Le plan fiscal de Trump est une imposture

Rédigé le 3 octobre 2017 par | Bill Bonner, Desinformation Imprimer

Une baisse d’impôts de 4 000 Mds$ qui rapporterait 1 000 Mds$ à l’Etat fédéral, le tout sans baisser les dépenses. La saison des miracles bat son plein.

Tu récolteras ce que tu as semé.

A chaque chose sa saison. Les marchés actions. Les empires. Les baisses d’impôt.

Ici, en France, c’est la saison des champignons. Ce week-end, notre ami François nous a révélé ses secrets. Il nous a proposé de nous montrer où trouver le cèpe, ce champignon très apprécié des gens du pays.

Amanite

Les champignons les plus éclatants et plus attirants sont vénéneux.

« Les champignons sont pointilleux », m’a-t-il expliqué.

« Tout doit être parfait. La température. L’humidité. La lumière. Certaines années, il y en a partout. D’autres années, ils sont introuvables. »

Chaque saison a sa raison d’être. Chaque saison comporte ses plaisirs et ses difficultés.

Il y a la jeunesse… le passage à l’âge adulte… la maturité… et la retraite. Si vous vivez jusqu’à l’âge de 80 ans, chacune de ces saisons occupe un quart de votre vie.

Vous grandissez. Vous apprenez. Vous gérez. Ensuite, au stade final… vous passez la main à quelqu’un d’autre.

Vos activités se développent et puis elles se contractent. Vous accumulez… et puis vous renoncez. Vous commettez des erreurs au cours d’une saison… et vous les payez à la suivante.

Aujourd’hui, nous nous penchons sur la saison d’automne… le moment où l’on doit faire face aux dettes.

Mais nous interrompons notre rêverie automnale pour une actualisation éclair : la semaine dernière, la loi phare de la Team Trump, une énorme réforme fiscale qui allait être un « miracle pour la classe moyenne », a vu le jour.

Et cette semaine, le miracle est mort.

Oui, il y a une saison pour les réformes fiscales, également. Un temps pour baisser les impôts. Un temps pour les augmenter. Et un temps pour éviter de se lancer dans des pertes de temps sacrément stupides. [NDLR : l’automne, c’est aussi la saison où tombent les feuilles d’impôts. Savez-vous que les taxes foncières sont truffées d’erreurs ? Cliquez ici pour découvrir comment les vérifier, les sept leviers à votre disposition pour réduire la valeur locative de vos biens et quatre façons d’obtenir jusqu’à 50% de réduction, abattements et remboursements.]

Un miracle du baratin et de l’arnaque

Le véritable miracle du plan fiscal de Trump et des républicains, c’est que personne ne l’a pris au sérieux, ne serait-ce que pendant 48 heures.

Tout ce qui s’y rapporte est soit une imposture, soit contradictoire… soit les deux, normalement.

C’est dans cette dernière catégorie affligeante – quelque part entre baratin et arnaque – que l’on doit ranger le commentaire formulé ce week-end par Steve Mnuchin, secrétaire au Trésor, lors de l’émission Meet the Press sur NBC :

« Avec notre plan, nous réduisons [progressivement] le déficit de 1 000 Mds$, et nous pensons que c’est une attitude responsable sur le plan budgétaire. »

Derrière cette déclaration remarquable se dessine un Mont de l’Olympe débordant de mythes et d’illusions, de dieux de la fiscalité qui s’ébattent lascivement avec des nymphes économiques et des satyres financiers.

On présume qu’en réduisant les taux d’imposition de base des entreprises de 35% à 20%, cela déclenchera une telle débauche d’investissements, d’emplois, de productivité et de revenus que l’Etat roulera bientôt sur l’or…

A tel point que non seulement cela financera les déficits actuels (qui s’élèveront bientôt à 1 000 $ par an), mais que cela financera aussi le coût de la baisse d’impôt (environ 4 000 Mds$, mais personne ne le sait vraiment car les lobbyistes de la fiscalité du Deep State n’ont même pas commencé à plancher là-dessus).

Que les dieux ont dû rire !

Imaginez… une baisse d’impôt de 4 000 Mds$ qui non seulement finirait « par s’autofinancer » mais qui rapporterait également 1 000 Mds$ au pays. Ca, c’est un vrai miracle.

Ou de la mystification.

Le taux d’imposition effectif des entreprises – ce que les entreprises payent sur leurs revenus imposables – n’est que de 22%. Ce n’est pas en le réduisant de 2% que cela va déclencher un renouveau économique.

La saison des hallucinations

Une baisse d’impôt considérable pour les classes moyennes – si elle était proposée, ce qui n’est pas le cas – ne changerait pas grand-chose non plus.

Les 75% de contribuables de la tranche inférieure ne contribuent qu’à hauteur de 14% aux recettes fiscales de l’Etat, et leur taux d’imposition moyen se situe au-dessous de 10%.

