Que va-t-il advenir de la Chine ?

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La Chronique Agora
Paris, France
Jeudi 19 octobre 2006
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*** Problèmes de carburation… ou de pollution ?
L’avenir du charbon n’est pas si noir…

*** Que va-t-il advenir de la Chine ?
Même les plus grandes tendances ne vont pas sans menaces…

*** Shaolin Banque Centrale (2)
Découvrez ce qui se cache derrière les portes de l’Académie des Banques Centrales…

—————————– (publ.)

Nous n’avons pas de solution miracle à la volatilité et aux incertitudes boursières…
… mais que pensez-vous d’une plus-value de 44% enregistrée en quatre séances… alors même que le Nasdaq perdait 4,5% sur la semaine ?

Si ça vous intéresse… continuez votre lecture pour tout savoir.

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Bonjour,

*** PROBLEMES DE CARBURATION… OU DE POLLUTION ?

** Nous devrions aujourd’hui vous recommander d’oublier jusqu’à l’existence des séances de bourse de mardi et mercredi — et les commentaires qui vont avec — tant le parcours des indices et des valeurs les composant semble relever d’un effet miroir. "On efface tout et on recommence" semble avoir été le mot d’ordre de ces dernières 48 heures.

Le CAC 40 a récupéré l’intégralité de ses pertes de la veille (-1,10%), avec un ratio de 38 hausses pour deux replis. Cela constitue l’exact symétrique de la veille, tandis que les volumes d’échanges ont été strictement équivalents, à 4,85 milliards d’euros ; cela ne permet même pas de départager les vendeurs ou les acheteurs, s’agissant de leur détermination.

Le marché parisien se retrouve apparemment au même point que lundi soir… mais pour quelques dixièmes de points, le CAC 40 manque l’occasion d’inscrire un nouveau record de clôture. Il était pourtant parvenu à pulvériser son zénith annuel (+1,45% à 5 381 points) aux environs de 16h, alors que le Dow Jones effectuait une brève incursion vers 12 050 points, avant de reprendre son souffle vers 11 980 points.

Même en rentrant dans le détail sectoriel, la situation constatée ce mercredi sur les places occidentales ne révèle pas d’inflexion des stratégies d’investissement depuis trois séances. Quelques recommandations de bureaux d’analyse font parfois la différence au coup par coup, tantôt à la hausse (Danone, PPR, Safran), tantôt à la baisse (ASML, Yahoo, Motorola).

** Le rebond des indices boursiers avait pourtant pris une tournure euphorique dès 14h30, sitôt connu le repli de 0,5% des prix à la consommation et le rebond de 5,9% des mises en chantier de logements neufs aux Etats-Unis. Les opérateurs en tiraient des conclusions inverses à celles privilégiées la veille : inflation limitée et activité économique soutenue, via une embellie apparente de la conjoncture immobilière, car les demandes de permis de construire ont chuté symétriquement de 6% et se retrouvent à leur plus bas niveaux depuis cinq ans.

En ce qui concerne les prix à la consommation aux Etats-Unis, nous restons également sceptiques au sujet de la modération des pressions inflationnistes : en excluant l’alimentation et l’énergie, ils progressent de 0,2% pour le troisième mois consécutif, s’établissant à +2,9% en rythme annuel — ce qui demeure très éloigné de la zone de confort privilégiée par la Fed.

Les spécialistes des marchés actions n’hésitent cependant pas à parier sur le maintien d’une politique monétaire neutre aux Etats-Unis au cours des six prochains mois, puis sur un assouplissement monétaire une fois passée la période d’observation : l’inflation devrait se rapprocher progressivement de l’objectif des 2% dans l’intervalle.

** Nous devons reconnaître que les cadrans macro-économiques américains véhiculent des indications tellement contradictoires qu’il nous est difficile de déterminer si les moteurs de la croissance enregistrent de simples petits incidents de carburation… ou s’ils connaissent de véritables disfonctionnements irréversibles, susceptibles de déboucher sur une panne massive.

Nous espérions que la publication des premiers résultats trimestriels aux Etats-Unis nous permettrait d’évaluer l’état de la mécanique boursière. Là encore, cependant, Wall Street enchaîne petits coups d’accélérateur et petits coups de freins, de telle sorte que la vitesse de progression moyenne demeure comparable à celle mesurée au cours des six dernières semaines.

