La vraie raison derrière les guerres américaines

Rédigé le 27 avril 2018 par | actu géopolitique, Bill Bonner, Politique et vie quotidienne Imprimer

Une vieille règle a été transgressée : ne pas entrer en guerre à moins d’y être contraint. Les guerres américaines n’entrent pas dans ce cadre.

Lorsque nous vous avons quitté hier, nous tentions de relier les points.

Abandonnez les formes, règles et coutumes traditionnelles… et vous êtes très probablement en route vers un désastre. La majeure partie de l’architecture « innovante », par exemple, est généralement laide et souvent dysfonctionnelle.

Il y a des leçons cachées, enchâssées dans la tradition. Nous ne savons pas vraiment pourquoi les cheminées ont des encorbellements… pourquoi beaucoup de langues ont un mode subjonctif… ou pourquoi les gens sourient et disent bonjour, même à de parfaits étrangers. C’est pourtant le cas.

Les règles sont faites pour être brisées

Les règles sont faites pour être brisées, bien entendu. On pourrait tout à fait dire « allez vous faire voir » à tous ceux qu’on croise.

Certains le font. Mais ils sont rares… et ont relativement peu de succès dans les domaines du travail et des relations sociales. Nous invitons nos lecteurs à essayer… puis à nous dire quels ont été les résultats.

Nous ne savons pas exactement pourquoi les « règles » traditionnelles sont ce qu’elles sont. Et nous ne connaissons pas les conséquences qu’il y a à les briser. Mais il y a presque toujours un prix à payer.

Au passage, hier en 404 av. J.C., la guerre entre Athènes et Sparte prenait fin. Cela avait été une guerre par intermittences qui avait duré 27 ans. Durant les moments les plus difficiles, les Athéniens voulaient arrêter la tuerie. Mais Périclès, dans le fameux discours rappelé par Thucydide, les enjoignit de continuer.

« C’est ainsi qu’ils se sont montrés les dignes fils de la cité. Les survivants peuvent bien faire des voeux pour obtenir un sort meilleur, mais ils doivent se montrer tout aussi intrépides à l’égard de l’ennemi ».

Mauvais conseil. A la fin de la guerre, quasiment tous les soldats d’Athènes avaient été tués ou capturés et faits prisonniers. Les murs d’Athènes étaient démolis. Et la démocratie, une innovation athénienne, était suspendue.

« C’était la volonté des dieux », dirent les anciens.

On ne peut pas tromper les dieux

Dans ces colonnes, nous essayons de lier les tendances et politiques actuelles avec la volonté des dieux. Les dieux sont jaloux ; ils n’aiment pas voir les gens contredire ou ignorer leurs lois « naturelles ».

Les « règles » de la finance sont relativement simples. « Ce qu’un homme a semé, il le moissonnera aussi », dit la Bible (Galates). « C’est à la sueur de ton visage que tu mangeras du pain, jusqu’à ce que tu retournes dans la terre, d’où tu as été pris », ajoute-t-elle dans la Genèse.

Impossible de simuler. On ne peut pas faire semblant de semer – avec de fausses graines ou avec de la fausse monnaie. On ne peut pas prendre une douche rapide pour simuler la transpiration.

Cela ne fonctionne pas.

On ne peut pas tromper les dieux. Les grands économistes classiques ont réalisé il y a bien longtemps, par exemple, que les fausses semences produisent de la fausse nourriture… et qu’on ne peut pas manger du faux pain.

Une expansion achetée à crédit s’est toujours transformée en krach avec déflation du crédit. Pourquoi, comment et quand ce krach du crédit se produira – c’est ce que nous recherchons dans nos chroniques, en reliant les points. [NDLR : A défaut de prévoir quand le krach et la déflation du crédit se produiront, prenez avant quelques précautions simples pour vous protéger. Tout est expliqué ici.]

Ceci dit, nous ne pouvons pas nous empêcher de remarquer des schémas similaires dans d’autres aspects de la vie humaine. L’une des « règles » apprises sur des milliers d’années d’expérience amère était celle qu’Athènes a choisi d’ignorer : n’entrez pas en guerre à moins d’y être obligé.

« Qui vit par l’épée périra par l’épée » est une expression attribuée au Grec Eschyle ou à l’Evangile selon Saint Matthieu. La plupart des gens aimeraient sans doute éviter de périr par l’épée. On pourrait donc raisonnablement en conclure qu’il vaut mieux éviter de chercher la bagarre.

C’est une leçon facile à oublier, toutefois. Surtout lorsqu’on commence à avoir les chevilles qui enflent – après quoi on se sent autorisé à provoquer des gens qui ne représentent de menace réelle.

Nous nous tournons vers le New York Times de mercredi pour une illustration de ce principe :

« Une guerre trouble se prépare au plus profond du désert du Niger. Les Etats-Unis utiliseront un terrain d’aviation pour drones pour frapper des extrémistes en Afrique du nord et de l’ouest ».

Qu’est-ce que les Etats-Unis reprochent exactement à ces « extrémistes » africains ? Ce n’était pas mentionné.

Marche au pas, sans jugement sur le bien-fondé de l’objectif

Les médias américains ne semblent pas avoir lu Thucydide. Sinon, ils auraient peut-être mentionné qu’aller agiter une épée en Afrique n’aurait probablement pas de meilleurs résultats qu’envahir le Proche-Orient sabre au clair.

