Le commerce selon Trump : vers une catastrophe annoncée ?

Rédigé le 6 janvier 2017 par | Bill Bonner, Libéralisme Imprimer

C’est pire que de l’économie vaudou, déclare l’ex-secrétaire du Trésor, Larry Summers. C’est « l’équivalent économique du créationnisme ».

Attendez une minute…

Larry Summers a presque toujours tort sur tout. Se pourrait-il qu’il ait raison à ce sujet ?

Summers parle du document rédigé par deux membres de l’équipe de Trump en charge du commerce, sélectionnés par Trump lui-même : le milliardaire et investisseur Wilbur Ross, au poste de secrétaire au Commerce, et Peter Navarro, titulaire d’un doctorat en économie, au poste de directeur du nouveau Conseil du commerce national.

Ce document appelle à se détourner du libre-échange pour s’orienter vers le « managed trade » [NDR : commerce dirigé ou administré], ou ce qui y est vaguement décrit comme un commerce « équitable ».

Notre confrère Karim Rahemtulla, qui effectue un voyage de reconnaissance orienté investissement en Inde et en Chine, nous adresse ce mot :

« J’ai rencontré le propriétaire d’une usine en Chine. Il paye ses salariés 2 000 renminbi par mois, soit environ 300 $. Il pense que c’est trop cher et ouvre à présent des usines au Vietnam et au Cambodge, où cela lui coûte la moitié de ce qu’il paye aux portes de Shanghai.

En Inde, j’ai vu deux offres d’emploi dans le journal. L’une recherchait pour un centre d’appel des salariés titulaires d’un diplôme universitaire. La fourchette des salaires se situait entre 9 000 roupies (132 $) et 15 000 roupies (220 $) par mois. L’autre annonce recherchait un expert-comptable ayant trois ans d’expérience, pour la Fondation Nehru, une importante ONG indienne. Le salaire proposé était de 29 000 roupies par mois, soit environ 426 $.« 

Selon quelle « équité » refuserait-on un emploi à un habitant de Calcutta en vue de payer 10 fois plus un habitant de San Jose pour faire le même travail ?

Moins de 200 dollars par mois pour un emploi dans un centre d'appel
Moins de 200 $ par mois pour un emploi dans un centre d’appel
Source: Karim Rahemtulla

Ross et Navarro traitent la Chine de « tricheur », sur le plan commercial.

Imaginez une ville avec un bar à tous les coins de rue. L’un de ces troquets a une idée pour élargir la base de sa clientèle : offrir des consommations gratuites !

Tiens, en voilà un beau « tricheur »… et un beau casse-tête moral pour crétin.

Que fera un gros buveur, à votre avis ?

Il va faire le dégoûté… tourner les talons… et aller dans un autre endroit au nom de l’équité ?

[NDLR : Nous aimerions remercier nos lecteurs.

On ne tire aucun profit, en lisant la Chronique. Nous ne donnons aucun tuyau concernant les actions. Nos conseils portant sur le market timing sont, disons, imparfaits.

Quant à nos indications portant sur le reste de l’existence… eh bien, nous espérons simplement qu’elles valent le prix que vous payez pour les recevoir.

Nous remercions également les nombreux lecteurs qui adressent leurs commentaires à la Chronique.

Nous réagissons à chacun de ces courriers. Nous sommes souvent surpris, touchés et parfois alarmés. Nous rions, pleurons, nous apprenons… et nous envisageons de prendre notre retraite.

Grâce à vous, les Publications Agora fêtent leurs 20 ans d’existence cette année. Pour rendre nos remerciements un peu plus concrets, nous avons recueilli les meilleures chroniques de Bill Bonner sur les 20 dernières années. En cliquant ici, vous pouvez télécharger ce livre entièrement gratuitement. Profitez-en… et n’hésitez pas à le partager si le coeur vous en dit !]

Mais revenons à nos moutons…

Ce n’est pas la justice qui nous intéresse aujourd’hui, c’est la dépression mondiale, vers laquelle nous nous tournerons dans un instant.

Si le nouveau gouvernement Trump suit le conseil exposé dans le plan Ross-Navarro, cela mènera quasiment certainement à un désastre.

Certes, un désastre arrivera probablement, de toute façon. Mais en l’état actuel des choses, on ne peut blâmer le magnat de l’hôtellerie, star de la télé-réalité et président-élu. Ce n’est pas lui qui a construit cette voie ferrée et ce ne sera pas de sa faute lorsque le train déraillera.

