Pourquoi les salaires stagnent-ils ?

Rédigé le 12 septembre 2018 par | Richesse Imprimer

Les gens aiment que les prix baissent mais pas leurs salaires. Ce n’est possible que si, la productivité s’améliorant, on laisse les prix chuter au lieu de favoriser l’inflation.

Sur le chemin du ferry de Cherbourg, nous nous sommes arrêtés dans une foire agricole locale en Normandie. Y étaient exposées les plus belles vaches de la région ainsi que de vieux engins agricoles.

La batteuse, par exemple, a été inventée par un Ecossais au XVIIIème siècle, avant d’être améliorée par la suite. Largement utilisée au XIXème siècle, c’est l’une des nombreuses avancées mécaniques qui a permis de réduire le besoin de main d’œuvre dans les fermes.

Les agriculteurs locaux font la démonstration de la batteuse du XIXème siècle

Ces innovations étaient si utiles que le monde du travail dans son entier s’en est trouvé bouleversé. Au début du XIXème siècle, quasiment tout le monde était paysan. A la fin du XXème, plus personne ou presque ne l’était.

En l’espace de 200 ans, c’est quasiment toute la main d’œuvre qui s’était recyclée et consacrée à d’autres activités.

Emeutes et prix du marché

Jusqu’à récemment, la récolte était un travail lourd, dur, que l’on faisait en commun. Il fallait de nombreuses mains pour séparer le grain de la balle.

Il fallait battre la plante sèche avec des fléaux — lui administrer une bonne raclée pour séparer le blé de la paille. C’est ainsi qu’est née la batteuse mécanique, permettant de faciliter ce processus.

Cela ne semblait guère facile lors de notre visite, en l’occurrence. Quelques amateurs locaux maintiennent les vieilles machines en état. Elles fonctionnent encore, mais les agriculteurs qui savent les utiliser se font rares.

Notre sujet du jour, c’est le travail. Lorsque les batteuses ont fait leur première apparition dans le sud-est de l’Angleterre, elles menaçaient les emplois des agriculteurs.

Les autochtones ont décidé de ne pas attendre de voir ce que donnerait la Révolution industrielle. A la place, le 28 août 1830, ils s’en sont pris à une batteuse mécanique.

Durant les semaines qui suivirent, ils en détruisirent une centaine, lors de ce qu’on a appelé les Swing Riots.

Comme tout le reste, le travail est soumis à des innovations, des tendances et des changements de prix. Personne ne sait combien vaut une heure du temps de quelqu’un.

Ce sont les marchés qui le découvrent. Les prix grimpent en général lorsque la main d’œuvre est rare (pendant la guerre, par exemple… ou après une épidémie). Ils baissent lorsque beaucoup de gens se font concurrence pour peu d’emplois.

Généralement aussi, les gens sont heureux des prix découverts par le marché lorsqu’ils grimpent — quand les salaires baissent, en revanche, c’est l’émeute.

Les chiffre du Bureau américain des statistiques de l’emploi publiés vendredi ont fait le bonheur de la plupart des observateurs. CNBC nous en dit plus :

 « La hausse surprise des salaires en août pourrait être le signe de leur croissance continue à l’avenir — une bonne nouvelle pour les salariés et un feu vert pour la Fed en matière de hausse des taux.

 La main d’oeuvre a augmenté de 201 000 personnes en août, soit 10 000 de plus que prévu, mais la grande surprise provenait de l’augmentation de 0,4% du salaire horaire moyen, le double de ce qui était prévenu sur une base mensuelle. Grâce à des révisions dans les données de juin et juillet, les salaires ont augmenté au taux annuel de 2,9% le mois dernier […].

 Le taux de chômage est resté à 3,9% alors que les économistes s’attendaient à ce qu’il décline d’un dixième de point. Il y a eu plus de créations d’emplois que prévu en août, mais une révision à la baisse de 50 000 emplois sur juin et juillet a fait baisser la moyenne à trois mois à 185 000. Le taux de participation était lui aussi décevant, chutant de 0,2 pour passer à 62,7%, son niveau le plus bas en 15 mois, peut-être à cause de travailleurs prenant leur retraite ».

