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La Chronique Agora
Paris, France
Lundi 26 mars 2007
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*** Sans rancune
Les investisseurs pardonnent de (trop ?) bon cœur les offenses qui leur sont faites…
*** Déménager, ça craint…
… mais on dirait que les Américains vont de moins en moins en avoir la possibilité…
*** Nouvelle théorie de la politique moderne
Bill Bonner développe les idées abordées vendredi dernier
*** Quand le pain des pauvres devient hors de prix (1)
La flambée des matières premières n’épargne pas les denrées les plus singulières
—————————– (publ.)
Comment ça, vous ne connaissez pas encore notre Banquier Central ?
Une erreur à réparer rapidement… parce qu’il aurait pu vous permettre de cumuler 330,68% de gains en 2006 !
Pour savoir comment, c’est par ici…
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Bonjour,
*** SANS RANCUNE
** Les lumpeninvestisseurs ne sont pas rancuniers : en dépit des frayeurs que leur ont faites les marchés ces derniers temps, ils ont pardonné de bon cœur et sont revenus faire grimper les cours. Et qui pourrait les en blâmer ? Il est tout de même plus agréable de voir ses positions boursières grimper — fut-ce avec des plus-values provenant d’une bulle de liquidités — que baisser, même si c’est pour la plus saine des corrections.
En tout cas, ils ont permis au CAC 40 de renouer avec la couleur verte pour l’année. Dans l’ordre, notre indice national enregistre ainsi un gain de 0,65% pour la journée de vendredi… 4,69% pour la semaine… et 1,68% depuis le début de l’année. Bref, il est à 5 634,75 points !
A Londres et Francfort aussi, on a terminé la semaine dernière sur une note positive, avec +0,34% et +0,61% pour le FTSE et le DAX respectivement.
En traversant l’Atlantique, on retrouvait vendredi une bonne humeur plus sobre sur les marchés américains. Entre le renouveau des tensions en Iran (avec la capture de marins britanniques) et la surprise des bons résultats de l’immobilier, le cœur collectif des investisseurs a balancé.
Ils ont tout de même fini par faire grimper leurs principaux indices, avec, dans l’ordre pour la séance de vendredi : +0,16% pour le Dow Jones, à 12 481,01 points, +0,18% pour le Nasdaq, à 2 456,18 points, et +0,11% pour le S&P 500, à 1 436,11 points.
** Le seul chiffre que les investisseurs avaient à se mettre sous la dent vendredi concernait l’immobilier — et plus précisément les ventes de logements anciens : en grimpant de pas moins de 3,9% en février aux Etats-Unis, elles ont créé la surprise.
Avec 6,69 millions d’unités vendues, il s’agit de la plus forte hausse depuis mars 2004, selon l’Association américaine des agents immobiliers — alors que les analystes pariaient sur une hausse de 6,31 millions d’unités en rythme annualisé.
Voilà qui arrive bien à point pour démentir les affreuses rumeurs sur un éventuel dégonflement de la bulle de l’immobilier US…
** Mais que voyons-nous là ? Un petit article de La Tribune a retenu mon attention ce matin… un article qui nous dit que la crise du subprime n’est peut-être pas si "localisée" et "contrôlable" qu’on veut bien nous le faire croire :
"Cas isolé ou premier signe de contagion", déclare l’article, "le crédit immobilier à risque, en pleine crise outre-Atlantique, a fait sa première victime au Royaume-Uni. Le groupe Kensington, un des spécialistes du subprime mortgage outre-Manche a perdu jusqu’à 23% de sa valeur après que l’entreprise a annoncé la démission de son PDG John Maltby. Il est remplacé à la tête du groupe par Alison Hutchison, jusqu’à présent responsable des prêts hypothécaires".
"Fondée en 1995 et cotée en Bourse depuis 2000, Kensington Group PLC est spécialisée dans les prêts aux ménages les plus démunis, qui ne satisfont pas aux critères de solvabilité des grandes banques. Mais ces ménages sont d’autant plus susceptibles de faire défaut sur leurs engagements que la hausse des taux d’intérêts a augmenté leurs mensualités de remboursements. Plus de 100 000 Britanniques se sont ainsi déclarés en situation de faillite personnelle en 2006".
Hm… quelque chose me dit qu’étant donné les risques liés à cette sorte de "contagion", le secteur des prêts à risque devrait être surveillé avec plus d’attention que les oiseaux migrateurs en provenance d’Asie…
** Du côté du dollar et de l’obligataire, rien d’inattendu ne s’est produit vendredi ; le billet vert s’est repris face à la devise européenne, terminant la semaine à 1,3288 pour un euro (contre 1,3332 jeudi). Côté obligataire, les taux se sont tendus — le rendement du bon du Trésor US à 10 ans s’est ainsi tendu de trois points de base, à 4,61%.
