La prochaine crise du crédit s’est déjà amorcée

Rédigé le 21 juillet 2017 par | Bill Bonner, Dette Imprimer

Le crédit est un pari sur l’avenir. Plus les crédits augmentent, plus les durées s’allongent, plus le pari devient risqué.

« Mon père m’avait dit de planter des arbres », m’a confié un voisin hier soir.

« C’était juste après avoir acheté cet endroit. Bon, j’étais jeune… j’étais occupé… je n’avais pas le temps de planter des arbres.

« A présent, je dis à mes fils de planter des arbres tant qu’ils sont encore jeunes. Pour qu’ils puissent en profiter plus tard.

« C’est drôle, plus on vieillit et moins on a d’avenir devant soi, mieux on le connaît ».

Ce qui suit est une méditation sur quelque chose que nous ne pouvons connaître : le lendemain.

Le futur est un mystère, dans la mesure où il est impossible de savoir ce qui va se passer. Mais cela ne signifie pas qu’il ne se réalisera pas.

Bien que le futur soit terra incognita – un endroit où l’on n’a jamais été auparavant – cela ne signifie pas que l’on ne doit pas mettre sa bonne vieille brosse à dent et un pull chaud dans une valise ; et peut-être que l’on s’y sentira comme à la maison.

Esope a écrit ses fables. Les Français en ont ajouté quelques autres de leur propre facture. En voici une à propos du futur :

« Il était une fois un vieil homme qui avait décidé de transmettre sa ferme à son fils et à son épouse :

‘J’émets une seule condition’, leur dit-il. ‘Vous devez me laisser habiter avec vous aussi longtemps que je vivrai’.

Ils acceptèrent vivement. Mais l’épouse du fils et le vieil homme ne s’entendaient pas. Finalement, l’épouse persuada son mari de le mettre à la porte. Et c’est ce qu’il fit.

Mais pris de pitié pour le vieil homme, le jeune homme s’adressa à son propre fils : ‘va chercher une couverture de cheval pour ton grand-père, pour qu’il ait au moins quelque chose de chaud dans lequel s’envelopper.’

Quelques minutes plus tard, le garçon revint avec une couverture, mais son père s’aperçut que ce n’était qu’une moitié de couverture.

‘Pourquoi as-tu coupé l’autre moitié ?’ demanda-t-il ?

‘Oh…’ répondit le garçon. ‘C’est pour toi, lorsque tu seras vieux' ».

Soudain, un schéma est apparu. Et le futur ne semblait plus si inconnu.

Tel un grand arbre, le futur projette son ombre en arrière, sur le présent.

Si vous pensez qu’il va pleuvoir à un moment de la journée, vous prenez un parapluie le matin. Si vous pensez que les actions vont augmenter, vous achetez dès maintenant. Si vous pensez qu’il ne vous reste que deux ans à vivre, inutile d’acheter un réfrigérateur garanti 20 ans.

L’épargne est un cadeau au futur

L’invention de l’argent a énormément renforcé l’intérêt de l’homme pour le lendemain.

On pouvait faire pousser des tomates, les vendre en échange de pièces d’or, et profiter de cette récolte des années plus tard. Ou bien emprunter ces pièces sur le moment… et les rembourser avec la récolte de tomates de l’année suivante.

Et s’il y avait une sècheresse l’été suivant ? Et si l’on ne passait pas l’hiver ? Et si le mildiou ou une nuée de sauterelles attaquaient la récolte ?

L’épargne est toujours un cadeau offert au futur, alors que les dettes pèsent sur lui.

Imaginez que vous plantiez des noyers noirs. Il faudrait attendre 50 ans avant qu’ils n’arrivent à maturité. Ce serait un cadeau offert à vos enfants. Mais que se passerait-il si un parasite les tuait ?

Et si les gens ne voulaient plus de bois naturel un demi-siècle plus tard ? Que se passerait-il si vous aviez emprunté de l’argent pour les planter ? [NDLR : Le foncier forestier est cependant un investissement tangible dont le rendement de long terme reste robuste. Découvrez ce qu’il pourrait apporter à votre patrimoine et comment investir sereinement dans notre Rapport Spécial. Où acheter, qu’acheter, comment gérer : notre Rapport Enracinez votre patrimoine répond à toutes ces questions.]

Plus vous regardez vers l’avenir, plus il y a de risques que vous ne pouvez identifier. Logiquement, plus vous allez loin, plus vous avez de chances de tomber sur quelque chose qui va perturber vos projets.

Donc plus les dettes sont souscrites à long terme… moins il est probable que l’on puisse les rembourser.

Logiquement, également, plus on doit de dettes, plus il est probable qu’une partie d’entre elles ne sera jamais remboursée.

