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LA CHRONIQUE AGORA
Paris, France
Mercredi 23 août 2006
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*** Une séance pour rien
Les marchés ne savent pas où donner de la tête
*** Les sentiments changent
Eric Fry nous donne des nouvelles du marché de l’immobilier
*** Inflation et immobilier
Bill Bonner réfléchit mieux quand il dort…
*** Regardons loin devant
Là où, il y a quelques mois encore, ils faisaient preuve d’un optimisme béat, les investisseurs sont passés à un pessimisme forcené
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Bonjour,
*** UNE SEANCE POUR RIEN
** Encore une séance pour rien sur les places mondiales… Depuis le début de la semaine, les marchés sont à la peine pour trouver une tendance claire, et hier n’a pas fait exception, suite à une volée des chiffres économiques contrastés.
Le CAC 40, en tout cas, a été pris d’une soudaine inspiration haussière, terminant à 5 128 points, un gain de 0,46%. Le Footsie britannique lui a emboîté le pas en grimpant de 0,40%, tandis que le Dax allemand chutait de 0,21%.
Aux Etats-Unis, le Dow Jones est resté quasi-immobile, perdant 0,05% à 11 339,84. Le Nasdaq, pendant ce temps, engrangeait une hausse de 0,11%, pour clôturer à 2 150,02, tandis que le S&P 500 faisait bonne figure, à 1 298,03 points.
** Il faut dire que les investisseurs avaient du grain à moudre, hier. En France, l’Insee annonçait une hausse de 1,1% du PIB pour le second trimestre 2006, ce qui nous donne 1,9% pour le premier semestre 2006. Chose surprenante, ce sont les investissements des entreprises qui ont pris le relais de la consommation, équilibrant ainsi la croissance hexagonale. Reste à savoir combien de temps cela va durer, maintenant que "l’atterrissage en douceur" américain fait planer quelques doutes sur la vigueur de l’économie mondiale.
Le ralentissement des Etats-Unis nous est d’ailleurs confirmé par un petit fait, découvert ce matin sur le site euobserver.com : "’L'eurozone crée désormais des emplois à un rythme plus rapide qu’aux Etats-Unis’, a déclaré lundi (21 août) Holger Schmieding, économiste européen chez Bank of America".
"[Schmieding] suggère que 200 000 emplois sont créés tous les mois au sein des 12 pays de l’eurozone, rapporte le Financial Times Deutschland. L’Allemagne et la France, qui enregistrent toutes deux depuis plusieurs mois consécutifs une baisse de leur taux de chômage, ouvrent la voie dans ce boom de l’emploi".
La France et l’Allemagne plus fortes que les Etats-Unis… il faut vraiment que l’empire soit en piteux état !
** Malheureusement, les derniers chiffres en provenance d’Allemagne laissent cependant croire que la situation pourrait ne pas durer bien longtemps : l’indice ZEW, qui mesure le moral des investisseurs et analystes allemands, est en baisse — il est désormais à -5,6 ce mois-ci, contre pas moins de 15,1 en juillet !
Par ailleurs, on apprenait que dans la zone euro, les commandes industrielles ont baissé de 2,5% en juin… tandis que, selon investir.fr, " les comptes courants ont été excédentaires de 4 milliards d’euros en données corrigées des variations saisonnières (CVS), après un excédent de 7,6 milliards en mai".
Quand on vous disait que les données économiques étaient contrastées… Pas étonnant que les marchés ressemblent à des girouettes !
** Aux Etats-Unis, c’est le dollar qui s’est retrouvé sous les feux de la rampe, après les déclarations du président de la Fed de Chicago, Michael Moskow — qui a refroidi l’enthousiasme des investisseurs concernant une fin possible de la hausse des taux : "à mon avis, il existe un plus grand risque d’avoir une inflation trop élevée qu’une croissance trop faible", a-t-il déclaré. "De ce fait, un nouveau resserrement monétaire pourrait être encore nécessaire pour ramener l’inflation dans une zone confortable dans un délai raisonnable".
Suite à cela, le billet vert a rebondi de manière spectaculaire — de plus de 1,29 $, l’euro est passé à 1,2802 $, s’offrant même une brève incursion sous la barre des 1,28 $ en séance. L’or s’en est ressenti aussi ; il a perdu 3,75 $ au second fixing de Londres, ce qui mettait l’once à 622,75 $ hier soir.
