Où est-ce le pire ? En Amérique ou en France ?

Rédigé le 17 juillet 2017 par | Bill Bonner, Deep State Imprimer

La France et les Etats-Unis sont deux pays endettés et entravés par la bureaucratie mais la France a un atout…

« Où est-ce le pire ? En Amérique ou en France ? »

Cette question doit être replacée dans le contexte.

Nous étions invités à dîner chez des agriculteurs du coin, hier soir. Jean-Yves et Arlette vivent dans une petite maison, dans la ville toute proche : un lieu rationnel et confortable construit il y a 25 ans, environ.

Ils ont ajouté une véranda, à l’arrière, où nous avons dîné

Arlette gère une exploitation laitière, léguée par ses parents. Jean-Yves est éleveur de bétail et céréalier, dans une exploitation qui appartient à sa famille. L’un de leurs fils a emménagé à la ferme, avec son épouse, à la place de Jean-Yves. En anticipant leur retraite, lui et Arlette se sont installés en ville.

« Vous avez Trump, mais nous avons Macron », a déclaré Jean-Yves.

Tout bien pesé, la France a un avantage, sur ce plan. Macron est jeune, élégant et beau.

« Oui, mais c’est un imposteur,  » a poursuivi Jean-Yves. « Il affirme qu’il va changer les choses. Mais il est conventionnel. En outre, je ne pense pas qu’il puisse changer les choses, même s’il le souhaite ».

Les imposteurs changent mais l’imposture continue

A La Chronique, nous avons fait des commentaires sur bon nombre de personnages publics, au fil des ans. Nous avons du mal à nous souvenir d’un seul d’entre eux que nous n’ayons pas considéré comme un imposteur, d’une façon ou d’une autre.

Et jusqu’à maintenant, nous ne pensons pas nous être trompé à leur sujet.

Le président français, Emmanuel Macron, est loin d’être un outsider et un rebelle. Il est diplômé de cette école d’élite, l’ENA. Et il a été ministre de l’économie, de l’industrie et du numérique du précédent président.

La bureaucratie française est tellement ancrée et inflexible – le Deep State français – qu’il faudrait un véritable artificier pour que cela change. Or ce n’est pas le genre de M. Macron.

« Je voulais faire appel à quelqu’un pour faire des travaux de jardinage », a expliqué Elizabeth.

« J’ai donc contacté quelqu’un qui a une entreprise de jardinage. Il a dit qu’il tondrait le gazon, mais qu’il ne taillerait pas les arbres car il faudrait le faire sous-traiter, et que cela provoquerait un dépassement de son revenu autorisé. »

« Vous voulez dire qu’il n’a pas le droit de gagner plus d’argent ? »

« C’est ça. S’il gagne plus qu’un certain montant, il doit revoir le statut de son entreprise… et, apparemment, c’est un cauchemar. A Paris, certaines personnes doivent passer leur temps à réfléchir à un moyen de compliquer la vie des gens qui veulent développer des activités ».

« Un cauchemar ? » s’est exclamé Jean-Yves.

« L’agriculture est un cauchemar, en France. Nous travaillons sept jours sur sept… car nous ne nous trouvons personne pour nous aider. Ou, pour être plus précis, nous n’osons pas embaucher des gens. Car si nous les engageons, il est presque impossible de les licencier ».

« C’est pire que ça », a ajouté Arlette.

« L’agriculture est si difficile… avec tant de directives gouvernementales, émanant de bureaucrates qui n’ont jamais vraiment vu une vache, que les jeunes ne veulent pas faire ce métier. Je ne leur reproche pas. Je sais ce qui va se passer ».

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En France, la moitié des gens travaille dur, et l’autre moitié tente de les en empêcher.

Mais la famille française moyenne est plus prudente que son équivalent américain. Elle a vu les gouvernements se succéder.

La Troisième République a chuté en 1940. La Quatrième République, en 1958. La Cinquième République chutera probablement lors de la crise financière qui s’annonce.

Les monnaies françaises se sont succédées également.

Lorsque nous sommes venus pour la première fois, il y a de nombreuses années, l’ancien franc venait d’être remplacé par le nouveau franc, qui valait 100 anciens francs. « Cette miche de pain est à 500 francs », vous disait parfois un boulanger.

Puis, en 2000, les Français se sont débarrassé du franc pour adopter l’euro.

Les Français ont appris cette notion que les Américains ignorent : « cela aussi disparaîtra ». Cela les a rendus prudents. La consommation, notamment celle qui est ostensible, n’est pas aussi appréciée ici qu’aux Etats-Unis. Il y a moins de centres commerciaux. Moins de façons de dépenser de l’argent. Et moins de crédit.

Le gouvernement est à peu près aussi insolvable en France qu’aux Etats-Unis. Mais les foyers moyens sont moins endettés.

La France détient également un gros avantage. Elle a peut-être l’Etat-providence le plus vaste et le plus coûteux, mais ses capacités militaires sont plus modestes. L’armée française continue d’agir à l’étranger, mais à petite échelle.

