Pourquoi les riches deviennent-ils plus riches ?

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LA CHRONIQUE AGORA
Paris, France
Jeudi 9 mars 2006
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*** Marchés toujours machos ?
Philippe Béchade revient sur la Journée de la femme…

*** Des objets en mouvement
Les théories d’Isaac Newton s’appliquent aussi aux marchés…

*** Pourquoi les riches deviennent-ils plus riches ?
Bill Bonner cherche — et trouve — une réponse…

*** Le glorieux empire de dette américain (1)
Bill Bonner ne se lasse jamais de vous faire partager le bonheur d’être Américain…

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Bonjour,

*** MARCHES TOUJOURS MACHOS ?

** Ce mercredi 8 mars reste symboliquement marqué par la célébration du 50ème anniversaire de la création du planning familial, ce qui justifie chaque année l’inscription au calendrier d’une Journée de la femme… les hommes devant se contenter des 364 restantes (et 365 les années bissextiles).

Nous n’avons pas détecté de progrès notables par rapport à l’an passé, puisque 100% des entreprises inscrites sur le CAC 40 restent dirigées par des PDG de sexe masculin. C’est le même tableau univoque pour 95% des administrateurs des sociétés cotées sur le SBF 120. Seul Publicis compte cinq femmes parmi les instances dirigeantes, et BNP Paribas compte à notre connaissance deux administratrices ; AXA et Michelin ont également offert un siège à des représentantes de ce qu’Aragon dénomme la meilleure moitié de l’humanité.

Selon une étude réalisée aux Etats-Unis concernant les sociétés cotées sur le NYSE (New York Stock Exchange), les entreprises qui comptent au moins 10% d’administratrices sont en moyenne 30% plus performantes que celles qui ne font confiance qu’aux hommes pour prendre les ‘bonnes décisions’. Enron, par exemple, ne comptait aucune femme parmi les dizaines d’associés et chefs de départements du groupe.

Anne Lauvergeon demeure donc — tout comme l’an passé — la seule femme de nationalité française présidente d’une société cotée figurant dans le Top 25 européen (et même le Top 100, puisque Anne-Marie Idrac dirige la RATP, qui n’est pas une entreprise privée, tandis que sa nomination relève de l’autorité du Conseil des Ministres).

** Puisqu’il est question de la sphère institutionnelle, nous ouvrons une petite parenthèse pour citer un passage du discours du Président de la République, lequel inaugurait la Maison de la Mixité. Nous avons été sensible aux propos suivants : ‘aucune tradition, aucune coutume, aucune croyance ne sauraient prendre le pas sur les lois de la République’.

Au même moment aux Etats-Unis, le droit à l’avortement est supprimé dans le Dakota du Sud, avec l’approbation du gouverneur. L’Ohio s’apprête à lui emboîter le pas, ainsi qu’une demi-douzaine d’états de la Bible Belt du sud du pays. Affaire à suivre, car c’est maintenant à la Cour Suprême des Etats-Unis de se prononcer sur la constitutionalité de cette nouvelle loi votée par un des états souverains de l’Union.

Le débat promet d’être vif… car si le respect de la vie doit passer avant toute chose, de nombreux éditorialistes de la presse américaine s’interrogent sur l’opportunité de laisser les plus hautes personnalités siégeant à la Maison-Blanche continuer de faire usage d’armes de chasse alors que certaines de leurs facultés sont altérées par une vision déficiente et peut-être — comme le prétendent les mauvaises langues — par une moindre résistance aux effets de l’alcool.

** Wall Street, de son côté, ne semble pas baigner dans une euphorie qui pourrait découler d’un abus de champagne, ces derniers jours ; les stocks sont au plus bas dans les meilleures ‘cantines’ de New York, certains restaurants huppés sont au bord de la pénurie, ainsi que de grands hôtels fréquentés par la jet-set et le gratin de la finance internationale.

