Pouvoir d’achat et revenu universel s’opposent

Rédigé le 19 avril 2017 par | Richesse, Simone Wapler Imprimer

« Ah, c’est gratuit ? Alors vous m’en mettrez 10… Euh, non 100 plutôt ! »

Ce qui est gratuit, ce que vous obtenez sans avoir rien donné ou produit en échange, n’a pas de valeur. Le revenu universel ne redonnera pas de pouvoir d’achat, il ne fera qu’accélérer notre déclassement.

La question du « pouvoir d’achat » préoccupe les Français paraît-il. Les Echos du 16 avril sur « ces trois grands sujets qui se sont imposés dans les débats » :

« Le pouvoir d’achat par unité de consommation, tel que le mesure l’INSEE, n’a pas baissé dans le pays mais aurait plutôt stagné durant la dernière décennie. Mais le sentiment de perte de pouvoir d’achat est pourtant très fort dans l’opinion. Parce que le quinquennat a été marqué par des hausses d’impôts importantes pour les ménages, même si elles ont largement compensé les classes populaires. Par ailleurs, les dépenses contraintes, telles que le logement, mais aussi les assurances diverses, ont, elles, eu tendance à augmenter. Tous les candidats ont donc bien compris la nécessité d’être présent sur le sujet ».

Dans un style étrange et jargonneux, Les Echos admet que depuis 10 ans notre pouvoir d’achat stagne.

Les statistiques sont d’ailleurs contradictoires, voici deux exemples.

D’abord l’INSEE pour qui tout va bien de ce côté :

evolution du pouvoir d'achat depuis 1990

Puis l’OFCE, organisme dit indépendant mais très proche de l’Etat :

pouvoir d'achat par ménage Source OFCE « austérité et pouvoir d’achat en France », Mathieu Plane

En réalité, le pouvoir d’achat est une notion très complexe, et je vous assure que le coût de la vie est différent en Corse ou dans l’agglomération lilloise.

Mais remarquez le lambeau de phrase concernant les hausses d’impôts. Bien que mal écrite, elle signifie que les hausses des impôts directs ont profité au pouvoir d’achat de ceux qui ne paient pas ces impôts. En 2014, seulement 45,6% des Français s’acquittaient de l’impôt sur le revenu… [NDLR : Votre pouvoir d’achat à la retraite dépend de votre épargne d’aujourd’hui. Savez-vous qu’en y consacrant moins de 200 € par mois vous pouvez prétendre à une retraite de ministre ? Tout est expliqué ici.]

Le pouvoir d’achat de ceux qui paient des impôts directs s’érode

Donc, ceux qui ne paient pas d’impôts directs ont eu un gain de pouvoir d’achat mais pas les autres.

La phrase sur les dépenses contraintes est, quant à elle, assez claire : elles augmentent. Ces dépenses contraintes, ce sont le logement, l’électricité, le gaz, nos assurances, notre mutuelle santé, les diverses « mises aux normes » qu’on nous fait subir… Bref, tout ce que nous ne mettons pas dans notre caddie (version urbaine mondialisée) ou notre filet à provisions (version rurale, sans-dents).

C’est surtout en raison de ces dépenses contraintes que nous perdons du pouvoir d’achat et que nous avons l’impression que tout nous échappe.

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Bien sûr, il y a le logement. L’INSEE estime qu’il ne représente que 6% de nos dépenses.

« L’indice des prix ne retient pas les remboursements des emprunts liés à l’achat d’un logement. (…) car les remboursements d’emprunt relèvent d’opérations financières.

La part des loyers dans l’indice de prix est de 6%. Cela représente actuellement la part de ces dépenses dans l’ensemble de la consommation des ménages. Il s’agit d’un taux moyen, calculé pour l’ensemble des ménages, qu’ils soient locataires ou propriétaires. »

Nos dépenses contraintes sont à la merci de décrets

Ensuite, notre facture EDF, par exemple, devient insidieusement une feuille d’impôt supplémentaire.

De multiples autres exemples nous montrent que nous avons de moins en moins de prise sur ces « dépenses contraintes ».

De tout cela, nos chers candidats n’ont cure. Ce qu’ils veulent, c’est une mainmise totale sur nos dépenses.

La dernière chimère du revenu universel

A l’autre bout, on trouve les récipiendaires du « revenu universel ». Qui déciderait du montant de ce revenu, sur quelles bases ?

Mais ceux qui le reçoivent, pardi, car ils seront évidemment plus nombreux que ceux qui le financent. Comme c’est gratuit, eh bien, pourquoi pas 900 € ou 1 000 €, ou même 2 000 € pour ce revenu universel ? Il est bien normal que ceux qui reçoivent en veuillent toujours plus…

D’un côté ceux qui perdent du pouvoir d’achat et de l’autre ceux qui reçoivent quelque chose contre rien. Pour être élu, il suffit simplement que la seconde catégorie soit plus nombreuse. C’est cette farce qu’on appelle, de nos jours en France, la démocratie.

