Pékin, empire du milieu… financier

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LA CHRONIQUE AGORA
Paris, France
Mercredi 29 mars 2006
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*** Pékin, empire du milieu… financier
Evénement sans précédent sur les marchés… et il ne s’agit pas du discours de Ben Bernanke

*** Hypoglycémie
Les marchés pourraient bientôt se retrouver à court de sucre…

*** Un Héritage douloureux
La situation de Ben Bernanke n’est pas des plus simple…

*** La pire transaction de la décennie
Bill Bonner continue d’examiner le sort de l’empire britannique et de sa devise

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Bonjour,

*** PEKIN, EMPIRE DU MILIEU… FINANCIER

** Cette journée du mardi 28 mars 2006 marquera à n’en pas douter un tournant historique. Cela faisait des mois que nous attendions cet évènement d’une portée symbolique majeure ; les Américains se doutaient bien que la fin d’une ère économique vieille d’un quart de siècle était imminente ; les Japonais, malgré de louables efforts pour se ménager des marges de manœuvre, savaient qu’une telle issue était inéluctable ; les Européens comptaient les points depuis longtemps sans espoir d’infléchir le cours des choses… et voilà, c’est arrivé !

Wall Street va devoir méditer sur ce basculement irréversible et les Etats-Unis prendre conscience qu’une partie de leur destin leur échappe. Le suspens s’était volatilisé dès le début de la matinée et nous savions que cette Chronique allait nous fournir l’occasion de démontrer que l’action de la Fed depuis 18 mois n’était que vanité et pâture de vent.

Vous vous doutez bien maintenant que nous ne faisons aucunement allusion à la quinzième hausse du prime rate annoncée en début de soirée aux Etats-Unis… C’est le prototype du "non-évènement" qui ne mériterait qu’un entrefilet en avant-dernière page dans un quotidien régional du Middle West, entre la rubrique "garage sales" et "jardinage".

La une des journaux économiques chinois est en revanche éloquente, et illustre de façon éclatante la thématique de cette chronique : c’est désormais officiel, l’Empire du Milieu est devenu le premier détenteur planétaire de réserves en devises, avec 850 milliards de dollars de stocks, contre 830 milliards pour le Japon. La Chine a comblé un handicap de près de 500 milliards de dollars sur l’Empire du Soleil Levant, en l’espace d’un peu plus de cinq ans que compte le nouveau siècle !

Nous évoquions en préambule un évènement "symbolique" et c’est effectivement le cas : dès le début de l’année 2005, nous avions fait le calcul qu’en cumulant les réserves en devises de Taïwan, de la diaspora chinoise implantée à Singapour, au Canada et en Australie, le Japon était déjà largement distancé en tant détenteur de bons du Trésor américain — de quelques 200 milliards de dollars.

Mais c’est la première fois que Pékin peut s’afficher — sans le concours de ses satellites économiques — comme le plus gros porteur planétaire "unique" d’actifs libellés en dollars. Nous ne savons pas dans quelle mesure les chiffres annoncés correspondent à des montants vérifiables et "retraçables"… En revanche, vous aurez deviné sans peine que le choix du moment d’une telle annonce n’est pas innocent !

L’annonce est tombée quelques heure avant la conclusion de la réunion de politique monétaire de la Fed, et elle conforte symétriquement les choix stratégiques de la banque centrale chinoise… en particulier celui qui consiste à laisser le yuan se réapprécier à un rythme infiniment plus lent que ce qu’exigent les Etats-Unis.

Le phénomène est passé relativement inaperçu… mais alors que le Japon rapatrie ses derniers avoirs en devises cantonnés à l’étranger (pour l’arrêté des comptes à 72 heures de la fin de l’année fiscale), l’institut d’émission chinois a laissé le yuan faire une incursion au-delà de la borne supérieure de sa bande de fluctuation officielle (8,0215 contre un plafond de 8,0245).

Les autorités de Pékin pratiquent donc avec un art consommé la "flexrigidité monétaire", pour paraphraser l’expression "flexsécurité" sur toutes les lèvres en cette période de mobilisation contre le CPE.