Le scénario de ce début de semaine renforce cependant notre scepticisme à l’égard de la matérialisation d’un rally haussier de fin d’année. Les investisseurs se montrés particulièrement prompts à privilégier une hypothèse puis son contraire, ce qui constitue souvent le signe précurseur d’un changement d’orientation des indices boursiers.

L’autre phénomène marquant de ce début d’automne, c’est le niveau de confiance exceptionnellement élevé affiché par les professionnels de la finance et les économistes. Ils soulignent avec une belle unanimité l’abondance des liquidités et l’urgence dans laquelle se retrouvent certains gérants de les investir — avant la fin de l’année fiscale.

Plus personne ne songe à faire l’inventaire des motifs — répertoriés et disséqués à longueur de Chroniques — qui ont poussé les plus prudents d’entre eux à privilégier le "monétaire" plutôt que le suivi passif du benchmark (qui demeure, et nous sommes les premiers à le reconnaître, obstinément haussier depuis la mi-juin).

** L’incertitude continue de régner au sujet de la tendance à moyen terme après le pic indiciel du 12 octobre. En dépit de cela, les gérants que nous avons côtoyés au Forum de l’Investissement de la Porte Maillot estiment que la situation devrait évoluer de manière favorable sur une sélection de valeurs qui apparaissent peu tributaires de la persistance d’un climat de confiance béate dans les perspectives macro-économiques.

De nombreux symptômes concordants nous invitent à anticiper un regain d’intérêt fondamental et spéculatif sur des valeurs ayant subi ces derniers mois les foudres des analystes — soit comme acteurs d’une actualité les pénalisant directement, à l’image d’Altran, soit comme "victimes collatérales", à l’instar d’Alten, I-Log ou Atos Origin (alors que la demande de services informatiques et d’ingénierie progresse de 10% par an dans le monde).

Les investissements devraient se poursuivre dans le secteur para-pétrolier (privilégier Technip et Géophysique) mais également dans les technologies liées à la dépollution et le retraitement des résidus de combustion d’hydrocarbures et de dérivés carbonés. La capture puis la neutralisation du CO2 par re-minéralisation (si, si, c’est possible !) sont les grandes pistes technologiques à creuser pour la décennie à venir.

Les réserves de charbon connues et exploitables par les moyens classiques sont susceptibles de couvrir les besoins énergétiques de l’industrie et de tous les bâtiments de la planète pour les 200 prochaines années. Le problème consiste maintenant à éviter de transformer l’atmosphère terrestre en nuage de gaz à effet de serre… et d’après les calculs les plus pessimistes, le combat contre le CO2 devrait amputer de 10% la production énergétique des centrales au charbon.

Il n’y plus qu’à les concevoir pour produire 10% de plus que les besoins identifiables à l’échelon local… et la menace de pénurie d’énergie sur fond de sur-pollution sera évacuée pour le siècle à venir. Les marchés ont besoin de visibilité, et cela passe également par de l’air plus pur — et l’émission de moins de "droits à polluer".

L’avenir du charbon n’est probablement pas si noir… et nous vous indiquerons dans notre prochaine Chronique comment en profiter.

Philippe Béchade,
Paris

PS : Retrouvez les conseils de Philippe Béchade au 0899 707 009* — avec une analyse de la séance en cours et la recommandation du jour, vous êtes paré pour la journée boursière !
*(1,35 euros l’appel + 0,34 euro/minute)

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Bill Bonner, co-fondateur de La Chronique Agora, à Londres

*** QUE VA-T-IL ADVENIR DE LA CHINE ?

** Nous tenons pour acquis que le pouvoir et l’argent passent de l’Occident à l’Orient. C’est l’une de nos "grandes tendances en E".

* Mais en quelle quantité… et à quel rythme ? Nous n’en savons rien. Ceci dit, tant en théorie que sur le papier, le soleil se lève à l’Est. Il n’y a pas non plus de raison théorique ou pratique de voir cette grande tendance prendre fin rapidement.

* En même temps, nous tenons aussi pour acquis que quiconque investit en Chine à la légère aura ce qu’il mérite. On peut avoir tout à fait raison au sujet d’une tendance majeure, cher lecteur, et perdre tout son argent en pariant dessus.

