La planche à billets lutte-t-elle contre la pauvreté ?

Rédigé le 5 juillet 2016 par | Article, Bill Bonner, Croissance, pays émergents Imprimer

L’économiste Jean-Baptiste Say a démontré, il y a plus d’un siècle, que la demande réelle ne peut venir que de la production et non pas de l’augmentation de la masse monétaire. Si la planche à billets pouvait éradiquer la pauvreté, depuis le temps, cela se saurait.

L’idée de créer et de doper la  » demande  » en émettant de l’argent n’a rien de nouveau. C’est de loin la façon la plus simple de stimuler la croissance de la demande. Vous émettez de l’argent (ou vous stimulez le crédit). L’économie digère ce nouveau pouvoir d’achat et le confond avec la demande réelle. Les ventes augmentent. Les prix augmentent. Et l’expansion suit.

Mais cette expansion est peine perdue. Jean-Baptiste Say l’a expliqué il y a plus de cent ans.  » La loi de Say  » énonce que la demande réelle ne peut venir que de la production, et non d’une planche à billets ou de l’expansion du crédit.

Ce n’est pas quelque chose que l’on a appelé  » la bonne idée de Say « , ou  » la suggestion de Say « , mais bien  » la Loi de Say « , car elle est semblable à la Loi de la gravité. Vous pouvez faire comme si elle n’existait pas. Vous pouvez l’ignorer (pendant un temps). Mais comme toutes les lois de la nature, elle finit par avoir le dernier mot.

L’endettement ne peut augmenter la demande car il s’agit simplement d’un accord entre personnes.

L’épargnant transfère son épargne à quelqu’un d’autre. Il n’y a pas d’augmentation de la demande, simplement un transfert d’une personne à une autre… ou d’une période vers une autre.

Produire plus pour gagner plus

Afin d’augmenter le pouvoir d’achat réel, la production réelle doit augmenter. Les gens doivent produire plus. Et gagner plus.

La demande provient des revenus réels, et la productivité est, plus ou moins, le moteur des revenus. L’investissement de capitaux est le moteur de la productivité. Lorsque vous dépensez moins que ce que vous produisez, vous créez du capital. Mais en décourageant l’épargne, cette masse  » d’argent de substitution  » supprime l’investissement de capitaux, l’innovation et la productivité.

A la place, cet argent sert uniquement à gagner encore plus d’argent, en passant outre tout ce processus d’épargne, d’investissement, de croissance de la productivité et des revenus qui, normalement, fait progresser l’économie.

Les rachats d’actions, les fusions-acquisitions, les carry-trades… les ventes aux enchères d’œuvres d’art.

Une demande stimulée de façon artificielle – puisant dans des taux d’intérêt bas ou de l’argent fraichement imprimé – fait baisser la demande réelle, en fait. Cette demande réelle exige un processus fastidieux fait d’épargne et d’investissements affectés à de nouvelles capacités de production.

L’argent facile décourage les investissements à long terme. Aux États-Unis, la croissance déçoit et a ralenti au premier trimestre. Le niveau des investissements corporels, en déclin, constitue encore l’un des problèmes les plus importants. Au lieu d’investir en vue de produire plus de richesses, on a recours au crédit pas cher afin de spéculer, de faire grimper le cours des actions et de produire des gains rapides et faciles. En manque d’investissements réels, la productivité décline véritablement… entrainant avec elle la demande réelle.

La fausse demande ne stimule pas la demande réelle : elle l’élimine.

Ou, comme le sociologue Hans Hermann Hoppe l’a déclaré lors d’un débat avec le chroniqueur du New York Times, Paul Krugman, en 2013 :  » Si l’émission d’argent pouvait vraiment rendre les gens plus riches, alors dites-moi, M. Krugman, pourquoi la pauvreté existe-t-elle encore ? « 

La pauvreté existe toujours. Selon nos observations, elle sévit énormément partout.

Et si notre analyse est correcte, elle va sévir encore plus. Les politiques actuelles réduisant la formation de capitaux réels ainsi que la demande, et encourageant la spéculation, de plus en plus de gens de la classe moyenne vont dégringoler de quelques échelons, sur l’échelle bien confortable de la classe moyenne.

Vous avez peut-être également remarqué que les dernières données relatives à l’inflation n’augurent rien de bon pour les foyers à faibles revenus. Elles montrent une augmentation annuelle des prix de 2,8%. Cela signifie que la demande en faveur du crédit progresse aux niveaux les plus bas de la classe moyenne.

