Paranoïa et ingérence russe

Rédigé le 27 juin 2018 par | Deep State Imprimer

L’histoire de l’ingérence russe dans les élections de mi-mandat est une paranoïa émanant d’un Empire aussi puissant que dégénéré.

« Les actions heurtées de plein fouet par les craintes sur le commerce », disaient en substance les gros titres d’hier.

Nous avions promis de ne plus parler de commerce… mais nous avions croisé les doigts !

Et puis ce n’est pas de notre faute s’il refait parler de lui.

Les investisseurs semblent réaliser que même de fausses craintes peuvent se transformer en vraies calamités. S’ils avaient une meilleure idée de ce qui les attend, nous sommes d’avis que le Dow aurait baissé bien plus encore.

Les empires mûrs et dégénérés semblent provoquer des sentiments paradoxaux et extrêmes de crainte, de folie et de paranoïa.

Instinctivement, les gens savent que les choses tournent mal… sans toutefois réussir à identifier ce qui ne va pas précisément. Ils sont donc sujets à des hallucinations contradictoires.

D’un côté ils pensent être les élus de Dieu… qui ne peuvent pas se tromper… et qui, grâce à leur dur labeur, leur sagacité et le génie de leur nouveau président… ont l’économie la plus compétitive que l’être humain ait jamais connu…

… et de l’autre, ils sont les gens les plus timorés et les plus pusillanimes que Dieu ait créés. Ils voient des violeurs sous tous les lits… des terroristes dans chaque paire de sandales… et la ruine économique dans chaque statistique.

Aujourd’hui, quelle que soit la direction où se tourne leur regard, les Américains voient du danger.

De l’autre côté de l’Atlantique, les Européens s’emparent des parts de marché de leurs entreprises automobiles — de manière illégitime, bien entendu.

Et de l’autre côté du Pacifique, les Chinois volent leur propriété intellectuelle tout en utilisant de la main-d’oeuvre bon marché et des subventions gouvernementales pour doper leurs exportations.

Le sud du Rio Grande grouille de millions de violeurs, voleurs et assassins — et tous essaient de se faufiler de l’autre côté de la frontière pour leur piquer leur boulot.

Retour à l’envoyeur des immigrants

Voici le président lui-même, parlant au nom du peuple américain : « envoyez-moi vos fatigués, vos pauvres, envoyez-moi vos cohortes »… et nous les renverrons illico à l’envoyeur.

« Nous ne pouvons pas permettre à tous ces gens d’envahir notre Pays… Lorsque quelqu’un entre, nous devons immédiatement, sans Juges ou Procès, les renvoyer là d’où ils viennent ».

Et ces Canadiens sournois, qui inondent le marché US de leurs produits… tout en rachetant les précieuses chaussures made in Etats-Unis, laissant les Américains pieds nus !

Ce n’est qu’un début. Partout dans le monde, et peut-être aussi dans le reste de la galaxie, des terroristes, des insurgés, des extrémistes et des combattants de la liberté… pardon, nous voulons dire « des séparatistes »… en ont après les Américains.

Les Etats-Unis possèdent déjà plus d’armes que d’habitants… et dépensent pour la « défense » au moins 10 fois plus que leur plus proche rival… mais leur complexe militaire/industriel/sécuritaire/compères ne se reposera pas tant que toutes les menaces potentielles n’auront pas été exterminées.

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Russie : une affaire plutôt floue

Pendant ce temps, les Russes sont déterminés à atteindre les Etats-Unis là où ça fait vraiment mal : dans leur processus démocratique finement réglé.

Le New York Times rapportait lundi que le nouveau groupe de travail fédéral sur « l’influence étrangère » s’était réuni avec les principales entreprises tech pour avertir que les Russes étaient sur le point de passer à l’attaque :

« Huit des entreprises les plus influentes du secteur tech, en anticipation d’une réédition de l’ingérence russe qui s’est produite durant la campagne présidentielle de 2016, ont rencontré des dirigeants des services secrets américains le mois dernier afin de discuter des préparatifs pour les élections de mi-mandat.