L’or — qui n’apprécie visiblement pas les bonnes nouvelles de l’immobilier — a dégringolé de six dollars au second fixing londonien, passant sous la barre des 660 $… et terminant la séance à (tout de même) 656,25 $.
Enfin, le pétrole a eu du mal à digérer la capture de marins britanniques par les autorités iraniennes ; à New York, le baril de WTI a franchi une nouvelle fois le seuil des 62 $, terminant à 62,28 $ contre 61,69 $ jeudi dernier.
Françoise Garteiser,
Paris
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Nos spécialistes vous donnent les dernières nouvelles de Wall Street
*** DEMENAGER, CA CRAINT…
** Déménager, ça craint. Qui aime emballer… organiser… repeindre… et respirer les vapeurs de produits nettoyants ?
- Pire encore que déménager soi-même : aider d’autres à déménager. Malheureusement, si vous êtes de sexe masculin, doté de bras, de jambes ou d’une camionnette quelconque, il n’y a aucun moyen d’éviter la corvée.
- Nous devions aider des amis à organiser le passage de leur appartement à leur première maison. Et puis… le matin du jour J… nos amis nous ont appelé, en déclarant qu’il n’y avait pas besoin de venir : il semblait que la maison de leurs rêves n’ait pas été si accessible que ça, en fin de compte.
- Apparemment, leur prêt — qui semblait pourtant assuré — venait de leur passer sous le nez. Leur prêteur subprime avait cédé sous le poids conjugué de prêts en souffrance et d’une pénurie de trésorerie, et était allé rejoindre les 44 prêteurs qui ont mis la clé sous la porte depuis la fin 2006.
- De plus en plus d’Américains ne parviennent pas à assurer le remboursement de leurs prêts immobiliers, coincés dans des formules dont les coûts ne cessent de grimper. A mesure que les saisies et les défauts de paiement augmentent, les prêteurs subprime se retrouvent à court d’argent… et sont donc contraints de fermer leurs portes.
- Mais cela n’a guère provoqué d’émotions parmi les économistes grand public et la presse. La semaine dernière, le Baltimore Sun titrait : "on dit que les dégâts du subprime sont ‘limités’".
- Roger Cole, directeur de la Division de la supervision et réglementation bancaire de la Fed, a déclaré jeudi dernier au Congrès US : "pour l’instant, nous n’observons pas de répercussions des problèmes du marché subprime aux portefeuilles de prêts traditionnels, ou, plus généralement, à la sécurité et à la solidité du système bancaire".
- D’accord… revoyons les faits. Selon l’article, "environ 14% des prêts à risque accusent des retards de 60 jours ou plus", et "les prêteurs enregistrent actuellement 1,28 millier de milliards de dollars de prêts subprime encore dus".
- Voilà qui nous semble être plus que des "dégâts limités". Sans parler du fait que les taux d’intérêt de près de deux millions de ces prêts seront recalculés dans les deux années à venir… Pensent-ils vraiment que des gens qui n’avaient pas d’argent au départ vont pouvoir se permettre des versements sensiblement plus élevés ? Nous n’y compterions pas.
** Mais c’est bien le problème, avec les bulles — elles éclatent toutes. Est-ce que tout le monde a oublié l’effondrement des technologiques, il y a sept ans de ça ?
- Pas Stephen Roach, de Morgan Stanley, en tout cas. Et voici son analyse de la situation, beaucoup plus succincte que la nôtre :
- "L’effondrement de deux bulles à sept ans d’intervalle — les dot.com et l’immobilier — nous donne la clé des perspectives macro-économiques. Même s’ils sont différents par bien des aspects, ces violents mouvements de marché ont une chose en commun : la conviction initiale que les répercussions seraient limitées et que le reste de l’économie et des marchés financiers s’en sortirait indemne. Tout comme ce point de vue s’est révélé faux au début des années 2000, je crains un résultat similaire aujourd’hui".
