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La Chronique Agora
Paris, France
Mercredi 04 juillet 2007
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*** Lancez une OPA sur le cognac et la cave a cigares
Au poker financier, seule une catégorie bien précise gagne à tous les coups…
*** Crise du logement ?…
…pas pour les opossums…
*** Qui se cache derrière la "relique barbare" ?
De l’avenir d’une citation…
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Comment profiter de la croissance chinoise sans risquer votre argent sur des marchés en surchauffe ?
Comment exploiter la hausse des matières premières sans vous lancer dans des investissements difficiles et souvent réservés aux professionnels ?
Où trouver des valeurs saines, sûres et solides encore protégées de la folie spéculative qui semble s’être emparée du monde entier ?
C’est très simple : il suffit d’être au bon endroit au bon moment !
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Bonjour,
*** LANCEZ UNE OPA SUR LE COGNAC ET LA CAVE A CIGARES
** Peut-être trouve-t-on parmi nos lecteurs certains qui s’imaginent qu’une fois franchi le cap de la mi-2007 (et réalisées les dernières opérations d’habillages de bilans), les indices boursiers se retrouvent livrés à eux-mêmes, et ballottent désormais aux quatre vents comme un drapeau planté sur les sommets annuels (ou plutôt un double sommet historique à l’image du DAX à Francfort ou du S&P 500 à Wall Street) ? Dans ce cas, il leur suffisait de jeter un oeil au comportement du CAC 40 en ce mardi 3 juillet pour se convaincre que l’évolution du marché parisien ne devait pas grand’chose au hasard.
Le CAC 40 a en effet oscillé durant plus de huit heures entre 6 070 et 6 080 points, et testé successivement à huit reprises — vous croyez encore au hasard ? — la base puis la borne supérieure de ce corridor. Il n’est cependant pas parvenu à s’en échapper par le haut (ne serait-ce que quelques minutes) pour refermer le gap laissé béant depuis le 21 juin dernier.
** Parmi les vedettes du jour, les constructeurs automobiles tricolores se tenaient non loin de la première ligne. Renault occupait la pole position avec un gain de 2,5 à 2,75% contre 2 à 2,25% pour son concurrent Peugeot. La raison d’un tel rally haussier ne manquera pas de vous apparaître frappée du sceau de l’évidence, puisque les deux rivaux enregistraient conjointement une chute de 15% de leurs immatriculations en France au mois de juin ; dans le même temps, Porsche accroissait ses ventes de 13% sur le sol américain.
Si vous êtes devenus familier, à force de nous subir, de la logique singulière des analystes et des investisseurs, n’avez que l’embarras du choix pour justifier l’éclatante santé des constructeurs. Leurs cours de bourse semblent progresser de façon inversement proportionnelle au nombre de ventes concrétisées mois après mois.
Plus les clients se font rares, plus les parts de marché s’étiolent — ou s’effondrent carrément s’agissant de la marque au losange, qui se rattrape à la marge avec la Logan dans les ex-pays de l’Est)… et plus leur parcours s’apparente au graphique du rendement d’un moteur turbocompressé, où le couple augmente en même temps que le nombre de tours/minute.
N’ayant pas une idée très précise de la façon la plus pertinente de hiérarchiser les arguments plaisants en faveur de la hausse de Peugeot ou Renault, nous vous les livrons tels que nous les avons recueillis par ordre chronologique au sein des divers commentaires lus ou entendus mardi après-midi.
Les investisseurs misent depuis des mois sur l’effet "nouveaux modèles" (ou renouvellement de la gamme). Ils plébiscitent les plans successifs de flexibilisation de la production (large recours aux intérimaires) et de réduction des coûts (fermeture des chaînes les moins rentables, délocalisation des unités de fabrication des pièces détachées dans les pays à bas salaires).
Ils misent également sur la hausse exponentielle de la demande de véhicules low cost dans les pays "émergés", et sur l’attrait exercé par l’électronique embarqué sur les modèles destinés à la clientèle plus aisée des pays de l’Europe de l’Ouest.
Renault bénéficie en plus du bonus Carlos Ghosn : il s’agit d’une énorme prime de confiance accordée depuis deux ans (de grave disette commerciale) au patron français jugé le plus convainquant — le vocable "fascinant" serait plus approprié — par la communauté financière.
