PIB, Himalaya et malédiction

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La Chronique Agora
Paris, France
Mercredi 25 octobre 2006
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*** Du bonheur d’être retraité de l’industrie de l’armement
Qui va nourrir la fièvre dépensière américaine après les élections de novembre ?

*** Des services très appréciés
Au moins une partie du secteur pétrolier se porte bien…

*** PIB, Himalaya et malédiction
La principale fumisterie du monde économique vue par Bill Bonner…

*** Crétinerie sur toute la ligne (3)
Bill Bonner termine aujourd’hui son exploration des méandres du monde financier et politique…

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Bonjour,

*** DU BONHEUR D’ETRE RETRAITE DE L’INDUSTRIE DE L’ARMEMENT

** Hier s’est achevée la seconde séance sans la moindre indication macro-économique aux Etats-Unis. Tout comme la veille, après une entame de séance placée sous le signe de la consolidation, le Dow Jones (+0,1%) n’a pas tardé à reprendre le chemin de la hausse, inscrivant en séance un nouveau record historique à 12 233 points, améliorant à la marge celui établi lundi à 12 125 points.

Une nouvelle fois, la courte sélection des 30 blue chips a battu à plate couture, dès la première heure, le S&P 500 (-0,2% à mi-séance) ou le Nasdaq Composite (-0,55% à 2 342 points). Cependant, comme si la lourdeur générale des indices larges américains échappait aux investisseurs opérant en Europe, des places comme Francfort, Londres ou Amsterdam terminaient en progression symbolique de 0,1% à 0,15% alors que Paris s’effritait de 0,13%.

Il s’agissait pour Francfort ou Londres de la troisième séance de hausse consécutive, mais aussi et surtout de la 13ème séance positive sur une série de 15 (c’est-à-dire depuis le petit creux indiciel du 3 octobre). Le DAX tutoie ainsi, à 1% près, ses records des 24 et 25 mai 2001.

Le CAC 40, même en très léger repli ce mardi, confirme le débordement de la résistance des 5 330 points et reste au contact de la zone des 5 410 points (plancher du 11 juin 2001). Les chartistes considèrent à l’heure actuelle qu’il n’y a guère d’obstacles graphiques avant le zénith des 5 690 points du 23 mai 2001.

Tout juste évoquent-ils le bord supérieur du canal haussier secondaire dans lequel le marché parisien s’est engagé le 12 octobre dernier, aussitôt connu le nouveau record historique du déficit commercial américain. Ce dernier démontre d’ailleurs que la rage de consommer n’est freinée ni par l’éclatement de la bulle immobilière, ni par des taux de crédit usuraires infligés aux ménages encaissant les revenus les plus faibles.

** Des études concordantes démontrent que la trappe à pauvreté découlant d’une prime de risque toujours plus lourde exigée des emprunteurs potentiellement les plus fragiles par les organismes de prêt alimente une spirale infernale qui fait exploser cette année le nombre de faillites personnelles ainsi que celui des saisies immobilières. Plus ce taux augmente, plus les profits des fonds spécialisés dans le négoce des créances à haut rendement explosent.

En effet, le taux de défaillance global demeure incomparablement moins élevé (2% à 2,5% au pire dans certains états américains) que le surcoût facturé aux emprunteurs (20% à 30% au-dessus du plancher offert aux meilleurs "profils"). Les organismes qui pratiquent des tarifs proche de l’usure bénéficient en effet d’un double avantage : celui de pouvoir se couvrir à peu de frais via des credit default swaps (ou CDS), tandis que les hedge funds manifestent un appétit effréné pour toute créance offrant un rendement supérieur aux T-bonds — les liquidités restant particulièrement abondantes à l’échelle planétaire compte tenu des excédents engrangés par les pays exportateurs de matières premières.

Une bonne partie des masses de capitaux disponibles se réinvestit également dans les marchés d’actions. Aux Etats-Unis, cependant, les ménages — dont les revenus se contractent — sont de moins en moins nombreux à pouvoir y placer leur épargne : le pourcentage de valeurs mobilières détenues par des mains étrangères augmente donc singulièrement cette année, au détriment des opérateurs domestiques. De plus, ces achats augmentent l’exposition globale des non-résidents à la valeur relative du dollar.