Le Nasdaq, qui reculait de 0,35% à la mi-séance, aligne d’ailleurs une cinquième séance de repli consécutif. Il préserve à grand’peine le petit support technique des 2 260 points, plombé par la chute de Google (-3%), qui a prévenu la SEC d’une erreur dans la communication de certaines de ses prévisions. Cette mise au point concerne notamment le rythme de progression des revenus publicitaires (9,2 milliards de dollars de recettes estimées) annoncés le 2 mars dernier dans le cadre d’une réunion d’analystes : il ne s’agit pas d’un engagement sur les résultats de la part de la société, tout au plus d’une estimation.

Le recul de Wall Street semble avoir indisposé beaucoup d’investisseurs à travers l’Europe. Cependant, le CAC 40 a largement limité la casse en fin de séance, ne cédant que 0,45% alors que l’Eurotop 100 affichait un repli de 0,6% dans le sillage de Francfort (-1,15%), Milan et Londres (-0,6%), puis Amsterdam (-0,85%).

Paris a bénéficié en fin de journée d’un retour en force des acheteurs (8,2 milliards d’euros négociés sur l’ensemble du SRD, c’est considérable), mais les échanges se sont concentrés sur Suez, Total et BNP Paribas, avec deux milliards d’euros de transactions pour ce seul trio.

** Peu de statistiques à se mettre sous la dent hier de part et d’autre de l’Atlantique. La seule indication macro-économique du jour provenait du spectaculaire gonflement des stocks de pétrole brut aux Etats-Unis (évaluation hebdomadaire), qui ont augmenté d’un coup de 6,8 millions de barils. Les stocks d’essence, quant à eux, reculent de 1,1 millions de barils, et le fioul de 2,7 millions de barils.

Le cours du pétrole chutait de 2,2% hier soir sur le NYMEX ; le WTI s’inscrit à 60,2 $ contre 64 $ au plus haut lundi. La tendance baissière du baril de brut coïncide à nouveau avec le net repli des marchés obligataires. Il en résulte une sévère correction des Bunds et des OAT, dont le rendement se tend à 3,63%, pulvérisant un nouveau plafond annuel dans le cadre d’un rééquilibrage par rapport aux bons du Trésor américain, qui continuent d’afficher les plus hauts chiffres observés depuis mai 2004, soit 4,74% (contre 4,77% la veille).

Le spread euro/dollar (sur une maturité de 10 ans) se contractait donc de 117 points mardi soir vers 111/112 points mercredi. Si la Fed doit resserrer son taux directeur au-delà du consensus des 5,25%, la BCE devra suivre et ajouter 0,25 point sur le ‘repo rate’ par trois fois — voire quatre fois — cette année afin de maintenir l’écart de rémunération sous le seuil technique et psychologique des 200 points de base par rapport au Prime Rate.

La principale victime des arbitrages entre matières premières et produits obligataires fut incontestablement l’once d’or qui chute de 15 $ à 539 $ l’once. Certaines valeurs minières viennent ainsi de plonger de 20% en l’espace d’une semaine, et les premières opportunités de rachat commencent à se dessiner, comme vous pourrez le vérifier sur notre audiotel, au 0899 707 009*, à l’occasion des prochains messages.

Les aurifères apportent donc aujourd’hui, par leur attractivité, leur petite touche de féminité… mais un machisme tenace continue de prédominer dans la sphère financière !

Philippe Béchade,
Paris

*(1,35 euros l’appel + 0,34 euro/minute)

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Il y a six mois de cela, la donne financière a radicalement changé… et les conséquences commencent seulement à se faire sentir.

Cinq en particulier représentent un danger immédiat pour votre portefeuille… tandis qu’une autre pourrait vous rapporter des profits à trois, voire quatre chiffres.

Pour en savoir plus…

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Eric Fry nous donne les dernières nouvelles de Wall Street

*** DES OBJETS EN MOUVEMENT

** ‘Un objet en mouvement tend à rester en mouvement, à moins qu’il ne soit contrecarré par une force opposée’, a déclaré Sir Isaac Newton il y a plus de 300 ans de cela… Et on dirait qu’une tendance similaire règne sur les marchés.

