Le perdant de la guerre commerciale ? C'est vous | La Chronique Agora


Le perdant de la guerre commerciale ? C’est vous

Rédigé le 26 juillet 2018 par | Bill Bonner, Guerre Commerciale Imprimer

Trump subventionne les agriculteurs pour compenser leurs pertes dues à la Guerre commerciale qu’il a déclarée. Un accord gagnant-perdant de plus.

Quel été spectaculaire ! Les gens font peut-être cuire des oeufs sur le trottoir à Alger ou luttent contre les feux de forêt en Suède, mais ici, en Irlande, la canicule est délicieuse. Les agriculteurs ronchonnent, bien entendu, mais nous profitons de températures avoisinant les 24°C et de magnifiques ciels clairs.

Les agriculteurs se plaignent aux Etats-Unis aussi. La météo est toujours un sujet de prédilection. Cette année, ils ont une raison supplémentaire de se plaindre – la guerre commerciale.

Or les corps commencent à s’accumuler. Bloomberg :

« Mardi, Harley-Davidson Inc. a réduit ses prévisions de marges, citant les taxes douanières. Le légendaire constructeur de motos a été pris dans le feu de la guerre commerciale le mois dernier lorsqu’il a annoncé son intention de faire passer une partie de la production américaine à l’étranger, s’attirant des attaques de la part de Trump.

Frans van Houten, directeur général de la société d’électronique néerlandaise Royal Philips NV, a déclaré qu’une escalade des taxes douanières pourrait le forcer à répercuter les coûts sur les clients, et Whirlpool Corp. a affirmé que la hausse des prix des matières premières avait nui à ses résultats sur certains de ses marchés au deuxième trimestre ».

Renflouage agricole

Dans les grandes plaines américaines, les victimes sont particulièrement nombreuses. Estimation des dégâts à ce stade : 11 milliards de dollars.

Cependant, les agriculteurs américains ne s’entraident pas comme les Londoniens pendant le Blitz, pas plus qu’ils ne réduisent leurs rations comme les Soviétiques durant le siège de Leningrad.

Si quelqu’un doit faire des sacrifices, en ces temps de guerre… ce ne sera pas eux. Ils ont deux sénateurs par Etat… et un parti républicain qui a besoin de leur argent et de leurs votes.

Comme on pouvait s’y attendre, le président américain a proposé hier de renflouer le secteur agricole avec 12 milliards de dollars d’allocations.

Naturellement, le président se sent en partie responsable de l’affaire, puisque c’est lui qui a mis les campagnards dans la mouise. Il anticipe également les élections de mi-mandat, où les propriétaires de tracteurs font grosse impression sur les politiciens.

Le Donald a remplacé les accords gagnant-gagnant par des accords perdant-perdant. Ces 12 milliards de dollars ne sortiront pas de la poche de Trump – pas plus qu’ils ne sortiront du Trésor US. Les autorités US n’ont plus d’argent ; elles sont déjà dans le rouge de 1 000 milliards de dollars pour l’exercice fiscal 2019. [NDLR : Donald Trump est dans l’impasse, et ses ennuis ne font sans doute que commencer. Cliquez ici pour les transformer en gains pour vous.]

Alors d’où viendra l’argent ? Augmentera-t-on les impôts pour les consommateurs, eux aussi victimes de la guerre commerciale ?

Les sidérurgistes – que ce soit les producteurs… les ouvriers… ou les acheteurs –, qui souffrent tout autant, réuniront-ils la somme ? Quel groupe récoltera les récompenses ? Lesquels seront punis ?

Même les républicains commencent à s’apercevoir que la guerre commerciale menace les profits, les emplois et les revenus. Elle endommage aussi le système gouvernemental dans son ensemble, disent-ils. Politico :

« Les républicains pro-libre-échange étaient déjà furieux contre l’escalade de taxes douanières décidée par Trump à l’encontre des alliés des Etats-Unis et de la Chine – une guerre commerciale sur plusieurs fronts dont ils affirment qu’elle nuit aux agriculteurs et aux industriels américains.

Mais la réaction de l’administration mardi – envoyer 12 milliards de dollars pour soulager la douleur des agriculteurs affectés par les taxes douanières mises en place en représailles – est précisément l’anathème pour l’orthodoxie conservatrice du libre-échange, ont-ils affirmé.

