Petite monnaie

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LA CHRONIQUE AGORA
Paris, France
Mardi 09 mai 2006
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*** Le tiercé est truqué…
… mais l’or galope à bride abattue…

*** Petite monnaie
Pourquoi il vaut mieux avoir des pièces que des billets dans votre portefeuille, aux USA…

*** Art moderne et marché des changes
L’iceberg de l’inflation menace le Titanic de l’économie américaine…

*** Pourriture noble (1)
Se battre contre l’inévitable en vaut-il vraiment la peine ?

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Bonjour,

*** LE TIERCE EST TRUQUE…

** Le CAC 40 n’a pas tenu ses promesses, mais il a tout de même donné raison aux opérateurs qui avaient pris le risque de rester "longs" (acheteurs) à la veille du week-end. L’indice n’a en effet pas tardé à inscrire un nouveau record annuel à 5 315 points à peine cinq minutes après l’ouverture de la bourse de Paris — les écarts à la hausse ont été amplifiés par la relative étroitesse des volumes en cette journée semi-fériée en France.

La prudence a semblé revenir en cours d’après-midi. Quelques ajustements ont fini par ramener le CAC 40 sous les 5 300 points peu avant l’heure du déjeuner, puis au contact des niveaux de clôture de vendredi au cours des deux dernières heures de cotations — l’indice s’effritait même de 0,08%. Les heureux détenteurs d’un portefeuille de small caps s’en consoleront : l’indice SBF 80 s’est offert brillamment un nouveau record historique absolu à 6 220 points, moyennant une belle progression de 0,57%.

Les autres places du Vieux Continent n’ont pas voulu courber l’échine malgré les hésitations de Wall Street entre 15h30 et 17h30. Elles ont résolument poursuivi sur leur lancée de la semaine passée : Francfort, Milan, Madrid ou Amsterdam sont crédités de gains s’étageant entre 0,2 et 0,3%, ce qui suffit à effacer les précédents zéniths annuels.

Londres a réalisé une plus mauvaise performance (-0,38%), mais c’est l’exception qui confirme la règle : aucun signe de défaillance de la tendance haussière ne semble se dessiner en Europe après six mois environ de hausse ininterrompue. L’Euro-Stoxx 50 a battu un record de clôture au contact des 3 880 points, après avoir pulvérisé son zénith annuel à 3 897,40 points en début de matinée (l’Euro-Stoxx cotait encore 3 992 vers 16h45).

** Etant donné le succès rencontré par les actions de la zone euro (+12%) depuis que le dollar a amorcé — début janvier — sa rechute en direction des 1,30/euro (soit un plongeon de 8% en quatre mois et une semaine, et -5% depuis le 14 avril), je m’en voudrais de lasser nos lecteurs avec des considérations contrariennes et totalement dénuées de pertinence à propos de la relation symétrique entre les cours de bourse sur le Vieux Continent et le billet vert — la hausse de l’un excluant l’autre et réciproquement.

Je ne prendrai pas le risque de me ridiculiser en rappelant qu’il existe le même genre de relation antinomique entre la progression du rendement des bons du Trésor sur une période supérieure à 18 mois et la prime de risque dont bénéficient ou non les actions.

Il serait totalement hors de propos de mettre l’accent sur les anticipations inflationnistes induites par une envolée de l’once d’or à 680 $ — et la conviction que l’action préventive des banques centrales garantit que l’érosion monétaire reste parfaitement sous contrôle.

Vous savez comme nous que les prix à la production à l’échelle mondiale peuvent être indéfiniment réduits par le biais des délocalisations pures et simples vers des pays pratiquant le dumping social… ou par un savant mélange de chantage sur les salaires et d’amputation des prestations telles que les indemnités chômage et la couverture maladie dans les pays où la main d’oeuvre est hautement qualifiée et la stabilité politique garantie.

Il est réjouissant d’entendre un nombre grandissant d’économistes se féliciter d’avoir bien compris le fonctionnement de cette merveilleuse escroquerie — qui consiste à laisser s’endetter indéfiniment la frange de population la plus pauvre du pays le plus "riche" de la planète par le biais de reconnaissances de dettes (pratiquement sans valeur) que s’arrache la frange de population la plus riche des pays les plus pauvres.

