Que la fête continue !

| |

=============================
La Chroique Agora
Paris, France
Mardi 15 mai 2007
=============================

*** Je coute très cher
Philippe Béchade fait un détour du côté des podiums de la haute couture, si si !

*** Que la fête continue !
Bill Bonner se demande si le moment n’est pas venu d’arrêter de s’inquiéter…

*** Qui aime bien châtie bien (2)
Bill Bonner revient sur certaines raisons de la victoire de Nicolas Sarkozy

—————————

Bonjour,

*** JE COUTE TRES CHER

** Au moment où nous rédigions ces lignes, nous étions bien en peine de vous entretenir de l’orientation des places européennes puisque l’Euro-Stoxx 50 affichait un score inchangé par rapport à la clôture du vendredi 11 mai — elle-même très comparable (à 0,5% près) à celle du vendredi 4 mai…. c’est-à-dire un niveau parfaitement identique à celui du 20 avril dernier.

Est-il besoin de revenir sur le déroulement de la séance du 11 mai, qui a vu les vendeurs — surfant initialement sur la déroute des titres du secteur de la distribution jeudi soir à Wall Street — se faire proprement laminer lors de la publication de ventes de détail "moins pires" qu’anticipé ? Le CAC 40, par exemple, s’était redressé de 2% au cours des trois dernières heures de cotation, clôturant au-dessus des 6 050 points, à 0,5% du record annuel 2007.

Que les chiffres de la consommation au mois d’avril aux Etats-Unis ne soient franchement pas bons (recul global de 0,2% et de 0,4% hors dépenses liées aux carburants) n’émeut personne : il n’aura pas fallu longtemps aux économistes pour imputer cette déconvenue à des fêtes de Pâques plus précoces cette année — d’où des achats festifs avancés à fin mars — et à une météo détestable sur le nord-est des Etats-Unis.

Nous n’avons cependant pas le souvenir que New York ou Chicago aient été paralysés durant des semaines par un épais manteau neigeux ("y’a pu d’saisons", certes, mais les Grands Lacs n’ont pas été pris par les glaces au mois d’avril !)… et les conditions sont demeurées relativement clémentes sur la Californie, le Middle West, le Texas ou la Floride.

Toutes les explications du monde ne pèsent pas lourd devant cette évidence qui ne souffre aucune discussion : qu’il pleuve ou qu’il vente (et le bassin parisien a eu droit à une drôle de mini-tornade ce dimanche 12 mai vers 16h !) ou que s’abatte une "tempête de ciel bleu" sur fond de températures caniculaires, la météo boursière reste bloquée sur "beau fixe" depuis la mi-mars. Et il n’est pas question de ressortir les parapluies à seulement cinq jours de l’expiration des contrats sur indice échéance mai.

** Les indices boursiers ne doivent tout simplement pas céder un pouce de terrain d’ici le pont de l’Ascension ; ce mot d’ordre a été respecté à la lettre vendredi soir à Wall Street puisque le Dow Jones grimpait de 0,84%. Il alignait au passage une sixième semaine de hausse consécutive… et que dire du S&P 500 : il parvenait in extremis — moyennant un gain de 0,97% — à grappiller +0,02% d’un vendredi sur l’autre.

Les quelques brebis égarées à la baisse jeudi ont été rapidement coupées dans leur élan puis fermement reconduites — grâce à la prompte intervention des bons bergers (stratèges et commentateurs économiques convertis au Goldilocks) — vers le troupeau compact et moutonnier des indéfectibles partisans du mouvement perpétuel à la hausse.

Une fois enfoncées les frêles barrières graphiques identifiées par les analystes technique (le Dow Jones alignant — en comptant le nouveau zénith inscrit à 13 383 points en ce lundi — pas moins de 25 records historiques en l’espace de 28 séances), il n’y a plus qu’à foncer tête baissée… et la question du "vers quoi" importe beaucoup moins que celle du "comment le faire plus vite que les autres".

Et ne nous parlez pas du prix des actions (ni des PER, ROE ou autres scories d’un passé boursier révolu) : qui se soucie de ce qu’elles valent lorsque les fonds de private equity offrent en moyenne de 33% à 50% de prime aux minoritaires des entreprises sur lesquelles ils jettent leur dévolu depuis quelques semaines ?

Osons résumer d’une formule l’esprit de cette fabuleuse époque qui est la nôtre : rien ne nous fait autant envie que ce qui est hors de prix. Qui se soucie en effet de payer un juste prix ? Voilà une préoccupation bien triviale et tout à fait hors de contexte… ou, exprimé plus crûment, totalement passée de mode !

