Mais à quoi pensent les think tanks ?

Rédigé le 8 juin 2017 par | Bill Bonner, Deep State Imprimer

Nous observons… lisons… et tentons de relier les données entre elles. Pour commencer, nous nous posons la question suivante : à quoi pensent les think tanks ?

La réponse viendra dans une minute…

D’abord, il y a de bagarre à Washington. On l’appelle le « Russie gate ».

D’après ce que nous avons compris, certaines personnes pensent que la Team Trump a entretenu, ou entretient, des contacts illégaux ou inappropriés avec le gouvernement russe.

Cette information aurait apparemment été obtenue via des fuites, illégales ou inappropriées, d’informations obtenues illégalement ou de façon inappropriée, par des services gouvernementaux agissant de façon illégale ou inappropriée, pour des motifs illégaux ou inappropriés.

Cela a-t-il de l’importance, dans un sens comme dans l’autre ?

Probablement pas.

Les initiés tiennent fermement les commandes, quelle que soit l’issue. Nous sommes face à une lutte intestine des initiés : une bagarre qui tourne autour de qui va nous plumer… et comment.

Trump n’en fait pas assez pour le Deep State

M. Trump fait preuve de flexibilité et de docilité. Il suit volontiers n’importe quelle arnaque et entourloupe figurant au répertoire du Deep State.

Mais une grande partie de l’establishment le juge peu fiable, gênant et vulnérable.

Par exemple, revenu d’Arabie Saoudite, le président a distribué les gros sous à Raytheon et à d’autres marchands d’armes.

Mais ensuite, il a floué le secteur des « énergies de substitution » en rejetant l’accord de Paris sur le climat. Ces deux actions, a-t-il affirmé, vont créer « des emplois, des emplois, des emplois ».

Selon Trump :

« Je rentre juste d’un voyage à l’étranger, où nous avons conclu près de 350 Mds$ de contrats économique et militaire, pour les Etats-Unis, créant des centaines de milliers d’emplois. Ce voyage a été une très belle réussite, croyez-moi. »

Selon le porte-parole de la Maison-Blanche, Sean Spicer :

« Cette visite a également porté sur des accords de développement économique historiques, pour les Etats-Unis, totalisant largement plus de 500 Mds$ et représentant la création de dizaines de milliers d’emplois en Amérique. »

Là, nous sortons notre stylo et commençons à tracer quelques lignes. D’abord, nous notons un commentaire en marge : « hein ? »

L’Etat saoudien a de l’argent. Il l’obtient en vendant du pétrole aux gens qui en ont besoin pour faire fonctionner leurs usines, remplir les réservoirs de leurs voitures et chauffer leurs maisons. L’argent sort d’une économie productive, de type gagnant-gagnant.

Chaque sou constituant cet argent est consacré à quelque chose. On peut l’utiliser pour acheter des chars d’assaut et des avions de combat. Ou bien on peut acheter des tomates, ou encore faire des films.

Les gros accords d’armement font la une des journaux, mais créent-ils plus d’emplois que de dépenses ?

L’argent dépensé par l’Etat crée-t-il davantage de richesse et de satisfaction que l’argent dépensé par les gens qui l’ont gagné ?

La réponse à ces deux questions est « non ». Nous savons que seuls les accords gagnant-gagnant génèrent de la richesse réelle supplémentaire. Or les contrats d’armement du gouvernement ne sont pas gagnant-gagnant.

« Mais attendez », me direz-vous. « Ils peuvent acheter leurs tomates n’importe où… alors que nous possédons des machines à tuer high-tech. Lorsqu’ils se fournissent chez Raytheon, ils donnent du travail aux Américains. »

« Hum… Quelque part, quelqu’un considère tout cela et doit se demander : pourquoi vaut-il mieux qu’un Américain ait un bon emploi, plutôt que, disons, un Canadien ?

Des chars et des avions de combat construits avec de l’argent pris de force

Il doit également se demander : pourquoi vaut-il mieux payer les gens à construire un char d’assaut plutôt qu’un camion ?

Les avions de combat sont achetés par le gouvernement… avec de l’argent qu’il a pris de force à ses citoyens.

La plupart du temps, les dépenses militaires n’ont d’autre but que de protéger et renforcer le pouvoir du gouvernement. La construction d’un char d’assaut ne rapporte que rarement.

La dernière fois que des civils américains ont été la cible d’attaques militaires conventionnelles, c’était lorsque Sherman, à la tête de l’armée yankee, a marché sur la Géorgie, il y a plus de 150 ans.