- Maintenant que les matières premières en général — et les métaux précieux en particulier — sont en mouvement, combien de temps vont-ils le rester ? Nous n’avons pas le don de voyance, mais nous serions assez d’accord avec la Loi de Newton sur le sujet. L’or et l’argent continueront à rebondir jusqu’à ce qu’ils soient ‘contrecarrés’ par une force monétaire globale crédible. Actuellement, cependant, le régime monétaire en place dans le monde est tout simplement incroyable.

- Le plus grand pays débiteur de la planète imprime des quantités illimitées d’argent, que les nations les plus créditrices de la planète re-prêtent au plus grand débiteur. Cette devise spéciale, appelée ‘le dollar’, possède un indéniable cachet — malgré le fait qu’elle n’ait pas la moindre valeur intrinsèque. Plutôt incroyable, non ?

** Nous nous demandons donc de combien l’or et l’argent pourraient grimper avant qu’une force contraire n’arrête leur mouvement à la hausse. A nouveau, nous ne sommes pas extra-lucide, mais un doublement des cours actuel serait un scénario ‘de base’ réaliste.

- Comme nous l’avons noté hier, Paul Mylchreest, analyste chez Chevreux, prédit que le prix de l’or flirtera avec les 1 000 $ l’once d’ici 2008. Pour apporter foi à sa prédiction, il présente l’analyse suivante :

- ‘La moyenne à long terme du ratio or/pétrole tourne autour de 16, mais n’est actuellement qu’à 8,6. L’argument selon lequel le pétrole a subi une augmentation structurelle du prix à cause de la difficulté à trouver de nouvelles réserves pourrait également s’appliquer à l’or, tandis que la production ralentit et que les réserves se détériorent… Un multiple de 16 sur un cours du brut de 60 $ donnerait un prix de l’or de 960 $ l’once.’

- En appliquant une logique similaire aux valeurs du marché, raisonne Mylchreest, ‘le ratio Dow Jones/or compare la performance des actifs financiers papier, les actions dans ce cas, avec celle de l’or (l’ultime réserve de valeur)… A son sommet en 2000, le Dow s’échangeait à plus de 40 fois le prix de l’or. Au plus bas des deux principaux cycles de crédit des 100 dernières années, 1933 et 1980, le ratio Dow/or a chuté à 1-2 fois. Depuis l’effondrement de Bretton Woods en 1971, le ratio Dow/or a atteint en moyenne 12,5. En appliquant un prix du Dow à 11 000, ainsi, cela impliquerait un prix de l’or de 880 $.

- Hmm… cela semble plausible. Mais d’ici 2010, 2011 et au-delà, un menu plus attirant de comparaisons et de mesures pourrait s’appliquer.

- Par exemple, si le prix de l’or devait revenir au pic du ratio or/pétrole des 20 dernières années, il se vendrait à 1 800 $ l’once. Ou si le prix de l’or devait revenir à son sommet record de 850 $ l’once, ajusté à l’inflation, il se vendrait à 2 178 $. Pour terminer, si le prix de l’or devait revenir au sommet du ratio or/Dow des 20 dernières années, il se vendrait environ 3 000 $ l’once.

- Qu’il est agréable de rêver…

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Bill Bonner, co-fondateur de La Chronique Agora, à Londres

*** POURQUOI LES RICHES DEVIENNENT-ILS PLUS RICHES ?

** Pourquoi les riches deviennent-ils plus riches ? Pourquoi les pauvres deviennent-ils plus pauvres ?

* Nous avons posé la question hier à notre collègue Lila Rajiva. Puisqu’elle vient d’Inde, nous nous sommes dit qu’elle y avait peut-être réfléchi :

* ‘Les riches ont une meilleure formation ; ils ont tendance à épargner leur argent, ils investissent et ils possèdent des capitaux. Oh — mais vous voulez peut-être savoir pourquoi les riches deviennent plus riches en ce moment ?’