** L’Europe, qui s’inflige les taux réels les plus élevés de la planète, se retrouve hors jeu. La consommation stagne en Allemagne (le pays dont la balance commerciale est pourtant la plus excédentaire parmi les pays développés) et le rythme d’investissement des entreprises atteint les 4% à 7% au sein de la zone euro — tandis que les Etats-Unis et la Chine se font concurrence avec des taux qui dépassent les 16% sur les quatre premiers mois de l’année 2006.

Il se trouve cependant quelques investisseurs sceptiques qui ne veulent rien entendre à la nouvelle économie mise en oeuvre par le couple sino-américain — qui réalise, via une miraculeuse alchimie, la synthèse de l’ultra-libéralisme et la planification. Ces sceptiques persistent à accumuler de l’or en quantité industrielle et diversifient leurs avoirs en s’intéressant aux métaux rares tels que le platine ou le palladium, qui pulvérisent des records historiques à 1 200 $ et 375 $ l’once respectivement.

Le lien entre le métal précieux et l’or noir continue de se distendre, comme en témoigne la poussée de fièvre sur l’once d’or à 680 $, alors que le baril rechutait hier sous le seuil des 70 $ et même des 69,5 $.

** Les cambistes redoublent parallèlement leurs attaques contre le dollar. Ils avaient commencé par arbitrer en faveur de l’euro dès la mi-avril, la monnaie unique bondissant de 5% en l’espace de trois semaines. Ils réajustent maintenant le tir en privilégiant le yen, lequel vient de pulvériser coup sur coup et en moins de 48 heures le plafond des 112,50 (palier de soutien provenant du mois de juillet 2005), puis la barre des 111,50, pour inscrire un nouveau zénith annuel à 110,97.

Il s’agit de son niveau le plus élevé depuis le 19 septembre 2005 ; rien ne devrait l’empêcher de rejoindre le sommet du 5 septembre de cette même année à 109/108,90 $.

Le franchissement des 114 s’est avéré décisif vendredi à 14h30 (avec les chiffres de l’emploi américain. Les autorités monétaires japonaises — et en particulier Hiroshi Watanabe, le vice-ministre japonais des Finances — ont beau souligner que le communiqué final du G7 de la fin avril ne contenait pas de référence explicite à une baisse du dollar, les cambistes ne reviennent pas sur leur interprétation initiale d’un appel à plus de flexibilité de certaines devises (ce qui vise le yuan naturellement, mais Pékin n’agira pas sous la pression de Washington et encore moins des industriels américains) pour répondre à certains déséquilibres structurels.

L’euro, de son côté, est soutenu par les prévisions économiques de la Commission européenne. Cette dernière révise à la hausse son anticipation de croissance dans l’Euroland à 2,1% contre 1,9% précédemment, rejoignant ainsi en quelque sorte les prévisions de Bercy, qui se félicite du regain d’optimisme des plus hautes instances de Bruxelles.

Pourquoi les cambistes ne les imiteraient-ils pas ? Et cette question est tout aussi fondée s’agissant des gérants de portefeuille action.

Si nous devions établir un parallèle avec le monde des courses hippiques, nous avons le sentiment que les parieurs ont pris conscience que les tiercés sont truqués depuis belle lurette… mais que le PMU ferme les yeux — ravi que le chiffre d’affaires augmente nettement depuis le début de l’année. Plutôt que de dénoncer cette situation qui profite aux amateurs de "grosse cotes", ils jugent plus rusé (et profitable) de se mêler aux initiés et de miser à leur tour sur les bêtes trop chargées, fatiguées, mal à l’aise sur terrains lourds.

Et tout va pour le mieux tant que les jockey les plus légers, montés sur les chevaux les plus fringants et les mieux entraînés, trouvent aussi leur intérêt à retenir leurs montures à l’approche du poteau d’arrivée. Cela fait remonter les cotes : ça s’avèrera payant en fin de saison, quand arriveront les épreuves les plus prestigieuses… celles qu’il faut vraiment gagner pour redonner le sourire aux éleveurs des vrais champions.

Nous ne doutons pas que les parieurs (et les investisseurs) les plus expérimentés préfèreront se tenir à l’écart des hippodromes pendant encore quelques jours ou quelques semaines, avec un sourire en coin en attendant leur heure. Et pendant ce temps, l’or cavale d’ores et déjà à bride abattue vers ses sommets historiques !

