Renégat ou scélérat ? Dilemme dans les élections américaines

Rédigé le 18 août 2016 par | Deep State, Desinformation Imprimer

La campagne américaine est une compétition de baratin. La seule chose que choisissent les électeurs est le côté où vont tomber les crédits d’impôts et les sinécures.

Renégat ou scélérat ? Aux Américains de choisir leur candidat.

Pour autant que nous nous en souvenions, jamais encore une course à la Maison Blanche n’avait causé une telle consternation.

Candidats cauchemardesques

Les démocrates américains sont consternés parce que leur porte-drapeau est une rétrograde riche, va-t-en guerre, aux ordres des milliardaires et adoratrice de la Parasitocratie.

En d’autres termes, la candidate démocrate représente leur vision cauchemardesque d’un républicain !

L’an dernier, les Clinton ont déclaré plus de 10 millions de dollars de revenus — ce qui les place parmi les plus riches d’entre les riches.

Le candidat républicain Donald Trump affirme qu’Hillary a touché 40,5 millions de dollars de fonds électoraux de la part des hedge funds alors que lui n’a reçu que 19 000 malheureux dollars.

Hillary est la candidate des riches, des privilégiés et du Deep State.

Les républicains, de leur côté, sont consternés parce que leur candidat est un franc-tireur… et un cinglé mégalomaniaque.

Pire, c’est un homme auquel ils ne peuvent pas faire confiance, qui pourrait mettre à bas toutes leurs manoeuvres, leurs crédits d’impôts et leurs confortables sinécures.

Ils craignent que Trump, imprudent et indiscipliné, fasse basculer le pays dans le chaos financier… et déchaîne la foule populiste contre les initiés de la finance et de l’Etat.

En d’autres termes, leur homme n’est pas du tout un républicain — c’est un démocrate de cauchemar !

Insanités et sottises

Nous aussi, nous serions consterné par les élections… si nous les prenions au sérieux.

Mais allez ! Ce ne sont que des élections.

Pour ceux qui ont encore une once d’humour, c’est du pur spectacle. Pour les masses, c’est simplement un exercice qui leur permet de flatter leur ego et de se mentir à elles-mêmes.

Aux Etats-Unis comme ailleurs, le lumpenélectorat est censé penser qu’il tient entre ses mains l’avenir de son pays… et du monde.

Il est aussi admis que les électeurs choisiront soigneusement… sérieusement… et rationnellement le cap à suivre — pesant les différentes alternatives de manière mesurée et raisonnable… en examinant tous les angles et tous les arguments…

… Et, bien sûr, en déterminant de quel côté la tartine est beurrée.

En réalité, la campagne va continuer pendant trois mois… nous aurons quelques bons fous rires grâce aux insanités et aux sottises des candidats… les gens voteront… et les élites pourront continuer à piller le pays à leur propre avantage.

Le choc des mythes

Pour apprécier pleinement les 83 prochains jours, cependant, il faut réaliser qu’une campagne électorale n’est pas un concours entre la vérité et la fausseté, ou le bien et le mal.

C’est simplement une compétition entre différentes formes de baratin.

Comme la grande bataille sur le Front de l’est entre les soviets et les nazis durant la Deuxième Guerre mondiale… ou le match rap/free jazz… ou la lutte entre le pantacourt et les sandales portées avec des chaussettes noires.

Il y a des combats dont la meilleure issue serait que les deux côtés perdent.

Il faut également réaliser que les gens croient bien plus passionnément en des choses qui ne sont pas vraies qu’en des choses qui le sont.

Leur irréalisme même demande plus de foi et une loyauté plus profonde… tout comme il faut bien plus d’énergie et de savoir-faire pour grimper à un arbre que pour rester sur le plancher des vaches.

Une fois qu’ils se sont emparés d’un mythe populaire, les gens s’y accrochent avec une telle férocité qu’il faut appeler les pompiers pour les faire lâcher prise.

Le moyen le plus rigoureux et le plus amusant d’envisager une campagne électorale consiste à l’imaginer comme un choc entre des mythes. En d’autres termes, c’est une question d’esthétique.

