Poutine a raison, à propos de notre démocratie

Rédigé le 6 juillet 2017 par | Bill Bonner, Deep State Imprimer

Trump a transformé la scène politique en spectacle de catch. Mais le méchant Poutine ne s’y trompe pas : en coulisses, le Deep State gouverne toujours.

Nous sommes revenu en France juste à temps pour un mariage.

La cérémonie, superbe, s’est déroulée dans une église du XIIe siècle puis a été suivie d’une réception dans un château ancien, non loin de là.

Ce qui nous a le plus impressionné, ce sont les chapeaux. Nous n’avions pas vu de chapeaux aussi sophistiqués depuis que nous étions allé à Ascot, il y a de nombreuses années.

chapeaux

Des chapeaux exotiques tout autour du parvis

On dit que le Français moyen va à l’église trois fois dans sa vie : pour son baptême, son mariage et ses funérailles.

C’est exagéré. Il assiste également aux baptêmes, aux mariages et aux funérailles des autres.

Ces évènements sont suivis de réceptions au cours desquelles la conversation tourne immanquablement à la politique. A ces occasions, les gens boivent… et parlent.

C’est là que l’on découvre les vraies opinions du Peuple, sans qu’elles soient altérées par la presse bien-pensante propageant de fausses informations.

Cette année, la personnalité politique qui semblait intéresser le plus les Français, c’était – devinez qui – Donald J. Trump.

Différents types de héros selon les combats qu’ils ont engagés

A plusieurs reprises au cours de la soirée, on nous a demandé la chose suivante : « que se passe-t-il avec Trump ? »

A chaque fois, la question a été posée avec un sourire ironique. Nous avons compris la question mais nous avons eu du mal à interpréter le sourire.

Etait-ce une invitation au « Trump-bashing » ? Etait-ce un signe de supériorité gauloise ? Après tout, le président de la France, Emmanuel Macron, sait se tenir, lui au moins. Etait-ce un sourire d’approbation ?

Donald J. Trump nous intéresse énormément, nous aussi.

« D’abord », avons-nous expliqué, « nous espérions qu’il pourrait secouer le cocotier. Mais on dirait qu’il ne sait pas trop quoi secouer ».

La semaine dernière, M. Trump a fait les gros titres en faisant des remarques déplacées à propos d’un rival de la télévision. Ensuite, au cours du week-end, il a envoyé le montage d’une vidéo de WrestleMania, dans laquelle il passe à tabac un adversaire symbolisant « CNN ».

Tout ce spectacle peut paraître amusant pour les outsiders : comme si l’on regardait un chef d’Etat étranger habillé en grand apparat glisser sur une peau de banane.

M. Trump est le héros de nombreux Américains… et de lui-même. Mais il existe de nombreuses sortes de héros, que ce soit dans l’univers de la fiction ou dans la vie réelle.

Il y a les héros de guerre, tels que Paul Baümer dans A l’ouest, rien de nouveau. Il y a les héros d’histoires d’amour, tels que Cyrano de Bergerac, ou Roméo. Et il y a les héros qui combattent contre leurs propres problèmes psychologiques ou le destin lui-même, tels qu’OEdipe.

Dans un certain sens, nous voulons tous être les héros de nos histoires. Mais si vous voulez comprendre la nature d’une personne, alors il faut comprendre dans quel type de combat elle est engagée.

Une fois, dans les années 1960, nous avons passé l’été à aider un oncle âgé, dans sa ferme.

Il avait vécu seul toute sa vie, dans une maison délabrée, chauffée par un poêle à bois. Il n’avait qu’un seul luxe : son vieux téléviseur en noir et blanc où, le soir, il regardait le « catch professionnel ».

Une fois, il s’est tourné vers nous et nous a demandé : « tu crois que c’est réel ? »

Non, nous ne le croyions pas. Mais nous ne savions pas trop ce que c’était, non plus.

Le catch professionnel est traditionnellement décrit comme de l’art performance. Les personnages ne sont jamais vraiment tels qu’ils apparaissent. Ils ressemblent plutôt à des personnages de dessins animés : gentils ou méchants… blancs ou noirs… c’est selon le scénario.

L’un des méchants est connu sous le nom de « The Undertaker » (le croque-mort), et il est vaguement associé à quelque chose qui s’appelle « The Ministry of Darkness » (ministère des Ténèbres). Souvent, les méchants sont des étrangers, tels que The Iron Sheik et Nikolai Volkoff.

« Iran numéro un », « Russie numéro un », hurlent-ils, ce qui leur vaut la sympathie des spectateurs de l’Amérique profonde. Cela ne semble déranger personne que le calcul ne tombe pas juste… ni que l’Iran ne soit pas un pays arabe (et qu’il n’y ait donc pas de sheiks).