Philippe Béchade,
Paris

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Eric Fry nous donne les dernières nouvelles de Wall Street

*** PETITE MONNAIE

** La valeur d’un dollar américain a chuté de 7% à ce jour en 2006… mais la valeur d’un penny a grimpé de 70%. Quelques récents articles en provenance d’Europe éclairent un peu ce mystère monétaire… et la raison pour laquelle la valeur des dollars et des pennies pourraient continuer à diverger.

- Un article de Reuters rapporte : "La banque centrale suédoise est désormais la première, parmi les économies développées, à annoncer un changement majeur dans ses réserves, déclarant qu’elle avait augmenté ses détentions d’euros — passant de 37% à 50% de ses réserves, représentant plus de 20 milliards de dollars, tandis que ses possessions de dollars passaient de 37% à 20%".

- Pendant ce temps, l’Agence France Presse rapporte que dans le nord de la France, un gang de malfaiteurs cible les cargaisons de cuivre et de nickel, espérant faire des profits à mesure que les prix des métaux atteignent des sommets record.

- Tandis que les Suédois vendent des dollars et que les Français volent du cuivre, une bonne partie du reste du monde effectue le même genre d’arbitrage. Un nombre croissant d’investisseurs — tant gouvernementaux que privés — réalise que l’offre de dollars est illimitée, tandis que l’offre de cuivre a des limites, tout comme celle de nickel, de zinc, de gaz naturel et de pétrole brut. Ce n’est donc peut-être pas un accident si le dollar a chuté à un nouveau plancher d’un an la semaine dernière, tandis que le cuivre et le zinc grimpent vers des sommets historiques… Et l’or, pour mémoire, atteint de nouveaux sommets de 26 ans.

- Même si nous continuons à anticiper une vague de ventes de court terme déchirante sur le cuivre, le brut et quelques autres matières premières, nous anticipons une vague de ventes de long terme tout aussi déchirante sur le dollar américain. Et apparemment, une bonne partie du monde est du même avis.

- La Banque centrale du Qatar n’est peut-être pas à l’avant-garde du monde de la finance, mais tout comme la Riksbank suédoise, elle est clairement à la tête des institutions s’éloignant du dollar. La Banque centrale du Qatar a récemment révélé qu’elle a acheté des euros, et qu’elle continuera de le faire jusqu’à ce que les détentions en euro de la banque représentent 40% de ses 4,5 milliards de dollars de réserves. Plusieurs autres banquiers centraux et grandes huiles de la finance n’épargnent pas non plus le dollar.

- Il y a quelques jours, Alexei Kudrin, ministre russe des Finances, a remis en question le mérite du dollar en tant que devise de réserve mondiale "absolue", étant donné la taille du déficit commercial américain. Par conséquent, le fonds de stabilisation pétrolier de 61 milliards de dollars de la Russie commence à investir dans des obligations libellées en dollars.

- "La dominance du dollar sur toutes les réserves de devises… est en train de toucher à sa fin", affirme David Keeble, chef de la stratégie des revenus fixes de Calyon, "et en fin de compte, cela met les Etats-Unis sous pression, à cause de leur profond déficit courant, qui, jusqu’à présent, a été soutenu en majeure partie par les achats des banques centrales."

** Mais tandis que les banques centrales se débarrassent de leurs dollars, bon nombre d’investisseurs privés achètent — ou volent — des matières premières bien réelles.

- Se faisant pour des officiers de police, rapporte l’Agence France Presse, une douzaine d’hommes armés s’est introduite dans une usine de recyclage de métaux à Reims la semaine dernière, prenant en otage le directeur et son personnel. La bande a ordonné à un grutier de remplir deux camions de déchets de cuivre, avant de s’enfuir avec le butin — 40 tonnes de métal valant environ 200 000 euros.

- Toujours selon l’Agence France Presse, quatre voleurs — se faisant eux aussi passer pour des policiers — ont réquisitionné des camions transportant du nickel près du Havre, en janvier puis à nouveau en mars, retenant les chauffeurs avant de les relâcher en région parisienne. Les enquêteurs pensent que les voleurs ont été attirés par la hausse des prix actuelle pour les deux métaux.