Les revers commerciaux successifs sur son marché domestique ne parviennent pas davantage à entamer la conviction des analystes. Ils se livrent à une folle course-poursuite en matière de révision à la hausse de leurs objectifs de cours, un peu à l’image de ce qui se déroule sur EDF ou Alstom depuis la mi-mars.
Les ventes de Nissan se sont effectivement redressées de 18% en juin aux Etats-Unis après une entame de second trimestre décevante. Ils font le pari que le même scénario se matérialisera au profit de Renault sur le Vieux Continent d’ici l’automne.
Il n’est pas exagéré de prétendre que Peugeot et Renault — après avoir fait le plein d’espoirs tous azimuts — carburent en bourse grâce un optimisme à haute teneur en octane.
Les marchés manifestent parfois une capacité d’extrapolation de profits futurs qui confine à la foi dans l’alchimie des temps anciens. Souvenez-vous de l’effet d’annonce de la création du portail internet Vizzavi par Vivendi (il ne vit jamais le jour) qui fut instantanément valorisé plus de 20 milliards d’euros, soit 25% de plus que la capitalisation boursière actuelle de Peugeot…
** A propos d’effet d’annonce, la multiplication des OPA (pas moins d’une demi-douzaine en 48 heures) fournit aux marchés un merveilleux alibi pour ignorer la succession de piètres statistiques publiées aux Etats-Unis depuis la mi-juin.
Les dernières en date — toutes fraîches, puisqu’elles ont été publiées ce mardi — concernaient les commandes à l’industrie : selon le dernier rapport mensuel du département américain du Commerce, elles ont reculé de 0,5 %, à 417 milliards de dollars. Les promesses de vente de maisons neuves, quant à elles, ont plongé de 3,5% en mai, atteignant ainsi leur plus bas niveau depuis septembre 2001.
Mais revenons quelques instants sur ces opérations qui font l’actualité : le géant canadien des télécoms BCE a accepté d’être racheté par le fonds de pension canadien Teacher pour 49,5 milliards de dollars. Dans le même temps, AT&T (+0,8%) annonçait le rachat de l’opérateur sans fil Dobson Communications pour 2,8 milliards de dollars (en cash).
Carlyle Group propose 20 milliards de dollars pour racheter la totalité du capital du groupe britannique Virgin Media. Le groupe minier canadien Teck Cominco (zinc, cuivre, or) a annoncé avoir conclu un accord en vue de l’acquisition de son compatriote Aur Resources (exploitant de mines de cuivre au Pérou principalement) pour environ 3,9 milliards de dollars (offre mixte cash/OPE).
Kraft Foods vient de formuler une offre de rachat de 7,2 milliards de dollars (5,3 milliards d’euros) sur l’activité biscuits et produits céréaliers du français Danone… lequel s’apprêterait à se renforcer dans le laitier russe Wim-Bill-Dann, histoire d’oublier quelques instants ses déboires avec son "partenaire" chinois Wahaha, qui l’accuse de tous les maux.
** Selon Warren Buffett, cette fièvre des OPA va retomber en deuxième partie d’année, avec la tension des taux et la raréfaction des bonnes affaires potentielles : le niveau de valorisation de toutes les entreprises identifiées comme des cibles devient dissuasif.
Le son de cloche est naturellement très différent chez Goldman Sachs ou Merrill Lynch, qui se posent en grands architectes du mécano capitalistique planétaire. Ils sont bien placés pour savoir que de nombreux groupes implantés à l’origine dans des pays émergents — ou émergés — nourrissent de grandes ambitions en termes de parts de marché mondiales. Certains d’entre eux disposent de gros excédents de dollars à recycler contre des actifs "tangibles" et moins susceptibles de se volatiliser au fil du temps qu’une pile de billets verts virtuels ou de T-Bonds offrant au mieux 5% de rendement…
Tout comme lors de la folie Internet de 1998 à 2000/2001, la rumeur voudrait que beaucoup de capitaines d’industrie et de fonds de private equity soient disposés à payer n’importe quelle somme pour réaliser une acquisition susceptible de marquer les esprits. Cela leur permettrait aussi d’assurer du jour au lendemain un rayonnement international à certains acteurs qui ne bénéficiaient initialement que d’une notoriété locale ; cette théorie du "coup double" implique toutefois de montrer ses muscles ainsi qu’une certaine forme de générosité dans l’effort pour séduire les actionnaires des entreprises convoitées.