« Au-delà du plein emploi »

Si l’on regarde uniquement les gros titres, on pourrait se dire que l’économie ne se porte pas trop mal. « La croissance des salaires atteint un sommet de neuf ans », titrait par exemple l’Investor Business Daily.

Il suffit de quelques secondes, cependant, pour réaliser que le tableau est faux. Les salaires ont augmenté de 2,9% le mois dernier, mais les prix aussi. En net, le salarié ne s’en tire pas mieux — et c’est la même histoire depuis 40 ans.

Quant à ceux qui espèrent une croissance des salaires réels, ils vont être déçus. Depuis le début du siècle, quelque 16 millions de travailleurs ont disparu de la population active américaine.

Ils se font discrets parce qu’ils n’ont pas pu trouver de travail suffisant pour vivre. Aujourd’hui, les Etats-Unis sont censés être « au-delà du plein emploi », ce qui implique une « pénurie de main d’œuvre ».

Mais si de vrais emplois rapportant de bons salaires apparaissaient, ce déficit serait rapidement comblé : les gens reviendraient dans le bassin de main d’oeuvre.

Et si les Américains au chômage ne veulent pas travailler, il reste quand même 500 millions de personnes en Inde et en Chine — et un nombre infini de robots et d’ordinateurs — prêts à travailler pour moins de 5 $ par jour.

La semaine dernière, par exemple, un article de Bloomberg nous annonçait que les algorithmes informatiques remplaçaient les vendeurs :

 « Les fabricants de logiciels réduisent leur dépendance aux représentants sur le terrain depuis quelques années, puisqu’ils vendent plus de logiciels basés sur le cloud. A présent, de grandes entreprises de la distribution, comme US Foods Holding Corp. et W.W. Grainger Inc., réduisent leurs équipes de vente, sur le terrain et en magasin. Dans certains cas, les représentants verront leur salaire augmenter, puisqu’ils seront libres d’aller chercher des clients plus lucratifs. De nombreux autres, en revanche, verront inévitablement leur rémunération chuter, selon les consultants en e-commerce ».

Ce qu’il se passe en réalité, c’est que le système d’argent factice falsifie aussi le marché du travail. Les appareils permettant d’économiser du travail devraient augmenter la productivité de la main d’oeuvre et des capitaux (production/coût).

Les prix devraient chuter : ainsi, même avec des salaires en stagnation, les travailleurs devraient voir leur condition s’améliorer.

[NDLR : Vous pouvez mettre un peu de votre épargne en dehors de ce système d’argent falsifié. Découvrez comment en écoutant ce débat.]

Au lieu de cela, les autorités ont gonflé la masse monétaire avec de l’argent factice et ont fait grimper les prix — surtout ceux des actifs financiers comme les actions et les obligations. Cela a largement amélioré la fortune des détenteurs d’actifs (les riches, en d’autres termes).

Les travailleurs, en revanche, n’ont rien suite à cette amélioration de la production.

Des millions d’emplois ont été perdus lorsque les machines ont commencé à transpirer dans les champs — mais les salaires réels ont quand même augmenté… jusqu’en 1980 environ.

Depuis, ils stagnent plus ou moins.

Que s’est-il passé ? Restez à l’écoute !

 

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Bill Bonner
Bill Bonner
Fondateur de AGORA

Né en 1948, Bill Bonner est le fondateur d’AGORA, le plus large réseau d’entreprises indépendantes de presse spécialisée au monde.

En 1978, depuis sa ville natale, Baltimore (Maryland, Etats-Unis), Bill Bonner a voulu développer un « marché » (« Agora » en grec) des idées. Pas de l’information homogénéisée telle que les médias grand public relayent sur nos écrans et journaux, mais une source d’idées diverses avec des opinions et des avis originaux, alternatifs et surtout utiles. Bill a à cœur d’aider les lecteurs à mieux comprendre le monde dans lequel ils vivent, et à agir en conséquence. Que ce soit en matière de géopolitique, de macro-économie ou tout simplement dans le domaine de l’épargne, Bill incite ses lecteurs à cultiver un esprit vif et anticonformiste.