** Nous sommes du même avis que les gendarmes. Et nous conseillerions aussi aux malfaiteurs de s’engager dans des formes plus licites d’exploitation des métaux de base. Les voleurs ne réalisent peut-être pas qu’ils pourraient simplement acheter des pennies américains datant d’avant 1938, les faire fondre et engranger un profit de 140% — parce que chacun de ces anciennes pièces contiennent environ trois grammes de cuivre et environ 0,1 gramme de zinc. Valeur métallique actuelle : 2,4 cents par penny. Même les pièces nouvellement frappées, qui ne contiennent quasiment pas de cuivre, approchent rapidement la parité métallique, grâce à la hausse du prix du zinc. Les pennies post-1938 contiennent 97,6% de zinc et 2,4% de cuivre. Valeur métallique actuelle : 0,89 cents par penny.

- Nous présentons cette illustration simplement pour souligner l’évidence : un petit morceau de papier imprimé contient moins de valeur qu’un petit morceau de cuivre ou de zinc. De plus, un dollar US est très mauvais conducteur d’électricité, et prend feu lorsqu’on le présente à une flamme. Il ne contient aucune trace mesurable d’éléments faisant partie de la Table périodique, pas plus que de matières pouvant être utilisées pour des applications industrielles. En fait, un dollar ne contient guère plus que la reconnaissance de dette d’un politicien.

- Un penny américain, par contre, contient une quantité appréciable de cuivre et de zinc. A tel point que son contenu en métaux dépasse sa valeur monétaire déclarée.

- Le pays qui émet tant des dollars que des pennies est le même que celui qui dépense plus qu’il ne gagne, qui importe plus qu’il n’exporte, et qui dépend d’emprunts massifs à l’étranger pour soutenir sa bizarre prospérité.

- Dans un tel monde, c’est bien dommage que le dollar ait moins de valeur intrinsèque qu’un penny

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Bill Bonner, co-fondateur de La Chronique Agora, à Londres

*** ART MODERNE ET MARCHE DES CHANGES

** Ce week-end, revenant d’une exhibition hippique qui se tenait à Bath, nous nous sommes arrêté pour faire le plein. La Grande-Bretagne est passée au système métrique pour rester en harmonie avec ses partenaires commerciaux européens, mais elle continue de mesurer les distances en miles. Le carburant est distribué en litres, comme en France, mais évalué en livres sterling.

* Le prix d’un litre de carburant diesel était de 0,99 livres — soit environ 1,44 euros par litre, ou 6,50 $ le gallon.

* Par comparaison, nous lisons que le prix moyen par gallon aux Etats-Unis est de 2,92 $. Le carburant est si bon marché aux Etats-Unis que les Canadiens traversent la frontière en marche pour faire le plein.

* Si les Britanniques se posent des questions sur l’évaluation du prix de leur carburant, les Yankees, eux, sont certains qu’ils savent où ce prix devrait être : au plancher. L’économie américaine est calibrée pour du carburant bien moins cher. Les gens ont organisé leurs vies et leurs habitudes autour d’essence bon marché et de crédit facile. Ils sont assez déçus — et c’est compréhensible — de voir les prix grimper. Mais c’est pourtant ce qui se passe : les prix grimpent ; le dollar chute ; l’inflation augmente. Et nous commençons à voir comment termine le Navire de la Bulle du Crédit, non ? Il fonce dans l’iceberg de l’inflation.

* Cela semble évident.

* Les frais d’universités, les soins de santé, les matières premières — tous semblent augmenter rapidement. La semaine dernière, on a appris que les salaires américains grimpaient. On dit que les niveaux de paie sont 3,8% plus élevés qu’il y a un an de cela, malgré une croissance paresseuse des emplois. Pourquoi les salaires grimperaient-ils alors qu’il n’y a apparemment pas de pression pour recruter de nouveaux employés ou retenir les anciens ? La réponse est simple : les salaires réagissent à l’inflation, non au marché de l’emploi. Même les actions ont grimpé. Les conditions économiques sont-elles soudain meilleures ? Non ? Peut-être n’est-ce que l’inflation.

** En haut de l’échelle, dans les chambres d’apparat et les suites luxueuses de ce Titanic, les augmentations de prix sont plus radicales encore. Un tableau de Picasso s’est vendu 95 millions de dollars. Un autre est parti pour 34 millions de dollars, et un autre encore pour 18 millions. Voilà beaucoup d’argent à verser pour des représentations grossières de gens ayant le nez au mauvais endroit.