** Et puisqu’on parle or et banques centrales, permettez-moi de revenir quelques instants en Allemagne, où la Bundesbank refuse de vendre ses réserves d’or pour mettre du beurre dans les épinards nationaux. C’est La Tribune qui nous en parle : "’S'en prendre à la substance de nos réserves n’est pas une alternative. Nous devrions plutôt nous attaquer à la réduction de la dette’, a déclaré le président de la Bundesbank, Axel Weber, dans un entretien accordé au Bild Zeitung".
Une banque centrale faisant preuve de bon sens ! Incroyable ! Mais rassurez-vous, cher lecteur, M. Weber revient dans les rangs en ajoutant ce qui suit :
"La ‘Buba’ n’exclut pas pour autant de vendre une partie de son or contre des devises étrangères. ‘Nous pouvons envisager de modifier la composition de nos réserves en vendant de l’or contre des devises étrangères. Mais nous refusons de siphonner les réserves de l’Allemagne’, résume Axel Weber. Avec plus de 3 400 tonnes d’or, la Bundesbank contrôle les deuxièmes réserves d’or mondiales derrière la Réserve fédérale américaine. Elles étaient estimées à près de 54 milliards d’euros en juillet. A cette somme s’ajoutent les réserves en devises étrangères évaluées à 28 milliards d’euros".
Quoiqu’il en soit, la relique barbare a sans doute encore de beaux jours devant elle…
Françoise Garteiser
Paris
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FINI DE RIRE !
La finance est un sujet trop sérieux pour être confié à des analystes ordinaires…
Voilà pourquoi nous avons tiré le Banquier Central de son placard — et nous avons bien fait, puisqu’il a déjà permis à quelques privilégiés de cumuler 429,45% de gains au premier semestre 2006 !
Pour profiter vous aussi de ses conseils, continuez votre lecture…
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Eric Fry nous donne les dernières nouvelles de Wall Street
*** LES SENTIMENTS CHANGENT
** "Nous avons vécu le plus grand boom immobilier de l’histoire de ce pays", explique Robert Shiller, professeur à l’université de Yale. "Cela ne peut durer éternellement… Je pense que ce boom est si conséquent que nous verrons une baisse substantielle qui affectera le pays dans son ensemble… Nous ne sommes pas [automatiquement] voués à un déclin spectaculaire, mais je pense que c’est néanmoins probable".
- Shiller exprimait son scepticisme durant un entretien avec Bloomberg News ce week-end. Le boom de l’immobilier a été si vaste et général, déclare Shiller, que le krach qui se profile promet d’être lui aussi vaste et général.
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Bill Bonner, co-fondateur de La Chronique Agora, à Londres
*** INFLATION ET IMMOBILIER
** "On pourrait dire qu’exception faite des guerres et des révolutions, rien dans notre civilisation moderne ne saurait être comparé, en termes d’importance, à [l'inflation]", écrit Elias Canetti dans Crowds and Power. "Les bouleversements causés par les inflations sont si profonds que les gens préfèrent les taire et les dissimuler".
* La nuit dernière, avant d’aller nous coucher, nous avons lu un essai de Paul Cantor sur l’hyperinflation en Allemagne dans les années 20, et en quoi elle a affecté les écrits de Thomas Mann, en particulier sa nouvelle Disorder and Early Sorrow. Cantor analyse le récit en fonction de l’école autrichienne d’économie, montrant comment l’hyperinflation en fournit non seulement le décor, mais également le moyen de la comprendre.
* Voilà comment Mann décrit l’un de ses personnages, une ménagère confrontée à des prix en hausse constante :
* "Le sol se dérobe sans arrêt sous ses pieds, et le monde semble être sens dessus-dessous. Elle parle de ce qui occupe son esprit : les œufs, il faut absolument acheter les œufs aujourd’hui. Ils sont à 6 000 marks pièce, et il n’y en a qu’un nombre limité, ce jour précis de la semaine, dans une seule boutique à quinze minutes de là".