Mais les personnes ayant assisté à la réunion ont décrit une atmosphère tendue, où les entreprises tech ont pressé de questions les autorités fédérales, pour s’entendre simplement répondre — à de nombreuses reprises — qu’aucun renseignement spécifique ne serait fourni.

Les services secrets américains ont clairement averti que la Russie et d’autres gouvernements étrangers se mêlent déjà des campagnes électorales de mi-mandat, surveillées de près. »

Cette histoire d' »ingérence russe » nous semble aussi mystérieuse que l’Immaculée Conception. Nous sommes aussi perplexe que les gros bonnets de la tech. Qu’est-ce que les Russes essaient de faire ? Elire les meilleurs candidats ? Ou les pires ?

Les électeurs eux-mêmes n’arrivent pas à décider qui est qui, comment le pourraient-ils ? Au final, on peut — généralement — compter sur les Américains pour choisir le pire. Alors si les Russes voulaient fausser les résultats, ils devraient soutenir les meilleurs candidats. Quoi de mal à ça ?

Et comment s’y prendraient-ils ? L’économie russe a à peu près la taille de celle du Canada, soit 1/10ème de celle des Etats-Unis. Ils n’ont pas les moyens de consacrer aux élections US des sommes suffisantes pour dépasser celles dépensées par des sources américaines (pour influencer les résultats).

Par ailleurs, il est peu probable que les Russes soient plus doués que leurs homologues américains pour inventer des fake news qui pourraient faire pencher la balance.

Alors que se passe-t-il ? Qu’est-ce que les 17 agences de services secrets américains savent que nous ignorons ?

Les barbouzes n’ont rien voulu dire. Nothing. Nada. Niet. Ni comment… ni pourquoi… ni quoi que ce soit qui pourrait être crédible ou utile… ou ne serait-ce qu’un brin raisonnable. Ils ont préféré laisser les dirigeants de la tech se gratter la tête : « mais qu’est-ce que c’était que ça », se sont-ils demandés. [NDLR : Perplexe vous aussi ? Cliquez ici pour découvrir comment décrypter l’actualité au-delà des fake news et de la langue de bois… pour prendre des décisions d’investissement profitables en toutes circonstances.]

Nous reviendrons sur le sujet demain…

… Pour regarder au-delà de la menace factice posée par les étrangers — vers la véritable menace posée par des saboteurs bien américains.

Bill Bonner
Bill Bonner
Fondateur de AGORA

Né en 1948, Bill Bonner est le fondateur d’AGORA, le plus large réseau d’entreprises indépendantes de presse spécialisée au monde.

En 1978, depuis sa ville natale, Baltimore (Maryland, Etats-Unis), Bill Bonner a voulu développer un « marché » (« Agora » en grec) des idées. Pas de l’information homogénéisée telle que les médias grand public relayent sur nos écrans et journaux, mais une source d’idées diverses avec des opinions et des avis originaux, alternatifs et surtout utiles. Bill a à cœur d’aider les lecteurs à mieux comprendre le monde dans lequel ils vivent, et à agir en conséquence. Que ce soit en matière de géopolitique, de macro-économie ou tout simplement dans le domaine de l’épargne, Bill incite ses lecteurs à cultiver un esprit vif et anticonformiste.

« Parfois nous avons raison, parfois nous avons tort, mais nous sommes toujours dans le questionnement », telle est la devise de Bill.

Bill a également co-écrit des livres qui ont tous figuré dans la liste des best-sellers du New York Times et du Wall Street Journal : L’inéluctable faillite de l’économie américaine (2004), L’Empire des dettes. À l’aube d’une crise économique épique (2006) et Le Nouvel Empire des dettes. Grandeur et décadence d’une bulle financière épique (2010).

Dans son dernier livre, Hormegeddon, quand trop de bien nuit (2015), paru aux Belles Lettres (www.lesbelleslettres.com), Bill décrit ce qu’il advient lorsque l’on abuse d’une bonne chose dans les sphères de la politique, de l’économie et des affaires. En bref, trop de bien conduit au désastre.

Vous pouvez retrouver les notes de Bill au quotidien dans La Chronique Agora.

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