Mais plus le dollar grimpe (comme c’est le cas depuis le début du mois d’octobre, tandis que le yen enfonce de nouveaux planchers annuels, et notamment le seuil psychologique des 150 face à l’euro), plus la conjoncture devient délicate pour les entreprises exportatrices américaines… et en particulier pour les plus engagées sur les pays émergents, puisqu’elles surfent prioritairement sur la croissance mondiale.

** Ceci expliquerait l’engouement dont bénéficient certaines valeurs-phare du Dow Jones et du S&P 100. Les secteurs les plus recherchés demeurent ceux du crédit et de la distribution ; il suffit d’observer que les derniers records historiques ont été battus par des titres comme Goldman Sachs, Morgan Stanley, Bank of America, Mercantile Bankshares, Nationwide Financial Services, Bear Stearns, puis J.C. Penney, Sears, Costco Wholesale, Yum Brands (qui exploite Pizza Hut, entre autres)… et, last but not least, Berkshire Hathaway, dont le prix de la part vient de franchir la barre hautement symbolique des 100 000 $, à 100 250 $ ce mardi.

Les autres grands gagnants appartiennent au secteur plus défensif des pharmaceutiques : il n’y a qu’à voir l’émergence de nouveaux acteurs dont le nom est le plus souvent inconnu du grand public, un peu à l’image du foisonnement des dot.com de 1998 à 2000. Il suffit de vendre le concept du vieillissement de la population américaine (et occidentale en général) et de faire miroiter le dépôt d’un brevet de thérapie génique révolutionnaire pour réveiller l’intérêt des fonds d’investissement. Ce n’est d’ailleurs pas une critique, et les capital riskers jouent pleinement leur rôle en donnant leur chance à des chercheurs oeuvrant simultanément pour le bien de l’humanité et celui d’actionnaires chanceux.

Mais ce que l’administration Bush sait le mieux faire, c’est vendre des armes, de la plus rudimentaire à la plus sophistiquée. C’est pourquoi des "sommets absolus" sont pulvérisés cet automne par Lockheed Martin Corporation (dont l’épouse du vice-président Dick Cheney est l’une des principales actionnaires), Boeing (impliqué dans des affaires de corruption de conseillers du Pentagone), Smith & Wesson (qui aurait pu faire la fortune de Michael Moore s’il avait investi dans la société il y a cinq ans au lieu d’en faire l’une des cibles de ses reportages consacrés à la dérive militaro-totalitaire et sécuritaire de l’empire américain)…

Mais nous avons le sentiment que la progression du Dow Jones repose sur une vision particulièrement nombriliste de la conjoncture américaine. Les gérants misent en effet de façon on ne peut plus manifeste sur la propension des ménages américains à consommer de façon compulsive et à crédit, grâce à une croissance artificiellement gonflée à l’hélium via la bulle immobilière et les opérations de "sécurité extérieure", dont le coût est désormais chiffré à plus de 1 200 milliards de dollars depuis mars 2003.

Et c’est maintenant le retraité (ou futur retraité) qui est appelé à la rescousse pour générer un surcroît de chiffre d’affaire dans le secteur médical… alors que de moins en moins d’Américains bénéficient d’une couverture sociale, et que les plus aisés partent dépenser leurs dollars à Monaco ou à Dubaï, aux Bahamas, au Panama ou au Costa Rica — c’est-à-dire loin de Wall Street et des futures turpitudes budgétaires et diplomatiques qui vont faire vaciller l’appareil politique à Washington d’ici le 7 novembre prochain.

L’administration Bush — et celle qui lui succédera — peut-elle encore compter sur la soif de dépenser du retraité de l’industrie de l’armement américain ?

Philippe Béchade,
Paris

PS : N’oubliez pas de retrouver Philippe Béchade au 0899 707 009* — avec une analyse complète de la séance en cours, assortie de recommandations concrètes sur les actions à privilégier… et celles à éviter !
*(1,35 euros l’appel + 0,34 euro/minute)

—————————– (publ.)

Nous n’avons pas de solution miracle à la volatilité et aux incertitudes boursières…
… mais que pensez-vous d’une plus-value de 44% enregistrée en quatre séances… alors même que le Nasdaq perdait 4,5% sur la semaine ?