Note INSEE Pour comprendre… : Le pouvoir d’achat et les prix

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Simone Wapler
Simone Wapler
Rédactrice en Chef de Crise, Or & Opportunités et de La Stratégie de Simone Wapler

Simone Wapler est ingénieur de formation. Elle a travaillé dans le secteur de l’ingénierie aéronautique. Cette double casquette ingénieur/analyste financier est un véritable atout qu’elle met au service des abonnés.

Elle aborde les marchés avec l’oeil du professionnel, de l’ingénieur, de l’industriel, et non celui du financier.

Son expertise, notamment dans le secteur des métaux de base et des métaux précieux, lui donne une longueur d’avance, une meilleure compréhension des vrais tenants et aboutissants du marché des ressources naturelles — un marché par ailleurs en pleine expansion, dont Simone Wapler connaît parfaitement tous les rouages, notamment au niveau de l’offre et de la demande.

Pour en savoir plus sur Crise, Or & Opportunités et La Stratégie de Simone Wapler.

6 commentaires pour “Pouvoir d’achat et revenu universel s’opposent”

  1. En octobre 2012, on pouvait lire sur le blog Economie de FDE Souche.com Fortune – Qui finance vraiment la protection sociale ? Avant tout, les salaires. Les prélèvements assis sur les revenus d’activité représentent plus des trois quarts des ressources (77 %) : les cotisations sociales bien sûr, qu’elles soient patronales ou salariales, mais aussi la CSG, qui pèse à 70 % sur les salaires. « D’un point de vue économique, la CSG constitue un prélèvement sur les revenus d’activité analogue aux cotisations sociales, même si son assiette est plus large », observe le rapport. Le Haut conseil confirme donc, s’il en était besoin, que « le financement de la protection sociale reste encore largement assis sur les revenus du travail ». C’est justement pour cela que François Hollande a fait le lien entre le coût du travail et la compétitivité.
    Publié le 30 octobre 2012 par Perceval-Blog Fortune

  2. « Ce qui est gratuit, ce que vous obtenez sans avoir rien donné ou produit en échange, n’a pas de valeur. Le revenu universel ne redonnera pas de pouvoir d’achat, il ne fera qu’accélérer notre déclassement. »
    Comme l’enseignement et la santé par exemple ?

    Ensuite le revenu universel, c’est juste de la répartition. Les aides sociales ne nous déclassent pas au contraire. Elles permettent à des personnes avec peu de ressource de vivre dignement.

    Nous sommes champion d’Europe des millionnaires, peut-être pourrions nous faire quelques choses pour les sans-dents.

  3. Herbert Simon, économiste américain, prix nobel en 1978, disait que « nous serions généreux si nous estimons la part de notre activité liée à nos revenus à plus de 10%…Le reste étant l’héritage du passé, les générations qui ont travaillé, mis en place les infrastructures, découvert et inventé pour nous…Tout ça, c’est cadeau »…donc gratuit !
    Néanmoins cet héritage du passé ne profite réellement qu’à ceux qui possèdent déjà un patrimoine, un capital, une entreprise…Nous devons donc imaginer d’autres moyens de redistributions équitables, le revenu universel ou revenu de base est un outil qui pourrait favoriser cette répartition plus juste !

  4. @Nikogaug ,

    Le vrai gratuit n’existe pas (il y a toujours quelque part au bout de la chaine un c.. qui paye…) et oui , celui qui perçoit sans rien payer n’apprécie pas les choses à leur juste valeur. IL n’y a qu’a voir l’encombrement des urgences , allez y faire un tour si vous avez le temps , c’est très instructif… et concernant l’éducation , comment expliquez vous le succès des écoles privées donc payantes …
    Puis , champion d’Europe des millionnaires ? en étant à l’humiliante 15eme place ? Humm….Et en ce qui me concerne la dignité passe avant tout à ne pas compter sur les autres pour m’en sortir , mais bon, c’est une éducation ( et c’est par là sans doute qu’il y a beaucoup a faire pour les « sans’dents » avant de leur faire l’aumône… )

  5.  » comment expliquez vous le succès des écoles privées donc payantes »
    17% des enfants scolarisés. Tu parles d’un succès !

    http://bfmbusiness.bfmtv.com/monde/l-incroyable-envolee-du-nombre-des-millionnaires-francais-en-2015-1008095.html
    La France classée 3ème.

    « celui qui perçoit sans rien payer n’apprécie pas les choses à leur juste valeur. IL n’y a qu’a voir l’encombrement des urgences »
    Il n’empêche que tout le monde reconnait le travail remarquable des soignants alors qu’on ne les payent pas directement non plus.

    « Et en ce qui me concerne la dignité passe avant tout à ne pas compter sur les autres pour m’en sortir , mais bon, c’est une éducation »
    Effectivement, c’est une question d’éducation. Pour moi la dignité, c’est avant tout de ne pas laisser les autres dans la misère lorsque c’est possible. Et j’aimerai bien que vous m’expliquiez comment avec moins d’un million d’emploi vacant vous permettez à 3 millions de personnes sans emploi de se débrouiller tout seul.

  6. un grand bonjour….merci….

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