** Nous savons que nous réfléchissons mieux lorsque nous dormons. Tandis que nous somnolions, notre cerveau s’est mis à travailler au corps le sujet de l’article, tel un policier pakistanais s’en prenant à un djihadiste. Nous nous sommes réveillé au milieu de la nuit pour le trouver réduit à une bouillie sanglante… et avouant un crime horrible et simple : la destruction de la classe moyenne américaine.
* Mais le coupable n’est pas un pion du djihad. Pas de cellule secrète ou d’agents infiltrés ; pas de taupe, de collaborateurs, de révolutionnaires boudant dans une cave — non, dans les Etats-Unis du 21ème siècle comme sous la République de Weimar, les saboteurs sont les autorités financières nichées dans le capital lui-même, les éminences dont les visages ornent les couvertures des magazines, qui prononcent des discours, obtiennent des titre honorifiques et harcèlent les consommateurs — c’est à peine croyable — pour les pousser à se jeter sur toutes les dernières innovations de l’industrie financière… comme par exemple les prêts immobiliers à taux variable.
* Rappelez-vous que même si la valeur du dollar a été divisée par deux durant son mandat à la Fed, Alan Greenspan profite aujourd’hui de sa retraite comme un coq en pâte… se vantant d’un travail bien fait. Et n’est-ce pas le même Alan Greenspan qui a été fait chevalier par la reine Elizabeth II peu après qu’il a remporté le prestigieux prix Enron ?
* L’inflation du mark en Allemagne a mené au désordre puis au chagrin — et l’inflation du dollar, sur le dernier quart de siècle, prend la même direction ; passant par des bulles, des krachs, des prêts à taux variable et des prêts à remboursement différé du principal. Rien qu’au cours des quatre dernières années, la dette américaine a grimpé jusqu’à atteindre 100% du PIB. On estime désormais que 300 000 milliards de dollars de produits dérivés sont en cours — dans une économie mondiale qui n’en vaut que 55 000 milliards. Et il faut entre 5 $ et 6 $ de dette supplémentaire pour créer un seul dollar de PIB supplémentaire aux USA, le ratio étant généralement de 2 $ de dette pour 1 $ de PIB.
* Mais c’est le krach de l’immobilier résidentiel qui crée le plus de désordre et le plus de chagrin, parce qu’il a placé les classes moyennes et inférieures dans un piège d’acier dont ils ne peuvent s’échapper.
** "Le désastre des paiements sans apport initial", titre un article du journal Barron’s cette semaine. L’auteur remarque ce que nous répétons depuis des mois — les paiements immobiliers à taux variable sont sur le point de ruiner l’emprunteur marginal américain… et d’entraîner l’économie toute entière dans sa chute.
* Désormais, déclare Barron’s, l’immobilier résidentiel américain menace de revenir à la moyenne ; cela pourrait signifier une chute des prix de 30% qui effacera d’un seul coup la valeur de millions de propriétaires immobiliers.
* Soit ils devront payer plus qu’ils ne peuvent se le permettre (après tout, pourquoi ont-il choisi l’option "pas d’apport initial" ?) pour rembourser quelque chose qui vaut moins qu’ils ne l’ont acheté (c’est ce qui arrive lors des marchés baissiers), soit ils perdront leur maison. Lorsque cela arrivera, le monde qu’ils pensaient comprendre se dérobera sous leurs pieds…
* Comme l’écrit le Dr. Cantor au sujet des années 20, "une société composée d’individus aigris… ne tarde pas à se trouver confrontée à des problèmes politiques majeurs, comme devait le montrer l’ascension du fascisme en Allemagne".
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Comment le marché actuel peut faire de vous un investisseur heureux…
… tout en faisant passer votre portefeuille à la vitesse supérieure !
C’est plus simple qu’il n’y paraît… il suffit de suivre les bons indicateurs : continuez votre lecture pour tout savoir
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*** La Chronique Agora présente ***
Maintenant que le krach est passé par là, qu’est-ce que l’avenir réserve aux petites valeurs? Notre spécialiste en la matière, Jean Chabru, se penche sur la question avec le sang-froid qui le caractérise…
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REGARDONS LOIN DEVANT
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Par Jean Chabru (*)
A la très violente correction enregistrée par les marchés actions en mai a succédé une période de très forte volatilité, comme si les investisseurs ne s’étaient pas réellement remis de la claque subie.