En d’autres termes, il faut accepter de payer un peu plus cher pour jouer dans la cour des grands… mais le monde de la finance reste à l’image d’un tournoi de poker : l’épaisseur de votre portefeuille peut vous ouvrir l’accès à certaines tables ou l’on mise no limit. Cependant, à la sortie, le quota de joueurs plumés reste constant, quelle que soit l’époque, l’expérience des vieux briscards ou les ambitions des nouveaux venus.
Un retournement de cycle économique, une soudaine contraction des liquidités n’épargnera personne, ni les jeunes loups, ni les vieux de la vieille. Les seuls qui gagnent à tous les coups sont ceux qui distribuent les cartes, servent des cognacs millésimés et font tourner la boîte de cigares : nous aurions tendance à penser que ce sont aujourd’hui les détenteurs de métal précieux et de concessions minières qui jouent ce rôle…
Philippe Béchade,
Paris
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Bill Bonner, co-fondateur de La Chronique Agora, à Londres
*** CRISE DU LOGEMENT ?…
** Aujourd’hui, l’immense classe moyenne américaine va faire la fête façon classe moyenne — pique-niques, festins de crabes et barbecues dans les jardins.
* La conversation va sans aucun doute dériver vers la question du logement. Mais contrairement aux discussions des 4 juillets ensoleillés des années précédentes, les conversations aux relents de bière de cet après-midi risquent d’être plutôt pessimistes.
* Les Etats-Unis vivent en ce moment leur pire crise du logement depuis les années 1930, selon les comptes-rendus d’information. C’est grave, mais à quel point ? Difficile à dire. Les statistiques montrent une légère baisse des prix — ou une hausse dans certaines régions — avec une augmentation importante du nombre de maisons invendues. A Las Vegas, le nombre de maisons revendues en mai de cette année a chuté de 28% par rapport à l’année dernière.
* Les roues du Destin Financier grincent peut-être doucement… mais elles grincent bel et bien. Et la classe moyenne américaine commence à s’en apercevoir. "La valeur des maisons et le marché des titres adossés aux créances hypothécaires — qui représente 6 000 milliards de dollars — sont pris dans une spirale descendante", rapporte Bloomberg.
* Bloomberg décrit la façon dont l’abstrait — les prix des CDO — se heurte au concret — le béton fissuré de l’allée.
* "Bear Stearns renfloue un fond de couverture qu’il contrôle et qui perd de l’argent, et en laisse un autre se faire liquider par les créditeurs. Les deux étaient investis dans des valeurs adossées à des prêts subprime . Les prêts, pour les emprunteurs avec un historique mauvais, voire inexistant, s’appuyaient sur des maisons comme celle de Lilac Lane [à Decatur, en Georgie]"…
* "Le 6 mars, Bear Stearns achetait une maison de 4 pièces sur Lilac Lane pour 76 500 $, selon l’acte de vente après saisie hypothécaire. Le propriétaire en faillite l’avait achetée 160 000 $ en avril 2005 grâce à un prêt subprime sans apport. Il la louait, selon les dires des voisins… »
* Le prêteur local a fait faillite… la maison a été saisie et revendue la moitié de son prix. Puis, une fois louée, elle s’est détériorée. La peinture s’est écaillée. Le béton s’est fissuré. Des opossums se sont installés dans le jardin.
* Et maintenant, Bear Stearns en est l’heureux propriétaire. Le deuxième plus grand assureur américain de valeurs adossées à des emprunts est en passe de devenir l’un des plus grands propriétaires de bungalows à deux niveaux, de style néo-colonial ou espagnol.
* Bloomberg ajoute : "Selon une enquête, Bear Stearns et ses filiales sont enregistrés comme étant les acquéreurs d’au moins 53 maisons cette année dans le comté de San Diego en Californie, 48 dans le comté de Maricopa en Arizona, et 40 dans le comté de Cuyahoga dans l’Ohio".