« Parfois nous avons raison, parfois nous avons tort, mais nous sommes toujours dans le questionnement », telle est la devise de Bill.

Bill a également co-écrit des livres qui ont tous figuré dans la liste des best-sellers du New York Times et du Wall Street Journal : L’inéluctable faillite de l’économie américaine (2004), L’Empire des dettes. À l’aube d’une crise économique épique (2006) et Le Nouvel Empire des dettes. Grandeur et décadence d’une bulle financière épique (2010).

Dans son dernier livre, Hormegeddon, quand trop de bien nuit (2015), paru aux Belles Lettres (www.lesbelleslettres.com), Bill décrit ce qu’il advient lorsque l’on abuse d’une bonne chose dans les sphères de la politique, de l’économie et des affaires. En bref, trop de bien conduit au désastre.

Vous pouvez retrouver les notes de Bill au quotidien dans La Chronique Agora.

2 commentaires pour “Pourquoi les salaires stagnent-ils ?”

  1. Bill la batteuse moissonneuse me fait penser à d’autres inventions assez loufoques car par principe une mécanisation du travail est l’expression de la fainéantise de celui qui l’invente! Ne pas bosser pour gagner!

    Donc cette invention si géniale dont je parle c’est celle qui nous fait croire à l’illusion politico mercantile du XXIe siècle sur le recyclage des plastiques! Ben non, le recyclage des plastiques est un leurre pour qui connaît l’ingénierie chimique. Même et surtout les bouteilles en PET que l’industrie mégalomane de Coca-Cola ou autres multinationales du vol de l’eau(Veolia, Nestlé, etc.), le PET ne se recycle pas car il contiendra toujours des POP = Polluants Organiques Persistants, qui polluent non seulement toute notre chaîne alimentaire, les eaux de surfaces et les terres avec des micro polluants qui comme l’indique son nom sont invisibles à l’oeil nu mais responsables de toutes les maladie à la mode actuelle(lymphomes, maladies immunitaires, autres cancers, allergies, etc.) toutes ignorées par ces mêmes multinationales parasites de la création du néant superflu et que chacun d’entre nous y compris les dirigeants de ces dites multinationales qui la boivent tous les jours et les mangent tous les jours ignorent avec la plus grande ignorance et béate imbécillité mercantile: plus produire pour plus polluer sans autre but sinon l’unique à court terme de faire des bénéfices et mourir avant l’âge, milliardaire dans son cercueil. Bel avenir et belle mentalité.

    Donc, cette machine si extraordinaire est celle prétendant séparer le bon plastic sans retardateurs de combustion à celui qui ne possède pas de retardateurs de feu! Et Ce ne sont que quelques échantillons de la merde produite par la pétrochimie qui dirige la planète depuis le début du XXe siècle, introduite dans les bouteilles de PET ou autres emballages plastiques, mais aussi télécommandes, télévisions, smartphones, ordinateurs, câbles électriques, jouets utiles ou inutiles, habits, meubles, bref tout le consommable superflu!

    Les dinosaures ont survécus sur cette planète presque 200 Millions d’années, l’être humain, ou mieux l’HOMO SAPIENS( l’homme qui sait!!) lui n’existe que depuis 200’000 ans et il sait qu’il se détruit par sa connerie consumériste – car seul le capitalisme est la foi inébranlable! C’est la VERITE! – et y va joyeusement! La Terre, elle dira « Ouf! » à sa disparition. 🙂

  2. Vous avez raison Amora, c’était tellement mieux avant, lorsque l’homme avait une espérance de vie inférieure à 40 ans, lorsqu’une épidémie de grippe emportait des dizaines de millions d’âmes, lorsque l’on pouvait mourir d’une petite infection dentaire, et que l’on regardait une partie de ses enfants (les moins résistants) mourir dans leurs jeunes années… A bas le progrès !
    On pourrait aussi interdire les livres, on sait jamais, ils pourraient donner l’idée à certains de s’émanciper, de chercher à comprendre la complexité du monde et pire, de chercher à l’améliorer.
    Vive les dinosaures !

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