Là où, il y a quelques mois encore, ils faisaient preuve d’un optimisme béat, ces derniers sont passés à un pessimisme forcené. Les publications récentes plutôt encourageantes ou conformes aux attentes n’ont pas été en mesure de les rassurer et il apparaît désormais très probable que la baisse et l’incertitude puissent perdurer encore pendant plusieurs mois. Après les craintes sur l’inflation, le contexte géopolitique marqué par une nouvelle guerre ouverte entre Israël et le Liban n’a évidemment pas été de nature à ramener un peu de sérénité sur le marché.
Comme je vous l’ai souvent expliqué, le fonctionnement des marchés est justement fondé sur une grande part d’irrationnel car lié à la perception qu’ont les agents économiques de leur environnement. Et aujourd’hui, il m’apparaît que cette perception est teintée négativement. Cela étant, il est dans la nature des marchés de connaître des cycles de hausses et de baisses ; mais apprécier un changement réel dans le sens d’un cycle demeure très difficile. Car la fonction des corrections est justement de corriger les excès, mais elles peuvent également se confondre avec un point d’inflexion.
Et lorsque les résultats des sociétés sont en haut de cycle, comme en ce moment, il est difficile de dire que le marché est sous-évalué. Les valorisations sont correctes, mais certainement pas bon marché. Néanmoins, dans un contexte de rendements obligataires faibles et de taux d’intérêt à 2,5%, quand vous pouvez trouver des actions qui rapportent 4,5% et présentent un potentiel d’appréciation du capital, il est clair que les actions sont plus attractives que les obligations. Nous avons assisté à une forte correction ces dernières semaines et les valorisations pourraient encore baisser, mais dans l’ensemble il convient de rester serein.
Le secteur des entreprises est très résistant, les bilans sont solides après les restructurations et les réductions de coûts qui ont marqué le début de la décennie. Les sociétés génèrent également beaucoup de cash, les rendements du cash flow disponible restent élevés. Il est possible de trouver de nombreuses sociétés avec une croissance forte et des caractéristiques attractives : il y a une grande variété de valeurs qui affichent un PER peu élevé, de l’ordre de 11x, ce qui pour moi demeure attractif, à condition bien entendu qu’il n’y ait pas de trou d’air sensible et durable dans la croissance mondiale.
Quant à la situation des valeurs moyennes, il me semble que c’est une question d’aversion au risque. Comme vous le savez, les petites capitalisations ont surperformé durant plusieurs années. La tendance est aujourd’hui à des positions longues sur les petites et moyennes capitalisations et à des positions courtes sur les grandes capitalisations. Mais si vous regardez les valorisations sur 10, 20 ou même 30 ans, les investisseurs paient pour les petites capitalisations une prime plus importante qu’auparavant. Cela pourrait ne pas durer : il semblerait en effet plus normal que les petites capitalisations s’échangent avec une décote du fait de leur profil plus risqué.
Cette vision globale ne veut pas dire que les opportunités ne manquent pas sur le segment des petites capitalisations mais, encore une fois, il est fondamental de rechercher une croissance sous-jacente réelle et stable, plutôt qu’une croissance limitée dans le temps et cyclique. Pour rester performant sur les marchés actions dans la période à venir, il faut rechercher des sociétés qui présentent des perspectives de croissance prometteuses à long terme. Dans un contexte de rentabilité extrêmement élevée, les investisseurs doivent faire attention à ne pas se laisser séduire par des résultats artificiellement gonflés, haut de cycle oblige.
Surtout, il est désormais essentiel pour nous, investisseurs, de s’interroger sur la pérennité de la croissance bénéficiaire à long terme.
Meilleures salutations,
Jean Chabru
Pour la Chronique Agora
(*) Depuis plusieurs années, Jean Chabru est à la tête de Stratégie Small Caps, une lettre d’information consacrée uniquement aux petites valeurs. S’appuyant sur l’une des plus grandes bases de données françaises sur les petites valeurs, Jean Chabru déniche les pépites cachées des marchés pour le plus grand profit de ses lecteurs. Pour tout savoir sur son système d’investissement, continuez votre lecture…
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(c) Les Publications Agora France, 2002-2006
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Nota bene : reproduction partielle ou totale de la présente Chronique STRICTEMENT INTERDITE sans accord écrit de la société éditrice.
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