Le problème de la génération Y

Rédigé le 14 novembre 2017 par | Bill Bonner, Politique et vie quotidienne Imprimer

La génération Y refuse la liberté d’expression et souhaite être protégée des idées plutôt que d’argumenter. La déformation du vocabulaire est un symptôme de cet état d’esprit.

« Qu’est-ce qui ne va pas, chez elles ? »

Devant nous se tenait un groupe de jeunes femmes en train de fixer leurs planches de surf sur leur jeep.

A première vue, rien. Elles venaient d’un camp de surf voisin et profitaient de leurs vacances entre filles.

Certaines étaient vêtues de shorts et de chemises… d’autres étaient à peine vêtues.

L’une d’elle, juchée sur le marchepied et le corps tendu pour fixer la planche de surf sur le toit, respirait la santé et la beauté.

Elle a attiré notre attention. D’abord, nous avons pensé qu’elle avait oublié de mettre le bas de son maillot de bain. Ensuite, nous avons compris qu’elle portait un string, à peine visible à l’oeil nu.

Cet attirail minimaliste attirait l’attention. Mais les regards que l’on nous décochait n’étaient pas hospitaliers. Nous aurions voulu regarder fixement mais nous n’avons pu jeter que des coups d’oeil furtifs.

« Que faites-vous ici ? » semblaient dire les coups d’oeil mauvais.

C’était une plage publique. Nous visitions une propriété à vendre, juste à côté.

Quel est le problème ? nous sommes-nous demandé…

Un monde nouveau, un vocabulaire nouveau

Ces derniers temps, nous avons parlé de l’avenir. Il n’est pas toujours meilleur.

Parfois, les technologies le font empirer. Parfois, le gouvernement y fait obstruction. Et parfois, les changements semblent se produire sans cause apparente.

Pour resituer le contexte, nous avons assisté à une conférence au Nicaragua. La plupart des participants avaient la vingtaine ou la trentaine.

« Vous devez faire attention », nous a dit un confrère. « C’est un monde entièrement nouveau. Ces jeunes femmes ont une attitude très différente de celles de leurs aînées. Elles s’attendent à ce qu’on les protège de tout. Y compris de vous. »

Un court instant, nous avons été flatté. Nous commencions à penser que nous avions atteint un âge auquel un homme représente plus une gêne qu’une menace.

« L’une d’elles… une femme séduisante… et elle porte des vêtements seyants… s’est plaint parce que les hommes du bureau n’arrêtaient pas de lui demander de sortir avec eux. Elle a dit que cela créait un environnement de travail ‘hostile' ».

« Cela ne me semble pas hostile », avons-nous répondu. « Cela me semble amical ».

« Vous ne pouvez pas plaisanter à ce propos », a poursuivi notre ami. « Vous ne pouvez pas plaisanter avec quoi que ce soit ».

« J’ai raconté une blague à un groupe d’employés. Je la croyais inoffensive. Je ne l’ai fait que parce qu’ils m’ont demandé de leur raconter une blague, et c’est la seule qui m’est venue à l’esprit. Mais l’une des jeunes femmes a dit qu’elle la trouvait offensante.

« Voici la blague. Vous allez me dire ce que vous en pensez…

« Une vieille femme entre dans un bar et dit ‘je couche avec celui qui devinera ce qu’il y a dans mon sac’.

L’un des types, au bar, essaye de se prêter au jeu. Donc, il dit : ‘Laissez-moi deviner. Il y a un éléphant’.

La femme répond : ‘Non… mais c’est suffisamment proche !' »

« Est-ce que c’est drôle ? Je ne sais pas. Mais je ne vois pas qui cela peut offenser.

« C’est ça le problème. Cette génération Y est hypersensible. Elle n’a pas le sens de l’humour. Et elle est hyper-sensible au politiquement correct.

« En fait, on ne peut pas dire que quelqu’un est ‘noir’ ou ‘oriental’. C’est absurde, car il n’y a rien d’offensant à dire que quelqu’un est ‘blanc’ ou ‘occidental’. Mais il faut dire ‘Afro-Américain’ et ‘Asiatique ‘.

« Et vous ne pouvez pas dire que quelqu’un est ‘gros’. Ou ‘paralysé’. Ou ‘attardé’. Ou ‘idiot’. Je sais que vous dites tout cela dans La Chronique… je j’imagine que vous vous en sortez sans problème parce que vous ne vous adressez pas aux jeunes.

Les privilèges du statut de victime

« Et ne dites pas que ce sont des ‘filles' », nous a averti notre confrère.

« Ah bon, pourquoi ? » avons-nous protesté mollement. « Moi, ça ne me dérangerait pas que l’on dise que je suis un ‘garçon' ».

« Eh bien, vous êtes totalement à côté de la plaque. Les jeunes femmes ont réussi à se constituer en « groupe de victimes ».

« Les femmes vivent plus longtemps… elles ont plus d’argent… elles sont mieux éduquées… elles élisent le président et le Congrès… mais elles pensent encore être des victimes qui ont droit à un traitement spécial ».

« Le statut de victime signifie que vous ne pouvez remettre en question leurs affirmations. Si elles ont le sentiment que l’environnement est hostile, alors il EST hostile.

« Et cela va au-delà des mots. Les enfants, dans les écoles publiques, n’ont pas le droit de jouer à chat car cela signifie qu’ils se touchent les uns les autres. On leur enseigne que le genre est un choix. Ou qu’il est facultatif. Pas étonnant qu’ils en sortent avec des idées aussi étranges.