* ‘Oui, désolé, c’est bien ça’. Nous voulions savoir pourquoi les riches s’enrichissent, maintenant, à la vitesse grand V, tandis que les pauvres restent pauvres. Mais la question doit être encore éclaircie. Parce que tous les ‘riches’ ne deviennent pas plus riches, et tous les pauvres ne le restent pas. Par exemple, le travailleur américain moyen — qui doit ressembler à Crésus en personne pour un balayeur de Mumbai — a du mal à joindre les deux bouts. Le revenu disponible de sa famille a en fait baissé depuis trois ans.

* Par contre, le travailleur chinois ou indien qui a pu obtenir un emploi dans un atelier décent a vu ses propres revenus grimper en flèche — en moyenne, ils ont doublé ces dix dernières années. Il ne gagne encore que 5% de ce qu’un ouvrier de GM obtient, mais il gagne du terrain rapidement. Proportionnellement, le travailleur américain s’appauvrit, tandis que le travailleur asiatique s’enrichit.

* Nous ne voyons rien de mal à cela. A la Chronique Agora, nous mettons notre main sur notre portefeuille, nous buvons un verre et nous nous alignons aux côtés de George W. Bush et de Thomas L. Friedman en faveur du libre échange. Non que nous soyons d’accord avec eux d’un point de vue philosophique ou idéologique ; simplement, nous n’aimons pas qu’on nous dise ce que nous devons faire. Mais nous ne sommes pas non plus assez bête pour penser que tout le monde profite tout le temps de la mondialisation… ou assez menteur pour dire que les Américains s’en sortiront vainqueurs. Ce ne sera pas le cas.

** Enfin, ce sera le cas pour certains, bien entendu, parce que c’est ce que fait la mondialisation. Voici comment ça marche :

* Prenons des bananes. On peut probablement les faire pousser en Islande, mais cela reviendrait assez cher. Mieux vaut laisser les Nicaraguayens faire pousser des bananes, tandis que les Islandais se concentrent sur le hareng saur. C’est ce que le grand économiste David Ricardo a appelé ‘la théorie de l’avantage compétitif’. Elle déclare qu’on devrait faire ce qu’on sait faire de mieux — et laisser les autres faire ce qu’ils font de mieux. C’est le principe de la mondialisation. C’est ce qui attire les capitaux vers les usines chinoises, et les entreprises vers les centres d’appels indiens. Les coûts de main d’oeuvre sont bien moins chers, si bien qu’ils peuvent produire plus, pour un coût moindre. Ils ont donc un avantage compétitif sur des entreprises occidentales similaires.

* La théorie de l’avantage compétitif est quasi-certainement correcte, dans le sens où plus les gens se concentrent sur leur point fort, mieux tout le monde se trouve. Et il est probablement vrai que la production mondiale augmente à mesure que de plus en plus de gens en Asie intègrent l’économie moderne.

* Mais bien entendu, quand trois milliards de personnes sautent dans le bassin de l’emploi mondial… les éclaboussures sont inévitables. Et des gens se retrouvent forcément éclaboussés.

** Ce qui nous ramène à la question originale. Pourquoi les riches deviennent-ils plus riches, et les pauvres plus pauvres ?

* Parce que les gens riches ont du capital et que le capital est mobile, déclare Lila. La main d’oeuvre ne peut bouger, du moins pas facilement. Les propriétaires d’actions GM n’ont pas à accepter les niveaux de salaires exigés par les syndicats automobiles. Une fois que les usines des entreprises sont usées, que leurs plans retraite et leurs mutuelles plient sous le poids des travailleurs retraités, plus nombreux que les travailleurs actifs, les actionnaires peuvent vendre. Ils peuvent acheter les actions d’un sous-traitant automobile chinois ou indien. Et aux Etats-Unis, que peuvent faire les travailleurs ? Ils ont perdu tout pouvoir de négociation. Ils doivent accepter le déclin des salaires relatifs ; ils n’ont pas le choix.

