High-tech : Le prochain krach

Rédigé le 2 mai 2017 par | Banques Centrales, Bill Bonner, Krach boursier imminent Imprimer

Cette semaine, nous avons eu la visite d’un Australien qui vient de prendre sa retraite et parcourt le monde pendant cinq ans.

Il possède un 4×4 Toyota équipé spécialement de merveilles telles qu’un chauffe-eau pour la douche, une cuisinière, un kayak et un système d’alarme connecté au réseau satellite Iridium.

Au cas où le véhicule s’enliserait, il a également un ballon, sous la carrosserie, qui peut se gonfler pour propulser les pneus hors de la boue ou du sable.

« Ouah… J’imagine qu’il y a beaucoup de nouvelles technologies, là-dedans », avons-nous remarqué, histoire de discuter.

« Non… toutes les nouvelles technologies ont été retirées. Le véhicule n’a quasiment pas d’électronique. Il faut qu’il soit réparable… pratiquement partout. »

4x4 high-tech krach

Nous nous préoccupons peu des nouvelles technologies.

Non seulement nous n’y connaissons rien, mais nous n’avons pas envie de nous intéresser.

Nous nous contentons des anciennes technologies. Les tartes aux pommes artisanales que confectionnait notre grand-mère étaient aussi bonnes que les fabrications high-techs, sous plastique, proposée dans les magasins d’alimentation d’aujourd’hui.

Le feu de bois devant lequel nous nous asseyons chaque soir nous réchauffe aussi bien que tout système de chauffage central contrôlé de façon électronique.

Amazon, la rivière sans retour (sur investissement)

Mais en ce moment, Wall Street semble être en proie à une nouvelle bulle, encore plus folle que la dernière.

Dans le contexte de celle de la fin des années 1990, des dot.com incapables de gagner de l’argent avaient vendu des milliards de dollars d’actions.

Les investisseurs se disaient que les dot.com deviendraient extrêmement rentables. La plupart d’entre elles ne l’ont jamais été. En mars 2000, le cours de leurs actions s’est effondré.

Aujourd’hui, les investisseurs ne semblent même pas se préoccuper de rentabilité : ni aujourd’hui, ni demain.

Il y a plus de 10 ans, nous avions qualifié Amazon de « Rivière sans retour (sur investissement) ». Depuis, beaucoup d’eau a coulé sous ce pont.

Les actionnaires ont fait grimper la capitalisation boursière de la société à près de 500 000 Mds$. Ils ont gagné beaucoup d’argent en s’échangeant l’action entre eux.

Mais Amazon n’a pas rapporté un seul sou de dividendes à ses investisseurs.

Ils sont rares, les moments où les politiciens ne mentent pas… où les accros au porno ne regardent pas d’images cochonnes… et où les investisseurs se fichent de l’argent.

A notre avis, cela ne dure pas.

Pour l’instant, les investisseurs se contentent d’être dans la société d’un véritable visionnaire… et ils espèrent bien que d’autres investisseurs voudront se joindre à eux.

Nous imaginons qu’en théorie, si vous dégagez suffisamment de chiffre d’affaires, vous pouvez le transformer en revenu net, au moment opportun.

Mais le business model d’Amazon ne semble pas compter sur la réalisation de bénéfices. Il fait du chiffre d’affaires en vendant des produits sans bénéfices. Si vous ajoutez du bénéfice… son avantage compétitif disparaît.

La patience des investisseurs nous sidère : cela fait plus de 10 ans qu’ils attendent.

Au moins, lors de leur introduction en bourse, Facebook et Google étaient bénéficiaires. Lors de son introduction en bourse, cette année, Snap – qui produit une application de messagerie populaire auprès de la génération Y – affichait des pertes dépassant 100% de son chiffre d’affaires.

Quant à l’application d’Uber, elle affichait environ 3 Mds$ de pertes lors de son introduction en bourse. Ces pertes s’arborent comme une médaille d’honneur, et non comme quelque chose de honteux. [NDLR : Heureusement toutes les valeurs des nouvelles technologies ne sont pas en perte. En ce moment, nos spécialistes de NewTech Insider mettent en portefeuille trois valeurs biotech qui profite de la légalisation du cannabis en Amérique du Nord. Découvrez leur fabuleux potentiel ici.]

Le Tesla de la frippe

C’est ce qui arrive, dans un monde où les taux d’intérêt sont à zéro.