Mais Ross et Navarro sont de mauvais ingénieurs… Ils déforment les voies !

Ils conseillent au nouveau gouvernement d’abandonner le libre-échange en faveur d’un commerce de copinage : des accords conçus pour récompenser ou punir certains secteurs ou pays, selon la direction dans laquelle souffle le vent de la politique et de l’argent du lobbying.

A ma connaissance, tous les progrès économiques accomplis par l’homme ont pu être réalisés grâce à un mélange d’avancées technologiques, de spécialisations et une élaboration de la division du travail devenue possible grâce aux droits de propriété, à l’argent honnête et au capitalisme de libre marché.

Tout ce qui fait obstacle à ces éléments — comme, par exemple, les accords commerciaux entre amis — réduit la production, la richesse et le choix.

Mais les lecteurs attentifs ont raison : tout comme l’immigration libre peut être incompatible avec un système de protection sociale zombie (il attire les immigrés qui deviennent des parasites)… le libre-échange peut provoquer des problèmes au sein d’un système financier faussé (il provoque des déséquilibres qui menacent l’économie mondiale).

Un système monétaire honnête comporte des boucles de rétroaction qui empêchent les choses de devenir incontrôlables.

Selon le système de Bretton Woods, par exemple, une nation qui importait plus qu’elle n’exportait découvrait rapidement que ses réserves d’or – et par conséquent sa masse monétaire – diminuaient. Une récession suivait à tous les coups.

Le système de l’argent falsifié, post-1971, ne possède pas ces limites naturelles.

Les Américains ont acheté des produits fabriqués à l’étranger avec les dollars falsifiés de l’Etat. Les étrangers – en particulier les Chinois – ont pris ces dollars et les ont utilisés pour bâtir leurs économies… et concurrencer les fabricants américains, en vue de fournir des produits meilleur marché aux consommateurs américains gorgés de crédits.

Comme nous l’avons indiqué hier, le déficit des Etats-Unis avec la Chine (la valeur en dollars des importations provenant de Chine est supérieure aux exportations américaines vers la Chine) s’élève désormais à un milliard de dollar par jour.

Et depuis 1980, période à laquelle le commerce avec l’Empire du Milieu a vraiment pris son essor, les Etats-Unis accumulent un déficit d’environ 10 000 milliards de dollars avec la Chine.

Cet argent a servi à construire les usines qui proposent de meilleurs prix, désormais, que les fabricants américains… à créer une colossale dette mondiale de 225 000 milliards de dollars… et il a corrompu et corrodé l’ensemble du système financier mondial.

Nous nous demandons si Ross et Navarro savent vraiment ce qu’ils font.

Ils disent qu’ils ont l’intention de réduire le déficit commercial des Etats-Unis. C’est-à-dire d’exporter plus et d’importer moins… de sorte que davantage de dollars demeurent sur le territoire national.

Se rendent-ils compte que toute l’économie mondiale est construite sur l’argent falsifié, les déséquilibres commerciaux gigantesques des Etats-Unis et une montagne de dettes ?

Si l’on retire ce déséquilibre commercial, tout le système s’effondre.

Les dollars falsifiés vont à l’étranger… puis reviennent aux Etats-Unis où ils servent à acheter des bons du Trésor américains, en faisant baisser les rendements (sur le marché obligataire, les rendements évoluent à la baisse lorsque la demande est forte).

Si l’argent falsifié reste sur le territoire national, les rendements des bons du Trésor – et les coûts d’emprunt de l’Etat – augmentent… et tout le bazar s’écroule. Les taux d’intérêt augmentent. Les actions chutent. L’économie entre en récession… et probablement en dépression. La Chine est dévastée. Et les emplois disparaissent partout… au Mexique, en Chine… et aux Etats-Unis. Est-ce vraiment là ce que Ross et Navarro souhaitent ?

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Bill Bonner
Bill Bonner
Fondateur de AGORA

Né en 1948, Bill Bonner est le fondateur d’AGORA, le plus large réseau d’entreprises indépendantes de presse spécialisée au monde.