Mais les médias marchent au pas avec les fournisseurs de la défense. Adam Johnson rapporte :

« Une étude de FAIR sur les 100 plus grands journaux américains en termes de circulation n’a pas trouvé un seul conseil éditorial opposé aux frappes aériennes de Trump en Syrie le 13 avril. 20 soutenaient les frappes ; six étaient ambigus sur le fait que ce bombardement était recommandé ou non. Les 74 autres n’ont émis aucune opinion sur cette dernière escalade de la guerre en Syrie de la part de Trump ».

Pas plus qu’un grand média américain ne s’est donné la peine d’enquêter sur les raisons avancées pour justifier l’attaque : l’utilisation d’armes chimiques sur des civils.

Plus tard, lorsqu’il est devenu clair que toute l’histoire était probablement fausse, les médias ont décrit le bombardement en Syrie comme étant « symbolique » ou « un avertissement » pour le régime d’Assad.

Il a peut-être utilisé du gaz à Douma… ou peut-être pas… mais en tout cas, il ne le refera plus !

Parallèlement, on pourrait s’attendre à ce que les démocrates, au Congrès – censé être le seul gardien de « la puissance de guerre » – montrent un peu de résistance.

Pas du tout.

Le magazine In These Times rapporte :

« 92% des démocrates et des indépendants du Sénat n’ont montré aucun désaccord substantiel avec les frappes aériennes de Trump le 13 avril.

Lorsque des objections sont levées par les démocrates et les indépendants, elles prennent le plus fréquemment la forme de plaintes légales et procédurales, ce qui ne revient pas à former un jugement sur le bien-fondé ou non de l’intervention militaire ».

N’importe quel idiot peut voir que ces guerres seront au mieux inutiles… et au pire désastreuses.

Mais le Congrès US et le gouvernement sont pour. Les médias les appuient. Les grandes entreprises et l’industrie financière s’enrichissent grâce à elles.

Ces guerres ne sont pas des « erreurs », en d’autres termes. Elles sont une utilisation délibérée de l’épée – non pas pour gagner des guerres mais pour gagner de l’argent et du pouvoir.

En d’autres termes, ce ne sont pas des idiots qui poussent à ces aventures mortelles. Ce sont des canailles.

A suivre…

Partagez cet article

Mots clé : -

Bill Bonner
Bill Bonner
Fondateur de AGORA

Né en 1948, Bill Bonner est le fondateur d’AGORA, le plus large réseau d’entreprises indépendantes de presse spécialisée au monde.

En 1978, depuis sa ville natale, Baltimore (Maryland, Etats-Unis), Bill Bonner a voulu développer un « marché » (« Agora » en grec) des idées. Pas de l’information homogénéisée telle que les médias grand public relayent sur nos écrans et journaux, mais une source d’idées diverses avec des opinions et des avis originaux, alternatifs et surtout utiles. Bill a à cœur d’aider les lecteurs à mieux comprendre le monde dans lequel ils vivent, et à agir en conséquence. Que ce soit en matière de géopolitique, de macro-économie ou tout simplement dans le domaine de l’épargne, Bill incite ses lecteurs à cultiver un esprit vif et anticonformiste.

« Parfois nous avons raison, parfois nous avons tort, mais nous sommes toujours dans le questionnement », telle est la devise de Bill.

Bill a également co-écrit des livres qui ont tous figuré dans la liste des best-sellers du New York Times et du Wall Street Journal : L’inéluctable faillite de l’économie américaine (2004), L’Empire des dettes. À l’aube d’une crise économique épique (2006) et Le Nouvel Empire des dettes. Grandeur et décadence d’une bulle financière épique (2010).

Dans son dernier livre, Hormegeddon, quand trop de bien nuit (2015), paru aux Belles Lettres (www.lesbelleslettres.com), Bill décrit ce qu’il advient lorsque l’on abuse d’une bonne chose dans les sphères de la politique, de l’économie et des affaires. En bref, trop de bien conduit au désastre.

Vous pouvez retrouver les notes de Bill au quotidien dans La Chronique Agora.

3 commentaires pour “La vraie raison derrière les guerres américaines”

  1. Bien M. Bonner. Votre analyse de la situation au Proche-Orient s’affine. Vous êtes proche de comprendre la construction du 11-Septembre. Mais je crains qu’à ce moment-là, vous ne soyez suffisamment atterré pour démissionner et vous enfermer dans votre ranch argentin. Vos chroniques me manqueront. Donc continuez plutôt à observer l’inoffensive Fed.

  2. Bonjour,

    Est-ce à dire que les guerres du moyen orient sont du pipo ?
    Si j’ai bonne mémoire, cela a débuté avec le Koweit, victime des soldats Irakien venus voler les couveuses des bébés. Une princesse nous l’avait raconté.
    C’était il y a presque 30 ans. Personnellement, j’attends toujours les 1ere élection libre là-bas. Les mots « démocratie » et « liberté » avaient quand même été prononcé pour justifier la guerre.

    Il y a ensuite la guerre contre le terrorisme islamique (débuté il y a 20 ans). C’était une priorité.
    On a donc détruit 2 état laïc ( Irak, Lybie) et bientôt un troisième : La Syrie.
    Et les terroriste islamique, eux, sont plus renforcés aujourd’hui qu’il y a 20 ans.

    Je ne comprends pas comment, une personne censé, n’y voit pas un projet bien loin des intensions déclarées.

  3. Toutes les réponses aux questions que vous vous posez sont pourtant toujours visibles sur Youtube dans le documentaire « The new Pearl Harbor ». Google aurait pu le censurer depuis toutes ces années. Mais comme personne n’a pu trouver à contredire aucun point de détail, ni répondre de façon satisfaisante à aucune des questions de ses enquêteurs, il continue à respecter leurs conditions générales d’utilisation.

Laissez un commentaire