** Et c’est bien le moment d’évoquer la santé du dollar (revenu au contact des 1,20/euro et des 118 yens en quelques minutes) après que le loyer de l’argent a été rehaussé à 4,75%… et bientôt 5% puisque Ben Bernanke met l’accent sur "la hausse de l’utilisation des ressources et le prix élevé de l’énergie susceptibles d’alimenter l’inflation". Il est certainement parvenu de la sorte à convaincre les 2% de cambistes qui jugeaient encore possible une stabilisation du taux directeur dès ce 28 mars.

Les 98 autres pourcent savaient déjà à quoi s’en tenir pour la prochaine réunion du 10 mai prochain avant même que Ben Bernanke n’ait lissé une dernière fois sa barbe, alors qu’il s’apprêtait à présider de façon totalement autonome son premier conseil de politique monétaire (qui adopte à l’unanimité le principe d’une quinzième hausse du prime rate).

Il faut souligner que la structure de la courbe des taux redevient presque orthodoxe (et non plus inversée) aux Etats-Unis puisque le 2 ans affiche 4,79% et le 30 ans près de 4,80%, tandis que le "2016" affichait 4,77%.

Cette journée de mardi fut tout entière placée sous le signe de la tension des taux de part et d’autre de l’Atlantique. Le phénomène a d’ailleurs été si brutal dès le milieu de la matinée, que la hausse initiale des marchés d’actions (+0,4%) s’est enrayée à la mi-journée avant qu’une consolidation symétrique ne lui succède jusqu’à la clôture.

Les taux longs ont en effet enregistré en Europe leur seconde plus forte chute de l’année (-0,7%) suite à la publication d’un indice IFO en Allemagne qui s’envole de deux points à 105,4 (c’est la quatrième hausse mensuelle consécutive) et se retrouve ainsi au plus haut depuis mars 1991 — à un niveau qui n’avait pu être mesuré que grâce au vent d’euphorie succédant à l’achèvement de la première guerre du Golfe !

** Le spectaculaire rebond du moral des milieux d’affaire se poursuit en Allemagne, un pays qui mise presque exclusivement sur les exportations de produits manufacturés — et reste de ce fait très dépendant de la vigueur de la conjoncture internationale — tandis que les vannes du crédit destiné aux ménages régulent le débit des liquidités au compte-goutte, d’où la stagnation de la consommation et des prix immobiliers… et le moindre développement du secteur des "services" (commerce, loisirs, finance…).

Les Bunds ont vu leur rendement se retendre d’un coup de 3,635 à 3,72%, l’OAT flirtant avec les 3,75% en France. Tout espoir de limiter la casse s’est envolé vers 16h, avec la publication d’un autre chiffre, venu des Etats-Unis cette fois-ci, et qui a plombé les Bons du Trésor.

Selon le sondage mensuel réalisé par le Conference Board, la confiance des ménages américains fait un bond inattendu de près de cinq points, à 107,2, alors qu’un recul de un point était anticipé, à 101,8. Voilà qui ne manquera pas d’alimenter les spéculations sur une poursuite du resserrement monétaire au-delà de 5% aux USA d’ici la fin du premier semestre 2006.

La BCE devrait porter le loyer de l’argent vers 3%, afin que le spread de part et d’autre de l’Atlantique ne reste pas durablement supérieur à 225 points de base ; la prime en faveur du 10 ans américain par rapport aux Bunds reste actuellement un peu supérieure à 105 points de base).

Puisqu’il faut bien une justification à caractère vaguement macroéconomique, J.C. Trichet a fait savoir hier qu’il détectait un certain nombre de signaux potentiellement alarmants qui réclament une attention soutenue, et il met l’accent en particulier sur l’évolution du marché immobilier… Un secteur qui dépend bien plus étroitement de la générosité des banques commerciales que de la modération des taux pratiquée par les autorités monétaires.

Aux Etats-Unis, l’élasticité du système paraît presque sans limite grâce à l’explosion des dérivés de crédit immobilier dont les encours ont atteint le montant record de 17 000 milliards de dollars.

En théorie, tous les risques semblent pouvoir être couverts, mais le coût marginal de l’assurance sur des sommes aussi considérables augmente de façon exponentielle à chaque tour de vis de 25 points de base.

