vie politique [américaine]. Durant l’élection de 2000, Al Gore a gagné 659 comtés représentant 54% du PIB US, tandis que George W. Bush emportait 2 397 comtés avec 46% du PIB. En 2016, Hillary Clinton n’a gagné que 472 comtés, mais ils représentaient pas moins de 64% du PIB. Les 2 584 comtés de Donald Trump ne représentaient que 36%. »

Hmmm… que faut-il en penser ? Politiquement, cela semble peu prometteur pour Donald Trump. Le trumpisme semble être une impasse socio-économique. Les habitants de ces zones ennuyeuses et arriérées espéraient que leur candidat pourrait retourner la situation.

Dès le départ, nous pensions que cela se révélerait impossible. On ne peut pas reculer et faire de l’Amérique ce qu’elle était autrefois. L’eau ne passe qu’une seule fois sous le pont.

Ceci étant dit, il n’y a pas de raison que l’Amérique ne puisse pas retrouver sa grandeur. Mais ça implique alors d’avancer au lieu de reculer. Ce qui signifie, très simplement, plus d’accords gagnant-gagnant… où que les gens se trouvent.

Réduire l’inégalité entre rat des villes et rat des champs ?

Ce n’est pas ce que les empêcheurs de tourner en rond proposent – tant ceux de l’équipe Trump que ceux de l’équipe d’en face.

De manière assez prévisible, M. Galston, du Wall Street Journal, pense que le fossé entre les petites villes à l’évolution lente et le rythme rapide des grandes cités doit être réduit :

« Le président Trump, parallèlement, pense que les restrictions commerciales bénéficieront aux régions des Etats-Unis qui ont accumulé du retard. Les preuves suggèrent le contraire. Nous avons un gros problème sans solution, mais le négliger n’est pas une option. »

Et pourquoi pas ? La négligence est la meilleure option. Pourquoi un pays devrait-il être le même partout ? Et qu’est-ce que ça peut vous faire ?

Simplement, en tant qu’Américain, si vous vivez dans une région qui soutient Trump, vous gagnez probablement moins d’argent. Et vous vivez moins bien… du moins selon certains critères. Vous avez moins de choix de restaurants. Vous aurez peut-être du mal à trouver un bon café latte. Quant au travail, vous allez devoir prendre ce que vous trouvez.

Si vous vivez dans l’une des zones urbaines « dynamiques », en revanche, vos perspectives s’améliorent.

Mais l’argent et le café ne font pas tout.

Dans les coins reculés, vous aurez rarement du mal à trouver une place de parking. Vous ne ressentirez pas non plus le besoin d’assister à une conférence sur « le féminisme intersectionnel » juste pour vous tenir à la page. Le coût de la vie, lui aussi, est généralement bien moins élevé.

Les innovations – que ce soit dans le domaine de l’art, des sciences ou de l’industrie – sont toujours nées dans des zones urbaines. Le brassage et les contacts aléatoires – surtout là où il y a beaucoup d’immigrants – génèrent mutations et curiosités… dont certaines survivent.

Donc… si vous voulez gagner plus d’argent, être plus cool et vivre dans une région plus animée et dynamique, déménagez dans un endroit qui offre toutes ces choses.

En revanche, si vous voulez une vie paisible et bon marché dans un endroit familier avec des gens familiers… allez dans une petite ville ou une région rurale.

Le plus grand programme de nivellement jamais conçu : l’échangisme piloté par le big data

Cette attitude résolument non-interventionniste va nous attirer des ennuis. « Négatif ». « Défaitiste ». « Où est la solution ? » demandera-t-on.

Il est aisé de donner une solution sans queue ni tête. Alors pour éviter de nouvelles critiques, nous allons rejoindre les escrocs et les charlatans, avec un programme qui fonctionnera à coup sûr.

Connaissez-vous le film Un fauteuil pour deux ? Nous allons simplement échanger les gens. Oui, en utilisant le big data d’Amazon et de la NSA, nous allons résoudre tous les problèmes d’inégalités aux Etats-Unis, grâce au plus grand programme de nivellement jamais conçu.

Ceux qui vivent dans un trou du Kentucky seront forcés d’aller vivre la moitié de l’année dans les rues de Manhattan.

Si votre maison est sur la côte de Malibu, vous serez forcé d’emménager dans un bidonville de Chicago.

Si votre femme est grosse, on vous en refilera une maigre.

Ah, on avance, là, non ?

Si vous êtes un mâle au sang chaud, membre de la NRA et fier de sa casquette MAGA, on vous enverra vivre avec une lesbienne noire et travestie.