* "JP Morgan, la troisième plus grande banque américaine, et sa filiale Chase Home Lending, ont acheté au moins 194 maisons par saisie hypothécaire dans le comté de Wayne dans le Michigan. Merrill, la troisième plus grande société boursière, en termes de capitalisation, et sa branche de prêts, First Franklin, ont acheté au moins 87 maisons cette année dans le comté de San Diego en Californie. Citigroup et ses filiales sont les nouveaux propriétaires d’au moins 47 maisons dans le comté de Clark dans le Nevada. ‘Notre compétence, c’est de prêter de l’argent aux gens pour qu’ils achètent des maisons, pas de les acheter nous-mêmes’, affirme Thomas Kelly, porte-parole de Chase Home Lending.
* Et que va donc faire Bear Stearns avec toutes ces maisons ? Ils peuvent laisser M. le Marché faire son travail — mettre les maisons en vente et accepter le prix qu’on leur en donne. Mais si ça se vend, cela risque de faire baisser le prix de toutes les maisons du coin — et elles sont presque toutes à eux ! Pire encore, "cela va avoir un effet négatif sur le marché des valeurs adossées aux prêts hypothécaires, quand les prêteurs vont devoir se mettre dans le ton et laisser partir les maisons, quel que soit le prix qu’on leur en donne", explique un prêteur local. Mais à quoi Bear Stearns s’attend-il ? Quand son nantissement perd de sa valeur, il en va de même des abstractions financières qui reposent dessus.
* D’un autre côté, les prêteurs peuvent aussi faire la sourde oreille. Mais ça n’arrêtera pas la musique. C’est de ça que vont parler les voisins, dès demain : les opossums. Les fissures. Et la situation fâcheuse dans laquelle se retrouve Bear Stearns. Ils peuvent vendre… ou s’accrocher, maintenir, et essayer de louer. Mais quoi qu’ils fassent, il n’y a rien de bon qui les attend.
* Face à une telle situation dans leur fonds de couverture complexe, Bear Stearns a décidé de ne pas laisser M. le Marché donner son avis…du moins, pas pour l’instant. Plutôt que de mettre leur portefeuille de CDO sur le marché — en mettant aux enchères les capitaux figurant dans ce hedge fund en difficulté — l’entreprise a préféré garder les choses sous contrôle… en repoussant le jour du jugement, dans l’espoir que, d’ici là, les conditions s’améliorent sur le marché des CDO.
* Les conditions du marché ne sont pas brillantes pour les CDO. Pas plus que pour les nantissements. Bear Stearns se dit peut être que, s’ils réussissent à tenir les opossums à l’écart de la maison de Lilac Lane, ils pourront la vendre, disons dans un an, à un prix plus élevé.
* Mais s’ils se disent tous la même chose, quelles chances ont-ils que cela fonctionne pour tout le monde ?
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Cinq conseils pour votre portefeuille…
… et l’investissement que vous devriez faire sans plus attendre !
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*** La Chronique Agora présente ***
"Relique barbare" ! Essayez donc de lancer une conversation sur l’or. Si vos relations réagissent comme les miennes, il arrive toujours un moment où l’un de vos interlocuteurs dégaine ce lieu commun éculé en guise d’argument-massue. Il produit toujours son effet… à tort, car celui qui a conçu l’expression ne l’a jamais destinée au métal jaune en tant que tel !
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QUI SE CACHE DERRIERE LA "RELIQUE BARBARE" ?
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Par Emmanuel Gentilhomme (*)
Paradoxe des amateurs de reliques
Pour parler de "relique barbare", il faut plus ou moins connaître les théories de John M. Keynes. Un fameux sujet de Sa Majesté qui théorisa l’intervention publique afin d’améliorer le "bouclage" des cycles économiques. L’expression "relique barbare" (barbarous relic) remonte à un ouvrage qu’il a publié en 1923. L’employer comme un réflexe suppose donc d’avoir étudié les théories keynésiennes.
J’ai eu l’occasion de constater un singulier paradoxe : parmi ceux qui emploient le plus naturellement cette expression, on trouve des hauts cadres de la finance française issus du corps administratif des inspecteurs des Finances. Qu’ils soient passés par l’université ou par Sciences Po avant de faire l’ENA, ils ont toute leur jeunesse "baigné" dans le (néo)-keynésianisme avant de débuter en tant que fonctionnaires.