Personne ne sait rien

Une partie du charme de l’être humain, en termes de mythes, est sa capacité à inventer des concepts sophistiqués.

En surface, tout semble parfaitement sensé ; mais creusez un peu… et rien ne tient vraiment debout. Les humains inventent des « raisons » pour lesquelles une telle chose est ainsi… ou d’autres « raisons » pour lesquelles le contraire est tout aussi vrai.

En fin de compte, les raisons n’ont aucune importance.

Comme la Cour suprême lorsqu’elle a décidé ce qui était de la pornographie ou ce qui n’en était pas — « je la reconnais quand j’en vois » –, les électeurs ne savent vraiment que ce qu’ils aiment. Ils ne savent même pas pourquoi ils l’aiment.

Les Américains pensent choisir leur président en fonction de celui qui fera un meilleur chef de l’exécutif. Les Français se poseront la même question l’an prochain. [Et avant de prendre votre décision… soyez certain d’avoir tous les faits sur la situation de notre pays — même s’ils déplaisent à certains : cliquez ici pour connaître les vérités qui dérangent.] Mais qu’est-ce qu’un bon président, en fait ?

Personne ne le sait.

Un bon président est-il un président qui préserve la paix, équilibre le budget et protège le droit à la propriété ? Pas nécessairement.

Lincoln est considéré comme l’un des meilleurs présidents américains, alors même qu’il a causé la mort violente de plus d’Américains que tout autre dans l’histoire — plus d’un million de morts et de blessés.

Les bons présidents ne sont pas objectivement « bons »… Ils font simplement partie du mythe national. Lincoln est jugé « bon » parce qu’il a « maintenu l’unité du pays ».

Question : la situation des Etats-Unis serait-elle pire aujourd’hui si le sud avait effectivement fait sécession ?

Personne ne le sait.

Personne ne sait rien — ni ce qu’est un bon président, ni qui sera un bon président.

Qu’en est-il de leurs programmes, alors ?

Les électeurs ne se trouvent-ils pas à un carrefour, pour décider entre deux voies différentes ?

Quelles sont les différences politiques entre la Renégate et le Scélérat ?

A suivre…

Bill Bonner
Bill Bonner
Fondateur de AGORA

Né en 1948, Bill Bonner est le fondateur d’AGORA, le plus large réseau d’entreprises indépendantes de presse spécialisée au monde.

En 1978, depuis sa ville natale, Baltimore (Maryland, Etats-Unis), Bill Bonner a voulu développer un « marché » (« Agora » en grec) des idées. Pas de l’information homogénéisée telle que les médias grand public relayent sur nos écrans et journaux, mais une source d’idées diverses avec des opinions et des avis originaux, alternatifs et surtout utiles. Bill a à cœur d’aider les lecteurs à mieux comprendre le monde dans lequel ils vivent, et à agir en conséquence. Que ce soit en matière de géopolitique, de macro-économie ou tout simplement dans le domaine de l’épargne, Bill incite ses lecteurs à cultiver un esprit vif et anticonformiste.

« Parfois nous avons raison, parfois nous avons tort, mais nous sommes toujours dans le questionnement », telle est la devise de Bill.

Bill a également co-écrit des livres qui ont tous figuré dans la liste des best-sellers du New York Times et du Wall Street Journal : L’inéluctable faillite de l’économie américaine (2004), L’Empire des dettes. À l’aube d’une crise économique épique (2006) et Le Nouvel Empire des dettes. Grandeur et décadence d’une bulle financière épique (2010).

Dans son dernier livre, Hormegeddon, quand trop de bien nuit (2015), paru aux Belles Lettres (www.lesbelleslettres.com), Bill décrit ce qu’il advient lorsque l’on abuse d’une bonne chose dans les sphères de la politique, de l’économie et des affaires. En bref, trop de bien conduit au désastre.

Vous pouvez retrouver les notes de Bill au quotidien dans La Chronique Agora.

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