Ni les entreprises ni la classe moyenne ne sont de grands contribuables. Les grands contribuables, ce sont les riches, ces gens que la Team Trump a promis de ne pas favoriser.

Même si vous leur accordiez une baisse d’impôt – ce qui est réellement le but de cette proposition fiscale – il est peu probable que cela provoquerait davantage de croissance.

Pourquoi ?

Parce que les riches ne se précipitent pas dehors pour dépenser tous les dollars supplémentaires qui leur tombent entre les mains. Ils préfèrent les investir.

Mais attendez… plus d’investissement… plus de dépenses en équipements… plus d’emplois… plus de productivité… c’est ce que nous voulons, non ?

Oh, cher lecteur, si seulement c’était aussi simple !

Si les capitalistes avaient davantage de capital entre les mains, cela devrait produire davantage d’investissements et de production. Les bulbes et les semences du printemps devraient faire pousser des emplois pendant l’été et des bénéfices à l’automne.

Mais l’Etat a dénaturé le sol. A présent, les saisons ne récompensent plus l’épargne et le travail. Elles récompensent la corruption et le gaspillage.

L’Etat a maintenu les taux d’intérêt à court terme près de zéro pendant ces huit dernières années.

Les entreprises ont eu accès à tout l’argent qu’elles voulaient pour investir. Corrigé de l’inflation, cet argent a été gratuit. Et qu’en ont-elles fait ?

Ont-elles construit de nouvelles usines… embauché et formé de nouveaux salariés… développé davantage d’infrastructures… vendu davantage de produits de meilleure qualité… amélioré leurs services et augmenté leurs bénéfices ?

Non.

Le taux d’investissement des capitaux nets réels (corrigés de l’inflation) a chuté. A la place, les entreprises américaines ont dépensé 5 500 Mds$ – essentiellement empruntés – au cours de ces 10 dernières années, pour racheter leurs actions et les annuler (une façon de faire augmenter le cours de l’action pour les actionnaires restants).

Comme vous le montrent ces deux graphiques, les ventes des entreprises sont à peine revenues à leur niveau de 2007 alors que l’endettement de ces entreprises s’est envolé.

Evolution des chiffres d'affaire trimestriels des entreprises américaines depuis 2007

Dette des entreprises non financières (emprunts, traites, obligations)

Nous n’avons jamais craché sur une baisse d’impôt. Celle-ci – si elle devait passer – ne fait pas exception. Elle nous ferait économiser énormément d’argent.

Même aujourd’hui, à la saison de l’hallucination et de la corruption, la baisse d’impôt proposée est un chef-d’oeuvre d’absurdités empaquetées dans une escroquerie.

Elle ne ferait rien pour la classe moyenne, ni pour l’économie.

Les baisses d’impôt permettent aux gens de conserver une plus grande part de leur argent. Ensuite, ils concluent des accords gagnant-gagnant et l’économie progresse.

Mais cette économie ne manque pas d’argent : elle a trop d’argent falsifié prêté à des taux d’intérêt bidon.

Ce qu’il manque, c’est de l’argent honnête… et des gens honnêtes pour s’en occuper.

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Bill Bonner
Bill Bonner
Fondateur de AGORA

Né en 1948, Bill Bonner est le fondateur d’AGORA, le plus large réseau d’entreprises indépendantes de presse spécialisée au monde.

En 1978, depuis sa ville natale, Baltimore (Maryland, Etats-Unis), Bill Bonner a voulu développer un « marché » (« Agora » en grec) des idées. Pas de l’information homogénéisée telle que les médias grand public relayent sur nos écrans et journaux, mais une source d’idées diverses avec des opinions et des avis originaux, alternatifs et surtout utiles. Bill a à cœur d’aider les lecteurs à mieux comprendre le monde dans lequel ils vivent, et à agir en conséquence. Que ce soit en matière de géopolitique, de macro-économie ou tout simplement dans le domaine de l’épargne, Bill incite ses lecteurs à cultiver un esprit vif et anticonformiste.

« Parfois nous avons raison, parfois nous avons tort, mais nous sommes toujours dans le questionnement », telle est la devise de Bill.

Bill a également co-écrit des livres qui ont tous figuré dans la liste des best-sellers du New York Times et du Wall Street Journal : L’inéluctable faillite de l’économie américaine (2004), L’Empire des dettes. À l’aube d’une crise économique épique (2006) et Le Nouvel Empire des dettes. Grandeur et décadence d’une bulle financière épique (2010).

Dans son dernier livre, Hormegeddon, quand trop de bien nuit (2015), paru aux Belles Lettres (www.lesbelleslettres.com), Bill décrit ce qu’il advient lorsque l’on abuse d’une bonne chose dans les sphères de la politique, de l’économie et des affaires. En bref, trop de bien conduit au désastre.

Vous pouvez retrouver les notes de Bill au quotidien dans La Chronique Agora.

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