Aujourd’hui pourtant, ils sont nombreux à chanter les louanges du marché (bien loin des théories de Keynes), beaucoup "pantouflant" même dans le secteur privé. Mais dès qu’on en vient à l’or, c’est souvent ce bon vieux Keynes qui leur revient à l’esprit. Mais de travers !
Keynes dans le texte et dans l’esprit
Sous sa forme la plus couramment employée, la citation est tronquée : au mieux elle est donc fausse, au pire elle est mensongère. C’est dans l’ouvrage A Tract on Monetary Reform (1923) que le futur lord Keynes plaide contre le retour de l’étalon-or en vigueur avant la Première guerre mondiale au Royaume-Uni.
Son argument principal : selon lui, cela reviendrait à privilégier la stabilité des changes au détriment de celle des prix nationaux, et de surcroît "nous [le Royaume-Uni] rendrait bien trop dépendant de la politique et des souhaits de la Réserve fédérale américaine". Intéressante précision, isn’t it ? D’ailleurs, la citation exacte est la suivante : "l’étalon-or est déjà une relique barbare".
Nuance de taille : dans l’esprit de Keynes, ce n’est pas l’or qui mérite un tel jugement mais, à l’aune des années 20, le système monétaire qui fut construit dessus.
Par cette expression, Keynes affichait tout à la fois son mépris pour le "vieux" système monétaire basé sur l’or et ceux qui avaient l’intention de le remettre en vigueur. De toutes façons, il était impossible à cette époque de faire comme si l’Europe ne sortait pas de quatre ans de carnage financés par des dépenses publiques astronomiques.
L’or, "monarque constitutionnel" déchu
Mais Keynes ne jeta pas pour autant l’or aux orties. Il pensait que les banques centrales étaient mieux à même de gérer la monnaie quand l’or ne joue que le rôle de "monarque constitutionnel", en tant qu’étalon de valeur, non comme devise.
D’ailleurs en 1944, il parlait de "l’importance de disposer d’un régime de changes basé sur des règles afin de stabiliser les anticipations économiques". C’est exactement ce à quoi correspondait Bretton Woods, ses changes fixes et son dollar US convertible en or, dont nous savons ce qu’il est advenu.
Keynes avait confiance dans la capacité des banques centrales à gérer la monnaie, comme il avait confiance dans l’Etat pour relancer l’économie par des déficits budgétaires contra-cycliques. Dans son idée, l’intervention publique dans l’économie, qu’elle soit monétaire ou budgétaire, ne pouvait qu’aller dans le sens du bien commun.
Notre système actuel de changes flottants et de déséquilibres financiers institutionnalisés, né notamment de l’excès de dépenses consacrées à une guerre, celle du Viêt-Nam, est bien loin de Bretton Woods. Il ouvrira un boulevard aux monétaristes, qui ne partagent pas vraiment les visions keynésiennes de l’Etat et des banques centrales.
La croissance mondiale déséquilibrée que nous connaissons actuellement, la masse croissante des dettes et les déficits de plus en plus importants de la balance courante des Etats-Unis ne sont pas vraiment des parangons de vertu économique.
J’ai comme l’impression que si Keynes revenait parmi nous aujourd’hui, ce n’est plus l’étalon-or et surtout pas l’or lui-même qu’il qualifierait de "barbares"…
Meilleures salutations,
Emmanuel Gentilhomme
Pour la Chronique Agora
(*) Journaliste et rédacteur financier, Emmanuel Gentilhomme a déjà collaboré à plusieurs reprises avec le Journal des Finances et la Société Générale. Il suit de près les marchés boursiers européens et étrangers, mais s’intéresse également à la macro-économie et à tous les domaines de l’investissement — et notamment aux ressources naturelles.
[NDLR : Isabelle Mouilleseaux et toute son équipe vous communiquent quotidiennement les dernières nouvelles du marché des matières premières, et vous expliquent comment profiter de ce qui promet d'être le plus grand boom du 21ème siècle... Pour profiter de leurs conseils, rien de plus simple : il suffit de vous inscrire à L'Edito Matières Premières. Cliquez simplement ici, laissez-vous guider... et n'oubliez pas : c'est entièrement GRATUIT !]
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