- "… une contagion macro-économique post-bulle pourrait être bien pire dans l’année qui vient qu’elle ne l’a été il y a sept ans. La situation actuelle est particulièrement inquiétante étant donné la croissance réelle du PIB américain : elle a déjà ralenti à 2% sur les trois trimestres passés — bien loin des 3,7% annualisés enregistrés au cours des trois années qui ont précédé. Ce ralentissement a été largement généré par une récession sévère dans l’activité de construction et par les impacts collatéraux d’une tendance baissière récente dans les investissements des entreprises. Par contraste, le consommateur américain a à peine réagi, avec une hausse moyenne de 3,2% de la consommation réelle depuis la mi-2006, ce qui ne représente qu’une baisse modeste par rapport à la stupéfiante croissance de 3,7% sur la décennie passée. Si le consommateur devait entrer dans une période de réduction des dépenses plus significative — ce qui est précisément ce que l’on risque, puisque ‘l’extraction de valeur’ des propriétés résidentielles ralentit, dans un climat de post-bulle immobilière — la contagion macro-économique pourrait devenir un problème de plus en plus grave".
- "Etant donné la probabilité de répercussions sérieuses sur les consommateurs, je mettrais à 40% les chances de voir un scénario de véritable récession se concrétiser fin 2007 et début 2008".
- "Il faudrait la force de caractère de Volcker pour mettre fin à ce processus insidieux. Cependant, tant Greenspan que Bernanke semblent faits d’un métal bien différent".
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Bill Bonner, co-fondateur de La Chronique Agora, à Londres
*** NOUVELLE THEORIE DE LA POLITIQUE MODERNE
** Aujourd’hui, nous revenons à la politique moderne. Pourquoi George W. Bush affirme-t-il aux latino-américains que les Etats-Unis sont engagés dans la "justice sociale" plutôt que dans la bonne vieille justice tout court, plus modeste ? Et comment se fait-il que les "conservateurs" américains sont opposés au "conservatisme" de leurs grands-parents ?
* Nous avons une théorie à proposer.
* Nous rappelons nos notes de la semaine dernière : il y a deux grands thèmes dans la théorie politique moderne — l’individualisme et le collectivisme. Selon l’individualisme, un homme devrait se prendre en charge. "Justice" est faite, selon son point de vue sur les choses, lorsqu’on n’interfère pas indûment avec ses affaires. Le monde prend alors la forme qu’il prend, en fonction des résultats individuels de l’humanité.
* Le collectivisme, de son côté, c’est l’idée que le "collectif" politique — l’Etat — devrait s’occuper de tout le monde. Il implique que la forme de la société — le résultat — n’est pas laissée au hasard, mais décidé collectivement, ou par les ministres de l’élite de la collectivité. La "justice sociale", c’est ce qu’on obtient que l’élite apprécie le résultat.
* Les Etats-Unis — en théorie comme dans les faits — sont un pays fondé sur le roc de l’individualisme. Peu importait ce que l’élite souhaitait. Mais à présent, son président "conservateur" propose un concept de justice que Marx ou Lénine aurait apprécié. Non seulement ça, mais il verse le sang et l’argent du pays pour rendre les gouvernements de l’autre côté du monde plus conformes à ses souhaits. Et il prend des centaines de milliards de dollars à des individus — dont bon nombre ne sont pas encore nés — pour récompenser ses groupes préférés par des médicaments, du pain, des jeux ou des contrats gouvernementaux.
* Votre correspondant a vécu à l’étranger pendant plus de 10 ans. Chaque pays qu’il a visité ou dans lequel il a vécu a ses propres bizarreries, mais dans chacun, l’individu semble profiter de la même "liberté" qu’aux Etats-Unis. Partout, les gens sont taxés, contrôlés, réglementés, autorisés, récompensés, privilégiés et choyés — selon ce que choisit l’élite au pouvoir. Que se passe-t-il ? Qu’est-il arrivé à l’individualisme américain ?
** Nous avons parlé vendredi du fait que le président américain actuel est pris dans le même piège que Wilson et Roosevelt I. Ils voulaient exhiber leurs tout nouveaux muscles. Les Etats-Unis étaient devenus la première économie au monde, au début des années 1900. A présent qu’ils avaient du pouvoir, ils voulaient se lancer dans la politique… pousser et jouer des coudes… porter de drôles de chapeaux emplumés… s’asseoir à la table des négociations avec les chargés d’affaires français, britanniques et russes — rien que l’idée les faisait frissonner d’aise — et redécouper le gâteau mondial… décider du destin des nations… redessiner la carte terrestre. Bien entendu, tout cela était parfaitement contraire à l’idéal américain, qui voulait qu’un peuple libre détermine son propre destin et décide lui-même de sa forme de gouvernement.