** A ce propos, connaissez-vous la thématique et le slogan du dernier défilé à plusieurs millions de dollars présenté à Paris ce week-end par la grande prêtresse de la "branchitude" néo-punk (hérissée d’épingles à nourrice en or 24 carats) Vivienne Westwood ? Cela ne s’invente pas. C’était : "je coûte très cher".

Rassurez-vous, la provocation n’avait pour but que de dénoncer la "fracture sociale". La créatrice nous a délivré sa version très personnelle du concept qui fit élire notre ex-président de la République : "J’ai imaginé une sorte de poupée Barbie, pourrie gâtée, avec un trou dans la tête"… (ah Vivienne, décidément, on vous adore : que n’aviez-vous relooké Arlette Laguiller pour sa dernière apparition mi-avril devant 5 000 fans déchaînés au Zénith de Paris !).

Sur le catwalk (le terme podium fait trop plébéien), cela se traduit par une succession de mannequins coiffé au M-80 — pétard surpuissant utilisé au cinéma pour les effets spéciaux –, vêtues de t-shirts et de ceintures extra-larges qui affichent clairement la couleur (à l’intention d’une clientèle de golden boys gavés de méga-bonus) : "Je coûte très cher".

Message subliminal : "je suis si belle et tellement gâtée… Et en plus, je suis subventionnée par tous les pauvres de la planète ! Oh mon Dieu, il faut faire quelque chose avant que mon gloss pailleté à l’or fin ne se liquéfie… ou que mon vernis scintillant enrichi à la vraie poudre de diamant ne s’écaille !"

Nous suggérons à notre chère Vivienne Westwood de conclure un accord avec le n°1 mondial du jouet Mattel pour l’édition d’une série spéciale top exclusive de 1 000 poupées Barbie baptisées "Paris 2007 I’m expensive", réservées aux enfants des seuls clients ayant déclaré des revenus supérieurs à 10 millions de dollars en 2006 : il n’y en aura pas pour tout le monde, cela devrait faire grimper les enchères !

Nous faisons ensuite confiance à la créatrice britannique pour verser l’intégralité de la recette de cette vente destinée aux fashion victims et tellement too much à une association caritative luttant contre l’extrême pauvreté sur la planète.

Il doit bien s’en trouver quelques-unes opérant dans des contrées où des ouvrières fabriquent pour deux dollars par jour des articles portant des griffes prestigieuses, lesquels seront revendus 100 fois plus cher sur la Cinquième Avenue, à Beverly Hills ou sur Hollywood Boulevard.

Cette petite parenthèse au sujet de Vivienne Westwood et de sa collection I’m expensive nous apparaît assez éclairante… et constitue un raccourci saisissant de " l’air du temps ". Oui, vous savez bien : celui que les créateurs de mode s’efforcent de capter afin de donner à leur riche clientèle le sentiment que le futur de la planète leur ressemble.

Cette chronique s’inscrit également dans le droit fil de celles rédigées par Bill Bonner hier (Une question de politesse et Qui aime bien châtie bien).

Nous y avons lu que le salaire des PDG — comparé à celui d’un simple salarié — a été multiplié par un facteur 11 aux Etats-Unis depuis le début des années 60 (de 24 à 263 fois) : si ce n’est pas de la fracture sociale, il va falloir réinventer une échelle d’évaluation !

Philippe Béchade,
Paris

PS : Retrouvez Philippe Béchade au 0899 707 009* avec une analyse percutante de la séance du jour ! Orientation des marchés, stars du jour, rumeurs et faits marquants — vous y retrouverez tout ce qu’il y a à savoir pour adapter votre portefeuille aux conditions du moment, y compris des recommandations concrètes et profitables !
*(1,35 euros l’appel + 0,34 euro/minute)

—————————– (publ.)

Qui laisserait un billet de 200 euros sur le trottoir… simplement parce qu’il se trouve de l’autre côté de la rue ?

C’est pourtant ce que fait la majorité des investisseurset ils se privent ainsi de gains de l’ordre de 24,93%, 24,50%, 12,50%, 19,03%, 21,60%, pour une performance globale de 148,80% en huit mois !

Continuez votre lecture pour en savoir plus…

—————————

Bill Bonner, co-fondateur de La Chronique Agora, à Londres

*** QUE LA FETE CONTINUE !

** Nous répétons nos avertissements aux investisseurs. Mais il ne se passe rien de grave.

* Sur le faîte de nos quartiers généraux, notre drapeau d’Alerte au Krach — avec son élégant motif de tête de mort — continue de flotter au vent. Mais personne n’y prête la moindre attention. Nous pourrions aussi bien être instituteur.

* Pourquoi continuer à donner de la voix (enrouée, désormais)… alors que tout va visiblement très bien ? N’est-il pas temps d’admettre que nous avons tort ? Le moment n’est-il pas venu de regarder par la fenêtre… voir le soleil briller… et arrêter de s’inquiéter d’un déluge ?