* Mais voilà que quelqu’un, en Chine, a compris comment créer son propre gadget. Il s’est emparé du symbole d’une marque de cigarettes, un chameau, et l’a transformé en icône de l’art. Regardez, explique-t-il, c’est simple, l’art moderne ; tout le monde peut y arriver. En fait, il n’a même pas besoin de le faire lui-même. Il paie d’autres pour faire le travail. Il se contente d’avoir l’idée.

* On pourrait penser que le monde de l’art s’irriterait d’un tel culot ; de toute évidence, l’agitateur chinois se moque du monde. Mais cela ne semble pas avoir d’importance. Les aficionados sont soit trop idiots pour s’en rendre compte, soit trop riches pour s’en soucier. Ils achètent les tableaux de chameaux et espèrent réussir un coup aussi retentissant que les gens ayant acheté ces Picasso.

** Tandis que les prix grimpent, le dollar chute. Par rapport au yen, il a chuté à un plancher de sept mois vendredi. Par rapport à l’euro, il a de nouveau baissé la semaine dernière, à 1,27 $/euro. Et contre l’or, le dollar s’est effondré. Dans l’ensemble, le billet vert a perdu 4,5% de sa valeur ces trois dernières semaines.

* Il ne fait aucun doute que les prix grimpent. Pas plus qu’il n’y a de doute sur les raisons de la chute du dollar. Les banques centrales cherchent désespérément à suivre l’expansion de la masse de billets verts. Rappelez-vous, elles peuvent soit contrôler la quantité de devises, soit la qualité — pas les deux à la fois. Tandis que les Etats-Unis émettent des milliards et des milliards de dollars supplémentaires, les banques centrales étrangères doivent produire une plus grande quantité de leurs propres devises — sans quoi la qualité en baisse du dollar américain fera grimper les devises étrangères. Cela défavoriserait leurs industries d’exportation.

* Dans le monde entier, les banques centrales privilégient la quantité au détriment de la qualité. Elles gonflent leurs devises. L’inflation des prix à la consommation ne manquera pas de suivre.

* Il pourrait y avoir plus. Oui, toutes les banques centrales favorisent l’inflation. Et oui, les Américains voteraient pour l’inflation, s’ils le pouvaient ; ils sont profondément endettés et accueilleraient l’inflation comme une porte de sortie.

* Mais pour chaque débiteur, il y a un créditeur. Et pour tout idiot ayant emprunté de l’argent afin d’acheter des choses qu’il ne pouvait pas se permettre et dont il n’avait pas besoin, on trouve un prêteur ayant donné de l’argent à quelqu’un qui ne pourra peut-être pas le rembourser. La grande question, c’est la suivante : qui se révélera être le plus idiot ? Les prêteurs ou les emprunteurs ? Nous ne connaissons pas la réponse, mais nous soupçonnons qu’il y a assez de bêtise dans les environs. Lorsque le navire coulera, les pertes seront abondantes, et il y en aura pour tout le monde.

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*** La Chronique Agora présente ***

Tout finit par dégénérer et se décomposer… les gens, les époques — et même les empires. Bill Bonner se demande s’il vaut la peine de se battre contre l’inévitable ou s’il vaut mieux s’y résigner.

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POURRITURE NOBLE — 1ère PARTIE
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Par Bill Bonner (*)

L’altoplano du nord-ouest de l’Argentine est sec. L’air y est raréfié. Même si on n’est pas loin de l’équateur, il n’y fait pas très chaud, même au milieu de l’été. Nous y étions au début de l’automne.

Le grand-père de Francisco a planté des rangées d’arbres tout autour de la maison, et loin sur la plaine. A cette époque de l’année, les arbres ont revêtu leurs tenues de pourpre et d’or — et lorsque le vent souffle, les feuilles dansent dans la prairie.

En regardant par la fenêtre, nous ne nous rappelons pas avoir jamais vu quelque chose d’aussi beau… les rangées d’arbres jaunes, les murs de pierre entourant un grand pâturage vert, et, au-delà du mur… une vaste prairie, délimitée par des montagnes aux sommets étincelants de neige.

"Je n’aime pas quand tu dis que les choses pourrissent et dégénèrent ; ça me rend triste."