Si ça vous intéresse… continuez votre lecture pour tout savoir…

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Les dernières nouvelles de Wall Street…

*** DES SERVICES TRES APPRECIES

** Les signes d’un plancher dans le secteur de l’énergie se font enfin sentir. Mis à mal par une vague de prises de bénéfices en septembre, le secteur tout entier a souffert. Il est donc temps de vous positionner sur le segment le plus profitable du marché haussier de l’énergie depuis 2002 — les valeurs des services et équipements pétroliers.

- Après un déclin majeur suivant le sommet de plus de 77 $ atteint en août, les prix du brut ont récemment atteint un plancher de 12 mois, sous les 57 $ le baril. Mais le carburant de chauffage, l’essence et même le gaz naturel, durement touché, semblent se stabiliser.

- De la façon dont je vois les choses, il est temps de revenir sur ce marché à des prix soldés, en particulier sur les entreprises de forage pétrolier.

** Le marché haussier de l’énergie ne s’est pas limité aux actions pétrolières. En fait, l’un des secteurs les plus profitables du marché boursier reste celui des services pétroliers. Il englobe un vaste assortiment d’activités liées au pétrole — l’installation et l’entretien de plates-formes de forage (anciennes et nouvelles), la main d’oeuvre, les pièces détachées, les tests sismiques, etc. Et en ce moment, ces services sont très demandés.

- La bonne nouvelle pour les investisseurs de long terme, c’est que suite à une sévère correction depuis la fin août, le secteur des services pétroliers est coté 22% plus bas que son sommet historique. Nourri par plusieurs sociétés extrêmement profitables — dont Schlumberger — ce secteur est sur le point se grimper en flèche tandis que le baril de pétrole dépassera les 100 $ au cours des 12-24 prochains mois.

- Schlumberger est le roi des services pétroliers ; la société fait tout, des études sismiques au forages en passant par l’entretien des plates-formes Au cours des trois dernières années, les profits ont explosé, avec une croissance de +476% — et ils ont continué de grimper en 2006. L’entreprise possède une base de profits diversifiés dans le monde entier — au Moyen-Orient, en Amérique Latine, en Afrique, en Europe et en Amérique du Nord. Ses deux divisions internationales sont très rentables, alimentées par Schlumberger Oil Services et Western Geco. Tous les ETF consacrés aux services pétroliers, et la majorité des fonds d’investissement et fonds indiciels de l’énergie, possèdent des parts importantes dans Schlumberger.

- Les forages et services pétroliers comprennent plusieurs sous-secteurs ayant trait à cette industrie très spécialisée. Le segment de forage inclut les entreprises extrayant physiquement du pétrole et du gaz. Les coûts associés aux forages pétroliers sont énormes — si chers que bon nombre de fournisseurs de services dans le Golfe du Mexique se sont récemment réfugiés dans des projets plus lucratifs au Moyen-Orient.

- L’industrie du forage offre une gamme très évoluée de plates-formes, qu’il s’agisse de plates-formes terrestres, submersibles, sur navire, etc. L’infrastructure entière du secteur exige des professionnels hautement qualifiés, des pièces détachées et des ressources qui ont littéralement grimpé au ciel depuis 2003, parce que la majeure partie des matières premières a atteint des sommets de plusieurs décennies. Tout, depuis les tuyaux d’acier jusqu’au cuivre, a significativement augmenté ces trois dernières années, ce qui met les prix sous pression et coûte une véritable fortune aux sociétés d’exploration pétrolière qui doivent trouver des équipements — neufs ou d’occasion –, ainsi que de la main d’oeuvre.

- Mais si certains secteurs ont hésité à répercuter la hausse des coûts sur leurs clients, le secteur des services pétroliers a augmenté ses tarifs journaliers plusieurs fois au cours de la décennie, les prix du pétrole augmentant tandis que la chasse aux nouveaux équipements se fait plus pressante.

- Voilà où ça devient intéressant : pour chaque baril de pétrole brut récupéré, 53% du revenu généré revient aux entreprises de services pétroliers.

- Lorsqu’une major pétrolière — aussi grande soit-elle — cherche du pétrole, elle a besoin du secteur des services pour trouver cet or noir ou ce gaz naturel. Vous pouvez parier que bon nombre d’entreprises luttent pour trouver des capacités de forage supplémentaires dans un secteur qui a du mal à répondre à la nouvelle demande. Selon moi, cela signifie de gros profits pour les actionnaires.