* Eh bien, cher lecteur, nous confessons une petite faiblesse. Nous ne savons pas ce qui se passe — sinon l’évidence. Et de toute évidence, le cycle du crédit en est encore à sa phase d’expansion. Nous pensions qu’elle avait pris fin en 2000… puis à nouveau l’an dernier. Jusqu’à présent, nous avons eu tort — chaque fois que nous pensons que la fête est terminée, quelqu’un arrive, les bras chargés de bouteilles. Et youpi !

* Lorsque les actions technologiques ont commencé à piquer du nez en janvier 2000, la planète entière retenait son souffle. Puis, en septembre 2001, elle a frissonné. A ce moment-là, l’économie américaine était déjà en récession — provoquée par la correction boursière et ses effets secondaires.

* A l’époque, bien entendu, George W. Bush et Alan Greenspan n’ont rien laissé au hasard. Ils ont garé le camion de spiritueux et débarqué la plus grosse quantité de liquidités et de crédit jamais livrée. Le budget fédéral est passé d’un surplus bidon à un véritable déficit — une mouvement total d’environ 600 milliards de dollars. Le taux directeur de la Fed est passé de 8% à 1% ; on n’avait jamais rien vu de tel.

* Nous doutions que cela suffise à mettre fin à la contraction du crédit. Les salaires n’augmentaient pas. Pour dépenser plus, les consommateurs n’avaient donc pas d’autre choix que d’emprunter. Dans la mesure où ils devaient déjà une somme record, nous pensions qu’ils ne seraient pas assez idiots pour s’endetter plus encore.

* Et pourtant si. Un boom de l’immobilier les y a poussés. Il leur en a donné non seulement la volonté… mais également les moyens. Grâce aux innovations de l’industrie du crédit hypothécaire, ils pouvaient "retirer" de la valeur plus rapidement et plus facilement qu’on commande une pizza. Que la fête continue !

** En 2006, cependant, nos fêtards ont commencé à se sentir quelque peu fatigués. Les prêteurs avaient prêté trop d’argent à trop de gens qui ne pouvaient le rembourser. Et les mauvaises dettes commençaient à faire les gros titres. Tout à coup, les prêteurs subprime n’atteignaient plus leurs objectifs. Puis quelques-uns d’entre eux firent carrément faillite. Et voilà que des gens à l’historique bancaire douteux et à la bourse mal garnie ont du mal à acheter une maison, imaginez ça ! Cela signifie que la pression venue d’en bas — qui pousse les gens à acheter des maisons plus grandes et plus luxueuses… à des prix de plus en plus élevés — commence à s’apaiser. Les prix de l’immobilier ne grimpent plus. Ils baissent.

* Sans plus de valeur à "retirer", où les consommateurs américains trouveront-ils plus d’argent à dépenser ? Comment l’économie continuera-t-elle à se développer ?

* Nous n’en savons rien. Mais il nous semble que la véritable économie ne se développe plus du tout ; elle recule (en d’autres termes, la somme totale provenant du véritable travail productif chute). Le travailleur moyen ne devient pas plus riche — mais plus pauvre.

* Malgré tout, on ne parle pas de récession — pour l’instant. En fait, si l’on en croit les marchés boursiers, les choses ne sont jamais si bien allées. Le Dow frôle des records. Il y a tant de fusions et d’acquisitions que les journaux économiques ont du mal à tenir le rythme. Et les autres marchés — notamment la Chine — s’envolent…

* Nous assistons à une hyperactivité financière… accompagnée partout de spéculation désespérée. En fait, cela nous semble être la dernière phase d’une expansion du crédit… la phase finale et cinglée, celle où les investisseurs perdent la tête… et leur portefeuille… de manière complète et absolue.

* Se pourrait-il que nous nous trompions ? Oui, absolument. Mais rappelez-vous que l’importance d’une événement est égale à sa probabilité multipliée par les conséquences. Il pourrait ne pas y avoir de krach… mais les effets d’un krach pourraient être si dévastateurs… que nous conseillons à nos lecteurs de prendre leurs précautions. Et nous maintiendrons notre drapeau d’Alerte au Krach pendant encore un certain temps.

—————————– (publ.)

Les produits dérivés, trop compliqué et trop risqué pour vous ?
PLUS MAINTENANT !

Découvrez une méthode d’investissement qui a déjà rapporté des profits cumulés de 401,70%… tout en limitant strictement les risques !

