Réformes : les politiciens ont-ils renoncé ?

Rédigé le 11 novembre 2017 par | A la une, Liberalisme, Politique et vie quotidienne Imprimer

« L’art du possible », c’est ainsi que Bismarck (ou Gambetta, lit-on selon les sources) définissait la politique. Pour réussir, l’homme politique se doit avant tout de se plier aux exigences de la conjoncture. 

Toute action guidée par le désir plutôt que par la méticuleuse appréciation des réalités est vouée à l’échec.

Si l’on s’en tient à cet axiome, l’action publique serait prisonnière des contingences vis-à-vis desquelles aucune modération ne serait excessive.

Or, à en croire les hommes politiques et certains commentateurs, la situation serait telle que toute tentative pour changer les règles du jeu serait d’avance condamnée à l’échec.

La connivence de certains grands patrons et de certains technocrates

Dans son livre La Passion Créatrice, Bernard Arnault se réjouit de l’impuissance des hommes politiques :

« Les entreprises, surtout internationales [NDLR : c’est nous qui soulignons], ont des moyens de plus en plus vastes, et elles ont acquis, en Europe, la capacité de jouer la concurrence entre les Etats. […] L’impact réel des hommes politiques sur la vie économique est de plus en plus limité. Heureusement. »

Bernard Arnault a raison de faire dans la nuance, car n’importe quel travailleur indépendant ou patron de PME pourra vous expliquer que sa réalité est loin d’être la même.

Jacques Attali se délecte quant à lui du fait que grâce à l’euro, « une grande partie de la politique économique est heureusement devenue européenne ». Face au constat selon lequel « la plupart des hommes politiques et des dirigeants d’entreprises […] se contentent de gérer au mieux leur quotidien et de colmater les brèches », seul « un gouvernement mondial » trouve grâce aux yeux de cet éminent technocrate. Nous ne doutons pas un instant qu’une telle institution s’empresserait de mettre à bas la ploutocratie et de gouverner en assurant l’égalité en droit de tout un chacun.

A gauche de l’échiquier politique, cela fait longtemps que le renoncement est acté

Quelques jours avant de remettre les clés de l’Elysée à son successeur, François Hollande avouait que cela faisait bien longtemps qu’il avait abandonné l’idée de faire quoi que ce soit pour redresser le pays (dans la mesure où cet objectif ait un jour été le sien, bien entendu) :

François Hollande

De toute façon, son ministre de l’Economie et des Finances Michel Sapin nous avait déjà donné un aperçu des objectifs du gouvernement quelques mois auparavant :

Michel Sapin

Le sous-chef de cette équipe de gagnant expliquait au passage que s’il arrivait à 1%, il conviendrait de l’en féliciter :

« On peut inventer [NDLR : là encore, c’est nous qui soulignons] aujourd’hui une croissance entre 1% et 2% qui est une croissance suffisante pour rétablir les finances publiques et […] pour lutter contre le chômage et le faire diminuer« .

Vous noterez que dans la conception socialiste, c’est le gouvernement qui « invente » la croissance grâce à ses bataillons de hauts fonctionnaires dirigistes, et non les entrepreneurs en prenant des risques. [NDLR : comment investir dans des entreprises françaises, dégageant des bénéfices, en croissance exponentielle et participer à leur développement ? Découvrez ce cercle privé et ces opportunités inaccessibles aux investisseurs ‘ordinaires’ en cliquant ici.]

Sur son blog Classe Eco, l’économiste Alexandre Delaigue abonde dans ce sens : « les réformes n’ont, dans nos pays, en pratique aucun effet sur la croissance ». Si d’autres raisons, comme l’amélioration de « la qualité des services par la concurrence », « rendent les réformes souhaitables », il n’en reste pas moins qu’en définitive, « les politiques, les experts qui promettent que la croissance peut revenir grâce à des réformes ‘courageuses’ doivent être traités comme le père Noël : si vous avez plus de six ans, évitez de trop y croire ».

Alexandre Delaigue est un excellent vulgarisateur de l’Economie et j’apprends toujours beaucoup à la lecture de ses billets. Aussi, la conclusion définitive à laquelle il arrive dans celui-ci me semble appeler plusieurs remarques.

D’abord, sur l’hypothèse retenue dans son raisonnement, qu’Alexandre Delaigue caractérise ainsi : « ce serait énorme : même les auteurs de Changer de modèle ne proposent pas un impact aussi grand de leurs réformes. »

En ce qui me concerne, je suis assez convaincu que vu les réformes proposées par Philippe Aghion, Gilbert Cette et Elie Cohen dans Changer de modèle, le titre de leur ouvrage doit faire hurler de rire Margaret Thatcher dans sa tombe. Loin de remettre en cause le modèle français, leurs propositions visent à le réformer à la marge, dans la plus grande tradition française. Lors des présidentielles de 2012, les trois économistes n’ont-ils pas d’ailleurs signé avec 37 de leurs confrères un appel au soutien du candidat François Hollande en raison de « la pertinence des options [proposées], en particulier pour ce qui concerne la reprise de la croissance et de l’emploi, le redressement de notre compétitivité » et de « la fiabilité des engagements » ? Et Gilbert Cette, ex-conseiller de Martine Aubry au ministère de l’Emploi à la fin des années 1990, n’est-il pas l’un des pères des 35 heures ?

Ensuite, Alexandre Delaigue note que les réformes peuvent servir à autre chose qu’à favoriser la croissance, par exemple à « augmenter l’emploi ». J’en conviens très volontiers puisque s’il y a bien un domaine où la France se distingue des autres pays développés, c’est sur son niveau de chômage. Or, Delaigue explique dans le même temps que la France ne peut pas augmenter son potentiel d’offre. Pourtant, des réformes visant à favoriser l’embauche permettrait justement d’augmenter l’offre.

Enfin, l’effet des réformes ne se cantonne pas à l’offre, comme on l’entend trop souvent. Elles peuvent jouer un rôle important au niveau de la demande. C’est en particulier le cas des réformes visant à ouvrir à la concurrence des marchés qui ne le sont pas ou seulement très peu (pharmacies, taxis, notaires, transport collectifs de personnes sur longue distance, ouverture de commerces, etc.). Une vraie libéralisation de ces marchés doperait la demande en réduisant les prix. Sans compter que cela permettrait de rendre moins douloureuse une politique d’austérité budgétaire menée en parallèle.

En somme, le billet de Delaigue a le mérite de rappeler que la France contemporaine ne peut pas atteindre un niveau de croissance asiatique. Pourtant, des réformes ambitieuses auraient un effet considérable sur notre économie. Mais cela nécessite de s’inspirer d’autres figures.

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Nicolas Perrin
Nicolas Perrin

Nicolas Perrin est l’auteur de l’ouvrage de référence « Investir sur le Marché de l’Or : Comprendre pour Agir ». Diplômé de l’IEP de Strasbourg, du Collège d’Europe et titulaire d’un Master 2 en Gestion de Patrimoine, il est conseiller en gestion de patrimoine indépendant en région lyonnaise et à La Réunion.

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