Au sommet, l’argent est devenu impalpable… pas cher… presque irréel. Les banques centrales tapotent les touches de leurs ordinateurs. D’énormes sommes d’argent liquide, sous forme numérique, dévalent les réseaux à la vitesse de la lumière… et débarquent dans les ordinateurs portables et iPhones par des moyens que nous ne comprenons même pas encore.

C’est ça  » l’argent de substitution « , personne ne l’a gagné. Personne ne l’a épargné. Et personne ne l’a prêté à un emprunteur solvable. S’il est perdu, à qui va-t-il vraiment manquer ?

Je ne sais pas. Mais plus les banques centrales émettent ce type d’argent, plus les gens se situant au bas de la classe moyenne ont besoin de l’ancien type d’argent. Et plus nous désirons ardemment trouver des entreprises qui ont les pieds sur terre et ne s’évanouiront pas en fumée lors de la prochaine tempête.


Quelles valeurs de votre PEA ne partiront pas en fumée lors de la prochaine tempête boursière ? Le PEA parfait existe-t-il ? La réponse est ici


Mots clé :

Bill Bonner
Bill Bonner
Fondateur de AGORA

Né en 1948, Bill Bonner est le fondateur d’AGORA, le plus large réseau d’entreprises indépendantes de presse spécialisée au monde.

En 1978, depuis sa ville natale, Baltimore (Maryland, Etats-Unis), Bill Bonner a voulu développer un « marché » (« Agora » en grec) des idées. Pas de l’information homogénéisée telle que les médias grand public relayent sur nos écrans et journaux, mais une source d’idées diverses avec des opinions et des avis originaux, alternatifs et surtout utiles. Bill a à cœur d’aider les lecteurs à mieux comprendre le monde dans lequel ils vivent, et à agir en conséquence. Que ce soit en matière de géopolitique, de macro-économie ou tout simplement dans le domaine de l’épargne, Bill incite ses lecteurs à cultiver un esprit vif et anticonformiste.

« Parfois nous avons raison, parfois nous avons tort, mais nous sommes toujours dans le questionnement », telle est la devise de Bill.

Bill a également co-écrit des livres qui ont tous figuré dans la liste des best-sellers du New York Times et du Wall Street Journal : L’inéluctable faillite de l’économie américaine (2004), L’Empire des dettes. À l’aube d’une crise économique épique (2006) et Le Nouvel Empire des dettes. Grandeur et décadence d’une bulle financière épique (2010).

Dans son dernier livre, Hormegeddon, quand trop de bien nuit (2015), paru aux Belles Lettres (www.lesbelleslettres.com), Bill décrit ce qu’il advient lorsque l’on abuse d’une bonne chose dans les sphères de la politique, de l’économie et des affaires. En bref, trop de bien conduit au désastre.

Vous pouvez retrouver les notes de Bill au quotidien dans La Chronique Agora.

6 commentaires pour “La planche à billets lutte-t-elle contre la pauvreté ?”

  1. Après toutes ces années de Chronique Agora, à répéter les mêmes choses…. Quand on se rend compte que les mesures gouvernementales ou les décisions des banques centrales n’améliorent pas l »économie réelle, il faut se poser les bonnes questions ! Vous aurez beau répéter aux autorités que ce n’est pas ci ce n’est pas ça mais plutôt si et plutôt ça qu’il faut faire pour relancer l’économie réelle, rien n’y fait les autorités font tout pour que notre économie plonge davantage ! Vous ne inquiétez pas les autorités ne sont pas si bêtes que ça, elles savent que leurs décisions coulent davantage l’économie ! Mais pour comprendre ça, il faut partir du principe qu’elles le font exprès ! Pourquoi couler sciemment l’économie ? Là est la question qu’il faut se poser ! C’est simple, des hommes qui ont de bons boulots et de bons salaires ne consentent pas à la guerre ! Alors pour que des hommes consentent à la guerre, il faut les rendre fauchés !

  2. D’ailleurs pour attester et prouver mon précédent commentaire, regardez le nombre de publicités à la télé, les affiches publicitaires dans le métro ou les abris bus qui se multiplie pour recruter à l’armée ! A Amiens, des militaires vont jusqu’à faire des recrutements à la fête foraine ! Il y en aussi sur les plages….. Les autorités n’ont pas (soit disant) pas d’argent pour relancer l’économie, notre état est en faillite se dit-il, mais malgré la faillite les autorités trouvent toujours de l’argent pour l’armée…… Pas d’argent pour l’économie réelle mais pour l’armée, on en trouve toujours….