Ce n’est pas un problème tant que l’argent demeure abondant… mais les Chinois viennent de faire connaître aujourd’hui que ce sont eux qui s’imposent désormais comme les principaux régulateurs de l’offre de liquidités à l’échelle planétaire.

C’est un pouvoir capitalistique considérable… du type de ceux qui ne s’usent que si l’on ne s’en sert pas — et nous ne connaissons pas d’exemple d’un empire émergent (ou solidement installé au faîte de sa gloire) qui ait jamais résisté à la tentation de faire une démonstration de sa puissance.

Philippe Béchade,
Paris

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Chris Mayer nous donne les dernières nouvelles de Wall Street

*** HYPOGLYCEMIE

** Ces derniers mois, le cours du sucre a grimpé en flèche, pour dépasser les 17 cents la livre — le niveau le plus élevé en 24 ans. C’est une meilleure performance que le pétrole, l’or ou bon nombre d’autres matières premières.

- Le sucre a connu de jolies envolées par le passé. Son cours a été multiplié par 45 entre 1966 et 1974 — atteignant le sommet record de 66,5 cents.

- Dans l’un de ses livres, le célèbre investisseur Jim Rogers a établi un scénario intéressant d’offre limitée et de demande en hausse. La majeure partie de ses arguments concerne le Brésil, le plus grand producteur et exportateur de sucre au monde. Et ce scénario a fini par se réaliser, avec toutefois quelques modifications que Jim Rogers n’aurait pas pu imaginer.

- Le Brésil utilise une partie de sa production sucrière pour l’éthanol — partie qui augmente lorsque le prix du carburant est élevé. Ce genre d’évolution a un impact significatif sur les marchés, la production d’éthanol consommant de plus en plus de sucre. Les prévisions actuelles estiment qu’environ 80% de la production du pays finiront dans les voitures brésiliennes.

- C’est une partie de l’équation de la demande. Mais il y a plus. La race humaine aime les douceurs. Non seulement la demande de sucreries augmente sur les marchés occidentaux, mais des endroits comme l’Inde (le plus grand consommateur de sucre au monde), le Pakistan, la Russie et la Chine y viennent aussi.

- Enfin, il y a une demande significative de sucre de la part de fonds d’investissements conçus pour fournir des rendements basés sur les indices de matières premières. Ces fonds sont devenus plus populaires ces dernières années, grâce aux bonnes performances de nombreuses matières premières. Conséquence, des milliards de dollars ont été versés dans le secteur du sucre.

** Voilà pour les arguments que Rogers avait prévus. Tout cela n’augure que du bon pour la demande. Mais il y a également des contraintes du côté de l’offre, certaines provenant de difficultés qu’il n’aurait pas pu prédire — comme la pire saison jamais enregistrée en matière d’ouragans.

- Les ouragans se sont abattus sur le Gulf Coast, endommageant des raffineries en Louisiane et détruisant des champs de canne à sucre. Les tempêtes ont également dévasté des récoltes dans le sud de la Floride. Résultat, les Etats-Unis doivent importer plus de sucre pour compenser le manque dans la production nationale.

- On peut ajouter à cette offre réduite un sévère déclin de la production thaïlandaise — le pays est l’un des plus grands exportateurs de sucre. Selon Bloomberg : "en Thaïlande, où la sécheresse puis les inondations ont décimé la récolte, la pénurie est telle que le gouvernement a limité les prix et menace de mettre en prison les personnes constituant des stocks".

- La Chine, elle aussi, est victime du mauvais temps, qui a mis sa production à un plancher de trois ans — ce qui a poussé les Chinois à entamer leurs réserves.

- L’Europe ne compensera pas le manque, parce que les 25 membres de l’Union européenne doivent se plier à une récente décision de l’Organisation mondiale du commerce limitant les exportations de sucre. C’est absurde mais vrai — et cela réjouit bien entendu les producteurs de sucre.

- Tous ces facteurs portent le sucre à de nouveaux sommets et mettent en difficulté des entreprises comme Kellogg’s et Coca-Cola. Plus d’un cinquième de toute la consommation de sucre se trouve dans les usines des fabricants de céréales et des boulangers. Kellog’s a déjà déduit quelques cents de ses prévisions de profit.