* La Chine, c’est le pays qui a soutenu Mao durant trois décennies. Il y a une génération de ça, des foules de Chinois bornés envahissaient les rues, traînant un pauvre "intellectuel" ou un "cochon de capitaliste" pour l’humilier, le torturer et même l’exécuter. Quel genre de crime fallait-il commettre pour mériter un tel traitement ? Aucun. Vous aviez peut-être lu un livre. Vous aviez peut-être dit à haute voix une phrase du genre : "faut-il vraiment que je révèle au Parti ce dont ma femme et moi parlons en privé ?". Ou peut-être vous étiez-vous trouvé au mauvais endroit au mauvais moment.

* La Chine était clairement un mauvais endroit. Et les années 60 étaient clairement le mauvais moment. Seul un idiot aurait voulu y être, à l’époque. Mais aujourd’hui, selon des individus en costume rayé, c’est en nouvelle Chine qu’il faut être. Les étrangers ne se tiennent plus d’impatience. Et s’ils ne peuvent y être en personne, ils y envoient leur argent.

* En tant que pourcentage du PIB, l’investissement en immobilisations a atteint près de 50%. C’est en partie la raison pour laquelle l’Orient se développe si rapidement, et en partie le résultat de ce développement. Une croissance rapide exige d’énormes investissements. Elle attire également les capitaux ; les investisseurs veulent une part du gâteau. Le résultat, cher lecteur, c’est le phénomène dans lequel nous vivons ; le monde de ce que le lauréat du Nobel Edmund Phelps appelle "des êtres pensants et pleins d’expectative".

* Les investisseurs sont pleins d’expectative, voilà qui ne fait aucun doute. Quant à leur faculté de penser, elle est peut-être sujette à débat.

** Les investisseurs de Chine s’attendent à gagner beaucoup d’argent grâce à la hausse de l’Orient. Ils ont fait un voyage ou deux dans l’Empire du Milieu. Ils sont probablement convaincus qu’il est en plein milieu d’une vaste transformation… et assez certains qu’ils peuvent en profiter pour se remplir les poches. Ils ont vu les grues de construction, observé les usines en train de se monter, calculé les chiffres en train de grimper, et ont peut-être même failli être renversés par une Mercedes en excès de vitesse. Ils ne peuvent s’empêcher de penser qu’ils sont sur un gros coup. Ils investissent donc plus de capitaux pour en tirer parti.

* Et nous voilà arrivés au moment où la pensée semble s’arrêter.

* Le joueur de base-ball Yogi Berra a dit, au sujet d’un restaurant : "oh, plus personne n’y va ; il y a trop de monde". Il soulignait un problème qui se pose aux investisseurs aussi bien qu’aux convives. Une bonne affaire n’est une bonne affaire que tant qu’il n’y a pas abondance de gens essayant d’en tirer parti. Dans le monde de la restauration, les bons établissements ne tardent pas à être envahis, le service se détériore, les prix grimpent. Dans le monde de l’investissement, bientôt, une trop grande quantité de capital cherche à s’insinuer dans des opportunités trop rares.

* Les investisseurs initiaux se positionnant sur une nouvelle tendance obtiennent souvent de bons résultats. Ils sont capables de choisir les meilleures opportunités, aux prix les plus raisonnables. Ceux qui viennent ensuite ont progressivement de moins en moins de choix… à des prix de plus en plus hauts. A mesure que les prix grimpent, il en va de même pour les espérances. Mais tandis que ces dernières augmentent, la pensée décline. Logiquement, tandis que la quantité d’argent s’écoulant dans un marché gonfle, les prix devraient grimper et les opportunités disparaître. Mais les investisseurs ne sont pas des êtres uniquement pensants — ni même des êtres majoritairement pensants. Qu’ils pensent tout court est ouvert à la discussion. Mais qu’ils se laissent conduire par leurs opinions plutôt que leurs pensées ne fait aucun doute.

* L’Asie a commencé à se reprendre il y a de nombreuses années de ça. Un pays après l’autre s’est relevé, s’est épousseté, et a grimpé en tête de liste pour les investisseurs étrangers. Singapour était le chouchou des investisseurs mondiaux au milieu des années 80 — avec un ratio investissement en immobilisations/PIB équivalent à celui de la Chine aujourd’hui. Ensuite, le Japon a fait les gros titres pour grimper jusque dans les années 90, après quoi il s’est mis à sommeiller durant 16 ans.