Si vous êtes fermier dans le Dakota, vous deviendrez pêcheur. Si vous êtes dans une maison de retraite pour vétérans, on vous enverra loger dans un dortoir d’étudiantes.

Si vous êtes riche, vous deviendrez SDF. Si vous êtes intelligent, on vous forcera à regarder la télévision.

Si vous avez voté pour Hillary, on vous fera passer un test de QI. Et si vous vivez parmi les compères de Washington DC, on vous enverra en prison – où vous devriez de toute façon probablement vous trouver.

Problème résolu !

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Bill Bonner
Bill Bonner
Fondateur de AGORA

Né en 1948, Bill Bonner est le fondateur d’AGORA, le plus large réseau d’entreprises indépendantes de presse spécialisée au monde.

En 1978, depuis sa ville natale, Baltimore (Maryland, Etats-Unis), Bill Bonner a voulu développer un « marché » (« Agora » en grec) des idées. Pas de l’information homogénéisée telle que les médias grand public relayent sur nos écrans et journaux, mais une source d’idées diverses avec des opinions et des avis originaux, alternatifs et surtout utiles. Bill a à cœur d’aider les lecteurs à mieux comprendre le monde dans lequel ils vivent, et à agir en conséquence. Que ce soit en matière de géopolitique, de macro-économie ou tout simplement dans le domaine de l’épargne, Bill incite ses lecteurs à cultiver un esprit vif et anticonformiste.

« Parfois nous avons raison, parfois nous avons tort, mais nous sommes toujours dans le questionnement », telle est la devise de Bill.

Bill a également co-écrit des livres qui ont tous figuré dans la liste des best-sellers du New York Times et du Wall Street Journal : L’inéluctable faillite de l’économie américaine (2004), L’Empire des dettes. À l’aube d’une crise économique épique (2006) et Le Nouvel Empire des dettes. Grandeur et décadence d’une bulle financière épique (2010).

Dans son dernier livre, Hormegeddon, quand trop de bien nuit (2015), paru aux Belles Lettres (www.lesbelleslettres.com), Bill décrit ce qu’il advient lorsque l’on abuse d’une bonne chose dans les sphères de la politique, de l’économie et des affaires. En bref, trop de bien conduit au désastre.

Vous pouvez retrouver les notes de Bill au quotidien dans La Chronique Agora.

3 commentaires pour “Comment résoudre définitivement le problème des inégalités”

  1. La plupart du temps je trouve beaucoup de plaisir intellectuel à vous lire. Être en accord avec vos opinions m’importe peu. J’ai toujours cru que la richesse se trouve dans la différence, la diversité. Et franchement la même idée propulsée à répétitions n’en fera jamais une vérité mais. Difficile de savoir reconnaître la lumière si on n’a jamais connu l’obscurité. Grandir dans le mensonge nous y enterre. Ceux qui s’y laissent prendre ne doivent pas être mépriser pour autant. La masse est sincère et c’est sur ce résultat que les pervers de l’humanité bâtissent leurs empires. La grande majorité croient honnêtement aux convictions et certitudes que la machination (le pouvoir) a véhiculé en toutes connaissances de cause.

    Cela dure depuis que les Sapiens ( par hazard ???????) ont réussit leur évolution. Faut lire Yuval Noah Harari si ce n’est déjà fait. Tout un plaisir ce fut à lire  » Sa brève histoire de l’humanité  » Ça décoiffe !

  2. Beaucoup de blabla pour pas grand chose. Des solutions il en existe à la pelle pour réduire les inégalités de ressources. vous ne connaissez pas le coefficient de Gini ?
    Il suffit juste de prendre exemple sur les pays du nord de l’europe : http://www.nationmaster.com/country-info/stats/Economy/Inequality/GINI-index#amount

    Il semblerait qu’un Etat fort et une prise en charge des personnes les plus démunis soit plus efficace qu’une société libéral à l’image des Etats Unis ou du Royaume Uni.

  3. @nilogaug : le coefficient de Gini est une absurdité économique. Il détermine l’inégalité au sein d’un pays (rapport à un salaire médian) mais pas entre pays (ce qui explique que l’on va trouver le Danemark au même niveau que l’Azerbadjan !)

    Je préfère être pauvre dans un pays où le salaire médian est très élevé (signe de la dynamique du marché du travail) qu’être au dessus du seuil de pauvreté dans un pays où le salaire médian est très faible (demandez aux habitants du Bengladesh ce qu’ils en pensent, pourtant le Bengladesh est classé bien devant la France !)

    Le problème n’est pas l’inégalité, mais l’iniquité. La France est profondément inéquitable par le développement de castes de toutes sortes qui empêche l’ascenseur social de fonctionner… et ce avec l’appui de tous les gouvernements depuis 30 ans…

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