Les grands acteurs disposent d’énormément d’argent frais avec lequel ils peuvent jouer.

Tiens, que pourraient-ils bien en faire ?

Le donner à des « visionnaires » !

Et hop, Amazon – souvenez-vous, c’est le visionnaire de la vente au détail – se lance dans le secteur du divertissement.

Ouais. Cette année, Amazon dépense 4,5 Mds$ dans Amazon Studios, qui produit des émissions de télévision et des films pour le service de streaming Amazon Prime. A titre comparatif, le concurrent HBO n’a dépensé que 2 Mds$, l’an dernier.

Pourquoi pas, après tout ?

Les investisseurs vous donnent tout cet argent… il faut bien en faire quelque chose, non ?

Pendant ce temps, à Baltimore, notre bonne vieille ville, le principal visionnaire des lieux a du mal à se concentrer.

Le président d’Under Armour, Kevin Plank – le héros de tous ceux de la génération Y qui se sont trompés en pensant que Baltimore allait devenir le nouveau San Francisco… ou du moins le nouveau Brooklyn – a tenté de vendre sa société de vêtements de sport comme si c’était une entreprise technologique, une « tech ».

Nous n’avons jamais compris le rapport entre les deux et ridiculisé cette idée en le surnommant « Le Tesla de la frippe ».

Mais M. Plank – ce jeune « visionnaire » beau et riche – a été acclamé par tout le monde alors que nous ne comptions que pour du beurre…

Non seulement il allait créer l’une des plus belles entreprises technologiques du XXIe siècle, mais également une distillerie de whisky… un élevage de chevaux… et une usine 3D afin « d’imprimer » des chaussures de running à la demande.

En outre, il avait en projet de rénover tout un quartier délabré de la ville en y implantant de nouveaux magasins, restaurants, salles de spectacle et appartements.

Donc, lorsque nous avons constaté que depuis ces annonces l’action de Plank avait perdu 65% de sa valeur, nous avouons honteusement nous être réjoui un tant soit peu du malheur des autres.

Ce qui prouve que les investisseurs peuvent perdre confiance en la vision du visionnaire… et aussi vis-à-vis de toute cette tendance à investir sur la folie du moment.

Un jour, peut-être bientôt, nous prédisons que cette tendance disparaîtra à nouveau… et que l’on reviendra aux fondamentaux.

Les investisseurs voudront réaliser des profits. Et engranger des dividendes.

Peut-être bien qu’ils ont placé leur argent dans des voitures à conduite autonome, fonctionnant à l’électricité et dotées d’intelligence artificielle. Mais ils seront bien contents de le voir rentrer à la maison en autobus, plus mûr et plus sage.

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Bill Bonner
Bill Bonner
Fondateur de AGORA

Né en 1948, Bill Bonner est le fondateur d’AGORA, le plus large réseau d’entreprises indépendantes de presse spécialisée au monde.

En 1978, depuis sa ville natale, Baltimore (Maryland, Etats-Unis), Bill Bonner a voulu développer un « marché » (« Agora » en grec) des idées. Pas de l’information homogénéisée telle que les médias grand public relayent sur nos écrans et journaux, mais une source d’idées diverses avec des opinions et des avis originaux, alternatifs et surtout utiles. Bill a à cœur d’aider les lecteurs à mieux comprendre le monde dans lequel ils vivent, et à agir en conséquence. Que ce soit en matière de géopolitique, de macro-économie ou tout simplement dans le domaine de l’épargne, Bill incite ses lecteurs à cultiver un esprit vif et anticonformiste.

« Parfois nous avons raison, parfois nous avons tort, mais nous sommes toujours dans le questionnement », telle est la devise de Bill.

Bill a également co-écrit des livres qui ont tous figuré dans la liste des best-sellers du New York Times et du Wall Street Journal : L’inéluctable faillite de l’économie américaine (2004), L’Empire des dettes. À l’aube d’une crise économique épique (2006) et Le Nouvel Empire des dettes. Grandeur et décadence d’une bulle financière épique (2010).

Dans son dernier livre, Hormegeddon, quand trop de bien nuit (2015), paru aux Belles Lettres (www.lesbelleslettres.com), Bill décrit ce qu’il advient lorsque l’on abuse d’une bonne chose dans les sphères de la politique, de l’économie et des affaires. En bref, trop de bien conduit au désastre.

Vous pouvez retrouver les notes de Bill au quotidien dans La Chronique Agora.

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