Le rejet des traditions crée des monstres

Rédigé le 26 avril 2018 par | Bill Bonner, Inflation, dettes et récession Imprimer

En économie, la tradition de l’épargne avant la dépense a été rejetée. Les innovations financières se multiplient et les surprises risquent de ne pas être heureuses.

Le Dow a chuté de quelques points hier, perdant 425 points. Rien de très grave – il y a plus important : le rendement du bon du Trésor US à 10 ans a franchi la barre des 3%.

Notre département de recherches s’en tient à son « alerte extrême« , en attendant de nouvelles données. [NDLR : Lorsque le signal passera d' »alerte extrême » à « krach », les choses pourraient aller très vite. Pour vous préparer, c’est maintenant : cliquez ici.]

Mais notre ami l’économiste Mark Skousen écrit dans le Wall Street Journal que l’économie sous-jacente est plus vigoureuse que le pensent les gens.

Nous sommes d’avis que l’économie est « plus faible », et non pas « plus vigoureuse », que ce que pensent les gens. Les chiffres bas du chômage, par exemple, masquent un affaiblissement du paysage de l’emploi dans son ensemble, plus d’Américains occupant désormais des postes qui ne paient pas grand’chose.

Par ailleurs, les prix élevés des actions poussent les gens à se croire plus riches qu’ils ne le sont vraiment – et donc à dépenser plus d’argent.

Ces 30 dernières années, le patrimoine net des ménages américains a augmenté environ deux fois plus rapidement que l’économie sous-jacente. Les prix des actions, en d’autres termes, ne sont pas basés sur la production réelle.

Et il n’y a toujours pas de progression des revenus des ménages – en dépit de 110 mois de croissance (la deuxième plus longue expansion de l’Histoire) – depuis le début du 21ème siècle.

Il n’y a jamais de certitudes, en économie – à la place, il y a toujours des surprises. Peut-être que Mark a raison : la surprise sera du bon côté.

Nous verrons…

Un défi à la sagesse peut-il être un succès ?

Nous sommes allé visiter la fierté de Barcelone hier, la Sagrada Familia, une cathédrale extraordinaire conçue par un architecte extraordinaire, Antoni Gaudi.

Sagrada Familia

A l’intérieur de la Sagrada Familia

Gaudi était un chrétien fervent. Il voyait la cathédrale comme un moyen d’exprimer sa foi profonde – et sans doute très originale. L’édifice est à couper le souffle. Et il montre ce qu’on peut faire lorsqu’on a assez de bravoure.

Gaudi a commencé le bâtiment en 1882. Il a continué – par intervalles, vivant parfois sur le site même – pendant 44 ans. Puis un jour, en traversant la route, il a été renversé par un tram et en est mort.

A ce moment-là, les gens n’avaient toujours pas tranché avec une certitude totale s’il était un génie ou un idiot, mais ils savaient qu’il était extraordinaire. Ils se sont rendus par milliers à son enterrement, et ont accompagné sa dépouille dans la crypte de l’église qu’il avait conçue.

Nous avons nous-même fait un peu de construction « expérimentale »… mais nous ne sommes pas digne ne serait-ce que de ramasser les miettes à la table de Gaudi.

Tous les détails, des encadrures de portes aux tours vertigineuses en passant par les vitraux et l’autel, sont incroyablement innovants et audacieux.

L’audace, en architecture, est généralement signe d’arrogance et de vanité. La plupart du temps, c’est un échec lamentable. Et pour de bonnes raisons.

Des siècles de savoir-faire accumulé sont ignorés

Il a fallu des centaines d’années pour qu’évoluent les formes plaisantes et familières de l’architecture traditionnelle.

Les arches ont été développées il y a 2 000 ans. Les colonnes, peut-être 3 000 ans. Elles – et bon nombre des formes « classiques » que nous tenons pour acquises – sont la forme physique d’un condensé de sagesse, d’information et de style.

Elles sont ainsi pour une raison – comme le langage et les bonnes manières – même si nous ne savons pas laquelle. Il est peu probable que l’architecte moderne puisse les améliorer.

C’est pour cette raison que quasiment toutes les innovations du XXème siècle sont aussi laides et dysfonctionnelles ; après la Première Guerre mondiale, les architectes ont consciemment rejeté le passé.

Et lorsqu’on fait une telle chose – lorsqu’on rejette le travail, l’économie, la religion, le mariage, les bonnes manières, la morale ou l’esthétique – on risque de créer des monstres.

Les Russes, par exemple, ont rejeté les conventions du capitalisme bourgeois et ont créé l’Union soviétique. Les Brésiliens ont rejeté l’architecture ordinaire, organique, et ont créé leur capitale, Brasilia, tandis que des architectes du monde entier, comme ceux du Bauhaus, dépouillaient intentionnellement leurs bâtiments des ornements et détails raffinés du passé afin de leur donner un nouveau genre moderne.

Dans le domaine de l’économie, auquel nous revenons jusqu’à plus soif, l’économie classique a été rejetée en faveur de théories modernes insensées – surtout celles de John Maynard Keynes.

Le résultat ? Un monstrueux gâchis…

L’oeuvre de Gaudi est exceptionnelle. Certes, on dirait un peu qu’elle a été cueillie dans le jardin d’un excentrique avant d’avoir été agrandie 1 000 fois. Mais elle est d’une originalité fabuleuse et sa singularité est rafraîchissante. Nous avons vu des centaines d’églises… mais aucune comme la Sagrada Familia.

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Bill Bonner
Bill Bonner
Fondateur de AGORA

Né en 1948, Bill Bonner est le fondateur d’AGORA, le plus large réseau d’entreprises indépendantes de presse spécialisée au monde.

En 1978, depuis sa ville natale, Baltimore (Maryland, Etats-Unis), Bill Bonner a voulu développer un « marché » (« Agora » en grec) des idées. Pas de l’information homogénéisée telle que les médias grand public relayent sur nos écrans et journaux, mais une source d’idées diverses avec des opinions et des avis originaux, alternatifs et surtout utiles. Bill a à cœur d’aider les lecteurs à mieux comprendre le monde dans lequel ils vivent, et à agir en conséquence. Que ce soit en matière de géopolitique, de macro-économie ou tout simplement dans le domaine de l’épargne, Bill incite ses lecteurs à cultiver un esprit vif et anticonformiste.

« Parfois nous avons raison, parfois nous avons tort, mais nous sommes toujours dans le questionnement », telle est la devise de Bill.

Bill a également co-écrit des livres qui ont tous figuré dans la liste des best-sellers du New York Times et du Wall Street Journal : L’inéluctable faillite de l’économie américaine (2004), L’Empire des dettes. À l’aube d’une crise économique épique (2006) et Le Nouvel Empire des dettes. Grandeur et décadence d’une bulle financière épique (2010).

Dans son dernier livre, Hormegeddon, quand trop de bien nuit (2015), paru aux Belles Lettres (www.lesbelleslettres.com), Bill décrit ce qu’il advient lorsque l’on abuse d’une bonne chose dans les sphères de la politique, de l’économie et des affaires. En bref, trop de bien conduit au désastre.

Vous pouvez retrouver les notes de Bill au quotidien dans La Chronique Agora.

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