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Bill Bonner, co-fondateur de La Chronique Agora, à Londres

*** PIB, HIMALAYA ET MALEDICTION

** Combien de terre faut-il remuer pour devenir riche ?

* Aujourd’hui, nous accordons un peu d’attention à la principale fumisterie du monde économique — le Produit Intérieur Brut.

* Si l’on paie quelqu’un pour creuser un gros trou dans le sol, le PIB national grimpera. Plus l’on creuse de trous, plus ils sont grands, plus ils sont profonds, plus le PIB augmente. Si l’on creuse un trou assez grand, le PIB s’envolera. Vous pouvez voir pourquoi. On pourrait employer une armée entière d’ouvriers, toute une flotte de bulldozers, des milliers de litres de carburant. S’il s’agissait d’une petite ville au taux de chômage élevé, le problème pourrait être facilement résolu : creusez simplement un énorme trou aux limites de la ville !

* Les lecteurs penseront que nous plaisantons. Mais des économistes sérieux ont proposé des choses assez similaires. De nombreux grands projets américains — auxquels a participé le père de votre correspondant durant la Grande dépression — n’étaient rien de plus.

* De gros trous entraînent de grosses dépenses, qui génèrent de grosses augmentations du PIB. Et des augmentations du PIB, cela veut dire une croissance de la richesse des gens, pas vrai ? Eh bien, si c’était vraiment aussi facile, on verrait bien plus de trous. Malheureusement, ce n’est pas aussi simple. Parce que lorsque vous prenez les ressources — la main d’oeuvre, le carburant, les engins — et que vous les mettez à l’oeuvre pour creuser un gigantesque trou, en fin de compte, il ne vous reste jamais qu’un gigantesque cratère.

* Les gens sont "plus riches" uniquement dans le sens où, s’ils voulaient un gros trou dans le sol, ils l’ont obtenu. A moins de vraiment vouloir remuer de la terre, vous pourriez bien déménager tout l’Himalaya sans vous retrouver un centime plus riche. Au contraire, vous seriez plus pauvre, puisque vous auriez gaspillé votre richesse en déménageant de la terre plutôt qu’en produisant les choses que vous voulez vraiment.

* Les chiffres du PIB n’ont de sens que lorsque les gens achètent les choses qui augmentent leur richesse réelle. Si une ville était réduite en ruines lors d’un bombardement, par exemple, le PIB grimperait à mesure qu’on la reconstruirait — mais les gens ne s’en trouveraient pas plus riches. Idem s’ils ne font que substituer un service à un autre d’une valeur égale. Que se passe-t-il lorsqu’un homme demande à quelqu’un de tondre son gazon à sa place ? S’il le faisait lui-même, le PIB resterait le même. S’il paie un voisin pour le faire, le PIB grimpe. S’il paie le voisin pour tondre son gazon tandis que son voisin le paie pour tondre le sien, le PIB augmente deux fois. Est-ce que quiconque est plus riche ? Non.

* Mais que se passe-t-il lorsqu’un homme embauche son voisin pour tondre son gazon tandis que lui-même regarde un match de foot à la télévision ? Le PIB du pays augmente. Notre homme a dépensé de l’argent pour obtenir des loisirs. Son voisin a abandonné quelque chose — des loisirs, en théorie — pour obtenir de l’argent. Qui sort gagnant ?

* Nous n’en savons rien… mais la société dans laquelle évoluent ces deux hommes ne s’en trouve pas beaucoup mieux.

** Mais on a vraiment creusé, ces dernières années, pour fournir aux Américains de meilleures maisons. Des montagnes entières ont été bougées pour fournir des routes, de l’eau, des égouts, des fondations…

* Les gens ne peuvent que s’en trouver mieux, non ? Ils ont des maisons neuves, plus grandes, plus belles. Une maison, c’est une chose tangible et utile. Les ménages peuvent y vivre. Ils peuvent la louer. Ils peuvent la transmettre à leurs héritiers. Oui, le PIB américain a grimpé — les estimations varient sur la quantité injectée dans le PIB par le boom immobilier de 2002-2006, le consensus atteignant environ 2% — mais la richesse réelle doit avoir grimpé aussi, non ?