* Les pauvres Wilson et Roosevelt travaillaient encore au sein de l’ancien système américain. Dans le Tennessee et en Georgie, les gens ne voulaient rien avoir à faire avec la domination du monde. Ils avaient encore la Déclaration d’Indépendance punaisée au mur. Ils entendaient encore les mots de George Washington — "éviter de s’engager à l’étranger" — leur résonner aux oreilles. Ils pensaient encore que seul le Congrès avait le pouvoir de déclarer la guerre ; les autochtones n’avaient rien contre une bonne bagarre, mais ils voulaient une excellente raison de s’y lancer.
* Les vieux fraudeurs ont donc dû mentir… ils ont dû parler de "rendre le monde plus sûr pour la démocratie" et de "protéger les intérêts américain" (bien entendu, il n’y en avait pas… mais les lumpen ne le savaient pas)… de rendre la planète plus semblable aux Etats-Unis — plus libre, plus prospère et plus démocratique.
* George W. Bush continue ces sottises, mais la tâche lui est bien plus facile. Les Américains ont généralement oublié l’idée d’individualisme. Ils veulent des écoles publiques, la sécurité sociale et leurs retraites. Bush II arrive avec sa ridicule "Guerre contre la Terreur", et personne ne rit. Parce que les Américains, comme tout le reste du monde ou presque, sont devenus collectivistes. Si une ville est inondée, ses habitants attendent de voir l’Etat débarquer avec tentes, caravanes et beignets pour tout le monde. Si un homme tombe malade, il attend que l’Etat lui offre le traitement médical… ou, au moins, réglemente le marché pour que ce soit "accessible". Si une poignée de fanatiques fait exploser quelques immeubles de bureaux à Manhattan, il veut que tout le corps des Marines aille faire la loi sur la planète entière — que cela ait quoi que ce soit à voir avec le crime lui importe peu ; tout ce qu’il veut, c’est que son gouvernement refasse la face du monde, si nécessaire, pour que l’endroit lui soit plus agréable.
* Les anciens pionniers… les colons… les fermiers… les inventeurs… les magnats du pétrole — tous les gens qui ont fait les Etats-Unis — ils étaient stupides, ils étaient intelligents… ils étaient vicieux, ils étaient des saints. Mais quoi qu’ils aient été… ils se tenaient droits. Comment est-il possible que ces Américains bourrus et résolus se soient transformés en de telles mauviettes ?
* Restez à l’écoute, cher lecteur… restez à l’écoute.
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*** La Chronique Agora présente ***
Emmanuel Gentilhomme, rédacteur de L’Edito Matières Premières, nous démontre que la flambée des matières premières concerne vraiment toutes les catégories de ressources naturelles… jusqu’aux plus répandues !
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QUAND LE PAIN DES PAUVRES DEVIENT HORS DE PRIX — 1ère PARTIE
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Par Emmanuel Gentilhomme (*)
La destinée manifeste d’un légume aux multiples facettes
Originaire des Andes péruviennes, j’émigre en Espagne dans la première moitié du XVIème siècle. Je suis aujourd’hui suis le quatrième légume le plus consommé au monde, après le blé, le riz et le maïs. J’appartiens à la famille des plantes solanacées. Tomates, aubergines et poivrons comptent parmi les cousins du tubercule que je suis, tout comme les pétunias, le tabac et la mandragore.
En langue française, je dois ma dénomination définitive à un botaniste des Lumières contemporain de Buffon, Henri Louis Duhamel du Monceau. Dès cette époque, mes qualités nutritives et mon faible coût de revient sont remarquées. Le roi Louis XVI félicitera l’agronome Antoine Parmentier à mon propos : "La France vous remerciera un jour d’avoir inventé le pain des pauvres". Vous m’aurez reconnu : je suis la pomme de terre.
Notre légume est bien multiforme : on en compte plus de 3 000 variétés différentes de par le monde ! Pour l’usage alimentaire, la plus cultivée en Europe est la variété Bintje, d’origine néerlandaise. La Charlotte, à chair ferme, est également très cultivée en France, tout comme la Belle de Fontenay, ou encore la ratte de Lyon, prisée des restaurants gastronomiques. Chaque pays a ses espèces préférées.
En conséquence, il n’existe pas de marché unifié de la pomme de terre, mais une foultitude de places adaptées aux demandes locales. Et cela n’exclut pas un fort taux de transactions de gré à gré, directement du producteur au transformateur. Pour les usages industriels basés sur l’extraction de l’amidon, l’industrie dite "féculière" a recours à des marchés plus organisés, en raison du caractère uniforme de ce produit dérivé.