Une voie semée d’embûches

Mais revenons du futur…

Là, devant nous, s’élève la tonne de briques la plus lourde que le futur ait jamais eue sur le dos : près de 20 000 Mds$ de promesses de l’Etat américain, sans compter les quelques 200 000 Mds$ environ d’engagements non comptabilisés.

Personne ne semble s’en inquiéter. Le marché actions traverse l’une des périodes de « volatilité » – fluctuation des cours – les plus basses jamais enregistrées. Les actions atteignent des plus-hauts record… et les taux d’intérêt affichent toujours des plus-bas historiques.

Devant nous, le chemin – mal éclairé et jonché de cailloux et de peaux de banane – est traître. Aux alentours de mi-septembre, par exemple, un piège majeur nous guette : un « plafond » de la dette que le Congrès US s’impose à lui-même.

L’Etat n’est pas le seul à affronter des obstacles. La dette des consommateurs américains par rapport à leur revenu disponible a atteint un plus-haut historique. Le remboursement des prêts immobiliers par rapport au revenu disponible a également atteint un plus-haut historique.

Dans le secteur automobile, le prix des voitures d’occasion – le châssis sur lequel reposent les crédits-autos – dévisse. Les défauts de paiement sur les crédits-autos subprime flambent déjà. Selon Bloomberg :

« C’est caractéristique des crédits à risque : des prêts accordés à la hâte, des défauts de paiement rapides et, parfois, carrément de la fraude.

Mais il ne s’agit pas là du marché immobilier américain aux alentours de 2007. Il s’agit du secteur automobile américain aux alentours de 2017.

10 ans après la débâcle des crédits immobiliers, le secteur financier a adopté un autre type d’endettement à risque : les crédits-autos. Et, comme la dernière fois, les risques se propagent à mesure qu’ils sont titrisés et proposés à des investisseurs dans le monde entier. »

Les prêts étudiants, en attendant, ont doublé depuis 2009 ; ils s’élèvent désormais à 1 400 Mds$.

Est-ce une façon de traiter les étudiants ? Hélas, le futur projette une ombre lugubre sur les jeunes Américains.

Selon une étude réalisée par la Fed de New York, les prêts étudiants ont des conséquences allant bien au-delà d’un simple transfert des jeunes vers les vieux compères du secteur de l’éducation.

Il mine le secteur le plus important des Etats-Unis : l’immobilier.

De quelle façon ?

Plombés par des prêts étudiants, les jeunes ne peuvent se permettre d’acheter des maisons. Sur l’échelle du marché du logement, le tout premier barreau, en bas, est donc vide.

Des logements adaptés aux primo-accédants sont disponibles mais peu de primo-accédants sont solvables… ce qui affaiblit et vulnérabilise tout le marché de l’immobilier.

Août, septembre, octobre… les ombres s’allongent. Quelqu’un trébuche.

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Bill Bonner
Bill Bonner
Fondateur de AGORA

Né en 1948, Bill Bonner est le fondateur d’AGORA, le plus large réseau d’entreprises indépendantes de presse spécialisée au monde.

En 1978, depuis sa ville natale, Baltimore (Maryland, Etats-Unis), Bill Bonner a voulu développer un « marché » (« Agora » en grec) des idées. Pas de l’information homogénéisée telle que les médias grand public relayent sur nos écrans et journaux, mais une source d’idées diverses avec des opinions et des avis originaux, alternatifs et surtout utiles. Bill a à cœur d’aider les lecteurs à mieux comprendre le monde dans lequel ils vivent, et à agir en conséquence. Que ce soit en matière de géopolitique, de macro-économie ou tout simplement dans le domaine de l’épargne, Bill incite ses lecteurs à cultiver un esprit vif et anticonformiste.

« Parfois nous avons raison, parfois nous avons tort, mais nous sommes toujours dans le questionnement », telle est la devise de Bill.

Bill a également co-écrit des livres qui ont tous figuré dans la liste des best-sellers du New York Times et du Wall Street Journal : L’inéluctable faillite de l’économie américaine (2004), L’Empire des dettes. À l’aube d’une crise économique épique (2006) et Le Nouvel Empire des dettes. Grandeur et décadence d’une bulle financière épique (2010).

Dans son dernier livre, Hormegeddon, quand trop de bien nuit (2015), paru aux Belles Lettres (www.lesbelleslettres.com), Bill décrit ce qu’il advient lorsque l’on abuse d’une bonne chose dans les sphères de la politique, de l’économie et des affaires. En bref, trop de bien conduit au désastre.

Vous pouvez retrouver les notes de Bill au quotidien dans La Chronique Agora.

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