En revanche, les proportions de l’ingérence américaine, elles, sont colossales. Le coût annuel de ses actions et dépenses militaires, aides apportées à l’étranger, et divers services et initiatives liés à la sécurité, représente presque 1 000 Mds$… et il est en augmentation.

Par ailleurs, le président Trump a expliqué, le 12 juillet, au magnat du télévangélisme Pat Robertson pourquoi Vladimir Poutine aurait probablement préféré qu’Hillary Clinton soit élue à sa place, en 2016 :

« C’est quelque chose dont vous n’aimez pas parler, mais je le répète, nous sommes le pays le plus puissant du monde, et nous devenons de plus en plus puissants car je suis un grand partisan du militaire. »

Des dépenses militaires de type « gagnant-perdant »

Toutes les dépenses militaires qui ne sont pas nécessaires à la défense d’un pays sont au mieux… gaspillées.

Or les Etats-Unis n’étant pas confrontés à de véritables ennemis, la majeure partie du budget de l’empire ne contribue ni à la prospérité, ni à la sécurité.

Ce sont des dépenses de type « gagnant-perdant » : on fait les poches aux gens ordinaires pour remplir celles des riches et des puissants. Peut-être que les initiés du Deep State sont reconnaissants… et peut-être que non.

Quel dommage que le président n’étudie pas l’Histoire. Au moins, il aurait pu ajouter une touche d’ironie à l’expression « grand partisan du militaire ».

Il aurait su que, dans le passé, tous les « grands partisans du militaire » – de Bonaparte à Tojo – ont été soit une honte, soit une calamité, pour leur pays… et parfois même les deux.

Des dépenses militaires excessives mènent presque toujours à l’aventurisme, à la guerre et à la catastrophe.

La France… l’Amérique. Où est-ce le pire ?

Difficile à dire.

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Bill Bonner
Bill Bonner
Fondateur de AGORA

Né en 1948, Bill Bonner est le fondateur d’AGORA, le plus large réseau d’entreprises indépendantes de presse spécialisée au monde.

En 1978, depuis sa ville natale, Baltimore (Maryland, Etats-Unis), Bill Bonner a voulu développer un « marché » (« Agora » en grec) des idées. Pas de l’information homogénéisée telle que les médias grand public relayent sur nos écrans et journaux, mais une source d’idées diverses avec des opinions et des avis originaux, alternatifs et surtout utiles. Bill a à cœur d’aider les lecteurs à mieux comprendre le monde dans lequel ils vivent, et à agir en conséquence. Que ce soit en matière de géopolitique, de macro-économie ou tout simplement dans le domaine de l’épargne, Bill incite ses lecteurs à cultiver un esprit vif et anticonformiste.

« Parfois nous avons raison, parfois nous avons tort, mais nous sommes toujours dans le questionnement », telle est la devise de Bill.

Bill a également co-écrit des livres qui ont tous figuré dans la liste des best-sellers du New York Times et du Wall Street Journal : L’inéluctable faillite de l’économie américaine (2004), L’Empire des dettes. À l’aube d’une crise économique épique (2006) et Le Nouvel Empire des dettes. Grandeur et décadence d’une bulle financière épique (2010).

Dans son dernier livre, Hormegeddon, quand trop de bien nuit (2015), paru aux Belles Lettres (www.lesbelleslettres.com), Bill décrit ce qu’il advient lorsque l’on abuse d’une bonne chose dans les sphères de la politique, de l’économie et des affaires. En bref, trop de bien conduit au désastre.

Vous pouvez retrouver les notes de Bill au quotidien dans La Chronique Agora.

2 commentaires pour “Où est-ce le pire ? En Amérique ou en France ?”

  1. L’histoire ne le dit pas, mais on peut supposer que l’entrepreneur en question est en autoentreprise.
    A ce titre, il bénéficie d’un privilège extraordinaire, il ne facture pas de TVA.

    Il fait concurrence aux artisans, souvent des entreprises en nom propre, qui facture de la TVA qu’ils reversent à l’état.

    Le statut de l’autoentrepreneur a été créé pour permettre à un individu de se lancer. S’il acquiert un certain chiffre d’affaire, il doit rejoindre le droit commun et devenir une véritable entreprise.

    Bill n’entend que ce qu’il veut entendre et ne voit que ce qu’il veut voir. En tout cas, il n’est pas très curieux. Il ne s’interroge pas sur le pourquoi des choses.

    Macron est effectivement un opportuniste qui a eu de la chance. Malheureusement, comme Bill, il ne s’intéresse pas aux « pourquoi » de l’Histoire. Pourquoi les Français refusent le communautarisme, le libéralisme, le nationalisme, le militarisme et tout ce qui se termine par ..isme. La raison est à rechercher dans l’attachement des Français à l’égalité des droits et des devoirs (et non à l’égalitarisme).

  2. Oui Mr Roux, chaque tuyaux de l’usine à gaz à une explication.
    Et ils s’en trouveraient même certains qui nous expliqueraient que l’usine à gaz n’existe pas.

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