* Cela met les capitalistes en excellente position. Leurs ventes grimpent, mais pas leurs coûts de main d’oeuvre. Les profits grimpent. Les gens qui avaient de l’argent ne tardent pas à en avoir plus. Les riches deviennent plus riches. Il ne s’agit pas seulement des riches actionnaires à New York ou Londres, mais aussi des riches propriétaires d’usines à Shanghai, des riches producteurs sidérurgiques à Jamshedur, et des riches producteurs de champagne à Reims. Ils viennent ensuite tous à Londres pour y acheter des appartements hors de prix.

* Mais posons la question une fois de plus, afin de pouvoir y apporter une réponse légèrement différente. Pourquoi les riches profitent-ils tant de la mondialisation, alors que ce n’est pas le cas des classes laborieuses, au moins en Occident ?

* La réponse est simple. Parce que la quantité de biens manufacturés, et des gens qui les produisent, s’est soudain agrandie, ce qui n’est pas le cas de l’offre de capital — du moins pas aussi rapidement.

* Les gens n’ayant que leur propre travail à offrir entrent sur un marché d’acheteurs. Les gens ayant des capitaux, par contre, profitent d’un marché de vendeurs, sauf lorsqu’ils vont dépenser leur argent.

* Il se peut qu’il y ait des milliards de salariés supplémentaires dans l’économie mondiale qu’il n’y en avait il y a vingt ans de cela. Mais combien d’autres maisons y a-t-il au centre de Londres ? Combien de tableaux de Cézanne ? Combien de propriétés en bord de mer à Malibu ou South Beach ? Combien de pétrole en plus ? Combien d’or ? Ce sont là des actifs qui appartiennent aux riches. Et tandis que de plus en plus de gens riches se font concurrence pour les obtenir, les prix de ces actifs grimpent. Les riches deviennent plus riches.

* Et voilà, cher lecteur, pourquoi il vaut mieux être riche que pauvre, surtout sur cette nouvelle planète mondialisée.

—————————– (publ.)

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*** La Chronique Agora présente ***

Prenez quelques minutes pour admirer le magnifique empire américain… les bulles, la dette, les déficits et la fraude. Bill Bonner part en exploration…

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LE GLORIEUX EMPIRE DE DETTE AMERICAIN — 1ère PARTIE
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Par Bill Bonner (*)

Prenons un instant pour contempler le grand Empire de Dette américain. C’est le plus grand édifice de dette jamais érigé. Il soutient l’économie mondiale la plus magnifique de l’histoire. Il amène plus de richesse à plus de gens que n’importe quel autre système jamais conçu.

Non seulement il est incomparablement efficace, il est aussi incommensurablement distrayant. Parce qu’il fait briller des casques et voler des bannières ; il possède ses intellectuels et ses gladiateurs ; ses César, ses Antoine, ses Néron et ses Caligula. Il a ses temples, son forum, son Capitole, ses sénateurs ; sa garde prétorienne ; sa Via Appia ; ses proconsuls, ses centurions, et des légions dans le monde entier, des jeux du cirque dans la mère-patrie et des guerres coûteuses à la périphérie.

L’Empire romain reposait sur un modèle classique de finance impériale. Sous une pyramide de relations complexes et nuancées se trouvaient des fondations de tributs, formées par le dur rocher de la force brute. L’empire de dette américain, de son côté, ne tient pas tel une solide pyramide de confiance, d’autorité et de relations de pouvoir, mais tel un taudis branlant d’illusions, de fraude et de malentendus.

‘Mon inspecteur des impôts me harcèle… Vous savez, au niveau où est l’immobilier’. En juin 2005, NBC citait une jeune femme qui venait d’acheter une deuxième maison dans un complexe du Colorado. Selon le rapport, plus d’un tiers des maisons vendues lors des 12 mois précédents n’étaient pas des résidences principales, mais des résidences secondaires ou des investissements.