* Nous avons dit combien il serait facile d’enrichir les gens s’il suffisait de creuser des trous. Cela ne semblait pas une si bonne idée. Mais imaginez s’il suffisait de construire des maisons ? Ah… là, on aurait des choses de valeur à la fin des opérations.

* Pourquoi les dirigeants hésitent-ils ? Pourquoi n’embauchent-ils pas plombiers, couvreurs, charpentiers et toute une joyeuse équipe de maçons pour construire des maisons partout ?

* Bien entendu, il y a d’autres choses de valeur que les maisons. Les automobiles, par exemple. Si vous pouvez augmenter la richesse réelle des gens — et le PIB — simplement en construisant des choses de valeurs, pourquoi ne pas fabriquer plus de voitures ? Des 4×4 ! Oui, et des pick-ups GMC, aussi. General Motors a des problèmes. Ford également. Voilà le moyen d’augmenter le PIB et de remettre en selle Ford et GM. Non seulement ça, mais ce serait le moyen de reconstruire les capacités industrielles affaiblies des Etats-Unis. Commencez-vous à soupçonner qu’il y a un problème quelque part, cher lecteur ? Nous aussi.

* Si c’était si facile, pourquoi les Soviétiques n’y ont-ils pas pensé ? Ils avaient des usines. Ils avaient de la main d’oeuvre. Ils avaient abondance de matières premières. Ils avaient aussi un PIB, dont les chiffres faisant l’envie de la planète — du moins la partie qui y croyait. Mais au lieu de rendre les gens riches, l’économie soviétique les a appauvris. Grâce à la planification centrale, les Soviétiques ont réussi à transformer leur économie en un système soustrayant de la valeur. Les produits finis valaient moins que les matières premières servant à les fabriquer.

* Quel est le problème ?

* Le problème, cher lecteur, c’est que la richesse n’est pas vraiment mesurée en choses — ni en maisons, ni en automobiles. En fait, ces choses peuvent même entraver la création de richesses, dans la mesure où elles mobilisent les ressources de projets qui pourraient être plus productifs, et coûtent ensuite de l’argent, surtout si elles ont été achetées à crédit. Une maison doit être entretenue ; des impôts doivent être payés ; il faut la chauffer ; il faut une assurance ; il faut des meubles. Une nouvelle maison est une bénédiction pour la famille qui peut se la permettre ; c’est une malédiction pour une famille qui ne le peut pas.

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Comment le marché actuel peut faire de vous un investisseur heureux…
… tout en faisant passer votre portefeuille à la vitesse supérieure !

C’est plus simple qu’il n’y paraît… il suffit de suivre les bons indicateurs : continuez votre lecture pour tout savoir.

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*** La Chronique Agora présente ***

L’effet papillon, la théorie du chaos — et des marchés totalement illogiques… Bill Bonner termine aujourd’hui son exploration des méandres du monde financier et politique.

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CRETINERIE SUR TOUTE LA LIGNE — 3ème PARTIE
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Par Bill Bonner (*)

Même si l’on était, d’une manière ou d’une autre, en mesure de voir clairement les différents composants du marché… et même si la logique de leur interaction était impeccable… on ne saurait toujours pas ce qui va se passer ensuite, parce qu’on ne pourrait jamais prévoir l’impact de tous les petits insectes ailés du monde financier. C’est l’effondrement d’une obscure banque viennoise — Credit Anstalt — qui a déclenché la Grande dépression aux Etats-Unis. En ce moment même, un papillon-gestionnaire de fonds est sans doute en train de transpirer à grosses gouttes sur une transaction à plusieurs millions de dollars, en espérant qu’elle ne se retourne pas contre lui. Qui sait ce que les conséquences seraient pour le système dans son ensemble, si c’était le cas ?

De même, dans le monde politique, de petites choses peuvent avoir des conséquences énormes et imprévisibles. Lorsque les Américains ont fait pression sur Tchang-kai Chek pour qu’il laisse l’armée de Mao fuir vers la Mandchourie… lorsque les Allemands ont accueilli Lénine avant de l’envoyer en Russie… ou lorsque Ho Chi Minh a décidé de ne pas devenir pâtissier… les résultats ont été considérables.