« Si le genre était un choix, cela n’aurait aucun sens de traiter les femmes comme une catégorie de victimes.

« Après tout, elles ont choisi d’être des femmes, n’est-ce pas ? C’est comme si quelqu’un avait choisi d’être une dinde… et se plaignait à l’approche de Thanksgiving.

« Mais ces choses ne sont pas forcément logiques. Cette génération Y – pas seulement les femmes – pensent qu’elles doivent être protégées de tout. En particulier des idées.

« Une jeune femme s’est plainte car une autre femme du bureau était enceinte. Elle a dit que cela la mettait mal à l’aise de travailler avec quelqu’un qui allait avoir un bébé.

« Et lorsque nous organisons des évènements d’entreprise avec des repas, elles ne veulent pas seulement un choix de plats végétariens, mais également sans gluten et sans lactose. »

Se faire protéger des idées

« C’est de pire en pire. L’une des employées est venue me voir après l’article que vous avez publié concernant les monuments que la ville avait retirés.

« Elle a dit qu’elle ne voulait pas travailler pour une entreprise raciste. Je lui ai expliqué que vous exploriez des idées… et ce qu’elles signifient. Et que vous aviez le droit d’avoir vos propres opinions.

« Qu’il s’agissait de liberté d’expression. Que cela nous permet de parler les uns avec les autres afin que les mauvaises idées, telles les mauvaises herbes, soient exposées et éradiquées.

« Mais ces gens ne veulent pas explorer des idées : ils veulent en être protégés.

« Et ils pensent que beaucoup de choses auxquelles vous et moi nous croyons, comme le Premier Amendement, la liberté et le capitalisme, sont immorales.

« Je ne sais pas d’où cela vient, ni où cela va… mais je suis sûr que c’est une direction dans laquelle je ne veux pas aller. »

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Bill Bonner
Bill Bonner
Fondateur de AGORA

Né en 1948, Bill Bonner est le fondateur d’AGORA, le plus large réseau d’entreprises indépendantes de presse spécialisée au monde.

En 1978, depuis sa ville natale, Baltimore (Maryland, Etats-Unis), Bill Bonner a voulu développer un « marché » (« Agora » en grec) des idées. Pas de l’information homogénéisée telle que les médias grand public relayent sur nos écrans et journaux, mais une source d’idées diverses avec des opinions et des avis originaux, alternatifs et surtout utiles. Bill a à cœur d’aider les lecteurs à mieux comprendre le monde dans lequel ils vivent, et à agir en conséquence. Que ce soit en matière de géopolitique, de macro-économie ou tout simplement dans le domaine de l’épargne, Bill incite ses lecteurs à cultiver un esprit vif et anticonformiste.

« Parfois nous avons raison, parfois nous avons tort, mais nous sommes toujours dans le questionnement », telle est la devise de Bill.

Bill a également co-écrit des livres qui ont tous figuré dans la liste des best-sellers du New York Times et du Wall Street Journal : L’inéluctable faillite de l’économie américaine (2004), L’Empire des dettes. À l’aube d’une crise économique épique (2006) et Le Nouvel Empire des dettes. Grandeur et décadence d’une bulle financière épique (2010).

Dans son dernier livre, Hormegeddon, quand trop de bien nuit (2015), paru aux Belles Lettres (www.lesbelleslettres.com), Bill décrit ce qu’il advient lorsque l’on abuse d’une bonne chose dans les sphères de la politique, de l’économie et des affaires. En bref, trop de bien conduit au désastre.

Vous pouvez retrouver les notes de Bill au quotidien dans La Chronique Agora.

2 commentaires pour “Le problème de la génération Y”

  1.  » « Et vous ne pouvez pas dire que quelqu’un est ‘gros’. Ou ‘paralysé’. Ou ‘attardé’. Ou ‘idiot’. Je sais que vous dites tout cela dans La Chronique… je j’imagine que vous vous en sortez sans problème parce que vous ne vous adressez pas aux jeunes.  »

    C’est paradoxale car je trouve au contraire que les générations précédentes (les plus de 40 ans) font preuve de beaucoup plus de respect que ma génération et la précédente.

  2. M. Bonner
    Bravo pour cet article qui, à mon sens va vraiment au fond des choses
    Nous vivons dans un monde où la monnaie virtuelle, issue du créditisme, a remplacé la vraie, issue de l’épargne. Comment s’étonner que des valeurs virtuelles aient remplacé les vraies ?
    Si un banquier peut bénéficier du beurre ET de l’argent du beurre (grâce au crédit infini), pourquoi les modernes Perrettes ne rêveraient-elles pas de vendre le lait du bidon qu’elles ont renversé, … et de bénéficier du beurre virtuel, voire de l’argent du beurre ? Si une femme peut tout faire comme un homme, mais en talons hauts, tout est possible !
    Pour cela, il suffit d’utiliser ce fabuleux statut de « victime virtuelle» généreusement attribué à toute femme par nos parasites politiques depuis un demi-siècle au moins. Car ce statut est l’origine du pouvoir économique des P-P (Parasites-Politiques) et du grand chambardement sociétal actuel. C’est ce statut qui autorise l’aide sociale étendue et ses corollaires : le consumérisme qui a conduit au mondialisme et au créditisme. Les « victimes virtuelles » le sentent confusément et craignent sans doute aussi la fragilité de cet état de fait et de finir en victimes réelles de la catastrophe finale.
    A la foi prétexte et support peu conscient du Chambardement Sociétal, elles craignent de payer cher un jour leurs « privilèges » actuels, passant du pinacle à la déchéance.

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