- Selon Deutsche Bank Securities : "si les conditions demeurent aussi sévères que le suggèrent nos sources dans le secteur, certains raffineurs pourraient ne pas avoir assez de canne brute à traiter, et les entreprises alimentaires pourraient ne pas avoir assez de sucre pour fabriquer leurs produits".

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Bill Bonner, co-fondateur de La Chronique Agora, à Londres

*** UN HERITAGE DOULOUREUX

** "Bernanke n’hérite pas de la meilleure des situations", a déclaré Paul Volcker.

* A la place de Ben Bernanke, nous aurions séché la lecture du testament. Que peut-il faire de l’héritage que lui a laissé Alan Greenspan — le déficit commercial, la dette de consommation, la dette gouvernementale, le dollar ou encore le cycle financier déclinant ?

* "Aimeriez-vous être responsable d’une économie complètement dépendante de 700 milliards de dollars d’argent étranger chaque année ?" a ajouté Volcker. "Je ne sais pas ce que j’y ferais, mais il va devoir agir tôt ou tard".

* Bernanke n’a-t-il pas hérité du vent ? Ne récoltera-t-il pas la tempête ?

* Il n’y a que deux moyens de réduire la dépendance de l’empire aux capitaux étrangers : les Américains peuvent eux-mêmes épargner plus d’argent. Ou ils peuvent en dépenser moins, si bien qu’ils en auront moins besoin de la part de l’étranger. Les deux reviennent à la même chose : près de mille milliards de dollars de dépenses en moins aux Etats-Unis. Lorsque l’on enlève ce genre de somme d’une économie de consommation, on est certain d’avoir des problèmes. L’année dernière, deux millions d’Américains ont fait faillite — alors que l’économie américaine était en pleine expansion. Imaginez ce qui se passerait si le PIB baissait de 5% ! Ou, à la place de Ben Bernanke, pensez au goudron et aux plumes !

* Pourtant, les officiels de la Fed, les apologistes impériaux et leurs économistes de chevet ne voient aucun problème.

* "Il pourrait y avoir des tensions dans certains domaines à l’avenir, mais en termes plus larges, je pense que les finances des consommateurs suffiront à maintenir l’économie à ses taux de croissance potentielle actuels — ou, à défaut, proche d’eux", a déclaré Bernanke la semaine dernière. "L’augmentation de la dette des paiements immobiliers pourrait ne pas être un problème particulièrement sérieux".

* Et qu’en est-il de "l’inversion" de la courbe des rendements ? Sur les six dernières fois où les taux courts ont dépassé les taux longs, cinq ont signalé une récession. Mais Bernanke affirme que ce vieil indicateur est aussi démodé que les guêtres et la solvabilité. Cette fois-ci, a-t-il déclaré, une courbe des rendements inversée pourrait provenir de la confiance des investisseurs — un signe que de bonnes choses restent à venir.

** Mais il nous semble que les Américains ont déjà extrait tout le jus de l’orange — il ne reste plus que l’amère pulpe. Le Financial Times déclare :

* "Les niveaux de dette des ménages américains sont vertigineux, en hausse de 8,6% en 2000 par rapport à des niveaux déjà impressionnants, puis 8,6% à nouveau en 2001, 9,7% en 2002, 11,4% en 2003, 11,1% en 2004 et 11,7% en 2005".

* Une bonne partie de ces emprunts se concentre sur l’immobilier, déclare le Financial Times, "les agents [immobiliers], les experts et l’armée de travailleurs liés à l’immobilier ont représenté 55% des deux millions d’emplois créés par l’économie américaine entre 2000 et 2005, selon Moody’s. Les effectifs de l’Association américaine des agents immobilier sont passés de 767 000 à 1,2 millions en cinq ans".

* "Chaque année, les Américains retirent désormais de la valeur de leur maison l’équivalent de 6% du PIB national — dont une bonne partie sert à payer les factures ou à s’offrir une toute nouvelle Chevrolet Equinox".

* "Goldman Sachs estime que 68% de cette ponction sur la valeur des maisons est dépensée en consommation immédiate. La banque a prévenu que si l’immobilier venait à caler, les répercussions sur la croissance pourraient atteindre 1,5% du PIB d’ici l’année prochaine".