Peu importe. Les gentils respectent les règles. Les méchants trichent. Mais ce sont tous des imposteurs. Leur rôle consiste à faire revenir les fans… en se livrant sur scène à des facéties effrontées et grotesques… et à de ridicules querelles en coulisse.

Ils concoctent souvent des « disputes » en coulisse, par exemple… afin de pouvoir les régler devant les fans.

Des balivernes et de la vulgarité

Le génie de M. Trump a été de se rendre compte que les élections, de nos jours, s’apparentaient plus à du catch qu’aux Jeux olympiques.

« La course n’est point aux agiles ni la guerre aux vaillants ». Et ce ne sont pas non plus les politiciens les mieux informés et les mieux préparés qui remportent la victoire.

Au contraire, il a vu qu’il pouvait capter l’attention des médias (surtout celle de CNN, dirigé par le type qui l’avait engagé pour The Apprentice, et qui connaissait le talent « du Donald » pour la téléréalité).

M. Trump savait également que les gens des Etats démocrates regardaient plus le catch qu’ils n’écoutaient la radio du service public (NPR). Il savait qu’il pouvait remporter une élection présidentielle aux Etats-Unis d’Amérique sans exprimer des opinions avisées, prudentes et élégantes… mais grâce à des balivernes et à un étalage de vulgarité.

Il suffisait d’appliquer les leçons du monde du catch. D’aller chercher des noises aux autres candidats : Jeb le mou (« Low Energy Jeb » – Jeb Bush)… Le Petit Marco (« Little Marco » – Marco Rubio)… Ted le Menteur (« Lyin’ Ted » – Ted Cruz)… et aux stars de la télévision : Mika la débile (« Low IQ Crazy Mika » – Mika Brzezinski)… et de distraire en permanence le public avec des manigances se déroulant en coulisse, des insultes et du vent.

« Le Donald » a dû se rendre compte, d’instinct, que tout cela n’ébranlait pas réellement la démocratie, ne diminuait pas la dignité de la fonction, n’empêchait pas les gens de se concentrer sur la compréhension des problèmes auxquels ils sont confrontés, et n’empêchait pas le gouvernement de faire son travail.

Au contraire, il focalise l’attention sur ce qu’un gouvernement moderne est en réalité : un divertissement semblable à une partie de catch.

Le vrai boulot – saccager l’économie, forcer les gens à faire ce qu’on leur dit, et leur prendre leur argent – c’est la technocratie qui s’en charge, comme l’a précisé Vladimir Poutine à Oliver Stone…

Oliver Stone : Donald Trump a gagné. C’est votre quatrième président, n’est-ce pas ? M. Clinton, M. Bush, M. Obama, et à présent, c’est le quatrième, pour vous.

Vladimir Poutine : Oui, c’est vrai.

Stone : Qu’est-ce que cela change ? Poutine : Eh bien, presque rien… partout, et en particulier aux Etats-Unis, la technocratie est très forte. Et la technocratie… gouverne le monde.

The Putin Interviews

…c’est-à-dire le Deep State.

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Bill Bonner
Bill Bonner
Fondateur de AGORA

Né en 1948, Bill Bonner est le fondateur d’AGORA, le plus large réseau d’entreprises indépendantes de presse spécialisée au monde.

En 1978, depuis sa ville natale, Baltimore (Maryland, Etats-Unis), Bill Bonner a voulu développer un « marché » (« Agora » en grec) des idées. Pas de l’information homogénéisée telle que les médias grand public relayent sur nos écrans et journaux, mais une source d’idées diverses avec des opinions et des avis originaux, alternatifs et surtout utiles. Bill a à cœur d’aider les lecteurs à mieux comprendre le monde dans lequel ils vivent, et à agir en conséquence. Que ce soit en matière de géopolitique, de macro-économie ou tout simplement dans le domaine de l’épargne, Bill incite ses lecteurs à cultiver un esprit vif et anticonformiste.

« Parfois nous avons raison, parfois nous avons tort, mais nous sommes toujours dans le questionnement », telle est la devise de Bill.

Bill a également co-écrit des livres qui ont tous figuré dans la liste des best-sellers du New York Times et du Wall Street Journal : L’inéluctable faillite de l’économie américaine (2004), L’Empire des dettes. À l’aube d’une crise économique épique (2006) et Le Nouvel Empire des dettes. Grandeur et décadence d’une bulle financière épique (2010).

Dans son dernier livre, Hormegeddon, quand trop de bien nuit (2015), paru aux Belles Lettres (www.lesbelleslettres.com), Bill décrit ce qu’il advient lorsque l’on abuse d’une bonne chose dans les sphères de la politique, de l’économie et des affaires. En bref, trop de bien conduit au désastre.

Vous pouvez retrouver les notes de Bill au quotidien dans La Chronique Agora.

Un commentaire pour “Poutine a raison, à propos de notre démocratie”

  1. Bonjour,

    J’ai vu ce passage, et comme vous, je l’ai relevé. Et M Poutine avait le sourire.

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