* La fin des années 90 a amené la Thaïlande, la Malaisie, la Corée et Singapour en couverture des journaux financiers — d’abord parce qu’ils atteignaient des ratios investissement en immobilisations/PIB de plus de 40%, ensuite parce qu’ils étaient en plein krach. A présent, c’est le tour de la Chine. C’est un pays si grand — et une opportunité si vaste — qu’elle avale une énorme part de capitaux d’investissement. La Chine à elle seul a un ratio investissements/PIB de plus de 30%. Et ce chiffre est en réalité plus près des 50% !

* Que se passera-t-il ensuite pour la Chine ? Un krach d’une sorte ou d’une autre, selon nous.

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Un principe d’investissement si simplissime
… que vous l’avez probablement OUBLIE !

Pourtant, il vous aurait permis de doubler votre mise en six mois

Pour savoir comment, continuez votre lecture…

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*** La Chronique Agora présente ***

Frémissant d’émotion, notre Banquier central frappait hier aux portes de la mystérieuse ABC — l’Académie des Banques Centrales, où il a fait ses classes il y a des années de cela. Voici ce que cachent ses portes…

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Le Journal d’un Banquier Central
SHAOLIN BANQUE CENTRALE — 2ème PARTIE
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Retour aux sources
Passé le grand portail, je découvris, malgré l’heure matinale, une cinquantaine de disciples, rangés en carré sur la pelouse, entre les poteaux dorés et les statues de lions. Ils s’exerçaient au Regard de l’Aigle (cet exercice affreusement difficile consiste à ôter ses lunettes et à les rechausser d’un seul geste : une splendide parade quand un journaliste vous pose une question oiseuse.)

Mon vieux maître Wim Dueng dirigeait la séance. M’ayant reconnu, il clopina vers moi et m’accueillit avec chaleur : "Sois le bienvenu, petit scolopendre. Nos portes seront toujours ouvertes à ceux de nos fils qui cultivent l’amour du Juste Taux". L’émotion me noua la gorge, le gong du souvenir retentit sous mon crâne et je répondis : "Merci, mon maître ; que mille fleurs s’épanouissent sur le chemin escarpé de la Voie".

Tandis que les pratiquants répétaient en cadence le chausser de lunettes, nous discutâmes la dernière intervention de la BCE. "Soyons fiers de notre frère Jean-Claude, disait mon maître. Indifférent aux pressions de toutes sortes, il a réalisé son programme et remonté ses taux directeurs, tout en livrant une conférence aux accents modérés.
- C’est vrai, convins-je. Il a répété que la BCE ne contredirait pas les anticipations des marchés. Ce qui doit signifier, conformément au consensus : encore une hausse d’un quart de point le 7 décembre. Au-delà, tout reste ouvert. Dans l’esprit, cette décision prend, comme toujours, le parti de la stabilité monétaire contre celui de la croissance et de l’emploi…
- Sage parti, approuva Wim Dueng, qui respecte à la lettre l’enseignement de Frère Fulgence : ‘Car la croissance est comme le lotus, que l’aveugle s’échine à arroser, quand le Sage se contente de le regarder pousser’."

A cette évocation, les larmes me montèrent aux yeux. "Il est vrai que la BCE ne manque pas d’arguments pour étayer ses anticipations inflationnistes, dis-je. Ainsi la baisse du pétrole, déclenchée cet été, paraît proche de son terme. Mon analyste technique, Egisthe, avait donné la zone des 55 $ comme cible sur le cours du brut léger new-yorkais. On a vu 57,70 $ au plus bas ; un rebond semble maintenant se dessiner sur ce seuil.
- La fameuse figure du Serpent en Colère, repartit mon maître.
- Oui, le sell-off semble comparable à celui qu’on avait enregistré en mai-juin sur d’autres matières premières. L’OPEP vient justement de faire savoir qu’elle entendait réduire sa production. Il y a loin de la déclaration d’intention à l’entente entre les producteurs ; mais l’annonce peut suffire à infléchir les anticipations des opérateurs. Pour Egisthe l’Analyste, l’heure est venue de réduire ses vues baissières et de commencer à bâtir des positions longues sur l’or noir et les entreprises de son secteur."