* "C’est là le portrait d’une nation vivant au-dessus de ses moyens — comme jamais aucune société développée ne l’avait osé jusqu’à présent".

** Mais les rêveurs et les intrigants américains ne s’inquiètent pas. Et voici les mots même du prophète fou de la Grande Bulle Technologie, le Roi George de l’Age du Plaqué Or :

* "Une balance commerciale ou un budget équilibré ne sont pas forcément souhaitables. En fait, un déficit commercial signifie un surplus de capital. Cela signifie que des gens veulent nous envoyer de l’argent. Cela signifie qu’ils ont confiance dans la stabilité et l’ordre de l’économie américaine. On comprend comment cela fonctionne lorsqu’on réalise qu’un tiers du PIB mondial est aux Etats-Unis. Les Etats-Unis génèrent entièrement un tiers du PIB mondial. Mais la capitalisation boursière de nos entreprises représente 57% de la capitalisation boursière mondiale. En d’autres termes, dans le monde entier, des gens veulent investir aux Etats-Unis, parce que les Etats-Unis possèdent l’environnement le plus stable pour l’investissement. Ils ont les marchés de capitaux les plus profonds et les plus créatifs. Ils possèdent les places boursières les plus grandes et les plus liquides, et ont l’autorité de la loi, nous l’espérons, plutôt que l’autorité des avocats qui la menacent".

* "La manière d’envisager les choses est donc la suivante : un étranger possédant un dollar peut faire deux choses avec. Il peut acheter un bien américain — une pomme exportée des Etats-Unis, par exemple — ou il peut acheter un actif aux USA. S’il achète la pomme, il la mange et nous ne l’avons plus. S’il achète l’actif américain, nous le conservons".

* Mais les Américains "conservent"-ils vraiment un bon du Trésor acheté par un étranger ? Ou bien est-ce qu’ils s’en prennent plein la figure ? Bien entendu, Dieu se soucie peu de savoir qui possède la dette américaine, ou les usines américaines… et même les ports américains. Il n’est ni xénophobe ni patriote — pas plus qu’il n’est chef suprême des USA. Il n’est peut-être même pas Américain. Mais les Américains eux-mêmes pourraient trouver que cela a de l’importance. A mesure qu’ils s’endettent auprès des Asiatiques et vendent de plus en plus d’actifs américains, ils se transforment, passant du statut de créditeur à celui de débiteur, de capitalistes en serfs post-industriels, et de citoyens indépendants pouvant dire au reste du monde d’aller se faire voir en esclaves salariés modernes, si endettés auprès de la boutique tenue par des étrangers qu’ils doivent se tenir sur la pointe des pieds pour embrasser le postérieur d’un canard chinois !

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***La Chronique Agora présente ***

La Chronique Agora présente : Bill Bonner continue d’examiner le sort de l’empire britannique et de sa devise — aujourd’hui, on se penche sur ce qu’il est advenu après la Première guerre mondiale…

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LA PIRE TRANSACTION DE LA DECENNIE, 2ème PARTIE
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Par Bill Bonner (*)

Entre 1917 et 1952, l’empire britannique se contenta d’évoluer. Son capital fut transféré de Londres à Washington, et aujourd’hui, il n’est plus mené par William Pitt l’Ancien, mais par George Bush le Jeune. Mais à part ça, les choses n’ont guère changé. Ne s’agit-il pas toujours d’un empire commercial ? N’est-il pas réglé par les principes du droit coutumier anglais — même s’ils ont été amendés et contredits par les nombreux édits ineptes et règles insensées émis par les parlements au fil des ans ? N’est-il pas mal gouverné par les mêmes gredins bavards, et rudoyé par les mêmes mouches du coche ?

Il y a malgré tout une grande différence. L’empire américain est construit sur le dollar, et non sur la livre sterling. Il a atteint son apogée à un moment où le dollar n’était plus qu’une abstraction. Encore une première. Non seulement l’empire américain est le premier à gaspiller sa ressource la plus précieuse dans une guerre contre personne, mais il est également le premier à le faire avec une devise n’ayant pas de valeur. Depuis 1971, le dollar n’a pas eu de lien solide avec quoi que ce soit ayant une valeur réelle. Ce n’est qu’un morceau de papier. On peut acheter des choses avec, mais combien de choses… voilà qui dépend.