Tout comme un peu de gouvernement, un petit peu de dépenses consacrées à la « défense » est peut-être nécessaire, mais ces dépenses atteignent rapidement le seuil de déclin de l’utilité marginale. Ensuite, c’est la dégringolade. L’argent est soit gaspillé… soit utilisé pour provoquer des bains de sang.

Au Moyen-Orient, les chances pour que ces armes soient utilisées de façon honnête sont quasi-inexistantes.

Les think tanks pensent pour ceux qui les payent

Les armes et la guerre sont les arnaques favorites du Deep State ; c’est une façon de détourner la richesse et le pouvoir au profit de ses compères prestataires de la défense.

Et là, nous traçons une ligne reliant le voyage au Moyen-Orient « du Donald »… à un think tank nommé Center for Gulf Affairs, au sein du Middle East Institute… et à la société Raytheon.

Selon Just Security, un forum traitant des questions de sécurité nationale :

« Cette année, au mois de mars, le Comité des relations étrangères du Sénat a invité l’ex-ambassadeur Gerald Feierstein – directeur du Center for Gulf Affairs, au sein du Middle East Institute – à s’exprimer sur la situation au Yémen et sur ce qu’il pense de la vente d’armes américaines aux Saoudiens.

Comme l’on pouvait s’y attendre en lisant son interview dans le Washington Post, Feierstein a déclaré au Comité que ‘les accusations de crimes de guerre contre les Saoudiens et la Coalition des forces armées, et les menaces de mettre un terme aux ventes d’armes aux Saoudiens pourraient provoquer des dégâts à très long terme sur ces relations’. Limiter la fourniture de munitions, a-t-il dit, pourrait être ‘contre-productif’…

Les sources de financement du Middle East Institute, auquel appartient Feierstein, n’ont jamais été divulguées dans l’interview du Washington Post ni lors de l’audition devant le Sénat. Selon les derniers rapports rendus publics, l’institut compte parmi ses principaux donateurs les principaux membres de la Coalition dirigée par les Saoudiens, au Yémen, ainsi que des fabricants d’armes de premier plan.

L’Arabie Saoudite et le Koweït fournissent les contributions les plus élevées, en qualité de ‘Sponsors-Platine’, et les Emirats Arabes Unis sont également donateurs. Raytheon, le fabricant des mêmes armes concernées par l’audition du Sénat, est l’un des ‘Sponsors-Or’ de l’Institut. Bien entendu, il convient de préciser que le Middle East Institute n’est pas tout seul, à Washington. Le secteur de la défense et les Etats étrangers injectent de l’argent dans de nombreux think tanks. »

A quoi pensent les think tanks ?

A ce pour quoi on les paye, bien entendu, quoi que ce soit. Comme des bardes ivres, ils chantent les louanges de celui qui veut bien leur payer à boire.

Mots clé :

Bill Bonner
Bill Bonner
Fondateur de AGORA

Né en 1948, Bill Bonner est le fondateur d’AGORA, le plus large réseau d’entreprises indépendantes de presse spécialisée au monde.

En 1978, depuis sa ville natale, Baltimore (Maryland, Etats-Unis), Bill Bonner a voulu développer un « marché » (« Agora » en grec) des idées. Pas de l’information homogénéisée telle que les médias grand public relayent sur nos écrans et journaux, mais une source d’idées diverses avec des opinions et des avis originaux, alternatifs et surtout utiles. Bill a à cœur d’aider les lecteurs à mieux comprendre le monde dans lequel ils vivent, et à agir en conséquence. Que ce soit en matière de géopolitique, de macro-économie ou tout simplement dans le domaine de l’épargne, Bill incite ses lecteurs à cultiver un esprit vif et anticonformiste.

« Parfois nous avons raison, parfois nous avons tort, mais nous sommes toujours dans le questionnement », telle est la devise de Bill.

Bill a également co-écrit des livres qui ont tous figuré dans la liste des best-sellers du New York Times et du Wall Street Journal : L’inéluctable faillite de l’économie américaine (2004), L’Empire des dettes. À l’aube d’une crise économique épique (2006) et Le Nouvel Empire des dettes. Grandeur et décadence d’une bulle financière épique (2010).

Dans son dernier livre, Hormegeddon, quand trop de bien nuit (2015), paru aux Belles Lettres (www.lesbelleslettres.com), Bill décrit ce qu’il advient lorsque l’on abuse d’une bonne chose dans les sphères de la politique, de l’économie et des affaires. En bref, trop de bien conduit au désastre.

Vous pouvez retrouver les notes de Bill au quotidien dans La Chronique Agora.

Laissez un commentaire