Vous n’y croyez pas ? Allez voir par vous-même…

—————————

*** La Chronique Agora présente ***

Bill Bonner revient sur la victoire de Nicolas Sarkozy… et sur toutes les raisons qui lui font apprécier notre beau pays…

============
QUI AIME BIEN CHATIE BIEN — 2ème PARTIE
============

Par Bill Bonner (*)

Ce qu’il y a de plus surprenant, dans l’immense vanité des élections et de tout ce qui les entoure, c’est que la plupart des Français pensent que c’est vrai. Voilà pourquoi Sarkozy a gagné. A tous les tournants de la campagne, le "petit homme en colère dans son costume sombre", comme le dépeint le journal The Independent, clamait à qui voulait l’entendre que les socialistes avaient été désastreux pour la France. Nicolas Sarkozy a identifié l’économie comme étant un facteur-clé d’irritation ; il s’est lamenté sans arrêt sur le fait que les Français n’ont plus le droit de travailler assez longtemps ou assez dur pour faire concurrence au reste du monde.

Depuis que les socialistes ont imposé la semaine de 35 heures, a-t-il noté, le Français moyen ne trime plus que 600 heures par an. En Angleterre et aux Etats-Unis, les laboureurs dans leurs champs, les tisseurs devant leurs métiers et les brasseurs d’affaires de la City travaillent pas moins de 30% d’heures supplémentaires par rapport aux Français. Si nous en croyons notre expérience personnelle, après avoir vécu et travaillé avec des Français et des Anglais pendant de nombreuses années, ces statistiques sont trompeuses. Les deux groupes trichent. Les Anglo-Saxons font semblant de travailler dur ; les Français font semblant de ne pas travailler dur.

Tout de même, admirons le courage de Sarkozy lorsqu’il dénonce le mauvais état du pays : après tout, c’est son propre parti qui dirige la France depuis 12 ans, Sarkozy lui-même étant l’un des principaux lieutenants de Chirac.

Regardons les chiffres plus en détails. Vous pensez que la France est improductive ? Elle a pourtant les chiffres de productivité les plus élevés d’Europe, selon le Financial Times — près de 120% du niveau britannique, et ça grimpe. Vous pensez que la France est pauvre ? Eh bien, les Français ne travaillent peut-être que 75% des heures effectuées par les Anglais, mais ils produisent l’équivalent de 90% du PIB per capita de la Grande-Bretagne — soit à peu près la même chose que l’Allemagne et l’Italie. Et les chiffres britanniques sont largement gonflés par les revenus extraordinairement élevés d’un tout petit groupe de gens travaillant dans le secteur de la finance.

Quant au fait de savoir si le citoyen lambda vit aussi bien en Grande-Bretagne qu’en France, qui sait ? Mais lorsque le Daily Mail a posé la question, pas moins d’un Anglais sur quatre a répondu qu’il aimerait émigrer en France !

Tout le monde veut être aussi heureux que Gott im Frankreich, comme le disaient les Allemands avant d’envahir le pays. Malgré toutes les auto-critiques, la France est toujours un bel endroit où vivre. C’est en partie dû au fait que le Français moyen, s’il se laisse autant distraire par la politique que quiconque, a au moins le bon sens de réserver la majeure partie de son attention à sa soupe… à ses lilas… et à son fromage. Et le politicien français moyen est assez rusé pour, lui aussi, ne pas prendre sa politique trop au sérieux.

En fait, les Français ne prennent pas grand’chose au sérieux.

Rappelons-nous par exemple de Félix Faure, qui est mort soudainement alors qu’il était toujours en fonction [et accessoirement dans les bras de sa maîtresse, ndlr.] — en 1899. Le prêtre arrivant sur les lieux demanda si le président "avait toujours sa connaissance". "Non", répondit le policier, "on l’a faite sortir par la porte de derrière".

Meilleures salutations,

Bill Bonner
Pour la Chronique Agora

(*) Bill Bonner est le fondateur et président d’Agora Publishing, maison-mère des Publications Agora aux Etats-Unis. Auteur de la lettre e-mail quotidienne The Daily Reckoning (450 000 lecteurs), il intervient dans La Chronique Agora, directement inspirée du Daily Reckoning. Il est également l’auteur des livres "L’inéluctable faillite de l’économie américaine" et "L’Empire des Dettes".

==========================================
(c) Les Publications Agora France, 2002-2007
——————————————————–
Nota bene : reproduction partielle ou totale de la présente Chronique STRICTEMENT INTERDITE sans accord écrit de la société éditrice.
==========================================

La Chronique Agora est une lettre électronique quotidienne gratuite distribuée par les services financiers des Publications Agora. Si vous désirez appliquer les conseils et évoqués dans cet e-mail, n’hésitez pas à vous abonner à l’une de nos lettres.

Pour plus d’informations :
http://www.publications-agora.fr

Author Image for admin

Laissez un commentaire

En soumettant votre commentaire, vous acceptez de respecter nos politique de commentaire.