‘Cela ressemble de plus en plus à une économie de type soviétique, ici : des commissaires qui décident qui bénéficiera d’exemptions, des commissaires au gouvernement réfléchissant de quelle manière distribuer les allocations’, a déclaré le sénateur républicain du Wisconsin Ron Johnson. ‘Je suis très exaspéré. C’est grave’.

‘On va demander aux contribuables de signer des chèques pour les agriculteurs au lieu d’avoir une politique commerciale qui ouvre et développe plus de marchés. Il n’y a là rien que quiconque devrait apprécier’, a déclaré le sénateur John Thune, du Dakota du sud, et n°3 du parti républicain. Il a suggéré que cette nouvelle dépense pourrait devoir être compensée par des réductions dans d’autres domaines de financement.

Le sénateur républicain du Nebraska Ben Sasse a affirmé que Trump donnait aux agriculteurs des ‘béquilles dorées’. Et les sénateurs républicains Jeff Flake (Arizona), Bob Corker (Tennessee) et Pat Toomey (Pennsylvanie) ont déclaré que leur législation pour entraver l’action du président quant aux taxes douanière devrait prendre de la vitesse maintenant que l’administration Trump fausse le marché.

‘C’est ce que nous craignions depuis le début, que ces marchés soient remplacés par des allocations’, a déclaré Flake. ‘Quand on perd certains de ces marchés, on les perd pour de bon, ou pour longtemps’. »

Bienvenue dans l’ère du gagnant-perdant

Nous voyons là comment une économie fonctionne lorsque les accords gagnant-perdant remplacent les accords gagnant-gagnant.

Les agriculteurs, les sidérurgistes, les secrétaires et les vendeurs de voiture se détournent de leur établi… de leurs clients… de leurs livres de comptes et de leurs champs… pour se tourner vers cette corne d’abondance infinie – Washington.

Sauf que Washington n’a pas d’argent. Contrairement à Dubuque ou à Las Cruces, Washington est dans le secteur du gagnant-perdant. Chaque centime de renflouage, subventions, gabegie et distribution doit venir de quelqu’un, ailleurs.

Vous vous rappellerez que nous avons terminé notre chronique de mardi par un commentaire provocateur : la pauvreté qui s’annonce ne sera ni douce ni digne. Ce ne sera pas une veste élimée de chez Savile Row… ou de l’argenterie Christophle défraîchie.

Ce ne sera pas un oncle excentrique traduisant des fragments d’araméen pendant que la fortune patriarcale s’épuise. Ce ne sera pas non plus une vie idyllique à la campagne, à labourer la ferme familiale pendant l’été avant de passer l’hiver assis devant un feu de cheminée.

Non, ce sera une pauvreté vicieuse, brutale et rude… les autorités pressurant l’économie de toutes leurs forces… tandis que les groupes se battent entre eux pour avoir quelques gouttes de jus.

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Bill Bonner
Bill Bonner
Fondateur de AGORA

Né en 1948, Bill Bonner est le fondateur d’AGORA, le plus large réseau d’entreprises indépendantes de presse spécialisée au monde.

En 1978, depuis sa ville natale, Baltimore (Maryland, Etats-Unis), Bill Bonner a voulu développer un « marché » (« Agora » en grec) des idées. Pas de l’information homogénéisée telle que les médias grand public relayent sur nos écrans et journaux, mais une source d’idées diverses avec des opinions et des avis originaux, alternatifs et surtout utiles. Bill a à cœur d’aider les lecteurs à mieux comprendre le monde dans lequel ils vivent, et à agir en conséquence. Que ce soit en matière de géopolitique, de macro-économie ou tout simplement dans le domaine de l’épargne, Bill incite ses lecteurs à cultiver un esprit vif et anticonformiste.

« Parfois nous avons raison, parfois nous avons tort, mais nous sommes toujours dans le questionnement », telle est la devise de Bill.

Bill a également co-écrit des livres qui ont tous figuré dans la liste des best-sellers du New York Times et du Wall Street Journal : L’inéluctable faillite de l’économie américaine (2004), L’Empire des dettes. À l’aube d’une crise économique épique (2006) et Le Nouvel Empire des dettes. Grandeur et décadence d’une bulle financière épique (2010).

Dans son dernier livre, Hormegeddon, quand trop de bien nuit (2015), paru aux Belles Lettres (www.lesbelleslettres.com), Bill décrit ce qu’il advient lorsque l’on abuse d’une bonne chose dans les sphères de la politique, de l’économie et des affaires. En bref, trop de bien conduit au désastre.

Vous pouvez retrouver les notes de Bill au quotidien dans La Chronique Agora.

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