Nos naïfs scientifiques n’ont bien entendu aucune idée des divers apports, influences et forces sociales affectant le flux de l’Histoire. En examinant les mécanismes, ils trouvent que les diverses pièces sont impossibles à appréhender… ou même à arrêter. Leur seul recours est de simplifier. Qui sait comment le monde islamique réagira aux forces américaines en Irak ? Qui peut dire ce qui se passera si Saddam est renversé ? Qui a une quelconque idée de ce qu’un Irak déstabilisé signifiera pour le futur du Moyen-Orient… ou du monde ?

Aux extrémités de la gamme, on est dans l’obscurité. Personne ne sait rien. Au moins un homme raisonnable saurait-il quoi faire. Il se consacrerait à une partie de l’existence où il pourrait voir ce qu’il fait ; il se concentrerait sur son travail, sa famille et ses intérêts privés.

Mais nous parlons de spectacles publics. Et lors d’un spectacle public, un homme n’a pas recours à ses capacités de raisonnement, mais à la forme de logique la plus gauche. Il réduit des idées complexes et des informations contradictoires à des formes plus simples — des slogans politiques enfantins ou idiots — que les masses peuvent comprendre comme des "raisons". Il lie ensuite ces raisons avec la finesse d’un ouvrier ferroviaire attelant des wagons de marchandises. Une simplification rouillée est connectée à la suivante… jusqu’à ce qu’il arrive où il veut.

Notre homme devient entièrement logique… et complètement déraisonnable.

"Les terroristes veulent notre peau", dit-il comme s’il s’agissait d’un fait. Après une telle déclaration, le fait suivant semble presque sensé. "Nous devons nous défendre", dit-il. "Mieux vaut le faire dans les rues de Bagdad que dans les rues de Baltimore" — un lourd wagon de plus. Bagdad a-t-elle quelque chose à voir avec le terrorisme ? Non, mais ça suffira pour le gouvernement, comme on dit. Et il finit donc par atteindre Bagdad et se mettre dans un tel pétrin que les journaux se moquent de lui.

Pendant ce temps, sur les marchés financiers, l’incertitude et l’imprévisibilité sont si grandes que d’éminents professeurs ont élaboré une simplification sténographique appelée Hypothèse des Marchés Efficients (HME) pour les comprendre. Selon l’HME, les prix fixés par le marché sont si "parfaits" que vous perdez votre temps en essayant de les doubler. Ainsi, les cours reflètent toutes les informations connues et le jugement collectif de tous les participants sur le marché. Vous feriez mieux d’acheter un fonds indiciel, déclarent les experts de l’HME.

Cette hypothèse est absurde. Les prix ne sont pas du tout parfaits… ils sont faux la majeure partie du temps… et prennent des directions changeantes — d’abord trop chères, puis trop bon marché. Mais l’HME est une fraude utile ; elle rappelle aux investisseurs combien il est difficile de battre le marché dans son ensemble, et combien il est peu probable qu’ils le comprennent un jour.

Il faudrait développer quelque chose de similaire pour la politique, selon nous. Le monde n’est pas parfait. Mais c’est le reflet du jugement des gens de la planète — développé, élaboré et évolué au cours de milliers d’années d’expérience. Si un pays comme l’Irak a à sa tête un dictateur que nous n’approuvons pas, il serait bon de pouvoir se référer à l’Hypothèse du Monde Parfait, simplement pour vous rappeler que "Ce Qui Est" l’est pour une raison… que nous ne pouvons pas nécessairement connaître. Nous savons peut-être remplacer Ce Qui Est avec Ce-Qui-Devrait-Etre-Selon-Nous… mais nous devrions au moins y réfléchir à deux fois.

Meilleures salutations,

Bill Bonner
Pour la Chronique Agora

(*) Bill Bonner est le fondateur et président d’Agora Publishing, maison-mère des Publications Agora aux Etats-Unis. Auteur de la lettre e-mail quotidienne The Daily Reckoning (450 000 lecteurs), il intervient dans La Chronique Agora, directement inspirée du Daily Reckoning. Il est également l’auteur des livres "L’inéluctable faillite de l’économie américaine" et "L’Empire des Dettes".

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