En 1978, depuis sa ville natale, Baltimore (Maryland, Etats-Unis), Bill Bonner a voulu développer un « marché » (« Agora » en grec) des idées. Pas de l’information homogénéisée telle que les médias grand public relayent sur nos écrans et journaux, mais une source d’idées diverses avec des opinions et des avis originaux, alternatifs et surtout utiles. Bill a à cœur d’aider les lecteurs à mieux comprendre le monde dans lequel ils vivent, et à agir en conséquence. Que ce soit en matière de géopolitique, de macro-économie ou tout simplement dans le domaine de l’épargne, Bill incite ses lecteurs à cultiver un esprit vif et anticonformiste.

« Parfois nous avons raison, parfois nous avons tort, mais nous sommes toujours dans le questionnement », telle est la devise de Bill.

Bill a également co-écrit des livres qui ont tous figuré dans la liste des best-sellers du New York Times et du Wall Street Journal : L’inéluctable faillite de l’économie américaine (2004), L’Empire des dettes. À l’aube d’une crise économique épique (2006) et Le Nouvel Empire des dettes. Grandeur et décadence d’une bulle financière épique (2010).

Dans son dernier livre, Hormegeddon, quand trop de bien nuit (2015), paru aux Belles Lettres (www.lesbelleslettres.com), Bill décrit ce qu’il advient lorsque l’on abuse d’une bonne chose dans les sphères de la politique, de l’économie et des affaires. En bref, trop de bien conduit au désastre.

Vous pouvez retrouver les notes de Bill au quotidien dans La Chronique Agora.

3 commentaires pour “Le commerce selon Trump : vers une catastrophe annoncée ?”

  1. En fait vous n’êtes pas assez réaliste pour ce « brave » trump et sa joyeuse bande de zigoto : pour lui, toutes vos histoires de productions qui seraient moins bonnes, moins avancées et surtout plus chères n’ont aucun sens… Vous devez d’abord faire régresser votre mode de pensée jusqu’au paléolithique où une grosse massue réglait facilement toutes ces broutilles puis évoluer jusqu’à aujourd’hui en gardant l’idée de la massue bien à l’esprit et tout deviendra clair : « Si tu n’achètes pas mon produit pas beau, pas adéquat, pas sécure au prix que je te dis, je te tape avec mon gros missile nucléaire ! … Deal or death ? »

  2. M. Bonner: A un certain niveau, tout semble limpide. La Chine et bien d’autres, acceptent de travailler pour nous les occidentaux, pour bien moins chers, de se polluer, et tout cela pour être payés en monnaie de singe…
    Alors pourquoi s’en priver ?
    Sauf qu’il se pourrait qu’il manque un détail, celui qui sépare le sophisme de la vérité. Si un cheval borgne n’est pas plus cher qu’un bon cheval, c’est que dans la réalité, un cheval borgne n’est pas désirable. De même, dans notre « globalisation » réelle je vois 2 manques évidents au tableau que vous en faites.
    Le premier, c’est que la globalisation ne profite pas à tous de la même façon. Seuls les « initiés » du Deep State s’enrichissent vraiment, … aux dépens de tous les autres, car ce sont eux qui crèent cette fausse monnaie. Dans l’immédiat Les travailleurs-producteurs nationaux sont sacrifiés pour le profit des consommateurs.
    Qu’importe si la richesse globale (le PIB) augmente ?
    Là intervient le second manque.
    Lorsqu’une production est « délocalisée », c’est un savoir-faire qui s’en va. Dans le pays d’accueil, elle sera améliorée et ce savoir-faire sera valorisé, d’où une hausse du coût du travail. Le pays d’origine, lui, va perdre ce savoir faire et ses bénéfices… et ses travailleurs. A terme, s’il ne remplace pas ce savoir par un autre, il va s’appauvrir irrémédiablement. Et un jour viendra où il ne pourra plus acheter les produits étrangers.
    C’est exactement ce qui est en train d’arriver. Au fur et à mesure que les importations à bas coûts augmentent, le nombre de consommateurs-travailleurs occidentaux diminue. Seul le commerce, le secteur tertiaire et les producteurs de fausse monnaie en profitent, A COURT TERME ! Mais au long terme, l’appauvrissement est inéluctable.
    Voilà pourquoi, il se pourrait que Trump ait raison. Certes, l’inversion de la courbe est difficile : robots, informatique, nouvelles méthodes de management, …sont-elles les solutions ?
    L’essentiel est de rechercher résolument de nouveaux savoirs-faire générateurs de travail. Et en attendant, de protéger ce qui existe encore, tout en sachant que cela ne durera pas.

  3. Le gagnant est toujours le moins perdant en entre pays, il semble mr bonner que vous n y ayez rien compris contrairement a trump…

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