Elizabeth semblait lasse, en prononçant ces mots. "Je n’aime juste pas l’idée que tout ne fait qu’empirer. Que ça se dégrade toujours. Que ça dégénère toujours. Je ne crois pas que ce soit vrai."

Elizabeth croit au pouvoir de la raison… du progrès… des bonnes intentions et du dur labeur. Elle pense que le temps nous porte vers l’avant, généralement vers un monde meilleur. Elle imagine une pente ascendante pour les affaires humaines, avançant sans arrêt dans la lumière croissante d’un jour en voie d’amélioration. Lorsqu’elle aperçoit pourriture et corruption, elle s’en irrite, et cherche à les traiter comme du mildiou dans un placard.

Nous, par contre, cédons à la pourriture comme un homme d’âge mur cède à une aventure avec sa secrétaire ; ça pourrait lui causer des ennuis, mais il espère que cela en vaudra la peine.

Par la fenêtre de notre chambre, nous pouvions voir la preuve de tout cela : les feuilles de couleur vive. Elles nous étaient apportées par la corruption et la mort. Décomposition, dégénérescence, mort — puis renaissance. Imparable. Inéluctable. Irrémédiable. Cela nous semblait être du progrès… même si ce n’était pas toujours vers un mieux.

Elizabeth lit les journaux et se révolte contre eux. Les problèmes ont des solutions, pense-t-elle. Les erreurs sont faites par les humains ; elles peuvent être corrigées par des humains. Elle voit l’empire décliner et est tentée d’y faire quelque chose.

Elle est meilleure citoyenne que nous.

Les lecteurs se demanderont peut-être ce que cela a à voir avec l’argent. Bien entendu, la réponse est rien — ou tout. Parce que les mêmes lois que celles qui condamnent le corps et régissent l’âme s’appliquent également à toutes les choses humaines — y compris les marchés d’investissement et les civilisations qui les produisent.

Ce sont les humains qui ont créé la République américaine, et des êtres humains, également, qui l’ont nourri jusqu’à ce qu’il devienne un grand empire avec une devise de réserve et 50 000 milliards de dollars de dette publique. A présent, cette dette croît plus tous les 18 mois que durant les 204 premières années de l’existence de la nation. Des concurrents en Asie s’emparent des parts de marchés des Etats-Unis ; les exportateurs d’énergie s’emparent de leurs liquidités. Et pendant ce temps, les USA gaspillent leur argent emprunté en en pain et en jeux à domicile — qui ne peuvent rien engendrer de bon –, et en guerres à l’étranger, contre des pays qui ne peuvent lui faire aucun mal réel.

A coup sûr, l’empire est sur une pente descendante. Et alors ? Les empires, comme les jolies femmes, les bons vins ou les beaux bâtiments ne sont jamais aussi attirants que lorsqu’on y décèle une pointe de corruption. L’âge leur donne grâce et mystère… avant de les détruire complètement. Et que vaut un homme tant qu’il n’a pas été tempéré par l’âge et battu à la forge de la mortalité ? Un jeune homme marche vers le haut. Il grimpe la montagne tous les jours, mais c’est la descente qui le met vraiment à l’épreuve. Comme une armée en retraite, il essaie de se tenir correctement et d’affronter son destin sans se rendre ridicule.

Et cependant, nous ne pouvons remettre en question le désir d’Elizabeth d’améliorer les choses ; en fait, nous l’admirons pour cela. Le processus de corruption n’est pas plus naturel ou inévitable que sa volonté de s’y opposer. De plus, il n’y a rien de plus captivant qu’une cause perdue… et personne de plus séduisant que celui qui lutte pour elle — comme Rhett Butler dans "Autant en emporte le vent", rejoignant l’armée confédérée même après avoir appris que la guerre était perdue pour les Sudistes.

La suite dès demain…

Meilleures salutations,

Bill Bonner
Pour la Chronique Agora

(*) Bill Bonner est le fondateur et président d’Agora Publishing, maison-mère des Publications Agora aux Etats-Unis. Auteur de la lettre e-mail quotidienne The Daily Reckoning (450 000 lecteurs), il intervient dans La Chronique Agora, directement inspirée du Daily Reckoning. Il est également l’auteur du livre "L’inéluctable faillite de l’économie américaine", disponible en librairie ou en cliquant ici.

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