Au bas de la pyramide, on trouve de petits agents répandant tromperies et désinformation — comme l’inspecteur des impôts précité. On penserait qu’une jeune femme pourrait faire confiance à son conseiller fiscal certifié pour lui donner des conseils avisés. Au lieu de cela, il la pousse à s’intéresser au marché immobilier le plus bouillant de l’histoire américaine. Bien entendu, elle est tombée dans le panneau, aidée sans aucun doute par tout un secteur de menteurs professionnels. Des articles de presse nous disent que les experts surévaluent souvent les propriétés afin de conclure un accord. Les organismes de prêt savent parfaitement que les estimations sont mensongères, mais ils se contentent de fermer un oeil… tout en fermant l’autre sur les fausses déclarations de revenus de l’emprunteur. Toujours selon la presse, les prêteurs ne vérifient plus les déclarations de revenus. Ils sont devenus aveugles !

En Californie, les prix des maisons devancent les revenus de si loin que c’est à peine si un acheteur sur dix peut se permettre la maison moyenne. Cependant, grâce à la ‘finance créative’, on vend plus de maisons que jamais. Ainsi, les fondations de la pyramide de dette sont posées sur un lit de tromperie mutuelle et de cupidité, et couvertes par une autre couche de mensonges. Les prêteurs ne restent pas pour vérifier comment les prêts tournent. Au lieu de cela, ils font semblant que le crédit est sain, et emballent les prêts hypothécaires dans des packages assez pratiques pour que les investisseurs puissent les acheter. Les financiers savent parfaitement que nombre d’acheteurs ne peuvent pas vraiment se payer la maison qu’ils achètent, mais ils ne jugent pas utile de le mentionner. Pas plus que les investisseurs ne veulent le savoir.

Ils font partie de l’arnaque eux aussi. Les plus intelligents d’entre eux ont même compris comment elle marche : la Fed maintient les taux courts sous le taux d’inflation de manière à ce que les gens investissant dans le financement de prêts hypothécaires de long terme et les acheteurs d’obligations du Trésor US puissent faire des profits faciles.

Plus haut sur les marches de la dette impériale, on trouve des légions entières d’analystes, d’économistes et d’empêcheurs de tourner en rond dont le rôle est de nous faire avaler six choses impossibles avant le petit-déjeuner, et douze autres avant le dîner. Les charlatans du Bureau américain des statistiques de l’emploi font aux chiffres ce que les gardes de Guantanamo font aux prisonniers. Ils les rudoient à tel point qu’ils sont prêts à dire n’importe quoi. Ces mauvais traitements sur statistiques permettent aux Américains de se mentir à eux-mêmes sur leur économie. Elle est saine, disent-ils. Elle se développe. Elle est stable. Tous ces prétendus faits ne sont guère plus que des tergiversations élaborées.

Les économistes, les commentateurs et les décideurs prennent ces distorsions et y ajoutent leur propre sauce. Il est évident pour quiconque prend la peine d’y réfléchir qu’une économie qui dépense plus qu’elle ne gagne est en déclin. Mais essayez de trouver un économiste prêt à le dire ! Ils ressemblent aux riches notables du temps de Trajan, qui faisaient le travail de l’empereur, qu’ils fassent partie de son équipe ou non. Ils vous diront que l’économie américaine se développe, mais ce développement ressemble à ce qui se passe lorsqu’un boulimique s’échappe d’un centre de cure. Plus son escapade dure, plus son état empire.

La suite dès demain…

Meilleures salutations,

Bill Bonner
Pour la Chronique Agora

(*) Bill Bonner est le fondateur et président d’Agora Publishing, maison-mère des Publications Agora aux Etats-Unis. Auteur de la lettre e-mail quotidienne The Daily Reckoning (290 000 lecteurs), il intervient dans La Chronique Agora, directement inspirée du Daily Reckoning. Il est également l’auteur du livre ‘L’inéluctable faillite de l’économie américaine’, disponible en librairie ou en cliquant ici.

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