Revenons-en à la livre sterling. Une fois la Première guerre mondiale entamée, la Banque d’Angleterre fut contrainte de se désolidariser de l’étalon-or. Dès le cessez-le-feu, cependant, elle tenta de forcer le passage pour revenir au même niveau. Afin d’aider ses cousins anglais, le président de la Fed américaine Ben Strong administra un petit "coup de whiskey" au marché américain — mettant l’économie US en route pour l’enfer du krach de 1929 et de la Grande dépression qui s’ensuivit. Même avec le soutien américain, la Grande-Bretagne ne pouvait tenir le coup. La livre fut dévaluée en 1931, puis en 1949, et à nouveau en 1969. La devise britannique était encore largement utilisée dans le commerce international, mais elle baissait constamment. En 1960, les réserves britanniques représentaient moins d’un vingtième du total mondial, et la moitié seulement de celles de l’Allemagne. Dix ans plus tard, le pays était quasiment ruiné, et en 1976, les pauvres Rosbifs durent aller mendier des prêts d’urgence auprès du FMI afin de faire face à leurs obligations courantes.

Vous pouvez imaginer ce que la livre a subi durant tous ces événements. Nous nous rappelons être allé à Londres en 1985. A l’époque, une livre sterling valait à peine plus qu’un dollar — mais ça, c’était avant qu’Alan Greenspan ne prenne son poste à la Fed deux ans plus tard. Depuis, dans la course vers l’enfer monétaire, le dollar cote 1,73 $ pour une livre, mais c’est en termes d’or que les dégâts sont les plus visibles. Au prix actuel, on peut acheter une once d’or pour 371 livres. C’est ainsi que la livre sterling de la reine Victoria a perdu 98,79% de sa valeur.

Avec tant d’histoire monétaire récente disponible, on pourrait penser que les banquiers centraux de Grande-Bretagne seraient parmi les plus sages de la planète. Il leur suffit de remonter un quart de siècle en arrière pour voir ce qui arrive lorsqu’une devise est mal gérée. Ils pourraient même se rappeler que l’or, à la fin des années 70, atteignait de nouveaux records de prix. Et ils auraient pu se souvenir que le monde financier est un endroit plein de pièges, que les choses tournent mal parfois, et que lorsque c’est le cas, ce n’est pas une mauvaise idée que d’avoir un petit quelque chose de solide en réserve… juste au cas où. Ils auraient peut-être même pu se faire la réflexion que l’Histoire a une manière bien à elle de broyer les empires et les monnaies papier jusqu’à ce qu’il n’en reste quasiment plus rien.

Mais hélas, ceux qui avaient tant étudié l’histoire monétaire semblaient n’en avoir rien retenu — sinon du mépris pour elle. Lorsque la crème de la crème britannique se réunit à la fin des années 90 afin de conspirer une nouvelle politique monétaire, toute pensée raisonnable semblait avoir fui leurs cerveaux. A la place, ils imaginèrent ce qui est sans doute la pire transaction de la décennie : après avoir observé leur propre devise papier chuter par rapport à l’or durant près d’un siècle, ils décidèrent d’échanger l’or qui appartenait encore au Royaume-Uni contre une quantité croissante de devise papier — aux prix les plus bas en 20 ans ! Près de 400 tonnes de métal précieux ont été vendues entre 1999 et 2002, à des cours n’arrivant qu’à la moitié de ceux d’aujourd’hui.

"Y avait-il pire moment pour vendre de l’or ?" nous sommes-nous demandé la semaine dernière. Nous n’en avons toujours pas trouvé, en tout cas.

Meilleures salutations,

Bill Bonner
Pour la Chronique Agora

(*) Bill Bonner est le fondateur et président d’Agora Publishing, maison-mère des Publications Agora aux Etats-Unis. Auteur de la lettre e-mail quotidienne The Daily Reckoning (290 000 lecteurs), il intervient dans La Chronique Agora, directement inspirée du Daily Reckoning. Il est également l’auteur du livre "L’inéluctable faillite de l’économie américaine", disponible en librairie ou en cliquant ici.

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