Wim Dueng, qui m’avait écouté avec une grande attention, se retourna vivement vers un disciple : "La violence irraisonnée ne mène à rien, jeune hérisson ! Les lunettes ne sont pas l’adversaire, car il n’y a pas d’adversaire. Donc, que tes lunettes et toi-même ne fassent plus qu’un : deviens tes lunettes !".

Du pétrole aux hypothèques
L’entraînement s’achevait. Les pratiquants, deux par deux, disparurent dans l’enceinte rouge du temple, pour la leçon de commentaires obscurs. Mon maître m’entraîna vers la grande salle d’Armes ; parvenu devant le seuil, il s’inclina profondément, touchant mes paumes avec la pointe de sa cravate (notre salut d’honneur). Puis il me fit entrer.

Là non plus, rien n’avait changé ; on eût dit que je n’étais parti que la veille. Aux murs pendaient toujours les antiques boucliers, en osier protectionniste, des héros d’autrefois ; les sabres obligataires, les nunchakus convertibles en or et les shuriken à dévaluation étaient tous au complet sur le présentoir. Et aux deux extrémités de la longue pièce se dressaient les deux Piliers Sacrés : celui de la masse monétaire et celui des indicateurs macroéconomiques.

… Avec quelle émotion je retrouvais ces lieux qui avaient façonné ma jeune âme ! Je me recueillis longuement devant chaque pilier.

"Le pétrole n’est pas la seule raison, repris-je. Les bonnes statistiques se succèdent en provenance de la zone euro. Les ventes au détail progressent, attestant une demande intérieure robuste. Les indices de confiance des consommateurs et de l’industrie restent élevés. En France, la production industrielle s’inscrit à la hausse pour le mois d’août. Le chômage progresse très marginalement, sans remettre en cause la tendance à la reprise de l’emploi. Tout cela, aux yeux de Jean-Claude, accroît les risques d’inflation salariale.
- L’inflation salariale, petit scolopendre, n’est plus de mise dans notre économie mondialisée. Comme il est écrit dans le Pavillon des Assedic célestes : ‘Quoi que l’on te donne, il y en aura toujours un pour toucher moins que toi‘.
- Vous avez raison, mon maître. Mais l’Europe ne s’est pas encore convertie à cette ancestrale sagesse : surtout pas après les profits qu’ont dégagés nos entreprises l’année dernière… On conçoit donc l’inquiétude de notre frère Jean-Claude.
- On la conçoit d’autant mieux que la croissance de l’agrégat M3 — et Wim Dueng s’inclina devant le premier Pilier — s’est chiffrée pour le mois d’août à 9,5%… Soit 15,2% en glissement annuel… Alors que la marge mensuelle consentie par Francfort n’est que de 4,5% !"

Tout en parlant, mon maître s’était approché du présentoir. Il y choisit un sabre obligataire à large lame, au coupon merveilleusement damasquiné, qu’il me remit non sans avoir d’abord touché mes paumes avec la pointe de sa cravate (notre salut d’honneur). Lui-même, il se contenta d’une simple canne, en bambou de futures.

"En garde, petit scolopendre.
- … Mais je crois que la vraie raison, lançai-je en adoptant la posture de la Carpe aux Aguets, c’est la croissance effrénée du marché immobilier. Les hommes de Francfort y voient une menace pour la stabilité des prix ; et le plus curieux, c’est que la Fed, confrontée à un phénomène similaire, s’inquiète pour la croissance… Ngyah !"

Avec une vivacité surprenante pour son grand âge, Wim Dueng avait bondi jusqu’aux poutres du plafond, d’où il fondait maintenant sur ma devise, la canne en avant, dans la position canonique de l’attaque spéculative. La fluidité de l’enchaînement me laissa sans voix. Il me fallut tous mes réflexes, encore affûtés par ces années lointaines de pratique à la salle d’Armes, pour contrer son coup avec le plat de mon sabre obligataire.

Suite et fin de ce débat affûté dès demain…

Meilleures salutations,

Le Banquier Central
Pour la Chronique Agora

(*) Derrière le Journal d’un Banquier Central, on trouve toute une équipe d’experts de la finance, de l’économie, de l’analyse technique et de la bourse — qui mettent à votre service leur expérience boursière aussi affûtée que leur sens de l’humour pour vous proposer des recommandations claires, fiables… et surtout profitables !

Pour découvrir toutes les analyses et recommandations du Journal d’un Banquier Central, continuez votre lecture…

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