Tour d’horizon du marché de la patate
Selon la Food & Agriculture Organization (FAO) de l’ONU, l’agriculture mondiale a produit 323 millions de tonnes (Mt) de pommes de terre en 2005, soit 2,2% de moins qu’en 2004. Les quatre premiers pays producteurs concentrent la moitié de ce total. "Pain des pauvres", si Louis Capet savait combien il disait vrai ! Car il s’agit d’abord de pays émergents : encore la Chine (23% du total mondial, 73 Mt), puis la Russie (11%, 37 Mt), l’Inde (8%, 25 Mt), et l’Ukraine (6%, 19 Mt).
Ensuite vient le tour des Etats-Unis (6%, 19 Mt), de l’Allemagne (4%, 11,5 Mt), de la Pologne (3%, 11 Mt) et de la Biélorussie (2,5%, 8 Mt). Grosso modo, les 27 membres de l’Union européenne ont dû produire 60 Mt de fécules durant 2005 (-8% sur un an !).
La Chine et la Russie augmentent leur production entre 2004 et 2005, alors que les pays suivants la voient au contraire reculer. Ce qui explique qu’au niveau mondial, la production globale de notre tubercule stagne, voire recule ces deux années.
Des facteurs de demande orientés en hausse
En face, la demande ne cesse de progresser. D’abord car la pomme de terre fait maintenant partie de l’alimentation courante de la quasi-totalité des habitants de la planète. Son faible coût et la popularisation des habitudes alimentaires occidentales développent fortement la demande des pays émergents.
En outre, la pomme de terre est également utilisée dans par les "féculeries" pour la production de glucose et d’amidon que l’on retrouve un peu partout, que ce soit dans l’agro-alimentaire (pâtisserie industrielle, biscottes), pour la nutrition animale, dans le papier et le carton, et dans les industries pharmaceutique et cosmétique (médicaments, rouges à lèvres).
Chine, hamburgers et réchauffement climatique stimulent la demande
En dépit d’une consommation de 95 kilos par tête et par an (70 kilos en France), les Belges ne sont plus les rois de la pomme de terre. La Chine, qui ne se contente pas d’être le premier producteur mondial de fécules, en est également le premier consommateur. Sa production ne suffit pas, d’autant que les rendements de l’agriculture chinoise sont faibles. L’Empire du Milieu doit donc importer des pommes de terre, en particulier 70% de sa consommation de produits transformés, comme les frites.
Je vous parie que la tendance n’est pas près de s’inverser, à mesure que la population urbaine augmente. La multiplication des chaînes de fast-food McDonald’s, Quick et autres KFC n’est pas pour rien dans le façonnage de nouvelles habitudes alimentaires. Cela vaut pour les pays émergents comme les pays développés : qui dit hamburger, dit frites.
Comme si le désopilant succès des temples de la "malbouffe" ne suffisait pas, les conditions climatiques viennent comprimer l’offre : les chaleurs de l’été 2006 ont pesé sur la qualité comme la quantité des récoltes européennes et américaines, tout spécialement sur les variétés de pommes dites "tardives" — à l’opposé des pommes de terre "nouvelles" du printemps — qui se récoltent à partir de septembre. Environ 20% de la récolte française de l’automne dernier était invendable. Le Comité national interprofessionnel de la pomme de terre a fait savoir qu’en 2006, la production de France a reculé de 8% et celle d’Allemagne de plus de 20% !
La pénurie nous guette-t-elle ? En tout cas, le prix de notre pomme de terre s’envole !
Nous verrons tout cela plus en détails dès demain…
Meilleures salutations,
Emmanuel Gentilhomme
Pour la Chronique Agora
(*) Journaliste et rédacteur financier, Emmanuel Gentilhomme a déjà collaboré à plusieurs reprises avec le Journal des Finances et la Société Générale. Il suit de près les marchés boursiers européens et étrangers, mais s’intéresse également à la macro-économie et à tous les domaines de l’investissement — et notamment aux ressources naturelles.
[NDLR : Isabelle Mouilleseaux et toute son équipe vous communiquent quotidiennement les dernières nouvelles du marché des matières premières, et vous expliquent comment profiter de ce qui promet d'être le plus grand boom du 21ème siècle... Pour profiter de leurs conseils, rien de plus simple : il suffit de vous inscrire à L'Edito Matières Premières. Cliquez simplement ici, laissez-vous guider... et n'oubliez pas : c'est entièrement GRATUIT !]
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(c) Les Publications Agora France, 2002-2007
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