  3. M. Bonner:
    Je rejoins vos analyses, mais je prétends y ajouter un plus : l’origine politique des choix économiques fait dans les années 1970. La loi de Say est formelle si production et productivité n’augmentent pas, la richesse réelle stagne ou diminue, même si la masse monétaire augmente.
    Ceux qui décidèrent de créer « l’argent-crédit » le savaient.
    Pourquoi sont-ils passé outre ?
    Pour détenir davantage de pouvoir politique.
    Essayons de répondre le plus simplement possible.
    Depuis les années 1920, le pouvoir dépend du vote des femmes, majoritaires électoralement car elles vivent plusieurs années de plus que les hommes. Dès lors, il était tentant de faire exploser la cellule familiale pour capter leurs votes. Lénine et Mao avaient déjà réussi, brièvement par le passé. Il suffisait de rendre la femme indépendante de son mari, économiquement.
    Dans la famille traditionnelle, l’homme pêche en mer et sa femme vend le poisson. Ou bien il cultive le blé et sa femme fait le pain, élève les poules avec ce blé et vend les œufs. La société industrielle avait déjà franchi une étape en mettant les femmes à l’usine. Mais le schéma restait dans la complémentarité : hommes- producteurs / femmes –consommatrices. L’histoire de J.B Godin, utopiste réformateur fondateur du « Palais Social » (1860/ 1884) est révélatrice. Cet industriel était aussi féministe. Aussi dès 1860, il décide de joindre à ses fonderies (avec 90% de personnel masculin) une bonneterie destinée aux femmes. Echec total : elles préfèrent rester au foyer. Il persiste et crée alors des emplois de services (éducatrices, vendeuses…) avec un certain succès.
    Ce fut le choix politique fait dans les années 1970 : favoriser la consommation et les consommatrices, au détriment de la production et des producteurs. On vit alors exploser les emplois féminins du tertiaire et diminuer les emplois industriels. Pari réussi : l’emploi féminin indépendant devint la norme. Par exemple, dans une petite épicerie, le couple est complémentaire. Dans un supermarché, même avec les mêmes emplois (homme magasinier, femme caissière) ils sont indépendants.
    Bien sûr, avec une production en berne, la richesse ne suivait pas. On décida alors de « mondialiser » la production pour faire baisser les coûts.
    Bingo ! Dans un Occident qui ne produit plus rien, tout le monde est dans le commerce ou les services, ces emplois que les femmes plébiscitent.
    Politiquement, c’est très rentable.
    Le problème c’est que la richesse réelle est partie à l’étranger, avec la production.
    Mais nos élus ont la solution : faire tourner la planche à billets. Toujours plus vite. Jusqu’au moment où nos créditeurs, les vrais créateurs de richesse nous tendront la note.
    Qu’importe ! Une personnalité politique ne sait pas calculer au-delà de la prochaine élection.

  4. Gasti … Crediteur debiteur c est aussi un rapport de force. Les poltiques pensent que cesr mieux comme ca pour faire se lever les gens le matin. Mais c clair que les gens veulent maintenant une autre histoire marketing, et les politiques sont debordés.

  5. Bga80. Le boulot de hollande est de dtruire le plus possible, le plus vite possible les francais. Idem pour merkel avec les allemands. (N ont pas compris ^destruction creatrice^). Sinon la guerre 1418 provoquée par des globalistes industriels corrompus (clemenceau…), totalement inutile sauf qu elle a permis de tuer un maximum de francais et d allemands, ressemble bcp a l importation en f de l islam a l immigration musulmabne( totalement inutile et contrepriductive). Le but est de detruire unnmax de surcapacités, comme en grece! En finance: voyez sur goog des photos de la salle de marché de ubs a nyc avant 2008: ce sont des tranchées et il faut qu ils s y entretuent enttr eux un maximum.

  6. Oui j’ai bien compris depuis longtemps ! Regardez la courbe démographique de la France ! Les générations 60/70/80 sont les plus nombreuses. Déjà on a du mal a financer les retraites des générations 30/40/50 pourtant moins nombreuses que les 60/70/80. Alors autant dire qu’il sera impossible de payer des retraites pour les 60/70/80 (ces dernières générations n’ont servi de pigeons que pour prendre en charge les 30/40/50) donc maintenant que ces générations ont bien servies et arrivent bien aussi en âge de retraite in-finançable (sans compter les effectifs humains qu’il faudrait pour encadrer tout ça en maison de retraite) les autorités veulent s’en débarrasser.

Laissez un commentaire