Rebond boursier : le serpent se mord la queue

Rédigé le 14 mars 2016 par | Article, Indices, marchés actions, stratégies Imprimer

▪ Impossible de dompter les monstres que représentent le pillage et la financiarisation spéculative et légalisée.

Tout, du minerai de fer au Baltic Dry Index en passant par le guano est en forte hausse. Le problème est que pas un seul de ces rallies n’est fondé. Le rebond est-il le résultat d’un changement de fondamentaux ou n’est-ce que de la couverture de ventes à découvert et/ou des mouvements de capitaux spéculatifs pour sauter d’un rally au suivant ?

Chacun de ces rebonds est factice, une parodie de caricature d’imposture de formation des cours, soi-disant la fonction première des marchés. Quel changement de fondamentaux a entraîné ce rally ? Des profits plus élevés ? Non, les profits baissent, en particulier une fois que les faux ajustements sont démasqués. L’économie mondiale se renforce-t-elle ? Ne me faites pas rire !

"La formation des cours" est aujourd’hui une blague

Comme l’ont observé Chris Martenson et beaucoup d’autres, "la formation des cours" est aujourd’hui une blague, car les marchés sont soit poussés vers le haut par les garanties "notre caution vous est acquise" des banques centrales voire carrément par des achats d’actifs ; soit ils fluctuent à la hausse et à la baisse selon les flux de capitaux spéculatifs.

Quel que soit le marché, le jeu ne varie pas : les traders font grimper les marchés avec des achats de futures, continuent en achetant ce qui attire les retardataires à qui l’on vend à son plus haut et qui paient la note lorsque inévitablement le rebond se dégonfle, avec le retrait des capitaux spéculatifs.

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Ce n’est pas du capitalisme, ni un marché qui fonctionne bien. En fait, nous sommes en présence de l’étape ultime d’une financiarisation et d’un pillage légalisés. Quelle est la valeur des biens immobiliers ? Si les taux d’intérêt sont poussés vers le négatif, alors cela fait monter la demande immobilière, car le coût de l’intérêt d’un emprunt immobilier diminue à presque zéro en termes réels.

Quelle serait la valeur des biens immobiliers avec un taux d’emprunt de 5% ? Quel serait le taux d’intérêt dans un marché des emprunts réellement privé, un marché qui ne serait pas dominé par les agences gouvernementales et les banques centrales ? Personne ne le sait.

Lorsque vous abaissez l’intérêt à zéro, le marché ne peut plus évaluer la différence entre un mauvais investissement et un investissement sage. La formation des cours et des risques n’existe plus.

Si on soutient les bulles d’actifs par des achats directs d’actifs, les marchés abandonnent les valorisations en faveur de la manipulation qui s’ensuit. La formation des cours n’existe plus.

Si on crée des milliers de milliards d’argent avec un intérêt presque nul en cherchant un rendement rapide, les marchés ne peuvent plus rien évaluer d’autre que les flux de capitaux du moment. Les capitaux entrent — rally ! Ils sortent — tout dégringole !

Lorsque tout aura été financiarisé et standardisé, le prix sera établi non par les fondamentaux mais par la manipulation de l’Etat/de la banque centrale

Le serpent de la financiarisation se mord la queue. Lorsque tout aura été financiarisé et standardisé, le prix sera établi non par les fondamentaux mais par la manipulation de l’Etat/de la banque centrale (ce qu’on appelle poliment une "intervention") et les flux de capitaux rechercheront les manipulations.

Ce jeu nécessite d’avoir une longueur d’avance. Passer des actions au minerai de fer, puis du minerai de fer au pétrole, puis du pétrole à l’or, puis de l’or aux transporteurs, puis des transporteurs au guano — le jeu s’accélère à mesure que les marchés deviennent de plus en plus détachés de toute formation des cours basée sur les fondamentaux.

Le prix n’est établi que par ce que le prochain coup va payer. Ceci est devenu maintenant le fondamental de l’économie mondiale : avec les banques centrales qui ont détruit la formation des cours pour soutenir les bulles d’actifs qui servent le pouvoir de quelques privilégiés, et un système financier mondial inondé de milliers de milliards de dollars d’argent spéculatif, de dettes non garanties, de produits dérivés, de prêts bancaires de l’ombre, de pétrodollars et de fonds souverains qui recherche le prochain secteur dans lequel investir.

Plus le monstre s’agite, plus vite les cycles de hausses et de baisses se suivent et plus les planificateurs centraux doivent imposer de grandes manipulations pour maintenir la bête en vie. Existe-t-il plus grand désespoir possible que des taux d’intérêt négatifs, qui hurlent qu’il n’y a pas d’issue possible, nous sommes impuissants, ceci est notre dernière bonne idée pour sauver le monstre de l’autodestruction.

Mais on ne peut dompter le monstre du pillage et de la financiarisation spéculatifs et légalisés. Ce monstre écrase tout ce qu’il touche. Celui qui pense que les taux d’intérêt négatifs le dompteront se fait des illusions.

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Charles Hugh Smith
Charles Hugh Smith
Auteur et blogueur américain

Charles Hugh Smith est un auteur et blogueur américain ; il est notamment l’un des principaux contributeurs du blog Of Two Minds. Lancé en 2005, ce site a été classé 7ème dans la liste des meilleurs sites financiers alternatifs élaborée par CNBC, et ses analyses figurent sur de nombreux sites, dont Zerohedge.com, The American Conservative et Peak Prosperity.

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